The XX
Coexist
[Young Turks]
Ce que procure l'écoute consécutive des deux albums de The XX, "XX" et "Coexist", est comparable à l'émotion qu'apporte celle de "Seventeen Seconds" et "Faith" de The Cure. Non pas que la musique des premiers plagie ou s'inspire le moins du monde de celle des seconds, elle n'ont même en fait pas grand-chose à voir, mais malgré les trente années qui les séparent, la mélancolie et la profondeur qui se dégagent des productions de leurs aînés et des leurs manifestent que ces artistes sont définitivement du même sang. "Coexist" est le prolongement parfait de "XX". Bien sûr la première écoute a pu créer le doute : est-ce que ce second disque ne serait pas un trop beau décalque du premier ? Une crainte que le duo a pris le risque de laisser s'installer tant l'on semble immédiatement être effectivement dans le prolongement de leur premier disque. L'accès est d'ailleurs similaire : si après quelques écoutes la musique de The XX semble presque trop facile, évidente (preuve en est l'utilisation incessante de nombreux titres du premier album comme habillage d'émissions TV, on ne passe pas une semaine sans entendre leurs trois notes de basse s'imposer derrière un reportage), "Coexist", comme son prédécesseur, s'offre le luxe de ne pas se révéler immédiatement. De premier abord, l'un comme l'autre effrayent, avec cette langueur dans laquelle on craint de se morfondre, voir de s'ennuyer. Sauf que Jamie et Romy excellent dans leur exploration du spleen et construisent lentement le voyage dans lequel ils ont décidé de nous entraîner. Il y a de la magie dans leurs compositions, une sorte de dépression exquise qui, une fois qu'elle nous a happés, ne nous lâche plus. Ils se font une fois de plus la politesse, chantant l'un, puis l'autre, pour enfin réunir leur voix, peut-être ici plus en avant encore que sur le premier album. Ils savent prendre leur temps, et ça tombe bien, nous ne sommes pas pressés.
Christophe Labussière