
 |  | Hierakonpolis [Brume]
Gwenn Trémorin, l'auteur de ce disque (qui s'occupe également du label Brume), semble beaucoup s'intéresser à l'archéologie. Entre les sept longs morceaux de ce premier album sont intercalés presque autant d'interludes fantomatiques qui nous mènent tout droit dans les rues de Hierakonpolis, une ancienne cité égyptienne qui prête son nom à ce disque. Plus loin c'est à Amenemhat (nom d'une dynastie de rois égyptiens) qu'il est fait référence. Pourtant, et même si l'on entend de-ci de-là quelques influences orientales (comme sur le morceau titre), la musique créée ici n'a rien d'archaïque tant elle reflète bien une époque où certains styles s'essoufflent et où les sons mutent, se confondent, pour obtenir soit un mélange harmonieux, soit une cacophonie sans nom qui se voudrait originale. Ici pas de souci, les harmonies sont maîtrisées, les rythmes sont saturés, l'ambiance est envoûtante et une sonothèque bien achalandée parachève un résultat ni trop dark, ni élec "trop" indus. En vrac on pense à certains morceaux de Ah Cama-Sotz, Vromb, Klangstabil, Proyecto Mirage… Dans la série de remixes opportuns qui concluent l'album, une version plus vraiment reconnaissable mais très efficace de Heliotrop par Oil 10 risque d'emballer bon nombre de DJs. Finalement voilà un premier album intéressant, bien plus mature que le énième opus de groupes répétitifs au succès immérité.
Carole Jay |
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 |  | The Slacker Journal [Neo Ouija]
"Le journal d’un branleur" est le titre sous lequel Bauri alias Martin Abrahamsson, un jeune suédois originaire de Karlskoga, a choisi de présenter ses compositions auprès d’un large public. Entendez par là que l’artiste, quelque peu introverti, diffusait déjà son travail sur le Net, mais n’avait jamais osé produire un véritable album. C’est chose faite, suite à l’envoi d’une démo à Lee Norris le fondateur de Neo Ouija, lui-même tête pensante de Norken et Metamatics. Bien plus que le travail d’une faignasse vautrée devant sa télévision (un slacker), nous assistons à une démonstration mélodique assez touchante, preuve que la simplicité de Kraftwerk alliée à une perception moderne de l’ambient continuent à faire des émules parmi les musiciens électroniques. Titre après titre, Bauri instaure un climat que ne renierait pas Mr Richard D. James, la perversion en moins. Une première oeuvre qui ne demande qu’à se bonifier avec le temps par un artiste désormais à suivre.
Anthony Augendre |
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 |  | Dorothy's Victory [EMI]
Dès les premières mesures de Foolish Ship et ses ambiances à la This Mortal Coil, on comprend que les références de Bel Canto sont éternelles. Une fois de plus, la voix d'Anneli Drecker nous entraîne dans des contrées apaisées et agréables, où tout semble à la fois très maîtrisé et pourtant si naturel. Oscillant entre ingénuité, quiétude et ambiances plus pop comme sur You Rock My World, Bel Canto s'installe dans une espèce de normalité, gommant les excès pourtant souvent bienvenus de leurs productions passées, et nous propose avec "Dorothy's Victory" leur production la plus "ordinaire", mais aussi la plus mainstream. Même si Bel Canto a acquis une reconnaissance méritée au nord de l'Europe, ils n'ont jamais vraiment réussi à s'imposer ailleurs. Cet album, qui a un véritable potentiel commercial, pourrait leur permettre de se faire une petite place dans le cœur de ceux qui, nombreux, ont un jour craqué pour Björk, une cousine islandaise dont les mélodies ne sont pas si éloignées.
Christophe Labussière |
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 |  | Remixes From The Underground [Pandaimonium]
Le principe est toujours le même : réunir autour de l'oeuvre d'un groupe mythique un casting tel que la présence de certaines pointures égarées suffira à booster les ventes de "l’hommage", et accessoirement mettra en lumière certains des participants plus inconnus. Opération discutable, mais dans laquelle tous les intervenants trouvent leur compte, avec un résultat généralement inversement proportionnel à l'intérêt suscité a priori. Ici, plutôt que de vous énoncer la liste des groupes "prestigieux" qui se sont attelés à la tâche de remixer des morceaux tous issus de l’album "Notes From The Underground" sorti l'année dernière, on reconnaîtra juste que, pris séparément, certains remixes retiennent l'attention et donnent un coup de fouet aux versions initiales, mais que dans l'ensemble on a quand même la triste impression de s’immerger dans 90 minutes de tchac boïm tchac linéaires et répétitifs, parfois presque insupportables. Même si Xymox peine depuis quelques années à se renouveler autrement qu'en mimant Sisters et consorts, tel un clone pathétique, ses créations ne méritaient certainement pas un tel traitement, même si l’usage de la chose se limite avant tout aux dance floors. À noter qu’une version limitée numérotée offre un troisième CD qui contient une interview en vidéo (30 min, pour PC ou Mac) de Ronny Moorings et Mojca qui nous racontent l'histoire de Clan Of Xymox, de la rencontre providentielle avec Brendan Perry et la signature sur le label 4AD jusqu’à leur revival gothico-tristounet. Uniquement pour les fans et les DJs en manque d'inspiration.
Christophe Labussière |
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 |  | Mistrust the Angels [Minuswelt]
Deux ans après leur précédent album "Love Kills!" unanimement salué par la critique spécialisée, le trio allemand revient avec un quatrième opus très attendu. Car In Strict Confidence est un peu aujourd'hui à l'électro-indus ce que Mesh est à la pop : des surdoués de la musique électronique, tant sur les mélodies que dans le choix des sons. Il y a quelques semaines, ils nous avaient fait goûter la cuvée 2002 avec "Herzattacke", un maxi ravageur dans la pure tradition In Strict Confidence, c'est-à-dire très efficace pour se muscler les mollets, mais aussi sans réelle surprise. "Mistrust The Angels" apporte heureusement la nouveauté nécessaire à ce groupe pour qu'il conserve sa place au top des playlists dark-électro. De très loin, le plus mûr et le plus abouti de tous leurs albums, celui-ci nous offre une concentration impressionnante de tous les ingrédients EBM d'hier et d'aujourd'hui, des ambiances ténébreuses à la Skinny Puppy aux samples à peine dissimulés de Front Line Assembly. Plus dansants que jamais, les morceaux s'enchaînent avec une logique qui fait s'écouler l'heure à une vitesse déconcertante. Presque tous les titres sont des hits potentiels, de l'introductif guerrier Send a Sign à la sublime méditation finale The Prayers of the Mute en passant par le très body Lost In the Night. Plus subtil aussi, ce nouvel album offre une jolie alternance de rythmes, d'accents plus ou moins agressifs et surtout une véritable innovation : une voix féminine tantôt maître voix (pour un calme Au Milieu Des Anges) ou en refrain avec Dennis Ostermann (pour l'agité Engelsstaub), multi-langues (anglais, allemand et même français !) et hyper-aérienne. Tout ceci fait de "Mistrust the Angels" une très bonne surprise pour nos sens, un vent d'air glacé dans la chaleur ambiante. Un must !
Stéphane Colombet |
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 |  | Cause + Effect [ITN Corporation / EFA]
Le pari était audacieux : faire un album de remixes d'un groupe aussi personnel et inclassable que In The Nursery. Pari d'autant plus difficile que sa musique est aujourd'hui plus que de la pop cinématographique, elle est tout simplement symphonique. Mais remixes n'étant pas nécessairement synonyme de dancefloor, les treize titres qui composent cet album sont plutôt des ré-interprétations par des groupes inspirés et fascinés par l'univers néo-romantique des frères Humberstone. L'électro pure est bien sûr au rendez-vous avec pour démarrer un cover très énergique par FleshField, mais la new-wave atmosphérique reprend rapidement ses droits avec les interventions délicates de Faith & The Muse, Chandeen, And Also The Trees, Attrition ou encore Steve Bennett, pour une série de compositions flirtant avec un trip-hop classieux et obsédant. La surprise vient surtout de quelques reprises purement électroniques mais sans cliché par Assemblage 23 et Haujobb. Et pour se convaincre que cet album n'est pas qu'un piège commercial mais un véritable hommage à un groupe d'exception, vient s'ajouter à tout cela un cover magistral de Joy Division par In The Nursery eux-mêmes. Respect !
Stéphane Colombet |
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 |  | Funkspiel [Brume]
C-Krees, alias Christophe Baudrillon a une lourde croix à porter, il a en effet fait partie de l'un des groupes gothiques les plus importants que la France n'ait jamais engendré, Corpus Delicti. Difficile pour lui d'imposer ses nouvelles orientations musicales sans être associé à ce passé, dont il peut sans problème être fier, mais qui parasite le jugement que chacun peut avoir sur ses productions actuelles. Car même si les ambiances qui se dégagent de ce second album sont une fois de plus particulièrement sombres, l'option qu'il a choisi est 100% électronique. Le mode opératoire est assez classique sans toutefois nuire à l'efficacité du travail : une rythmique hypnotique, toujours imparable, habillée en arrière plan de chants populaires et de nappes toujours troublantes. Une sorte d'environnement précalculé, un habillage sonore qui manque de spontanéité, où l'image est sans cesse suggérée, presque imposée. Et c'est en effet peut-être là la seule vraie lacune de "Funkspiel", imposer plutôt que suggérer un concept somme toutes assez "cliché" (C-Krees a une attirance quasi maladive pour l'union soviétique des années 30, et plus précisément pour le livre de Gilles Perrault "L’Orchestre Rouge"). Des repères omniprésents qui semblent refléter un besoin de se justifier en essayant de délimiter précisément l'ambiance dans lequel l'auditeur doit baigner, une attitude qui aura rapidement l'effet inverse, celui de mettre trop en avant le conventionnel du projet. Encore parasité par trop de handicaps, Kom-Intern devra prendre de l'assurance pour offrir enfin un album parfaitement abouti. Néanmoins "Funkspiel" reste un bon disque dont l'efficacité n'est pas remise en cause par ces quelques écueils.
Christophe Labussière |
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 |  | Windblown Kiss [Projekt]
Né des cendres de Love Spirals Downwards, le nouveau projet de Ryan Lum semble reprendre les choses là ou son duo avec Suzanne Perry (la vocaliste d’alors) les avaient laissé au cours de leur quatrième album "Flux". Toutefois largement moins orienté drum'n'bass, le son Lovespirals s’épanouit aujourd’hui dans des atmosphères souvent très jazzy et cosy qui, tout en gardant une approche très épurée, s’éloigne toujours plus des orientations heavenly d’antan. Et même si Lovespirals est à considérer, malgré son patronyme comme totalement neuf et indépendant de Love Spirals Downwards, il est bien difficile de ne pas nourrir une amère déception à l’écoute de ce "Windblown Kiss". Plus molles que planantes, plus guimauves qu’éthérées les Oh So Long, He Calls Me ou Swollen Sea se révèlent sans réelles dimensions, apaisantes certe, mais guère passionnantes. La voix d’Anji Bee assez proche de celle de Suzanne n’est en outre pas faite pour nous faire oublier le souvenir des premiers Love Spiral Downwards que seul le charmant You Girl parvient à raviver. Epaulé sur deux titres par la belle voix de Sean Bowley d’Eden, le duo ne parvient jamais à faire décoller ce "Windblown Kiss" aux guitares acoustiques peu inspirées et au sax énervant, qui finit par s’achever dans les tièdes roucoulades sensuelles genre cabaret–fin de soirée du soporifique I Can’t See You. Parfait comme musique de fond pour peu que l’on en oublie la forme.
Stéphane Leguay |
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 |  | Tripping Back Into The Broken Days [Projekt]
On ne s’en rend pas forcément compte à l’écoute des douze pièces acoustiques et calmes qui composent ce "Tripping Back Into The Broken Days", mais c’est d’un véritable chaos que nous parvient Lycia en ce bel été 2002. Frappé par les pires avatars qui soient (le décès de sa mère, de graves problèmes de santé auxquels s’est ajouté une série de projets avortés), le leader Mike VanPortfleet, au bout du rouleau avait décidé en 99 de mettre un terme à l’aventure, sortant deux compils de raretés ("Compilation Appearences vol 1 & 2") en guise de testament ainsi qu’un EP de son side project Estraya. La valeur d’une telle résurrection aujourd’hui n’en est donc que plus significative et réjouissante ! Quel bonheur en effet que de se replonger dans ces paysages hivernaux, ces étendues désertiques, immuable terreau créatif d’un duo toujours aussi habile dans l’art de transformer le vent en mélodie et le gris en couleur première… Prévu à la base comme la suite du premier Estraya ("The Time Has Come And Gone"), "Tripping Back Into The Broken Days" en conserve le côté sobre et dépouillé, préférant aux guitares électriques d’antan, arpèges acoustiques et mélodies folks. Une forme donc quelque peu modifiée mais qui laisse la part belle aux claviers éthérés et à cette mélancolie down tempo et vaguement orageuse si particulière à Lycia. De vastes espaces tellement vides qu’ils en donnent le vertige (Vacant Winter Day) à la contemplation désabusée d’un temps qui n’en finit plus de s’évaporer (Broken Days), l’univers du duo s’étend langoureusement le long des versants brumeux de l’Autre Amérique, accrochant ci et là de furtives parcelles de lumière et d’espoir (It’s Okay To Be Small, Cat & Dog). Entre les chuchotements feutrés de Mike VanPortfleet et le chant onirique de Tara Vanflower, rien ne semble une fois encore pouvoir venir briser le charme tenu qui enveloppe ce "Tripping Back Into The Broken Days", oeuvre intimiste entre tempêtes silencieuses et arcs-en-ciel monochromes. Pétrie de grâce jusque dans ses textes les plus poétiques (Asleep In The River), le duo reprend donc là son chemin vers les célestes hauteurs desquelles ils n’ont bien failli ne jamais revenir. À notre plus grande joie…
Stéphane Leguay |
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 |  | Fighting Spirit [Bloc 46/UWe]
Après dix ans de carrière, le DJ français le plus connu de la scène hardcore sort son premier album (un double qui plus est). Ses diverses collaborations, comme celle avec Torgull et un orchestre philharmonique, ont sûrement encouragé son envie de composer et surtout de mélanger toutes sortes d'univers, car comme il le dit lui-même, les musiques qui composent cet album sont le résultat hybride de plusieurs styles (électro, ambient, hip hop, drum'n'bass, indus…). C'est sûr, le teufeur habitué à détruire ses neurones la tête collée contre un mur d'enceintes risque d'être perturbé, surtout s'il s'attend uniquement à une saturation de BPM, mais c'est peut-être là un bon moyen pour Manu Le Malin de toucher un autre public. Sur le premier CD, plus expérimental, on sent le mélange des influences, et notamment celle de tous ces groupes plus électro/industriels souvent présents dans ses playlists de DJ, tels que Converter ou Imminent (Starvation). Le morceau Necronom fait d'ailleurs penser à une sorte d'Electronicat remixé par Converter. Le deuxième CD, plus intense, reste plutôt dans la lignée de son travail habituel et rassurera les fans. Une initiative à saluer donc, mais pas suicidaire, même si le titre de l'album,"Fighting Spirit", est une allusion directe à l'inscription présente sur le bandeau des kamikazes.
Carole Jay |
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 |  | Natural High [Resurrection Records]
Issu de l'écurie londonienne Resurrection Records, Manuskript marchait au milieu des années 90 sur les pas du revival gothique et de la dark wave, comme beaucoup de petits groupes anglais : Vendemmian, Inkubus Sukkubus, Suspiria ou encore The Horatii. A l'époque, leur gothic rock était emprunt des influences classiques du genre (Sisters Of Mercy, Mission…) avec un brin de désinvolture ; on se souvient du titre de leur premier EP qui s'appelait non sans ironie "I Can't Believe It's Not Goth" ! Depuis, la vague électro pop est passée par-là, entraînant le groupe dans son sillon. Mais finalement, c'est peut être toujours la même chose que l'on peut reprocher à Manuskript : des titres sympathiques bien que sans originalité, et qui ne laissent pas vraiment de trace derrière eux. Si ce nouvel album est décent dans la catégorie où il joue, celle des dancefloors de soirées gothiques, il est malgré tout dispensable. A moins d'être féru de la pléthore de groupes qui grossissent les rangs de l'électro pop à tendance "dark", donnez plutôt la priorité à un groupe comme Mesh qui a nettement plus d'envergure.
Laure Cornaire |
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 |  | European Onion [Pluxemburg/Rocket Girl]
"European Onion" est le troisième album de Pluxus, un groupe de Suédois un peu barrés qui ont besoin d'être quatre pour obtenir le son d'un C-64, comme le fait affectueusement remarquer un de leurs fans sur leur site web ! Pourtant Pluxus a commencé sa carrière en tant que groupe pop à guitares, jusqu'à ce que l'un d'entre eux décide d'acheter un synthé. Depuis tous se sont mis à bidouiller un matériel plus ou moins vintage (analogique comme numérique) aussi facilement que d'autres triturent leurs pédales de distorsion. Exit les guitares donc, mais le côté pop, lui, est resté : morceaux courts, accessibles et attachants (Igår, Idag Och From Nu), mélodies sautillantes (Psykopotät, Agent Tangent, Polyfant), parfois très naïves, limite easy listening (Business), voire radioheadiennes (Molltolerans). Mais quasiment toutes ces compositions ont un point commun, elles évoquent avec bonheur (comme ces compilations qui fleurissent à tout va), les bons vieux jeux vidéo de notre enfance, à la manière des Lektrogirl, Frederik Schikowski et autres Mat 101, ou de l'excellente Claire Broadley (Printed Circuit) qui cite Pluxus comme l'une de ses influences. Bref, la "lo-fi super mario pop symphonique" est née et peut-être que seuls des suédois pouvaient aussi bien l'incarner. Tack så mycket* Pluxus ! (*merci beaucoup en suédois)
Carole Jay |
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 |  | Silicom Two [Progressive Form]
Alors que le premier album d’Aoki Takamasa tourne encore sur nos platines, voici déjà sa seconde réalisation, sobrement intitulée "Silicom Two", le nom de code qui désigne la collaboration entre le musicien kyotoïte et le vidéaste Takagi Masakatsu. Tous deux forcent l’admiration des amateurs de créations digitales tant leur travail est brillant et leur expérience finalement inédite. Tout le concept musical d’Aoki s’appuie sur la libre interprétation des fréquences et des séquences que rejettent son logiciel (conçu par ses soins à l’aide du système de programmation Max/MSP). Aoki parvient ainsi à émouvoir en produisant onze titres tantôt abrasifs, parfois mélancoliques mais toujours animés par cette volonté de se laisser guider au sein d’un paysage sonore inédit.
Anthony Augendre |
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 |  | Murray Street [Polydor]
Sonic Youth est un groupe tranquille. Il y a belle lurette que la fureur qui animait notre jeunesse sonique préférée a cédé la place à une musique tout en nuances, frôlant parfois le jazz, souvent un certain psychédélisme à base de guitares aux sons distordus. Depuis le succès fulgurant de "Goo", en 1990/1991, le groupe, fidèle à son intégrité, avait délibérément renoncé à tout morceau pop. MTV avait certes réussi à grappiller dans les albums suivants quelques tubes potentiel, mais les deux derniers en date, "A Thousand Leaves", en 1998, puis "Nyc Ghosts & Flowers" en 2000 avaient définitivement eu raison du système. Qui se préoccupait encore de Sonic Youth, dont le nom même devenait dérisoire (cette "Youth" ayant la quarantaine bien sonnée). La musique de ce nouvel album ne surprendra donc pas. Celle-ci s'est peu à peu décharnée, il n'en reste plus qu'un squelette, des mélodies cotonneuses, étouffantes, oscillant entre dépression profonde et mélancolie somnolente. Il n'est plus temps, donc, de découvrir Sonic Youth, car Sonic Youth tourne désormais en cercle fermé : plus grand monde à convaincre, la musique élitiste du groupe reste ce qu'en attendent les fans, géniale, spontanée, bouleversante, même si elle ne surprend plus personne. Alors autant rajouter un membre au groupe : Jim O'Rourke, producteur du précédent album. Personne n'y voit là un sacrilège après vingt ans d'existence. La musique a triomphé –n'était-ce pas d'ailleurs la volonté première des membres du groupe ?–, il ne reste plus que de longues plaintes de guitares dissonantes, à l'image de celles qui terminaient presque systématiquement leurs morceaux. Car "Murray Street" n'est plus que l'écho d'un larsen infini décliné sur tous les tons, dont on se délectera les jours de brouillard ou de fatigue existentielle. Le reste du temps, on réécoutera "Goo" ou "Daydream Nation", histoire de retrouver un peu d'énergie pour combattre la morosité ambiante...
Frédéric Thébault |
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 |  | Court-Martial [E.N.D.E]
À la manière d’un David Tibet ou d’un Edward Ka-Spel, Angelo Bergamini fait partie de cette race d’artistes animés d’une inaltérable soif de création et qui ne semblent trouver le réconfort que dans la multiplicité des projets et collaborations en tout genre. Et si Stalingrad est après Ordo Ecclesiae Mortis, T.A.C., Alien Martyr ou encore Uranium USSR 1972 le énième side-project du leader de Kirlian Camera (et de l’une de ses vocalistes Helena Fossi), il en est aussi le plus proche parent. Tellement proche d’ailleurs que ce "Court-Martial" aurait très bien pu figurer dans la longue discographie du combo italien. Les compositions symphoniques (Neither Honour Nor Glory) ou plus synthético industrielles (Court-Martial) ne peuvent en effet que rappeler les travaux habituels de Kirlian Camera notamment ceux de l’époque "Solaris/The Last Corridor". Une analogie renforcée par les gimmicks de production typiquement Bergaminesques comme les triturations électroniques sur le majestueux Slavonija ou les percus guerrières de Morriconiana, mais qui n’enlèvent rien à la bonne tenue d’un album à la fois aérien et martial, lumineux et funèbre. Un disque aux références délicates autant que douloureuses qui, loin de tout concept politique (mais non sans cynisme) continue de contempler les cicatrices de notre XXe siècle.
Stéphane Leguay |
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 |  | Boo Hoo [Projekt]
Films d'animation, bande dessinée, jeux de rôles et musique, Voltaire est un jeune new-yorkais qui a plus d'une corde à son arc créatif. En élégant touche à tout, il développe son univers fantastique où grouillent créatures morbides non identifiées, vampires, et petits monstres Tim Burtoniens. Côté musique, on retrouve une bonne dose d'humour grinçant chanté avec légèreté. La combinaison guitare sèche/violon n'est pas sans évoquer les chansons de Human Drama (également sur le label Projekt), un petit côté cabaret en sus. Si "Boo Hoo" a été écrit à la suite d'une rupture sentimentale, il n'en est pas pour autant un chant de désespérance. Un peu crooner, Voltaire (dont la voix évoque par moment celle de Morrissey) réussit des chansons parsemées d'ironie à l'image de son monde fantasque. Il s'autorise même sur ce troisième album des reprises de Björk (Bachelor(ette)) et de Tori Amos (Caught A Lite Sneeze). Vraiment une bonne surprise pour les amateurs de pop acoustique !
Laure Cornaire |
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Encore un nouveau Lowfish ! Après "The Accident Causer" sorti il y a deux mois chez Ersatz Audio, voilà que Gregory de Rocher (co-fondateur de Suction Records avec Jason Amm, alias Solvent) remet ça sur son propre label avec un nouvel EP six titres. "Maintain The Tension", c'est son nom, est comme d'habitude un pur exemple d'électro enjouée, un rien nostalgique, qui nous prouve encore une fois toute l'habileté de ce canadien à produire ce qu'il appelle lui-même de la "robot music", mais peu importe l'étiquette : ce disque est avant tout très recommandable.
"Invisible Architecture" est le nom d'une série de collaborations live inédites sorties sur Audiosphère, un tout nouveau label belge. Après un premier essai initié par P. Jeck, O. Yoshihide et M. Tetreault, le deuxième volet, enregistré il y a un peu plus de deux ans à Bruxelles, rassemble cette fois Mika Vainio (Pan Sonic) et Christian Fennesz. Le CD, présenté dans un boîtier au format DVD et sobrement intitulé Vainio Fennesz Vainio, contient deux sessions d'à peu près 30 minutes chacune ; la première réuni les deux artistes tandis que la deuxième est une improvisation de Mika Vainio, seul. Au résultat on peut situer l'ensemble à mi-chemin entre la puissance des expérimentations d'IBM (Pan Sonic + Bruce Gilbert) et l'univers laptop/guitare de Christian Fennesz.
Onukeïo, dont le CD éponyme est sorti chez Ombre Sonore, est le projet d'un ex-Stigma. Sobre, précis, le style musical de ce disque est particulier. Les morceaux n'ont pas de titre et leur ambiance oscille entre mélancolie et gaieté. À l'image de la pochette "aérienne", l'ensemble est léger, enveloppé dans une sorte d'electronica rythmique plus cérébrale que dansante. Un album très agréable même si le style répétitif tend à uniformiser l'ensemble (précisons que les compositions de ce disque, bien que sorti récemment, datent de 1996/1997).
Pour son premier album solo intitulé "Saturno o Cipolla ?", le lyonnais Eric Aldéa (ancien Deity Guns et Bästard), fan de jazz comme de Diamanda Galás, nous dévoile à nouveau sa grande ouverture d'esprit musicale. Pour preuve, les sept titres de ce disque, composés tout spécialement pour la compagnie du chorégraphe Abou Lagraa, mélangent allègrement électronique et instruments à cordes (contrebasse, violon, violoncelle…) évoquant parfois :zoviet*france: pour le côté envoûtant. Une recherche de style en pleine évolution qui devrait facilement arriver à maturité.
Carole Jay
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