Terranova
Hitchhiking Nonstop With No Particular Destination
[!K7]

Découvert en 1999 avec un fantastique premier album, “Close The Door”, le trio allemand Terranova trouvait tout naturellement sa place entre DJ Shadow, Tricky ou Massive Attack, ces rares musiciens qui travaillent au rapprochement de publics aussi différents que ceux du hip-hop, du rock et des musiques électroniques. Après ce coup d’essai plus que prometteur, le groupe nous offre avec “Hitchhiking Nonstop…” sa véritable première œuvre majeure. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le son s’est terriblement alourdi, sali même, et que la paire Meister/Fetish nous dévoile la part la plus sombre de ses influences. On ne peut s’empêcher de citer à nouveau Tricky, qui ne renierait pas certains des morceaux présents ici (Equal Rights, Goodbye The Ferrari), mais sans les excès soniques de ce dernier. Les diverses participations vocales montrent bien l’étendue de la palette de cet album : le poète new-yorkais Mike Ladd rappe sur deux morceaux, Cath Coffey des baggies Stereo MC’s prête à nouveau sa voix aux outrages des producteurs (Breathe). Quant à Ariane (aka Ari-Up), on se demande bien où Fetish est allé dénicher celle qui fut , il y plus de 25 ans, la chanteuse de l’un des premiers groupes punk féminins, les Slits. La rencontre est en tout cas explosive, et Equal Rights et Mongril sont parmi les morceaux les plus réussis de cet album. Ajoutez à cela un sample bien senti de Bauhaus sur Running Away et une orgie de guitares sur Goodbye The Ferrari et vous obtenez un album à la fois groove et puissant, mélodique et rugueux, électronique aussi bien qu’organique, une rare réussite pour un groupe qui prend définitivement place parmi les grands.

Eric Semenzin



808 State
Outpost Transmission
[Circus]

Avant-gardiste, précurseur, pionnier ou encore vétéran, 808 State distille depuis plus de dix ans un savant hybride entre pop et électronique. Peut-être leurs racines mancuniennes leur ont-elles donné un don, peut-être est-ce simplement le hasard des rencontres et des collaborations (Bernard Sumner, Björk ou Michael Doughty de Soul Coughing), mais jusque-là Graham Massey, Andrew Barker et Darren Partington ont toujours fait office de sorciers tant chacune de leurs parutions a su marquer son époque et inspirer les générations suivantes. Mais cette fois-ci, après cinq ans de silence, le retour semble plus difficile. Rien à dire quant à la qualité intrinsèque de cet album, "Outpost Transmission" propose 70 minutes véritablement fidèles à tout ce qui a fait leur réussite jusqu’à présent, mais la magie ne semble plus opérer. Trois invités aux voix pourtant particulièrement intéressantes s’attellent à donner du relief à l’album, Simon Lord de Simian, Guy Garvey de Elbow ainsi que Dwayne et Larry Love de Alabama 3, mais sans véritablement y parvenir. Plutôt lounge que dance, plutôt apaisé que pop, 808 State ne semble pas très inspiré, et même si l’on peut se contenter de cet album après ces longues années d’attente, même si plusieurs écoutes sont nécessaires pour entrevoir la profondeur de "Outpost Transmission", on souhaite que ce ne soit qu’un album de transition et que le groupe reprenne rapidement la voie qu’il a ouverte un jour et dans laquelle il avait jusque-là toujours brillé.

Christophe Labussière



Add N To (X)
Loud Like Nature
[Mute/Labels]

Faisant suite à l’excellent "Add Insult To Injury" sorti en 2000, "Loud Like Nature" est le quatrième album de Add N To (X), ce titre ayant été aussi celui d’une installation que le groupe avait exposé au Printemps de Bourges l’année dernière. Enregistré par Barry Smith, Ann Shenton et Steve Claydon en un an entre Londres, New York et Sheffield, cet album bénéficie des contributions de Richard Hawley (guitariste de Pulp), Rowan Oliver (de Goldfrapp) et du légendaire producteur californien Kim Fowley qui chante (ou plutôt parle) sur l’étonnant morceau Invasion Of The Polaroid People. Dans ce "Loud Like Nature", les anglais de Add N To (X) nous démontrent une fois de plus qu’il maîtrisent leur sujet, une savante et incroyable alchimie de mélodies, rythmes chaotiques et sons explosifs, entre musique expérimentale, rock rétro, pop, punk et électro. Du redoutable single Take Me To Your Leader aux nappes de synthés très IDM de PP Machine en passant par les délirants Sheez Mine et Large Number, ce nouvel album des petits génies de Add N To (X) s’écoute et se réécoute et n’a pas fini de nous retourner le cerveau dans tous les sens.

Renaud Martin



Arbol
Arbol
[Indus Sonica/Rocket Girl]

Bien qu’étant catalogué sous la référence "inso 002", Arbol est la première sortie de Indus Sonica, la nouvelle division électronique du label anglais Rocket Girl. Il s’agit du nouveau projet de l’espagnol Miguel Marin, ex-batteur de Piano Magic, et si Bikes And Kaoss, le premier morceau de cet album, nous séduit par son côté très rythmé et purement électronique, il est bien le seul à se démarquer réellement du style et de "l’ambiance" Piano Magic... La jolie voix de Suzy Mangion, qui prend le relais sur le non moins charmant Raquel, s’allie parfaitement avec l’alto de James Topham, mais faut-il préciser que ces deux artistes ont également participé à Piano Magic, tout comme Paul Tornbohm (basse) et John Cheves (melodica) ? Après ces deux premiers titres suivent plusieurs instrumentaux à mi-chemin entre électronique et acoustique, et à l’ambiance toujours très cinématique comme sur le poétique Rings For You, qui évoque dès les premières notes le groupe... de Glen Johnson. Quelques titres chantés surgissent de nouveau à la fin de l’album, dont l’un allie comme sur Raquel le couplé gagnant voix/alto, associé à un son de piano qui a déjà fait merveille au sein de... l’autre groupe. Pour l’anecdote, on notera quelques références à une certaine ville du sud de la France puisque deux morceaux s’intitulent Once n Marseille et Some Pieces Left In Marseille. Agréable et reposant, comme un album de... Piano Magic.

Carole Jay



Assemblage 23
Defiance
[Accession Records]

Peut-être le disque de l’année pour tous les fans d’électro. Le troisième album d’Assemblage 23 est une vraie réussite puisqu’il fait preuve à la fois d’une réelle évolution du groupe et d’une continuité par rapport aux deux premiers albums. Les dix morceaux de "Defiance" sont comme autant de perles aux sonorités et aux rythmes très variés, des compositions rendues presque intemporelles par la voix de plus en plus personnelle et humaine de Tom Shear. Outre une succession de tubes à réveiller les morts, dont les morceaux de bravoure se nomment Opened et Drive -véritables ballades synthétiques sur les autoroutes du futur- l’homme-orchestre américain démontre l’étendue de sa dextérité musicale sur quelques compositions lentes et grandioses telles que le très pop Lullaby et surtout Horizon, le titre de l’année, sorte de condensé flottant du génie cumulé de Depeche Mode et Skinny Puppy. Un album magique, futuriste et courageux, à l’image du titre-single Document, et un défi difficile à relever pour tous ceux qui voudraient faire mieux. À acquérir d’urgence.

Stéphane Colombet



Chris De Luca and Peabird
Deadly Wiz Da Disko
[!K7]

Quand Chris De Luca, la moitié du duo allemand Funkstörung, s’associe à Peabird, on peut s’attendre au meilleur tout en craignant le pire. Si le premier, brillant, peut prétendre à la perfection lorsqu’il officie avec son acolyte Mickael Fakesch, le second navigue dans des eaux plus troubles, flirtant avec un rap souvent indigeste, à la confluence de la musique électronique et du hip-hop. La collusion des deux musiciens voit finalement Chris De Luca s’imposer, "Deadlly Wiz Da Disko" est en effet une sorte de Funkstörung étonnamment enrichi, plus groovy, hardi, moins froid, mais tout aussi précis. Une parfaite jonction entre l’univers de l’un et de l’autre, qui au bout du compte cohabitent brillamment. Les constructions des morceaux sont parfois géniales et les incursions vocales de Peabird tout à fait supportables.

Christophe Labussière



Claire Voyant
Love Is Blind
[Accession Records]

Trois ans après une étonnante compilation, "Time Again" qui avait vu la crème des remixers européens passer quelques-uns de leurs meilleurs titres à la moulinette électro-dancefloor, les américains de Claire Voyant reviennent aujourd’hui à une formule chant féminin-guitare-basse-batterie plus traditionnelle. Un style malheureusement toujours aussi désespérément propret et mollasson où roucoulades sirupeuses et ballades cristallines s’embourbent dans une uniformité terne et rapidement soporifique. Rares instants de grâce dans ce paysages faussement éthéré, les Silence ou Not Like Me ne parviennent malheureusement pas à sauver de l’ennui un album définitivement prisonnier de ses oripeaux heavenly voices. On attendait pourtant mieux d’un groupe dont les relectures électroniques sur "Time Again" avaient su révéler certaines de leurs compositions sous un jour nouveau et pour tout dire plus avantageux...

Stéphane Leguay



Compilations
Gothic
The Arbitrary Width Of Shadows
[Projekt]

Toujours aussi féru de compilations, Projekt nous livre aujourd’hui non pas une, mais deux nouvelles collections de la fine fleur de son écurie : "Gothic" et "The Arbitrary Width Of Shadow". N’allez pas croire, en dépit de son appellation, que "Gothic" déroge à la lignée romantico-atmosphérique chère au label. En effet, malgré une (superbe) entame nettement orientée goth signée Audra, ce sampler flotte dans les mêmes eaux tour à tour sombres et évanescentes auxquelles nous ont accoutumés depuis tant d’années les Black Tape For A Blue Girl, Lycia ou autres Lovespirals. Pourtant, l’uniformité de style n’est pas de mise ici, bien au contraire ; des guitares acoustiques d’Unto Ashes et Thanatos au gothique lumineux de This Ascension en passant par les transes himalayennes de Rajna ou les "pas de deux" tziganes de Voltaire, cette compilation s’écoule avec aisance et légèreté dans une atmosphère de paisible mélancolie. Et comme l’on ne change pas une équipe qui gagne, Sam Rosenthal (le grand gourou du label) reconduit presque la même équipe sur "The Arbitrary Width Of Shadows". L’orientation plus planante de ce volume laisse ici la part belle aux magiciens de l’ambient que son Steve Roach, Alio Die ou Black Tape For A Blue Girl, tandis que les parties guitares sont dévolues à Mira, Audra ou Mors Syphilitica (et leur superbe The Hue Of Longing). Un peu de piano par-ci (Unto Ashes), une petite touche percussive par-là (l’ex-Dead Can Dance, Peter Ulrich) sans oublier la country vampirique (!) du décidément très surprenant Voltaire viennent ajouter de subtiles variations à un "The Arbitrary Width Of Shadows" tout aussi intéressant que son homologue. Deux agréables compilations, plus destinées aux profanes qu’aux irréductibles de Projekt qui permettent surtout d’apprécier la surprenante diversité créative d’un label de plus en plus protéiforme dans sa démarche romantique.

Stéphane Leguay



Conjure One
Conjure One
[Nettwerk]

Que tous les fans du duo canadien Delerium se rassurent : le voyage musical est loin d’être terminé. Rhys Fulber s’installe, seul cette fois, aux commandes de ses machines pour nous offrir un album de musique universelle, large mélange d’inspirations d’orient et d’occident, de nature et de technologie. Moins techno et plus pop que Delerium, Conjure One est le côté sage et commercial de l’ex-membre fondateur de Front Line Assembly et producteur émérite de Fear Factory ou du dernier Paradise Lost. Après le succès mondial du titre Silence de Delerium, Rhys Fulber cherche sans nul doute à tutoyer à nouveau la réussite. Il s’est allié à cette fin avec quelques vieux crocodiles de la pop dont le fameux Billy Steinberg (qui a notamment écrit le Like A Virgin de Madonna) ou encore une chanteuse aussi peu connue que... Sinéad O’Connor (sur le magnifique Tears From The Moon). Le résultat est un album techniquement parfait, même si parfois déjà entendu, surfant avec un temps de retard sur la vague fusionnelle world/techno. On pensera même à des groupes tels Enigma ou Deep Forest, l’accent commercial étant parfois très présent. Le titre Manic Star vaut néanmoins à lui seul de porter un certain intérêt à ce disque... dans l’attente du nouvel opus de Delerium.

Stéphane Colombet



Cordell Klier
Apparitions
[Ad Noiseam]

Cordell Klier est un musicien aux multiples side projects. Monstrare, Of, Vedisni ou Kreptkrept sont plusieurs des nombreux pseudonymes (plus d’une vingtaine en tout) que cet américain utilise pour diffuser sa musique, ou plutôt ses différents styles de musique, qui oscillent entre dark ambient, indus rituel, rhythmic noise et clicks & cuts. "Apparitions", le premier album qu’il sort sous son propre nom, possède en tout cas une véritable identité musicale, tant et si bien que les treize morceaux (sans titre) qui le composent semblent n’en faire qu’un. Construites à partir de clicks & cuts et de nappes sonores très dark ambient, les compositions de ce disque sont par moments agrémentées de voix lointaines qui s’immiscent comme autant de présences fantomatiques. On a même parfois l’impression d’espionner quelque spirite tentant de déceler d’infimes particules d’âmes à travers un poste de radio ou de télévision... Certains des éléments sonores cités précédemment se retrouvent dans d’autres projets du musicien, comme Monstrare ou Vedisni, mais l’apport de sons abstraits et microscopiques donne à cet album une dimension encore plus étrange qui rappelle parfois l’ambiance de certaines compositions de Asmus Tietchens. Le point commun à toute la musique de Cordell Klier est d’être variée, sombre et atypique, et il ne déroge pas à la règle avec ce disque qu’on peut situer à mi-chemin entre les productions de Mille Plateaux et Cold Meat Industry.

Carole Jay



Dead Hollywood Stars
Junctions
[Hymen/Mad Monkey]

"Gone West", premier album de Dead Hollywood Stars sorti en 2000, avait déjà intrigué et séduit par son mélange audacieux d’electronica et de folk. Injustement sous-médiatisé, cet ovni subtil, agrémenté de deux titres déjà disponibles sur le maxi "Wagon Of Miracles", est réédité en CD bonus d’une version limitée de "Junctions", nouvelle livraison fascinante du trio magique qui compose Dead Hollywood Stars. Car sous ce nom curieux se cachent trois figures exceptionnelles : John N. Sellekaers (Xingu Hill, Urawa, Ambre, Snog) Hervé Thomas (Fragile, Hint) et C-Drik Fermont (Ambre, Ammo). Junctions s’inscrit dans la continuité de "Gone West", en allant plus avant dans l’expérimentation sonore et le mélange des textures. Croisement inédit de blues (The Pure Voice et Back From Exile) d’un Black Lung faussement groovy (In The Abbey Of The Psalms), de Megaptera (sur Noctuary) ou encore Front Line Assembly (Last Train to Aldebaran), on pourrait classer un peu trop rapidement ce futur classique près d’un Amon Tobin ou l’imaginer en bande son du prochain Lynch, des titres comme Suburban Mystery évoquant la BO de Twin Peaks. Mais la facilité n’étant pas de mise sur cet album, alors que l’approche en est aisée, mieux vaut se laisser porter par la multitude de couleurs qu’évoquent "Junctions" (on passe sans heurt dans un même morceau d’ambiances sautillantes -Singapore Sling- ou tribales à des sphères plus froides -sur Triangulating The Daemon ou The Crying Indian-) et découvrir au fil des écoutes la richesse de ces compositions méticuleuses qui sont autant d’invitations oniriques et qui font de "Junctions" un album précieux, rare et indispensable.

Catherine Fagnot



Death In Vegas
Scorpio Rising
[Subdivision]

"Scorpio Rising" est certes le nom du film culte des années 60 réalisé par Kenneth Anger, mais c’est aussi maintenant celui du nouvel album de Richard Fearless et Tim Holmes alias Death In Vegas. Reprenant le concept maintenant bien connu consistant à confier le chant à des guests plus ou moins prestigieux, on retrouvera cette fois-ci dans la liste des invités le violoniste indien Subramaniam (star locale ayant travaillé dans les années 70 avec George Harrison et Ravi Shankar), Dot Allison, Hope Sandoval (ex-Mazzy Star), Nicola Kuperus (du groupe Adult.), Paul Weller et l’horripilant Liam Gallagher. Teinté de sonorités indiennes et globalement plus rock que son prédécesseur, ce "Scorpio Rising" ressemble parfois un peu trop à une compilation assez inégale : du tube new-wave dancefloor (avec l’excellent premier single Hands Around My Throat) à des chansons rock un peu trop ordinaires (Scorpio Rising, So You Say You Lost Your Baby) en passant par des morceaux ambiants et vaporeux comme le très réussi Diving Horses, il n’est pas évident de trouver une véritable cohérence à l’ensemble. Heureusement, l’album se termine magistralement avec le superbe Help Yourself, morceau progressif et épique de douze minutes illuminé par le violon de L. Subramaniam et la voix de Hope Sandoval.

Renaud Martin



The Future Sound Of London
Amorphous Androgynous The Isness
[Artful]

The Future Sound Of London était un groupe unique. Leur musique était une bande-son sortie tout droit du fin-fond de l’univers, ou plutôt des tréfonds de l’esprit. On y trouvait paix, mystère, évasion, parfois aussi énergie, et le groupe avait fini par entraîner un véritable culte dans son sillage.
Hélas, mille fois hélas, qu’est-il advenu de cette délicatesse éthérée, de ces coups de génie auxquels on s’était habitués ? Pas grand chose, ou plutôt juste quelques relents bienheureux. Cet album alterne le pire avec le seulement acceptable, et ne propose qu’un seul morceau vraiment réussi, Elysian Feels, en droite lignée de "Dead Cities". Acceptons aussi The Mellow Hippo Disco Show, parce qu’il arrive à nous surprendre : le chant (oui, du chant, du vrai, qui occupe tout l’espace musical) attise notre curiosité, le morceau pourrait même très bien donner un tube qui fleure bon le psychédélisme des seventies. Des seventies, justement, qui se sont méchamment incrustées, tel ce Osho et sa guitare wah-wah qui nous font penser à Shaft. Les odeurs de patchouli envahissent les quatre coins du CD : plus rien ne va ! C’est ici une flûte insupportable (sur The Galaxial Pharmaceutical), plus loin un sitar doublé d’un chant pompeux et nasillard, ou encore un banjo et un ukulélé sur Her Tongue Is Like A Jellyfish. Inutile de poursuivre, on baigne dans les eaux d’un néo-hindouisme flower-power bien malheureux, même si en se forçant un peu on pourrait dégager quelques autres passages agréables, comme High Tide On The Sea Of Flesh au chant typé Oasis sur fond de trompettes à la Boo Radleys.
Le grand retour attendu de The Future Sound Of London vient de virer à l’échec cuisant.

Frédéric Thébault



Hooverphonic
Presents Jackie Cane
[Sony/Small]

Après être passés en trois albums d’un trip hop brillant et raffiné (avec l’excellent "A New Stereophonic Sound Spectacular" sorti sous le nom de Hoover) à la pop plus sirupeuse des deux albums suivants "Blue Wonder Powder Milk" et "The Magnificent Tree", les belges d’Hooverphonic reviennent avec "Hooverphonic Presents Jackie Cane", un album concept qui raconte l’ascension puis le déclin d’un personnage imaginaire, une chanteuse de l’Amérique des années soixante nommée Jackie Cane (qui avait d’ailleurs déjà fait une apparition dans "The Magnificent Tree"). Et une fois de plus, le son du groupe change de forme : chants parfois pompiers d’une Geike Arnaert très en forme, cuivres, violons et sons électroniques, chaque morceau se distingue par ses thèmes et ses ambiances. Entre pop, trip hop, comédie musicale et musique de film (comment d’ailleurs ne pas penser à Goldfrapp sur le morceau One), ce disque mélange habilement plusieurs styles dans une ambiance rétro pleine de charme qui vous propulsera plusieurs dizaines d’années en arrière.

Renaud Martin



Hypo
Karaoke A Capella
[Active Suspension]

"Karaoke A Capella" est incontestablement un ovni sur la scène electronica. Ce disque respire, rit, réfléchit, scintille, fourmille de sons malins et abrite profusion d’idées astucieuses. Hypo a puisé dans un vivier de talent et d’énergie (O.lamm, Ddamage, Sawako, Reiko Underwater, Michiko Kusaki, Sonia Cordier violoncelliste d’Encre…) pour nous offrir quelque chose de véritablement surprenant et inédit. Une combinaison de réminiscences et de créativité, pour 18 titres étonnants, bourrés d’humeur, d’humour et de clins d’œil ; une collection précieuse aux arrangements toujours curieux mais incroyablement ludiques. On sourit souvent, mais on se prend aussi à chantonner sur cette electronica foutraque et fouillée made in France.
Toute la réussite de cet album tient à son homogénéité et à son accessibilité ; "Karaoke A Capella" charmera les plus réticents et convaincra les plus difficiles. Un sens aigu de la mélodie et de l’efficacité qui permet à Hypo de s’imposer comme une nouvelle référence, un an tout juste après la sortie de "Kotva", son premier album, ébauche moins ambitieuse sortie alors sur le label anglais Spymania (qui a vu passer entre autres Squarepusher...).

Christophe Labussière



Komputer
Market Led
[Mute/Labels]

Quelle déception sans doute pour tous les fans de Kraftwerk qui ont accueilli il y a quatre ans le duo anglais de Komputer comme les dignes fils du quatuor génial de Dusseldorf. Il faut dire que leur premier album, "The World Of Tomorrow" était particulièrement réussi, tant la naïveté des chants mêlée aux vieux sons analogiques apportait de l’air frais dans nos enceintes, avant même le revival eighties. Malheureusement, pour ce second album, Komputer a radicalement changé de direction pour rejoindre les sphères nébuleuses -et d’un ennui total- d’artistes tels que Matmos, Pole, Farben ou encore Oval. La notion de pop a totalement disparu avec les chants, au profit unique d’une musique électronique expérimentale lénifiante et même pas vraiment innovante. Il faudra sans nul doute revenir dans l’avenir aux sources d’inspiration du premier album pour confirmer le talent initial, car à vouloir faire preuve d’originalité, Komputer est tombé dans la médiocrité et peut-être bientôt l’oubli.

Stéphane Colombet



Lover Of Sin
Lover Of Sin
[Candlelight]

Autant le dire tout de suite, Lover Of Sin n’est pas le nom du nouvel album de Christian Death, même si le label Candlelight semble avoir tout fait pour accentuer la confusion (artwork, logo…). Manifestement vendu comme l’œuvre d’un Valor qui serait resté pour une fois dans l’ombre, Lover Of Sin est en fait le side-project de la bassiste du groupe, Maitri. On savait la jeune femme amatrice de hurlements en tout genre, et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle s’est certainement fait très plaisir avec cet album. C’est déjà ça... Car pour l’auditeur peu amateur de cavalcades death/black métal, l’écoute d’un tel opus risque de se révéler fort douloureuse ! Titres bêtement bourrins (n’est pas Cradle Of Filth qui veut…), compositions parfaitement inintéressantes, arrangements gothiques douteux, provoc’ bon marché, pochette hideuse, tout respire la médiocrité et le manque d’inspiration… Quant à la production, elle souffre d’un manque chronique de puissance et de clarté, éléments pourtant indispensables à la difficile pratique du métal extrême. Souhaitons juste que cette grotesque blague n’ai pas trop déteint sur le prochain Christian Death, "Ten Reasons For Suicide". Si Rozz Williams voyait ça…

Stéphane Leguay



Mimetic
Data Sensitive
Be-at Sound A
[Parametric]

Membre permanent de Von Magnet, c’est une fois de plus sous le nom de Mimetic que Jérôme Soudan reprend en solo sa quête de l’ambiance et du click parfait. Synthèse contre-nature et représentation quasi universitaire de tout ce que l’électronique comporte de plus subtil, parfois symphonique, parfois ambiant, parfois saturée, mais toujours baignée dans des racines industrielles, le projet Mimetic a su, avec quatre albums en constante évolution, proposer à chacune de ses productions une nouvelle perception d’un environnement toujours en mutation. Ce double CD au packaging soigné est un hôte de choix pour le tout jeune label Parametric dont la première sortie, l’album "Oxydes" de Mlada Fronta, avait déjà fait parler de lui il y a quelques mois. S’agissant initialement de deux projets indépendants, les deux CD ici regroupés s’écouteront effectivement de façon bien distincte. Le premier, "Data Sensitive" est une sorte de bande-son (bruits, frottements, voix) totalement basée sur l’ambiance et les sens. Le second, "Be-at Sound A", plus axé sur le rythme et les saturations, est plus linéaire mais néanmoins terriblement efficace. On reste soufflé par ces va-et-vient, ces mélanges hybrides, voix lyrique, rythmes déstructurés et nappes envoûtantes. On navigue en eaux troubles, à un croisement improbable entre les ambiances cybernétiques de Front Line Assembly et celles plus vicieuses d’Autechre.

Christophe Labussière



Project Pitchfork
Inferno
[Candyland/Warner]

"Inferno" est un miroir" explique Peter Spilles, leader du groupe culte allemand. Ce nouvel album, première étape d’une trilogie composée également de deux mini-LP à sortir fin octobre et fin novembre, s’apparente effectivement à un reflet : reflet de la vie de chaque être humain d’abord, par ses aspirations et ses sentiments variés ; reflet aussi de toute l’histoire de ce groupe qui depuis onze ans nous livre presque à chaque fois un petit chef-d’œuvre de dark électro lyrique. "Inferno" est composé de quatorze titres d’une richesse et d’une diversité rare, à l’image de son livret et de ses textes en anglais et allemand, rappelant tout à la fois les premiers albums et les derniers, tant au plan mélodique qu’au niveau des sonorités. Les premiers morceaux sortent du registre couplets/refrain et offrent une musique entêtante aux harmonies progressives tandis que la seconde partie de l’album est plus accessible, avec de vraies chansons dont la mémoire s’imprègne avec plus de facilité. La voix de Peter Spilles n’a pas pris une ride et le paysage sonore global demeure très gothique clean. "Inferno" est un album qui mûrira avec les années, tant sa substance a été méditée pour tendre vers l’intemporalité. Un seul regret peut-être : aucun véritable hit mais plutôt une suite de compositions agréables sans être réellement excitantes. L’enfer pour les Pitchies, est-ce donc l’expression de la raison ?

Stéphane Colombet



Rosa Crux
In Tenebris
[Rosa Crux Production]

Chaque nouvelle production de Rosa Crux, qu’elle soit musicale, picturale ou scénique, constitue une véritable pièce d’orfèvrerie. Tant par les sons que par les images, l’univers païen du groupe rouennais ne semble en effet pouvoir s’exprimer autrement qu’au travers d’œuvres grandiloquentes et protéiformes. Touche-à-tout de génie, musiciens émérites et bricoleurs d’instruments surréalistes, le duo (la contrebassiste Nathalie s’en étant allé entre temps) nous revient aujourd’hui avec un troisième opus dont le seul nom résonne comme une invocation : "In Tenebris"… Sombres, incantatoires et mécaniques, les mélopées de Rosa Crux restent immuables dans leur structure, égrenant sur des rythmes presque mathématiques neuf nouvelles compositions de fer et de feu. Une ouverture dantesque, Adorasti, un épilogue funèbre, Salve Crux et de puissantes marches rituelles, rythmées par les obsédants tambours-automates (Sacrum), la fascinante et singulière formule rosicrucienne déploie ses mécanismes les plus affûtés pour un nouveau périple infernal. Cloches gothiques, guitare déchirante, grandes orgues, chant psalmodié, musiques sacrées (Arcum) ou sacrificielles (Omnes Qui Descendunt), tout ici tutoie obscurantisme médiéval, symboles cabalistiques et liturgie ancestrale. Un extraordinaire potentiel évocateur au travers duquel Rosa Crux parvient à esquisser l’indescriptible. Les ténèbres.

Stéphane Leguay



Schneider TM
Zoomer
[City Slang/Labels]

Assez éloigné du format habituellement rigide de l’electronica, Dirk Dresselhaus propose avec cet album une lecture plutôt pop acidulée de l’électronique de ses débuts. Son premier album "Moister", sorti en 1998, avait été particulièrement bien accueilli à l’époque, et le récent mini-EP de l’allemand avait également fait son petit effet avec une reprise amusante du There Is A Light That Never Goes Out des Smiths, rebaptisé The Light 3000. C’est d’ailleurs à cette occasion que Dirk s’était pour la première fois laissé aller à l’expérience du chant. Aujourd’hui, l’ouverture "pop" est encore plus évidente, une bonne moitié de l’album est en effet chantée et les morceaux sont calibrés dans ce sens. Un rap extrêmement malvenu et plutôt éprouvant, Turn On, "coupe" l’album en deux, mais l’ensemble reste honorable, car truffé de sons et de bidouillages particulièrement intéressants, clicks et scratchs granuleux à souhait. Un mariage réussi dans lequel Schneider TM s’installe confortablement. Une belle surprise.

Christophe Labussière



Sigur Rós
( )
[Pias]

Chaque album de Sigur Rós est à part. Sigur Rós est à part. Hors des courants, hors des étiquettes, ces islandais dont le nom nous est pourtant de plus en plus familier ont su en deux albums imposer une couleur inimitable. Et ce n’est pas ce troisième album sobrement intitulé "( )" qui le démentira. Car il s’agit bien ici de prendre le temps, de se laisser glisser, quitte à se perdre dans la beauté de cette musique sublime. Preuve en est l’absolue nudité du packaging, le groupe allant jusqu’à ne pas nommer les titres comme pour laisser davantage l’auditeur face à lui même et l’inviter à un recueillement quasi mystique. Faussement langoureuses, terriblement mélancoliques, les compositions de cet album frôlent la perfection en matière de post rock, puisque c’est bien là qu’on les classera s’il le faut. Plus épuré encore que "Ágætis Byrjun" (2000), Sigur Rós a laissé de côté sur "( )" les expérimentations sonores de "Von" (1997) pour affirmer dans ce chef-d’œuvre de volupté une maîtrise totale de l’usage de la lenteur (on pensera parfois à Low sur les pistes 2, autrement appelées Fyrsta par le groupe si l’on en croit les set lists des concerts, ou 5 Álafoss) et de l’intensité crescendo que ne renierait pas Godspeed You! Black Emperor (voir les pistes 6 E-Bow- et 7 Dau›alagi›). À ranger d’ores et déjà dans les grands classiques.

Catherine Fagnot



Thievery Corporation
The Richest Man In Babylon
[Barclay]

Thievery Corporation est un duo de Washington fondé en 1995 par Rob Garza et Eric Hilton, deux américains passionnés de world-music et de bidouillages électroniques. Après "Sounds From The Thievery Hi Fi", premier album devenu depuis un must du down-tempo underground, le groupe, remarqué alors en Europe, signe ses albums suivants sur le mythique label 4AD (à l’époque en pleine période de renouveau). "The Richest Man In Babylon", leur nouvel album, est dans la continuité de leurs travaux précédents : une sorte de lounge music très "classe" brassant d’innombrables influences, que ce soit jazz, électro, dub, reggae, soul ou musiques traditionnelles latines, brésiliennes, perses ou indiennes. Le tout donne un album ambiant très "chill out" mais dont quelques morceaux comme le Heaven’s Gonna Burn Your Eyes (chanté par l’islandaise Emiliana Torrini) ou le typiquement dub Outernationalist sortent malgré tout du lot. International, agréable et apaisant, "The Richest Man In Babylon" est en quelque sorte l’album idéal pour se reposer les oreilles et l’esprit entre deux écoutes de choses un peu plus rudes.

Renaud Martin

Express

Ce disque ravira tous les inconditionnels de The Mission. Mais en reste-t-il ? "Aural Delight" propose raretés, faces B, et morceaux inédits... en fait rien de bien excitant à se mettre sous la dent si ce ne sont les deux reprises, Never Let Me Down de Depeche Mode, et le classique Can’t Help Falling In Love With You. Le reste n’est qu’anecdotique comme le très "curesque" Melt ou le clip de Shine Like The Stars. Juste une occasion de nous rappeller qu’avant de s’être retrouvé dans cette mauvaise passe, Mission a véritablement été un grand groupe. À noter que l’édition limitée propose quatre titres acoustiques supplémentaires.
"Children Of The Black Sun" offre 30 mn bien moins éprouvantes qu’à l’accoutumée, présentant le versant le plus apaisé du travail de Boyd Rice. Cet album comblera les esthètes, avides d’ambiances souvent inquiétantes, ici splendides, qui parviennent à pénétrer sans encombre l’univers hermétique de NON. L’album est accompagné d’un DVD (sans vidéo) qui reprend tous les titres de l’album et permettra aux férus de technologie et de hi-tech, équipés impérativement d’une installation audio 5:1, de s’immerger dans cet univers sonore tout spécialement travaillé pour ce support.
Quatre ans après "Actual Sounds And Voices" Jack Dangers sort son nouvel album "R.U.O.K?". Si le son reste estampillé Meat Beat Manifesto, il est malgré tout plus épuré, presque totalement débarrassé des tics et du goût prononcé de Jack pour les rythmes cassés ou les scratchs sombres et déchirés, les samples à foison et le chant souvent politique. Peut-être qu’Alex Patterson de The Orb ou Z-Trip, tous deux présents sur cet album, sont responsables de ce revirement, bien qu’ils n’apporte par ailleurs rien de bien excitant à "R.U.O.K?".
La bombe électro métal indus hexagonale de l’année aura été sans conteste Punish Yourself avec "Warp 99". À l’instar de ses concerts incendiaires (dont le clip présent sur le CD vous donnera un aperçu), l’album offre un crossover incroyablement maîtrisé et totalement imparable.
Sub-Division et son album "Trauma" nous entraîne quant à lui dans des ambiances plus sombres, lourdes, métalliques et dark. Si les influences sont digérées et le résultat aussi riche qu’homogène, l’exercice reste néanmoins à plusieurs reprises, en particulier en ce qui concerne le chant, plutôt approximatif.
Une grande surprise de cette rentrée est la réapparition de IDLO (Ivanovitch Dans L’Ombre), qui, presque 10 ans après une série de K7 étonnantes, sort son premier CD "Trans Level", sorte d’électro old school à laquelle aucun ingrédient ne semble manquer... mais qui s’avère malheureusement être bien vite ennuyeuse.

Christophe Labussière