
 |  | Winter in the Belly of a Snake [Planet-Mu] Find Candace [Hymen]
Comme pour un certain Kid 606 fut un temps, il devient très difficile de suivre l’actualité discographique du prolifique Venetian Snares... "Winter in the Belly of a Snake" est le dernier volet d’une trilogie sortie chez Planet-Mu comprenant "Higgins Ultra Low Track Glue Funk Hits 1972-2006" et "2370894". Ces albums devaient tous sortir l’année dernière à quelques mois d’intervalle, mais ce dernier opus, à cause de problèmes de pressage, a du être reporté à 2003. Du reste, il s’agit sans doute du meilleur de ces trois disques, ou en tout cas du plus accessible, même si à ce niveau d’expérimentation, qualifier cette musique d’accessible a quelque chose d’étrange et d’ironique… Sur cet album, Aaron Funk laisse de côté le mélange survolté typique à ses deux prédécesseurs, où différents styles musicaux tels que le free jazz, le métal ou la jungle se côtoyaient sur une base résolument breakcore. Ici il renoue avec le côté le plus sombre et le plus calme de ses productions, agrémentant certains morceaux d’une petite touche d’humanité grâce à l’ajout de voix très bien venues, comme sur le premier morceau consacré à son père décédé. Indéniablement, Mr Funk dévoile avec ce disque une face plus mature de sa personnalité. "Find Candace" fait lui aussi partie d’une série, puisqu’il s’agit de la suite de "Doll Doll Doll", sorti chez Hymen en 2001. Le thème de l’enfance y est une fois de plus abordé, et toujours de manière très sombre. En tout sept titres (quatre sur le vinyl), dont un remix de "Befriend a Child Killer" et la reprise de "Dolleater", composent ce disque qui, tout comme pour "Winter in the Belly of a Snake" (et "Doll Doll Doll"), voit sa pochette ornée d’un dessin de Trevor Brown (représentant une sorte de Laura Palmer japonaise censée incarner une poupée nommée "Candace"). Et tout comme sur "Befriend a Child Killer", les samples de films ne sont pas en reste. Le fil rouge de "Children’s Limbo", par exemple, est un dialogue tiré du film "Les Autres", où la mère décrit à ses enfants les limbes comme étant l’un des quatre enfers… Avis aux néophytes, ces deux disques constituent une très bonne introduction à l’univers musical déjanté, mais pourtant si maîtrisé, de Venetian Snares.
Carole Jay |
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 |  | Clean [Labels]
Difficile d'ignorer l'existence de Cosmo Vitelli dont le Party Day hante les ondes depuis maintenant plus d'un an et demi. Totalement hybride et parfaitement dans l'air du temps, ce morceau jongle entre réminiscences eigthies et sonorités électroniques beaucoup plus actuelles. Ses "synthés", très caractéristiques, calquent clairement ceux de Fade to Grey de Visage et offrent un résultat simplement irrésistible. L'album poursuit dans la même direction et persiste à revisiter les sons du passé en utilisant ceux d'aujourd'hui (à moins que ce ne soit le contraire). Manipulant une électro froide et élégante (on pense forcément à Beloved ou à New Order), "Clean" puise sans vergogne dans le meilleur de la cold/new wave. Mais là où tout se gâte, c'est que le DJ français n'a pas pu s'empêcher de coller sur la majorité des titres une voix aux sévères accents "french touch", maniérée et systématique. Normal, Benjamin Boquet remixe pour Cassius, Benjamin Diamond, Étienne de Crécy ou Super Discount... mais si cela explique ses fautes de goût, cela n'empêchera pas cette voix entêtante de paraître insurmontable à certains. On reste d'ailleurs vraiment rêveur à imaginer ce qu'aurait pu donner "Clean" avec un chant totalement différent... Mais, dans tous les cas, sauf rejet viscéral et immédiat, le résultat vous fera forcément battre un cil, les pieds, la tête, ou au minimum siffloter, car il surfe avec brio sur la vague eighties. S'il ne marquera pas le millénaire, l'ensemble de l'album est largement à la hauteur de Party Day et, si Cosmo Vitelli n'est pour certain qu'un énième produit à la mode, il semble néanmoins avoir plus de texture que beaucoup d'autres. Quoiqu'il en soit, Icons, Robot Soul, le troublant Come On, Generation Clone ou l'excellent Be Kind to the Machines, qui sample le générique des "Feux de l'amour", resteront autant de belles surprises.
Christophe Labussière |
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 |  | Fuenfzehn Neue DAF Lieder [Superstar/Universal]
Cela deviendrait presque lassant d’annoncer “le grand retour de nos obscurs héros du début des eighties”, car il semble qu’ils s’y mettent tous : entre les petits jeunes qui se la jouent Chameleons ou Gang Of Four et les vieux ex-post-punks qui se reforment, force est de constater que l’heure est à ce genre de musique. Aujourd’hui, c’est donc Deutsch Amerikanische Freundschaft, duo allemand conceptuel provocateur, mythique et confidentiel, parrain d’une certaine techno martiale, minimaliste et destroy (parmi les héritiers, Nitzer Ebb ou plus près de nous Rammstein), qui s’y colle. Vingt ans pile après le dernier “vrai” album (Für Immer) -si l’on oublie le projet solo DAF/DOS de Gabi Delgado en 1999- nos Teutons à l’imagerie homosexuelle dérangeante (encore aujourd’hui ?) reviennent en pleine forme, comme si de rien n’était. Même rythmique tribale, mêmes boucles de sons hypnotisantes, même phrasé agressif et monocorde et, concédons-le, un peu plus d’effets et de production. En bref, rien n’a changé, et cet album de DAF est le fidèle reflet de son époque : musique stressée pour gens stressés, musique violente pour un monde violent, comment pourrait-il en être autrement ces jours-ci ?
Frédéric Thébault |
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 |  | Moon_Phase [M-Tronic]
Une électronica aseptisée, claire, à l'image du packaging du CD, semble de prime abord être l'essence du premier album du canadien Displacer. Mais des sonorités plus rugueuses viennent rapidement compliquer les compositions, déstructurant les morceaux et durcissant le ton. Le titre Atrophied est peut-être le représentant le plus réussi de ce dosage étonnant. Mike Morton semble vouloir modifier sans cesse l'équilibre qui s'installe, affinant indéfiniment les réglages à chaque nouveau morceau. Il donne ainsi une vraie variété à l'album et propose un large aperçu de la richesse que peut entraîner la recherche du compromis entre des sonorités organiques, précises, et une rythmique abrasive, plus sombre. Si les deux s'étaient confondus, on aurait pu penser à Autechre, mais ici la combinaison est constituée de telle manière, sans cesse renouvelée, que la référence devient difficile. Et c'est là toute la force de "Moon_Phase", que Mike Morton a enregistré dans le studio de Mike Wells de Gridlock, de savoir éviter l'écueil de la répétition monocorde en oscillant d'un style à l'autre. Une réussite.
Christophe Labussière |
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 |  | Giraffe [Mute/Labels]
Derrière le nom d'Echoboy officie le londonien Richard Warren, ex-leader des Hybrids. Pour son quatrième album, ce génial touche à tout a décidé de se débarrasser des encombrantes étiquettes post-rock ou avant-garde qui lui avaient été attribuées pour marier, comme l'avait fait avant lui New Order, rythmiques, expérimentations électroniques et mélodies pop. "Giraffe" est ainsi un disque gorgé de tubes à la fois électriques et électroniques, que l'on pourrait situer quelque part entre Stone Roses, Primal Scream et l'électro pop de New Order ou Electronic. Des obscurs arpèges de guitare de Fun in You aux lignes de basse dignes d'un Peter Hook de Good on TV ou du single Automatic Eyes, des beats électro dansants de Lately Lonely à la violence des sonorités saturées de Wasted Spaces, les moments de répit sont bien rares (l'excellent et psychédélique High Speed in Love). Pari réussi pour Richard Warren qui, avec ce disque épique et puissant, repousse un peu plus loin les limites de la pop.
Renaud Martin |
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 |  | 9-15-2000, Brussels [Caroline Distr.]
Histoire de nous faire patienter jusqu’à la sortie de leur prochain album (rappelons le, entièrement coproduit par le groupe et ses fans !) et un an après la sortie du troisième volume des compilations “Strategies Against Architecture”, Neubauten remet aujourd’hui le couvert avec cette fois-ci un double CD live. Premier témoignage du genre depuis le mythique “2x4” en 1984, ce “9-15-2000, Brussels” est surtout une merveilleuse occasion de se replonger dans la tournée anniversaire qu’Einstürzende Neubauten avait entrepris pour ses 20 ans d’existence. Évidemment, le son s’est quelque peu assoupli depuis les convulsions sidérurgiques de “2x4”, naturellement la touche feutrée de l'album “Silence is Sexy” est ici omniprésente (11 titres en sont extraits) et bien entendu l’ensemble de ce live apparaît bien moins chaotique que mélodique (on regrettera notamment l'absence d'Headcleaner). Il n’empêche que derrière une pochette plutôt minimale, ce “9-15-2000, Brussels” apparaît rapidement comme une pièce inestimable tant pour le fan que pour le béotien qui trouvera là un bon moyen d’appréhender l’univers complexe du groupe. La set list, si elle fait la part belle aux titres des albums les plus récents (Sabrina, Die Interimsliebenden, NNNAAAMMM, Redukt…) n’hésite néanmoins pas à réaliser quelques (rares) crochets vers les sommets industriels des 80’s tel Haus des Luge ou l’abrasif Yü-Gung. Avec quelques petites raretés en guise de goodies (Jubel, Ein seltener Vogel…) et une production suffisamment léchée et claire pour retranscrire fidèlement le son si particulier du combo berlinois. Vous aurez bien sûr compris que ce double album live s’avère, encore une fois, tout à fait essentiel.
Stéphane Leguay |
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 |  | Unrest [Source Records]
Moitié du duo pop-folk Kings of Convenience, groupe qui avait déjà pris un virage électro avec l'album de remixes "Versus" en 2001, Erlend Oye est aussi la voix des Poor Leno et Remind Me de Röyksopp. C'est donc logiquement que le norvégien continue dans le registre électro avec ce premier album solo. Enregistré en un an dans dix villes différentes (New York, Rome, Berlin, Helsinki ou Rennes pour la France) avec dix producteurs différents (Morgan Geist, Schneider TM, Velcro Fastener ou Prefuse 73 du label Warp), "Unrest" est un album d'électro pop légère, mélancolique et, comme le veut la tendance du moment, pleine de références aux sonorités des années 80 : mélodies tantôt doucereuses ou malicieuses, tempos électroniques légers et dansants, synthés rétros, la recette fonctionne, on le sait (sur les morceaux Ghost Trains, Sheltered Life ou Symptom of Disease notamment). Un album frais, insouciant et soft, même si on reste ici, malgré le talent et toutes les bonnes intentions du jeune homme et de ses prestigieux amis, en deçà de ce qu'ont pu faire récemment des groupes comme The Notwist ou Console.
Renaud Martin |
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 |  | Seul contre le programme commun [Mechanoise Labs]
Ne vous fiez pas au nom du groupe ni à celui de l’album. En effet, notre ex-président bien-aimé et bien coiffé n’a jamais essayé de faire de la musique industrielle (tout au plus de l’accordéon), car c’est bien de musique industrielle, au sens premier du terme, qu’il s’agit : boucles sonores, collages en tout genre, ondes électroniques que seul un cerveau humain quelque peu dérangé, aidé par une machine à bruits, peut produire de façon si efficace. "Seul contre le programme commun", s’il n’innove pas extraordinairement, n’en reste pas moins un album très intéressant, un concept poussé à l’extrême dont l’imagerie (Giscard et les années 70, Mireille Mathieu, Pierre Tornade, j’en passe et des meilleurs) contribue pour beaucoup à la réussite. Mêler le 87ème degré à une musique somme toute malsaine crée un sentiment ambigu, dérangeant, et on s’immerge dans cet album pour en trouver la clé, comprendre, en vain. Au final, on voudrait bien être mort de rire face aux jeux de mots type Khomeyni Qtâm Ehr, si cette damnée musique n’avait pas ce côté mort tout court. Aussi, comme le disait Cabaret Voltaire à une époque où Michel Platini buvait Fruité quand il avait soif : "Pourquoi tuer le temps quand on peut se tuer soi-même ?".
Frédéric Thébault |
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 |  | Shining [Matrix Cube]
Voilà un mariage à la grecque tout à fait nouveau. Comme leurs participations à certaines compilations pouvaient nous le laisser supposer, les deux protagonistes d'High Level Static sont vraisemblablement tombés dans la marmite de l'électro-techno quand ils étaient petits et ils ont dû en conserver quelques souvenirs douloureux. Car ce premier album se cherche beaucoup, entre ambient-techno instrumentale aux sonorités indus, EBM cliché et future pop déjà démodée. C'est pourtant dans ce dernier registre que les deux jeunes barbus sont sans doute le plus à l'aise, ou plutôt le moins mal à l'aise. On pense beaucoup à Neuroticfish, cité d'ailleurs par le groupe, sur un titre comme Absence, avec son couplet/refrain entraînant, mais la musique est plus compacte et les voix moins propres. Quant aux textes en anglais, ils sont affligeants de simplicité. L'ensemble, par son côté inclassable, aurait pu aussi évoquer Seabound, mais avec tellement moins de talent. On retiendra néanmoins un morceau intéressant : Music for the People, pour son côté apocalyptique. Pour le reste, il faudra attendre encore un peu pour dire si le yaourt (grec) saura prendre de la consistance avec le temps.
Stéphane Colombet |
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 |  | I Am Not Job [Precipice Recordings]
Un nom de groupe qui ne commence pas par The, qui ne s'écrit pas en un seul mot de moins de cinq lettres et qui ne fait pas référence à une notion chimique ou physique... Rien de mieux pour attirer l'attention ! Pat Ogle en donne lui-même l'origine : cherchant un job, il tape les mots "public relations" dans un moteur de recherche, qui lui propose une sélection de site pornographiques, desquels il extrait ces trois mots, "illegal", "teenage", et "bikini"... Pat Ogle officiait précédemment dans le groupe Thanatos, fondé en studio avec Sam Rosenthal de Projekt, et qu'il a ensuite continué avec William Tucker, jusqu'à la mort de ce dernier. Avec ce nouveau départ, il crée un croisement improbable entre Death In June et Nick Cave ; une voix rocailleuse avec laquelle il joue brillamment (et qui n'est pas sans rappeler celle de David Thrussell), une guitare sèche, deux ingrédients a priori "basiques" mais si bien agrémentés que le résultat parvient à offrir de vrais moments de plaisirs. "I Am Not Job" est bourré de ballades sombres, un poil industrielles, toujours amusantes, qui de temps à autre savent s'emballer pour donner un véritable relief à l'album. Une vraie surprise aux apparences classiques mais au final terriblement originale, car derrière des titres à l'aspect modeste se dessine une vraie richesse, autant dans la composition que dans les mélodies. On tombe sous le charme dès la première écoute.
Christophe Labussière |
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| Johnny Marr & the Healers | | Boomslang [iMusic]
Mythique guitariste des mythiques Smiths, Johnny Marr, héros éclipsé par la stature de Morrissey, essaie depuis quinze ans de s’imposer comme number one, de prouver qu’il sait non seulement jouer de la guitare, mais aussi écrire de véritables chansons. À 40 ans, voici peut-être venue l’heure de la consécration. D’abord, la surprise : Johnny Marr est guitariste, compositeur, mais aussi chanteur ! Et un très honorable chanteur, tout aussi doué que son compère d’errances Bernard Sumner (New Order, Electronic). "Boomslang", admettons-le, n’est pas un disque révolutionnaire, on lui reprocherait presque d’être, en 2003, en retard sur son temps, malgré un son "gros comme ça". On sent que l’ami Marr a vécu de près le baggy sound du début des nineties (Charlatans, Stone Roses, Primal Scream), qu’il a aimé la techno, mais qu’il vaut aussi bien mieux que tous les nouveaux groupes de brit-pop réunis, qui n’en finissent pas de nous lasser, eux. Et il reste cet extraordinaire jeu de guitare (l’intro de Down on the Corner nous replonge dans les Smiths), et surtout de somptueuses mélodies, des morceaux bourrés d’émotion. Cerise sur le gâteau : le batteur, Zav Starkey, est le fils de... Ringo Starr, ce qui devrait nous réconcilier définitivement avec les Beatles. Une excellente surprise donc, à déguster sans modération.
Frédéric Thébault |
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 |  | Friends Forever [Ersatz Audio]
James Marlon Magas est une espèce de Gonzales électro "trash" qui adore imiter Alan Vega. Sa musique est froide, brute et métallique, basique comme du Suicide et parfaite pour balancer les bras dans tous les sens. Malheureusement (ou heureusement) et comme beaucoup de productions du label Ersatz Audio, le son de cet album est très influencé par Adult. Peut-être faut-il pour cela blâmer (ou remercier) Adam Lee Miller (de Adult. et Ersatz Audio) qui coproduit ce disque... Avant de faire de l'électro, James donnait dans la "now wave", on peut d'ailleurs dire qu’il faisait la même musique, mais avec des guitares. Maintenant il rajoute quelques "clap clap" bien cheap par-ci par-là car il n'a visiblement pas peur de renchérir sur le côté "rétro kitsch rigolo" de ses compositions. N’allez pourtant pas voir de l’ignorance (ou du passéisme) dans le style musical de James puisque celui-ci s’occupe du magasin Week End Records & Soap, qui, comme son nom l’indique, vend des disques électroniques et accessoirement du savon. Autant dire qu’il s’agit là d’un gage d’érudition plutôt saine (ou d’une perversion). D'autant plus que derrière une pochette "je montre mes dents, mes poils et ma chaîne de gros macho" qui pourrait résumer à elle seule cet album, se cache en fait un gros bonhomme un peu déglingue, très bien élevé et surtout bourré d’humour. Les apparences sont décidément très trompeuses.
Carole Jay |
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 |  | Graceful and in Sin [Memento Materia]
Que les fans d'électro pop à la Depeche Mode se le disent, Michigan est sans doute la nouvelle référence. Pendant plusieurs années, seuls les allemands de De/Vision et les anglais de Mesh ont pu raisonnablement être considérés comme les dignes successeurs des kids de Basildon, avec malheureusement un succès beaucoup plus relatif. Mais Michigan pourrait sans doute compléter le podium dans un proche avenir, car “Graceful and in Sin” est un sans faute : 12 morceaux qui répondent à 100% au cahier des charges de tout bon Depeche Modien qui se respecte. Textes originaux, dans un bon anglais compréhensible, voix subtile, presque fragile, en cela plus proche de Martin Gore que de Dave Gahan, rythmiques down tempo mais presque toutes dansantes, samples légers de guitares accessoires, synthés bien maîtrisés et mélodies bien trouvées. Michigan est une bénédiction : c'est le nouveau venu qui manquait cruellement à Memento Materia depuis le départ de Mesh. D'ailleurs, et c'est peut-être l'unique défaut de ce nouveau groupe, il ressemble comme deux gouttes d'eau à son homologue britannique. À s'y méprendre parfois... Et le débat sur le clone du clone peut reprendre, sans doute sans fin. Toujours est-il que "Graceful and in Sin" est un album indispensable pour tous les néo-romantiques de l'ère synthétique. À se procurer d'urgence.
Stéphane Colombet |
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| Out of Our Heads On Skelp | | Compilation [Chemikal Underground]
Pour leur huitième anniversaire, les anglais de Chemikal Underground ont concocté une compilation aux petits oignons, histoire de nous faire réaliser tout ce qu'ils ont apporté à la scène indépendante ces dernières années. Créé à l'origine par les Delgados en 1994, Chemikal Underground est responsable de la série de maxis FUKD I.D. (qui compte à l'heure actuelle 6 volumes auxquels ont participé entre autres Arab Strap et Interpol) et possède dans son catalogue des disques aussi majeurs que les fabuleux "Pilophobia" et "Red Thread" d'Arab Strap ou "Young Team" et "Come on Die Young" de Mogwai. C'est donc en toute logique qu'on retrouve ces deux groupes sur cette compilation, avec notamment pour Arab Strap un morceau tiré de leur prochain album "Monday at the Hug And Pint" ainsi que le single The First Big Weekend (qualifié à l'époque par Steve Lamacq de BBC Radio1 comme l'un des meilleurs singles de la décennie). À leurs côtés, Aereogramme (avec Yes, un extrait de leur prochain album), The Delgados, Radar Brothers, Suckle, Magoo, Malcolm Middleton (la moitié d'Arab Strap) et Cha Cha Cohen (avec le très electro 80's A=A). Que du bon en somme, et sachant que cette compilation est vendue seulement 2 livres en Angleterre (et comme par magie, 7 ou 8 euros chez nous), on aurait tort de s'en priver.
Renaud Martin |
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Pre-set (new electronic music) | | Compilation [Mute]
Cette compilation est le premier volet d’une série élaborée à partir des nombreuses démos que Mute reçoit à longueur d’année. Avant de louer ici une quelconque démarche altruiste, n’oublions pas que ce label a longtemps été un incontournable dénicheur de talents et qu’il faut donc sans doute voir dans ce projet un moyen comme un autre de dire qu’il n’a pas perdu ce don, et ce malgré son récent rachat par le groupe EMI... Inégale en qualité comme toute compilation de newcomers, "Pre-set" reste néanmoins un témoignage intéressant. Parmi les bonnes surprises, on citera Displacer (signé depuis peu sur le label français M-Tronic), Bunnyhug et son "Napalm Girl", sorte de Cylob (période "Rewind") aux accents new wave, ou Buoy, qui navigue un peu dans les mêmes eaux mais avec un son plus fouillé, tendance "glitch/click/blip". Sans doute un des meilleur morceaux avec celui de Munit, dont on a déjà pu entendre un titre l’année dernière sur la compilation "The Cozmick Suckers Volume Black and White" du label Shitkatapult. Cursor Miner, qui a récemment sorti son premier album (mélange pop/techno/électro expérimental) sur Lo recordings, peut agacer pour son approche un peu trop répétitive, mais Pressedretina n’en demeure pas moins un titre intéressant. Le duo T.E.M.P., composé de Andy Johnson (Skip Found Teli) et d’un certain Kevin Parish (dont on devrait bientôt entendre parler grâce à Eupholus Records), enchaîne juste derrière avec un morceau tout aussi dynamique et convaincant. Reste maintenant à savoir comment l’on doit interpréter les tests de Rorschach qui ornent la pochette de ce disque. Disons qu’avec un peu de chance, certaines de ces empreintes devraient laisser une marque plus ou moins indélébile dans le futur, et c’est tout le mal qu’on peut leur souhaiter...
Carole Jay |
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 |  | III - Tristan und Isolde [Stars in the Dark]
Qntal inaugurait, au début des années 90, un style électro médieval, né d’une hybridation entre un chant féminin moyen-âgeux à l’aura éthérée et une charpente électronique issue de la dark wave allemande. Un mélange très germanique provoqué par la rencontre d’Ernst Horn de Deine Lakaien avec les membres d’Estampie, Michael Popp et Syrah (aka Sigrid Hausen). Après deux albums (intitulés en toute simplicité "Qntal I" et "Qntal II") et un tube imparable Ad Mortem Festinamus, c’est le split en 99. Le groupe quitte du même coup Chrom, le label d’Ernst Horn, et ce dernier part monter Helium Vola, un projet dans la même veine que Qntal. Mais le duo restant continue sa route et s’enrichit d’un nouveau membre, Philipp Groth, musicien et producteur berlinois ayant travaillé auparavant avec In Extremo et Subway to Sally. C’est avec cette nouvelle formation que ce troisième opus de Qntal voit le jour. Et, bien que la patte si caractéristique d’Ernst Horn ait disparue, le résultat ne surprend pas car la voix cristaline de Syrah reste l’arme maîtresse de ces morceaux aux ambiances surannées. Les amateurs du genre heavenly voices et autres adorateurs de l’époque féodale devraient donc s’y retrouver, notamment grâce au très entraînant Am Morgen Fruo, qui ne manquera pas de remettre au goût du jour les danses médievales !
Laure Cornaire |
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 |  | Beyond the Valley of the Proles [Hymen]
Radical mais pas politique, cynique mais jamais désespéré, l'australien David Thrussel s'impose depuis 1992 comme l'un des acteurs les plus engagé de la scène électro indus. Par le biais d'images choc (les ahurissantes pochettes et livrets de "Third Mall from the Sun", "Relax into the Abyss" et celle-ci, toutes trois réalisées par Chris Woods, série de peintures hyper-réalistes aux relents consuméristes dénonçant la World Company), et de compositions aux influences étonnantes (de John Carpenter à Ennio Morricone en passant par les Swans et Lassigue Bendthaus), Snog est sans conteste le plus bel ovni que la scène électronique ait jamais recensé. Quatre ans après son album le plus électro/dansant, l'excellent "Third Mall from the Sun" (depuis lequel sont sortis discrètement en 2001 le single "Justified Homicide" ainsi qu'un album de spoken words sous le nom de David Thrussel "The Voices of Reason" et l'EP “Profound and Sentimental Journey" de Black Lung), David Thrussel propose avec ce nouvel album de Snog un disque plus surprenant que jamais. Si les influences habituelles du bonhomme répondent toutes présent, avec ce mélange si personnel entre électronique, industriel, folk et musique de film, le ton est cette fois-ci plus apaisé que jamais, et David Thrussel fait preuve d'une tranquillité et d'un flegme déroutants. Les sons sont toujours aussi précis, l'arrière-plan toujours bourré de sonorités électroniques digne d'Uwe Schmidt, mais on a cette fois-ci l'impression de pénétrer dans un univers plus improbable que jamais, où le prodige australien se serait entouré de Douglas Pearce et de Wall of Voodoo. Adoucissant le ton, David Thrussel fait une halte surprenante, ajoutant une pièce de choix à sa discographie interminable.
Christophe Labussière |
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Sopor Aeternus & the Ensemble of Shadows | | Es Reiten die Toten so Schnell (or : the Vampire Sucking at his Own Vein) [Apocalyptic Vision]
Après l’intense et désespéré "Songs from the Inverted Womb", on se demandait si Sopor Aeternus (alias Anna-Varney) pouvait aller encore plus loin dans l’expression de la tristesse la plus profonde, des tourments de l’âme les plus noirs et des ambiances les plus morbides. De fait, l’artiste allemand le plus énigmatique de l’histoire de la musique a préféré effectuer un retour en arrière sur sa carrière. "Es Reiten die Toten so Schnell..." -titre de sa première démo qu'il vendait lui-même dans les soirées gothiques- est en fait composé de titres issus de ses tout premiers travaux (qui datent quand même de 1988), entièrement ré-interprétés et ré-orchestrés en 2002. Ainsi, les morceaux sont généralement plus "nerveux" que les récentes compositions du chanteur (de la chanteuse ?), proches de sonorités batcave à la Rozz Williams (avec qui Varney avait lié une relation épistolaire) ou Virgin Prunes (le chant suraigu n’est pas sans rappeler les délires de Dave-Id Busaras). Il s’en dégage néanmoins le même parfum de tombeau, le même profond désespoir et la même noirceur abyssale que dans chaque album de Sopor, notamment grâce à cette voix hantée qui va du râle d’agonie au murmure tragique en passant par la plainte douloureuse. Le mélange entre instrumentation néoclassique funèbre (violoncelle, basson, tuba, violon), énergie rock gothique et ambiances médiévales mélancoliques est impeccable, l’aspect visuel est toujours aussi fascinant et les compositions sont torturées à souhait. Et comme Sopor Aeternus ne fait rien comme les autres, ce retour arrière sonne vraiment comme un pas en avant !
Christophe Lorentz |
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 |  | Early Music [Rocketgirl]
"Early Music" est le deuxième album de State River Widening, trio londonien dont le premier album éponyme avait été considéré en 1999 comme la réponse anglaise à la scène post-rock de Chicago (Tortoise, Slint). Emmené par le multi-instrumentaliste David Sheppard (ex Piano Magic, également membre des formations lo-fi Ellis Island Sound et Wisdom of Harry), le groupe State River Widening pratique une musique entièrement instrumentale très cinématographique entre post rock, jazz et lo fi. Plus personnel que le précédent, l'univers de ce nouvel album relativement court (sept morceaux pour une durée d'un peu plus de quarante minutes) se situerait avec ses ambiances paisibles et chaleureuses entre quiétude pastorale et spleen à la Nick Drake : mélodies douces et discrètes, sonorités acoustiques pour la plupart (guitares, orgues, xylophones, bois), "Early Music" est un disque qui sait être sobre sans être austère et paisible sans être soporifique, une sorte de bande originale pour ces petits moments de paix de notre vie de tous les jours.
Renaud Martin |
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 |  | Sequence 01 [Mudah Peach]
Dès les premières notes de "Sequence 01" on découvre un mélange étonnant entre un trip hop ralenti et des sonorités plutôt cold wave. Les éléments s'installent peu à peu, se superposent et entretiennent une ambiance sombre des plus... cotonneuses. Ce fragile équilibre entre apesanteur et lourdeur met l'auditeur dans une position particulièrement confortable. La voix, féminine et sensuelle, est extrêmement apaisante et s'intègre parfaitement dans les ambiances qui se dégagent de l'album. Elle reste pourtant trop rare, car absente sur plus de la moitié des morceaux de l'album, mais remplacée judicieusement sur de nombreux titres par des samples de voix, pour un résultat au final tout aussi charmeur. Des combinaisons rythmiques curieuses, un piano mélancolique duquel se dégage une vraie sérénité, une voix masculine qui vient s'entremêler sur le second morceau, des sonorités électroniques très fines, des samples, des synthés sombres ; "Sequence 01" nous immerge dans une ambiance à la fois brillante et étouffante, toujours harmonieuse. On pense évidemment à Massive Attack pour cette faculté à mêler tension et délicatesse, et à nous entraîner dans des contrées particulièrement mélancoliques, mais ici les ambiances sont plus cold wave que chez leurs aînés, preuve en est l'étonnante reprise, au chant totalement transfiguré (car féminin), de Cold de Cure (que l'on avait pu découvrir sur le tribute "Imaginary Songs"). Le huitième titre de l'album est un rap absolument insupportable et sans aucune logique avec le reste du disque, mais précède un des morceaux les plus raffiné de l'album, Screwy Girl.
Christophe Labussière |
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 |  | Furlines [Bip-Hop]
Dès le premier morceau de ce troisième album, Douglas Benford (Si-cut.db) et Benjamin Edwards (Benge) se renvoient clairement la balle. Au sens propre comme au figuré, ces deux musiciens donnent au mot interaction une autre dimension, tant on ressent toujours pleinement cette notion d’échange qu’ils essaient de faire passer dans leurs compositions. Leur style reste quant à lui toujours très dub, très glitch et très ambient, même si pointe également parfois un côté jazzy moins enthousiasmant (Bat 2 Far). Pour cet album conceptuel, le duo nous convie à une ballade sylvestre au cours de laquelle chauve-souris, campagnols et autres lièvres viennent à notre rencontre (chaque titre inclus le nom d’un animal), et où l’on observe une loutre batifoler dans une eau à la sonorité proche de celle de l’aspirine effervescente (Otter Story)... Une bonne atmosphère mais rien de bien nouveau sous le soleil de cette forêt où les dieux Pole et Monolake continuent de régner en maîtres absolus. Le deuxième CD, car il s’agit d’un double album, est composé de remixes, ou plutôt de "décompositions" du deuxième album de Tennis, "Europe on Horseback". De l’approche mathématique de Taylor Deupree à celle très roborative de Electronicat ou Scanner, chacun devrait trouver son bonheur dans ces plus ou moins petites reconstructions qui, au final, ressemblent davantage à des morceaux des "remixeurs/recomposeurs" que des remixés ! À noter l’excellente "réinterprétation" du morceau Port Helix par The Jerker (plus connu sous le nom de Oren Ambarchi) ou l’ambiance totalement décalée de Self-seal Mishap réalisée par Bovine Life. Ce deuxième disque est un véritable vivier de bonnes surprises.
Carole Jay |
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 |  | Woebegone Lullabies [Expressillon/Tripsichord]
Un bien étrange parcours que celui de Wide Open Cage, démarré en 1993 sous la forme d’un quintette purement métal. L’aventure musicale de ces parisiens prend un net virage deux ans plus tard avec l’intrusion de samples et de synthés, puis le combo abandonne le chant et se lance dans l’expérimentation musicale et visuelle, proposant un show à base de projections et de techno rock. En 2000, un premier album vient confirmer l’originalité et l’esprit d’ouverture du désormais trio : "Coax" se situe à la croisée des chemins de Kong et Chemical Brothers, avec rythmes implacables, guitares distordues et ambiances mêlant dub industriel, techno-trance, drum’n’bass ou big-beat... Alors que l’on désespérait d’entendre à nouveau parler d’eux, voici que débarque "Woebegone Lullabies", qui marque une nouvelle évolution dans la musique de ce groupe décidément insaisissable ! L’heure n’est vraiment plus à la danse mais plutôt à la sophistication sonore et à une certaine nostalgie, celle du monde de l’enfance, de ses joies simples et de ses petites peines. Cette évocation d’un univers tantôt charmant tantôt inquiétant passe donc par le biais d’un mélange entre une electronica mélodique mais rugueuse et un trip-hop à la fois éthéré et nerveux. Des comptines instrumentales distordues alternent avec des compositions électro pop dominées par une voix féminine tantôt enjôleuse tantôt tranchante, sans jamais verser dans la mièvrerie du fait de l’utilisation de sonorités industrielles ou typiquement Warpiennes (Boards of Canada, bien sûr). Le morceau The Veil évoque même un Curve arabisant ! Immédiatement accrocheur et très varié, "Woebegone Lullabies" nous fait pénétrer dans un univers complexe et très personnel, que l’on n’explore pas en une seule écoute. Un disque et un groupe définitivement passionnants !
Christophe Lorentz |
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 |  | A Promise [5 Rue Christine]
Xiu Xiu remet le couvert avec ce nouvel album, sorti à peine un an après leur fantastique et inclassable premier ovni experimentalo noisy glauquissime "Knife Play". Le quatuor de San Jose tente sur "A Promise" de prendre une direction qu'ils qualifient eux mêmes de plus pop et plus dance... Leur palette de sons s'étend certes à l'electronica sur 20000 Deaths for Eidelyn Gonzales, 20000 Deaths for Jamie Peterson et à la folk customisée sur Sad Pony Guerilla Girl, très proche de "Chapel of the Chimes" (ep sorti l'été dernier), mais la couleur principale de "A Promise" reste une sorte d'anthracite poisseux. Apistat Commander, morceau phare de cet album où la voix unique et de prime abord insupportable de Jamie Steward renoue avec les envolées déchirantes de Don Diasco, chef d'œuvre de fulgurances cold wave saturées de Knife Play, en est un exemple. Mais le plus parlant est sans doute Ian Curtis Wishlist, morceau final de ce nouvel album, où outre le fait que l'obsession de Xiu Xiu pour Joy Division devienne flagrante (Ceremony ayant déjà été repris sur "Chapel of Chimes"), le texte est des plus inquiétant quant à la santé mentale du chanteur. Il s'agit plus ou moins d'un dialogue sur fond de plages synthétiques sombres entre Dieu et Jamie Steward/Ian Curtis (sic!) ponctué par quelques larsens et hurlements. Et Xiu Xiu excelle plutôt dans ce genre de morceaux déjantés et malsains, beaucoup plus présents et forts sur le précédent album, que dans une direction bruitiste arty poussée à l'extrême (voir Pink City ou Brooklyn Dodgers). "A Promise" recèle néanmoins de très bons passages mais n'est peut être pas la meilleure introduction à leur univers par ailleurs si fascinant.
Catherine Fagnot |
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 |  | Mary Star of the Sea [Reprise/WEA]
Rappelons les faits : Zwan est le nouveau groupe de Billy Corgan, chanteur-guitariste-compositeur de feu-Smashing Pumpkins. Et comme celui-ci ne fait rien à moitié, il a rameuté son ancien compagnon de route Jimmy Chamberlin à la batterie et s’est associé à un ex-Chavez (Matt Sweeney), à l’ancien guitariste/bassiste de Slint (David Pajo) et à la charmante bassiste de A Perfect Circle (Paz Lenchantin). "Mary Star of the Sea" est le premier album de ce "supergroupe", et marque la métamorphose du vilain petit canard noir de l’indie-rock en majestueux cygne au plumage chatoyant. Fini les yeux entourés de khôl, les dentelles couleur corbeau et les chansons dépressives ! Corgan a troqué sa panoplie de gothique contre une tenue psychédélique qui aurait très bien pu appartenir aux Beatles époque "Sergent Pepper...". Tant visuellement que musicalement, Zwan est en effet plus proche d’une pop progressive bigarrée que des ambiances plombées de "Machina/The Machines of God". Plus question cette fois d’évoquer Cure, Depeche Mode ou Christian Death à l’écoute de ces chansons gorgées de mélodies suaves, de chœurs sucrés et de solos décomplexés... Si la voix très caractéristique de Corgan est toujours bien présente, tout comme sa façon si personnelle d’accumuler les couches de guitares saturées et son goût pour les compositions en escalier, la musique de son combo est désormais lumineuse, exubérante, et, il faut bien l’avouer, redoutablement efficace et accrocheuse. Quatorze titres entêtants qui rappellent un peu le heavy-rock chamarré des premiers Smashing Pumpkins ("Gish"), mais auxquels il manque la beauté nocturne et glaciale de "Adore". On ne peut pas tout avoir...
Christophe Lorentz |
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Voilà déjà 6,7 ans, le label Ché eut la très bonne idée de sortir les deux premiers maxi single et le premier album de Piano Magic, "Popular Mechanics". Inutile de préciser que depuis le groupe a parcouru pas mal de chemin. Quelle bonne idée Vinita Joshi (Rocket Girl, ex Ché) a donc aujourd’hui de rééditer en CD sur Indus Sonica (division de Rocket Girl) ce premier album, épuisé depuis belle lurette. Des titres comme Wintersport/ Cross-country, Wrong French (tous deux premiers morceaux des deux maxi single cités précédemment) ou l’excellent Metal Coffee, surprenant de contraste avec le reste de l’album (David Shea ne renierait pas ce morceau) y dévoilent déjà l’énorme potentiel créatif de l’entité Piano Magic. Encore une réédition qui ne fera pas plaisir aux receleurs professionnels qui sévissent sur Ebay, le label Hymen ressort sous le nom "¥003 + ¥024 + 2X = ¥727", deux vinyls épuisés de Beefcake en CD : "Spontaneous Human Combustion" (1997) et "In Media Res" (2000), agrémentés de deux nouveau morceaux. Adeptes du sampling à tout va (merci Warp) et du breakbeat vs. ambient, nos deux allemands nous donnent ici un bon moyen de savoir enfin à quelle vitesse ils souhaitent réellement qu’on écoute leurs vinyls (33 rpm pour le premier et 45 pour le deuxième), notamment pour "In Media Res" qui était vraiment ouvert à toutes les propositions ! Stelladrine, "Le Rire des étoiles". Derrière ce nom et ce titre poétiques se cachent quelques morceaux redoutables aux références puisées dans la physique quantique et les vieux films S.F. des années 50, "Forbidden Planet" en tête. Musicalement, Stelladrine développe des expériences sonores extrêmes qui voguent entre univers industriel et harsh noise pour aboutir à une musique deshumanisée mais non dénuée d’intérêt. Comme beaucoup de sorties du label DIY Mechanoise Labs, ce disque est fabriqué à partir de sons étranges, tels que des ustensiles de cuisine, qui lui donnent un côté un peu decalé, voire intemporel. Mais c’est aussi ce qui fait son originalité, et c’est tout à son honneur.
Carole Jay
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Si on sait que la techno hardcore a dans sa forme basique un intérêt proche du néant, Joshua qui est pourtant issu de cette scène, reste discret sur ce sujet avec les premières mesures de son album "Sombre harmonie". Le premier titre est en effet assez bien construit et parvient rapidement à créer un climat sombre aux accents industriels. Mais chassez le naturel, il revient au galop, et le "cérébral" se transforme trop rapidement en boum boum boum de bas étage. Des excès d'autant plus dommageables que l'ensemble de l'album mérite bien mieux que ce traitement binaire qui vient à de multiples reprises en gâcher l'écoute. Avec "Aracheend" d'Aphasia, autre sortie récente du label UWe, on est dans la même problématique, en pire. Passé le premier morceau, on baigne carrément dans l'inaudible. Un bourrinage hardcore / breakcore en règle, épuisant, qui semble n'épargner aucun morceau. Il faudra patienter jusqu'au huitième (et les deux suivants) pour profiter d'une accalmie qui laisse enfin place à de vrais moments de plaisir... L'album se clôt sur un étonnant Chant des partisans chanté (!) et revisité bruyamment. Pour Aphasia tout comme Joshua, un traitement différent aurait été bien plus heureux. Si l'électro froide de "Up To D/A/T" de Ces"z" n'est vraiment pas homogène, cet EP 5 titres propose néanmoins un aperçu étonnant des multiples facettes du projet et de tout son potentiel. Les influences avouées sont évidentes, preuve en est le morceau d'ouverture Videodrums que l'on croit presque sorti de la discographie de Das Ich (sans voix), ou encore l'ombre de John Carpenter qui plane sur La Mort parmi les singes. Le brouillon est étonnant de clarté et le traitement des sons est toujours carré. Ne reste plus à Matthias Fourquier qu'à digérer toutes ses références et à y insuffler sa personnalité qui transparaît aisément à plusieurs reprises (en particulier sur l'excellent ToPsY-TURVY). À l'inverse de ce que peut laisser imaginer l'intitulé de la compilation "!ntelligent Electrop Pop", qui fête les dix ans du label allemand !ntelligent, rien de bien subtil ne réunit les différents participants, si ce n'est leur amour immodéré pour Depeche Mode. On nage donc ici en plein concours de clones, mais quelques rares petits futés parviennent à raviver notre intérêt : Neues Kombinat, L'Image Synthétique, et Das Kombinat à qui les Marseillais de Celluloïde sont venus brillamment prêter main forte.
Christophe Labussière
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