Dave Gahan
Paper Monsters
[Mute/Labels]

Avec le départ d'Alan Wilder, on s'était demandé il y a quelques années si Depeche Mode allait passer le cap du 21ème siècle. Mais depuis, l'énergie combinée des mélodies de Martin Gore et de la voix de Dave Gahan a permis au groupe de sortir deux albums salués par la critique pour leur maturité, "Ultra" en 1997 puis "Exciter" en 2001. Tout semblait être rentré dans l’ordre, et voilà que Martin Gore nous gratifie cette année d'un nouvel album solo, certes de reprises, suivi de près par Dave Gahan, lui pour un album complètement original. Tout cela relève-t-il du défi personnel ou d'une démarche purement marketing ? Et si cela annonçait simplement la mort véritable d'un des groupes les plus vénérés dans le monde depuis plus de vingt ans ? À l'heure où les déclarations de chaque membre du groupe semblent pour le moins ambiguës et après que le "Counterfeit 2" de Martin Gore ait été plutôt bien accueilli pour son absence de compromis, Dave Gahan, qui ne s'est jamais particulièrement illustré par son talent d'écriture, nous soumet dix titres qui auraient, pour la plupart, trouvé largement leur place sur l'album "Songs of Faith and Devotion", il y a déjà une décennie. Car le côté rock de l'album est très marqué, à l'image par exemple de Bottle Living qui vous fera immanquablement penser à I Feel You et peut-être même aussi à Personal Jesus. Cet album sent la chaleur, les guitares, les harmonicas, les road movies et les bars au milieu du désert. Les drogués d'électro pop peuvent oublier... Heureusement, la voix de Dave Gahan n'a jamais été aussi travaillée et variée, au gré des ambiances de chaque morceau, comme sur le très progressif Black and Blue Again ou l'émouvant et minimal Stay. Avec le superbe Hidden Houses -peut-être le morceau qui ravira le plus les fans de Depeche Mode pour son côté synthétique dansant- Gahan se prend presque pour Bono. Quant à Bitter Apple, il fait la part belle aux violons et violoncelles. Déroutant. Alors quel bilan tirer de pareille "première œuvre" ? "Paper Monsters" n’aurait certainement pas sa place dans le Top 5 de Depeche Mode, mais reconsidéré comme le projet solo qu'il est, le défi est plutôt bien relevé et le pari pas loin d’être gagné. Pas de véritable faute de goût, pas beaucoup de nouveautés non plus, mais les fans du beau Dave devraient s'en contenter largement… dans l'attente d'un nouvel album du groupe.

Stéphane Colombet



All Tomorrow's Parties 3.0
Compilation
[ATP Recordings]

Les lecteurs les plus âgés d'entre vous ont sans doute conservé un souvenir ému de l'ère mix tape. Une époque bénie où la cassette analogique révolutionnait la façon de consommer de la musique tout comme le format MP3 aujourd'hui. La bande magnétique a permis l'émergence de scènes musicales parallèles, toutes aussi singulières les unes que les autres. De l'industriel, au hip hop en passant par le post-punk, on s'échangeait sous le manteau des enregistrements pirates de ses groupes favoris. Certains magazines se sont même montés avec les bénéfices du commerce illicite de ces bootlegs. Le festival All Tomorrow's Parties se présente depuis 4 ans comme étant l'incarnation d'une ultime mix tape, la compilation idéale dont les sélecteurs changent à chaque édition. Cette année ATP était placé sous la direction artistique d'Autechre. Sean Booth et Rob Brown vouent un culte à la cassette et aux styles musicaux qui se sont répandus tel un virus grâce à ce support bon marché. Pendant trois jours les geeks ont répondu à l'invitation des autechriens et sont venus assener leur interprétation du design sonore. La synthèse de l'évènement, ironie de l'histoire, se concrétise sous la forme d'une compilation double CD de 19 titres inédits. Un panorama très fidèle à l'idée que l'on peut se faire des goûts du duo ; un mélange hétéroclite de hip hop old school, de techno de Detroit et d'electronica mécanique. On trouve ainsi aux côté des légendaires Disjecta, Baby Ford, des chieurs bruitistes et des nouveaux venus de l'électro pouet pouet. On se serait bien passé du morceau moisi de Public Enemy. Mais c'est la fierté d'Autechre et il faut de tout pour faire une mix tape.

Anthony Augendre



Bed
Spacebox
[Ici d'Ailleurs]

Sur une trame de fond acoustique, "Spacebox", le deuxième album de Bed, révèle une série de titres intimistes portés par la voix feutrée de Benoit Burello. Ce chanteur, compositeur, instrumentiste (piano, guitare sèche), entouré de ses musiciens de scène nous délivre une musique introspective influencée par le jazz. Bed fait partie de ces groupes qui osent prendre le risque d'être à contre-courant et de proposer un son qui n’entre pas forcément dans les standards du moment. Les accords épurés et le tempo lent sont étoffés par l'instrumentation (guitare électrique, batterie, contrebasse). La musique claire et limpide conjuguée à la mélancolie du chant agit comme une berceuse, insufflant un profond sentiment de sérénité. Avec une facilité apparente, le groupe excelle dans l'art de construire des morceaux avec quelques notes, quelques accords et d'introduire des silences qui font partie intégrante de la composition, conférant au morceau toute sa dimension. Le style de Bed réside dans la retenue de l'interprétation et la pudeur poussée parfois à son paroxysme. Si l'album manque un peu de diversité et de relief, l'esthétisme des compositions et le travail sur l'espace sonore et les silences sont remarquables.

Delphine Payrot



Daniel Darc
Le meilleur de Daniel Darc
[PIAS]

Tous ceux qui connaissent de près ou de loin Daniel Darc rêvent pour lui de la reconnaissance, du succès, de la gloire méritée à laquelle il aurait pu prétendre dès les premières mesures de Cherchez le garçon. Si ce tube inusable, qui ouvre cette compilation, est toujours aussi troublant plus de 20 ans après, il n'a malheureusement pas fait reconnaître le talent de Daniel Darc à sa juste valeur. Poète, écrivain, chanteur, rebelle, loser, écorché... la vie a malheureusement toujours pris le pas sur la carrière de Daniel Darc. Les 19 titres que recèle cette compilation sont un panorama bien trop court de cette trajectoire en reliefs, drames et douleurs. Quatre seulement sont issus de l'époque Taxi Girl (Cherchez le garçon, Aussi belle qu'une balle, Je suis déjà parti et l'incontournable Paris), les quinze autres offrant un regard digne sur un parcours exceptionnel. N'aura manqué que la petite étincelle de chance que son ex-acolyte Mirwais aura su capter sur le tard. Au regard de morceaux comme Nijinsky, Aimer à nouveau, Le seul garçon sur terre, Toutes les filles sont parties ou encore Ce qu'il y a dans tes yeux... on reste persuadé que son tour arrivera. Et pourquoi pas avec son prochain album enregistré avec Frédéric Lo et prévu pour la fin de l'année ? C'est tout le mal qu'on lui souhaite.

Christophe Labussière



Davide Balula
Pellicule
[Active Suspension]

Contrairement aux apparences, le catalogue du label Active Suspension va bien au-delà des frontières de l'electronica. Un choix qui va dans le sens de la tendance actuelle qui tend à réinjecter dans l'électronique une touche plus humaine par l'ajout de voix ou de sonorités analogiques. Pour preuve, l'album "Pellicule" nous livre une série de ballades intimistes. Sur cet opus, Davide Balula pose délicatement sa voix sur une base mélodique de guitare où se greffent ses expérimentations sonores. Ce musicien-plasticien échantillonne des sons d'appareils domestiques pour créer une palette de parasites sonores qu'il intègre avec parcimonie dans ses chansons. Avec une économie de moyens, le mariage voix et guitare légère confère à l'ensemble une tonalité très douce, plutôt mélancolique. Si l'on retrouve l'esthétique musicale et le minimalisme qui sont le sceau du label Active Suspension, on pouvait néanmoins s'attendre à une production plus originale. Nous nous laisserons pourtant séduire par la mélodie et la voix fragile de Davide Balula sur des titres comme Eburn (9V) ou Um so Piolio. Affaire à suivre.

Delphine Payrot



Echokrank
s/t
[Klangkrieg]

Blasés par l'envahissante technologie qui gouverne notre quotidien, Hotleg et Erstkommunion, alias Echokrank, décident un beau jour de se rebeller en créant leur propre style musical. Certes leur musique sera électronique mais s'ils utilisent la technologie ce n'est que pour mieux la détester (sic) ; maîtriser les nombreux logiciels d'un laptop ne les intéresse pas car pour eux l'instrument n'est pas une fin en soi, il est juste là pour transmettre des idées. Le duo berlinois assume pleinement le côté aléatoire de ses compositions et ne cherche pas à faire croire que le simple fruit du hasard est mûrement réfléchi. Ainsi, il nous propose treize morceaux très courts, sans artifice superflu et où chaque son semble déranger l'autre, s'entrechoquant sans jamais vraiment se mélanger et donnant à ce disque un petit côté désuet plutôt charmant. Néanmoins, rien ne semble être aussi hasardeux qu'on voudrait bien nous le faire croire, ni même unique. On retrouve un peu dans ces compositions étranges et (in)volontairement désordonnées, la fantaisie juvénile de Felix Kubin, pour sûr un cousin pas très éloigné, mais surtout un vent de folie commun à Blevin Blectum et sa consœur Kevin Blechdom semble souffler sur les têtes de nos deux Allemands. Pas de doute, Echokrank sont de grands enfants et nous aussi, ça tombe bien.

Carole Jay



The Echoing Green
The Winter of our Discontent
[A Different Drum]

Qui a dit que les Américains n’étaient pas un peuple subtil ? Le duo masculin-féminin de The Echoing Green prouve tout le contraire avec ce nouvel album, le plus abouti et le plus diversifié à ce jour. Dix morceaux d’une pop électronique, tantôt légère et aérienne, tantôt plus lourde et terrestre, constituent cet hiver de résignation puis de rébellion que décrit le groupe avec sa musique, plus imagée que jamais. On se laisse même aller parfois à quelques pas de danse mélancolique (The Story of our Lives, Apology, Heidi's song et la magnifique reprise de Simple Minds New Gold Dream (81, 82, 83, 84)). Vous l’aurez compris, tout ça sent bon les années 80, sans paraître pour autant dé(peche)modé. On y trouve aussi quelques hymnes pop-rock bien ficelés et parfois presque agressifs (Fall Awake, Bittersweet et surtout le menaçant Blind qui rappelle les débuts ultra-prometteurs de Nine Inch Nails). L’ensemble, fait de chants masculins supportés par quelques vocalises féminines, est donc réussi parce que assez hétérogène et qu’il évite avec une sympathique habileté beaucoup de clichés de la technopop. Un groupe en progrès constant. Encourageant !

Stéphane Colombet



In The Nursery
Praxis
[ITN Corporation]

Il y a des disques qui ressemblent à une madeleine de Proust... En un sens, "Praxis" en est une car même avec de nouvelles mélodies et de nouveaux instruments, les frères Humberstone nous rappellent néanmoins les meilleures heures de morceaux néo-classiques tels que L’Esprit ou To the Faithfull et nous ramènent à l’adolescence, presque quinze ans en arrière. Et là, la prise de conscience s’opère inévitablement : la formule n’a pas pris une ride pendant toutes ces années... Il faut dire qu’en quinze ans, les bandes originales de films mêlant mélodies électroniques et orchestrations classiques ont connu un succès désormais établi (de Philip Glass à Kronos Quartet, en passant par Hans Zimmer et Rob Dougan...). Et puis, le trip-hop s’en est mêlé et les Massive Attack, Portishead et autres Hooverphonic ont exploité la formule avec une dextérité qui les a conduit logiquement à la reconnaissance du public et des critiques. Ainsi, on pourrait se laisser aller à écrire que ce nouvel album de In The Nursery a des airs de Craig Armstrong, c’est un comble... Il décline en effet ses ambiances comme on tournerait les pages d’un cahier de voyage, offrant autant de morceaux instrumentaux que de morceaux chantés, par Dolores toujours (de quoi se mettre à genoux en écoutant le sublime Vocopolis, l’apaisant Memento, le cinématographiquissime Amer et le triste à mourir Argent), par les jumeaux aussi (ce qui rappelle les débuts particulièrement martiaux du groupe : Concept, Ethics of Belief, supportés par les tambours surchauffés de Q, véritable marque de fabrique), et même par une guest (sur la magnifique ballade nocturne Outburn). Tout cela pour de la musique à images, classieuse et un brin décadente. L’ensemble n’a donc finalement rien de passéiste : le résultat sans doute de tant d’années d’avant-gardisme dont a fait preuve In The Nursery, discrètement, efficacement. Le meilleur album du groupe depuis "Anatomy of a Poet". Respect total.

Stéphane Colombet



Institut
Live Like Traitors, Die Like Traitors
[Cold Meat Industry]

Ce deuxième album d'Institut, au titre aussi agressif que les sons qu'il développe, donne froid dans le dos. Sale, bruyant, intense, hypnotique... certains de ces adjectifs feraient fuir n'importe quel mélomane banalement constitué, mais ils expriment ici un gage de qualité et décrivent parfaitement l'univers de ce disque qui réjouira les oreilles les plus aguerries. Sale et bruyant, voilà bien le meilleur compliment à faire à toute formation power electronics et qu'en tout cas ne renieraient sûrement pas Lirim Cajani (qui a toujours souhaité obtenir "les bruits les plus sales possible") et Johanna Rosenqvist. À noter que cette dernière, même si elle ne fait plus partie de Institut depuis la fin de l'été 2002, a tout de même activement participé à ce disque, comme on peut l'entendre sur l'effrayant Dear Sir or Madame. Intense et hypnotique car les morceaux, moins marqués rythmiquement que sur "Great Day to Get Even", n'en deviennent ici que plus puissants. Institut est un groupe impressionnant sur scène, mais on ne retrouve jamais vraiment dans ses enregistrements toute la force qu'il peut dégager lors de ses concerts. Avec cet album, il semble enfin s'en être rapproché.

Carole Jay



Intuition
Further
[A Different Drum]

Mais où Todd Durrant va-t-il dénicher tous ces groupes de pop synthétique ? À croire qu’il les clone, vu le nombre croissant de formations de ce style depuis la création de son label, désormais référence mondiale de tous les nostalgiques de la grande époque des Talk Talk, Tears for Fears, et autres Human League. Le plus incroyable, c’est qu’à mesure que son écurie croit en nombre, elle progresse aussi en qualité. Les élèves pourraient peut-être un jour dépasser les maîtres... En tout cas, le nouveau duo Intuition n’a peur de personne et touche en plein cœur pratiquement tout au long de ce "Further" de douze morceaux. Mêlant rythmiques à la Pet Shop Boys, sonorités analogiques à la Erasure et vocalises sensuelles (un peu "boys’ band" quand même), le résultat aurait fait un carton international à la grande époque (écoutez Stargate, Two, Always Painting ou encore I Want You Back et vous nous en direz des nouvelles)... Il n’y a plus qu’à espérer que l’"electroclash" fera bientôt place à l’"electroclass", que les mélodies reprendront le pas sur les vocoders... Alors Intuition pourrait bien faire un carton. On vous aura prévenu. Thanks Todd, tu es un rétro-visionnaire !

Stéphane Colombet



Matt Elliott
The Mess We Made
[Domino]

Plus connu sous le nom de Third Eye Foundation, projet électronique inclassable (quelque part entre électro, ambient et drum'n'bass) aux compositions obscures et organiques, Matt Elliott nous revient après deux années de silence pour la première fois sous son véritable nom. Et comme si son récent déménagement en France y était pour quelque chose, l'homme semble aujourd'hui apaisé : exit les ambiances lourdes et cauchemardesques de ses précédents travaux (les beats et rythmiques drum'n'bass ont en effet disparu) et place à des atmosphères plus humaines, faites de voix lointaines, de chants éthérés, de pianos, guitares et autres instruments à vent. Mais il ne faudrait surtout pas se fier à ce calme apparent, puisque les mélodies enfantines, fragiles et délicates des huit compositions de "The Mess We Made" sont tout sauf innocentes, et s'avèrent vite par leur beauté et leur étrangeté, fascinantes et déstabilisantes. Si bien qu'au fur et à mesure des écoutes, on réalise que l'ombre de Third Eye Foundation ne plane jamais très loin (par exemple sous forme de quelques beats apparaissant sur les morceaux Also Ran et The Mess we made) et on se remémore inévitablement les cauchemars que l'on avait pu faire en écoutant "Ghosts" ou "Lost Little Soul". Un véritable petit chef-d'œuvre de schizophrénie.

Renaud Martin



Nymphomatriarch
Nymphomatriarch
[Hymen]

Soyons honnêtes, dès les premières rumeurs qui en firent l'écho le concept de Nymphomatriarch sentait le déjà-vu, et ce malgré la crédibilité musicale de ses deux protagonistes, Rachael Kozak (Hecate) et Aaron Funk (Venetian Snares). Le couple avait en effet décidé, il y a déjà au moins un an de cela, d'enregistrer ses ébats sexuels de manière à en faire un disque, ce qui valu à Venetian Snares d'être sans doute le premier artiste Hymen à avoir droit de cité dans Playboy !
Le nombre de projets musicaux ayant eu recours à ce genre de samples doit se compter sur les doigts de cent mains, mais autant d'originalité n'a pas eu l'air de rebuter le duo. Il faut dire que la particularité de cet album vient du fait que tous les sons "proviennent" directement (!) de deux musiciens hors pair, contrairement aux samples anonymes de la foultitude de projets ayant déjà exploité cette idée, et qu'au résultat, il est souvent impossible de distinguer l'origine de la plupart d'entre eux. Car c'est là que l'exercice devient vraiment intéressant, puisque chaque son a été modifié pour devenir une percussion, un sifflement, une corde... qui pourraient tout aussi bien provenir de n'importe laquelle des compositions de nos deux chantres du breakcore. À part quelques samples bien choisis et des titres aussi évocateurs que Pervs ou Blood on the Rope, les lecteurs de Playboy risquent d'être déçus... Certains morceaux ressemblent à du Venetian Snares pur jus, d'autres rappellent le récent projet de Hecate avec Lustmord et l'atmosphère des films d'horreur que Rachael Kozak affectionne tant, surtout sur le très long morceau Hymen Tramp Choir. Bref "Nymphomatriarch" est bien parti pour devenir, au moins dans sa conception, le disque le plus chaud de l'année !

Carole Jay



Set Fire to Flames
Telegraphs in Negative / Mouths Trapped in Static
[Fatcat]

Comme A Silver Mont Zion, Do Make Say Think ou Fly Pan Am pour ne citer que les plus connus, Set Fire to Flames fait partie de la nébuleuse formée par le label canadien Constellation et son groupe star Godspeed You! Black Emperor. Composé de treize membres (dont certains appartiennent aux formations citées ci-dessus), ce collectif issu de l'underground montréalais donne ici suite à son remarqué premier disque "Sings Reign Rebuilder" (2001) avec ce double album au design comme d'habitude classieux, entièrement enregistré dans une vieille et immense ferme abandonnée de l'Ontario dans des conditions bien particulières d'enfermement, d'insomnies et autres ingestions de drogues. Mélangeant compositions et improvisations, le contenu de ces deux disques aussi fades l'un que l'autre ne s'avère franchement pas des plus convaincants, puisque ce sont souvent les sentiments d'ennui et d'agacement qui l'emportent à l'écoute de cette heure et demie faite de mélodies fantomatiques naturellement typées très "Constellation" (guitares, violons, violoncelles, trompettes) et de passages plus ambiants et abstraits (conversations, murmures, grincements, craquements et autres ronronnements sans grand intérêt). Une déception pour cet album qui n'intéressera guère que les fans inconditionnels de cette (maintenant relativement) nouvelle scène post-rock canadienne.

Renaud Martin



Skeletal Family
Disinterred
[Bootleg]

Sur le papier, l'idée était excitante. Soit la reformation d'un groupe de goth-rock anglais de la première génération (1982), devenu culte après une carrière courte mais impeccable (deux albums, plusieurs singles et de nombreux titres marquants), et ayant eu pour chanteuse la fameuse Anne-Marie Hurst avant qu'elle ne fonde Ghost Dance avec Gary Marx (ex-Sisters of Mercy). Hélas, cette résurrection de Skeletal Family n'est pour l'instant qu'un pétard mouillé ! En effet, l'album live reproduisant le concert de reformation au Cockpit de Leeds s'avère être en fait un bootleg enregistré par un fan, le groupe ayant quelques problèmes avec les droits de ses chansons. De fait, le son est bien celui d'un live pirate de base : de qualité moyenne, sourd, sans relief, laissant apparaître toutes les erreurs des musiciens... De plus, Anne-Marie ayant finalement déclaré forfait, c'est Katrina Phillips (qui avait déjà remplacé la chanteuse en 1985 pour enregistrer quelques singles) qui se charge ici du chant. Et c'est aussi là que le bât blesse ! La voix de Katrina est très différente de celle d'Anne-Marie (plus grave, moins puissante, avec un grain presque soul !) et ses mélodies vocales divergent souvent des versions originales des chansons. Le jeu des musiciens est appliqué mais manque parfois d'énergie et le tracklisting est modérément enthousiasmant (seulement trois ou quatre "tubes"). Si la déception est donc grande par rapport à l'attente, ne soyons pas trop hâtifs dans notre jugement et attendons un enregistrement live digne de ce nom, le DVD du concert, voire le nouvel album... Ou le retour d'Anne-Marie !

Christophe Lorentz

Express

Dès les premières mesures de "Blizzard" on ne peut s'empêcher de penser aux Breeders. Pourquoi une telle comparaison ? Non pas que la voix de Nina Brent fasse franchement penser à celle de Kim Deal, ni que ses guitares ou celles de Stephane Francès (ex-Seven Hate) calquent celles de Tanya Donelly, mais simplement que l'énergie et les mélodies qui se dégagent de ces cinq trop courtes compositions font preuve de tout autant d'efficacité. Nina Brent and the Elementary Particles vient de Poitiers et, au vu de la qualité de ce premier EP, il y a de grandes chances que l'on entende beaucoup parler d'eux, en particulier sur scène où le groupe semble passer son temps ! Il se produira d'ailleurs aux Francofolies de la Rochelle le 11 juillet prochain (ninabrent.free.fr).
Burden est un projet de Montpellier pour lequel sont réunis des musiciens aux parcours différents qui composent ensemble de la musique électronique, qui est ensuite proposée à un plasticien afin qu'il réalise l'esthétique de l'album final. Au résultat, cette deuxième déclinaison du concept est une très bonne surprise. Une espèce de trance mutante, tout en retenue mais particulièrement riche dans ses sonorités et qui combine prudemment des préceptes plus rock et des ambiances que l'on croirait sorties de musiques de films. Dans tous les cas cet album est un plaisir pour les oreilles et il ne manquera pas de convaincre les afficionados des dance floors (burdenproject.free.fr).
Le fanzine French Violation, entièrement consacré à Depeche Mode, offre avec son nouveau numéro une compilation dont le contenu a été particulièrement bien choisi : Celluloide et Trisomie 21 cotoîent Fad Gadget, quelques reprises de Depeche Mode (par Dekad, Brent ou Prohom) accompagnent Recoil et un remix rare de Only When I Lose Myself... Au total 11 titres pour accompagner brillamment (hormis un titre, celui de Dip, totalement malvenu) la lecture de ce septième numéro qui, par sa qualité et son contenu, rappelle le fanzine défunt "Anomalie" (consacré lui à Cure). On y découvre par exemple une étude de la typographie utilisée pour les pochettes de Depeche Mode ou encore, l'évolution du tarif des concerts du groupe à Bercy ! Plus d'infos ici : www.frenchviolation.com.

Christophe Labussière