Siouxsie & The Banshees
The Seven Year Itch Live
[Wonderland / Sanctuary]

Il aura donc fallu attendre ces sept ans de réflexion avant que les Banshees ne décident de réinvestir, pour quelques mois du moins, les lumières de la scène et nous fassent oublier leur silencieuse séparation. Appuyant le DVD du même nom, cet album live, enregistré à Londres fait suite au best of édité en début d’année ; mais là où la compil faisait la part belle aux singles et aux tubes du groupe, ce "Seven Year Itch Tour Live", à l’inverse met radicalement l’accent sur la face la plus sombre de l’œuvre des Banshees. Principalement axé sur les premiers albums "The Scream", "Join Hands", "Kaleidoscope" et "Juju", ce live permet de redécouvrir les perles que sont Jigsaw Feeling, Metal Postcard, Red Light, Icon, Night Shift, Voodoo Dolly ou encore Monitor qui, plus de 20 ans après n’ont rien perdu de leur subtile alchimie punky orageuse. Plus langoureux, plus grave et moins nerveux que par le passé, le chant de la diva reste l’élément central de cet album, porté à bout de bras par les roulements tribaux de Budgie et la basse glaciale de Steven Severin. Difficile cependant de ne pas faire quelques comparaisons disgracieuses avec le mythique live "Nocturne" de 84, l’ex-Psychedelic Furs Knox Chandler ne parvenant par exemple jamais vraiment à nous faire oublier la guitare de Robert Smith. On peut également regretter la dimension viscérale et sauvage d’alors, ainsi que l’absence de hit tels Israel ou Cascade qu’on aurait bien vu en lieu et place de Trust in Me ou du Blue Jay Way des Beatles. On se consolera malgré tout avec la présence de quelques faces B (Lullaby), d’un Lands End magistral et d’un étonnant Peek-a-Boo en guise de conclusion. Un beau cadeau en tous les cas pour les fans hard core de la diva et pour les autres, de quoi patienter en attendant un nouvel album des Creatures.

Stéphane Leguay



Adam Johnson
Chigliak
[Merck]

Les premières fouilles archéologiques mettant à jour les fossiles dubisants d'Adam Johnson remontent à l'année 2001. À l'époque il signe, sous les pseudonymes AJ Hunter ou Cisko, des alternatives clubesques au zouk mutant de son compatriote Mr Projectile, sur le label Parotic Music. Est-ce une carte postale d'un "Minneapolis" dont nous ne savons pas grand-chose en matière de vie culturelle ? Sans doute, mais c'est surtout le souffle industriel de Berlin et la nonchalance de Cologne qui semblent alors avoir frappé de plein fouet l'imaginaire des artistes de la ville américaine. Nous avons rapidement succombé au magnifique Jernt, le joyau d'une compilation "Expertise" sur Prospect. Un autre titre sur On Records, suivi de deux essais sur le "Mas Confusion", laissent penser qu'Adam est condamné à l'éparpillement. Va-t-il enfin concevoir un album complet, digne des indices qu'il avait disséminés de compilation en compilation ? Voici donc "Chigliak" et ses seize panoramas. La bande originale d'un être humain qui situe ses premiers émois électroniques lorsque petit enfant il léchait les pôles d'une pile de 9V, pour en recevoir l'agréable électrocution. C'est donc ça "Chigliak", de jolies plages ambient presque "new age", entrecoupées de décharges électriques sous la forme de "gros pieds", de "caisses claires assassines", histoire de saborder l'illusion de bien être qui aurait pu s'instaurer dans cet assemblage high tech. On songe parfois à l'inévitable Autechre, en revanche Adam, moins opaque que les geeks emblématiques de l'electronica, demeure plus séduisant.

Anthony Augendre



Arca
Angles
[DSA]

"Angles" est le deuxième album du projet réunissant Sylvain Chauveau et Joan Cambon, qui se sont ici entourés d'invités pour servir une suite au superbe "Cinématique". Et la question est : est-ce qu'on attend forcément d'un groupe qui nous a épatés sur son premier album qu'il nous surprenne sur le second ? Ou le fait de se sentir en terrain connu et donc confortablement installé est-il largement satisfaisant ? Parce qu'ici, le résultat est certes toujours aussi brillamment construit, mais cherche à enfoncer le clou d'un post rock tel qu'un familier de Godspeed ou Mogwai le connaîtrait depuis quelques années déjà (les structures de Le Puits face au ciel, Endormir les hommes ou Errance en particulier et l'utilisation très/trop présente d'extraits de voix). Perspective of Nude, Face et Nyodene D, magnifique apnée finale, rappellent en certains points "Wu Wei", dernier chef-d’œuvre de Hint en 98 et ce ne sera pas pour déplaire aux inconsolables. En revanche, Portrait of an Unsatisfied Figure et Attractions, qui seraient le pendant du sombre Orly de leur premier album, font montre d'une orientation plus expérimentale et électronique bien que très mélodique, et donc plus personnelle. C'est ce que l'on aurait souhaité d'avantage sur la longueur, même si "Angles" reste hautement recommandable.

Catherine Fagnot



Caprice
The Evening of Illuvatar's Children
[Prikosnovenie]

Deux ans après un premier volet consacré aux Elfes de l'univers de JRR Tolkien, la trilogie du groupe russe Caprice s'enrichit d'un nouveau volume baptisé "The Evening of Iluvatar's Children". Toujours dans le registre heavenly néo-classique, ce nouvel album fait encore une fois référence à Tolkien, en mettant en chansons des poèmes issus principalement du "Seigneur des Anneaux" et de "Bilbo le Hobbit". Avec des morceaux plus riches et plus variés que sur "Elven Music" (des ambiances légères de Bath Song aux moments plus solennels de The Last Ship, ou les trois belles chansons consacrées à Galadriel), des instrumentations entièrement acoustiques à la hauteur et surtout un chant sans surenchère de Inna Brejestovskaya, Caprice évite dans cet album la plupart des pièges et des clichés du genre. Sincère et inspiré, un joli disque d'heavenly médiévalisante qui promet une trilogie globalement réussie mais qui n'intéressera réellement que les fans du genre et les mordus de fantasy et de jeux de rôle.

Renaud Martin



Ch District vs Duuster
Chemical Elements 1.0
[M-Tronic]

Ce n'est pas chez M-Tronic que ce disque aurait du sortir, mais chez son quasi homonyme, Toytronic ! C'est effectivement le nom de ce label qui vient immédiatement à l'esprit lorsque l'on écoute "Chemical Elements 1.0". Ou plus précisément lorsque l'on écoute Ch District, l'un des deux projets qui inaugurent ce premier numéro d'une série de split albums.
Élégantes et mélodiques comme celles d'Abfahrt Hinwil, l'un des fleurons de Toytronic, les compositions de Miroslaw Matyasik combinent habilement diverses couches d'éléments complexes, tout en restant légères et dynamiques. Débordantes d'une agitation pourtant très maîtrisée, elles rappellent aussi certains morceaux de Gimmik (autre fleuron de Toytronic), de Somatic Responses (grands fans de Toytronic) ou même encore, inévitablement, et toujours de Autechre (grands inspirateurs de Toytronic). Une dernière référence commune à Duuster, le projet du néerlandais Ton Driessens, qui s'efface néanmoins un peu derrière Ch District, malgré une aptitude évidente à manipuler les textures (et là on pense à Arovane, Solar X, Richard Devine...). Au final, même si les deux musiciens dévoilent des influences facilement identifiables, ils arrivent à donner à leur musique une touche personnelle qui, grâce à l'univers sombre qui les unit, lorgne autant vers la famille industrielle que celle de l'IDM. À noter que chacun présente cinq titres personnels, remixe un morceau de l'autre, et que le treizième est une collaboration entre les deux. Une bonne entrée en matière pour un disque qu'on réécoutera avec plaisir.

Carole Jay



Daruma
Compilation
[Ant-Zen]

Ant-Zen a déjà dix ans et l'on se dit que le temps passe vite. En 1998 "Ant-hology" fêtait sous la forme d'une double compilation cinq ans d'"anti-censure" ("anti-zensur" étant à l'origine la signification du nom Ant-Zen), voici sa petite soeur, "Daruma". À l'époque de "Ant-hology", ce label précurseur comptait peu de détracteurs, ils sont aujourd'hui plus nombreux ceux qui pensent que Stefan Alt, son omnipotent créateur, peine un peu à se renouveler... Il ne faut pourtant pas confondre évolution des styles et évolution des goûts, même s'il est vrai que certaines des dernières sorties du label ne nous ont pas vraiment passionnées, et que des tas de nouvelles structures très inspirées prennent petit à petit le relais. Mais n'oublions pas que Ant-Zen fut tout de même pionnier dans son genre, et pour cela au moins il mérite le respect. "Daruma" joue donc parfaitement son rôle de compilation avec son lot de valeurs sûres, puisqu'on y retrouve un certain nombre de noms communs à "Ant-hology" : P.A.L, Synapscape (et ses aigus évoquant la fraise du dentiste), Contagious Orgasm, Morgenstern, Hypnoskull, Ars Moriendi, Ah Cama-Sotz, Vromb, Imminent (avec un inédit). Mais les nouvelles recrues (This Morn' Omina, Iszoloscope...) ne sont pas en reste, tout comme des morceaux un peu décalés mais agréables tels que celui de Veruschka (le "Delerium" de David Thrussel). Dernier point commun aux deux compilations, le premier CD est puissant et rythmé à l'image du label, alors que le deuxième est plus varié mais aussi plus atmosphérique, plus zen... à l'image des visages de Daruma (l'initiateur du bouddhisme zen) qui ornent la pochette. Bon anniversaire Ant-Zen.

Carole Jay



Dulce Liquido
Shock Therapy
[Out Of Line]

Si les mexicains d'Hocico avaient pu un moment faire illusion grâce à quelques tubes et à des concerts survoltés, on s'était vite rendu compte de la supercherie à l'écoute de leurs derniers albums quasiment point pour point identiques et usant et abusant des mêmes types de morceaux cheap et dancefloor. C'est exactement la même chose qui se passe ici avec ce deuxième album de Dulce Liquido, censé être le projet industriel "dur" du claviériste Racso Agroyam de Hocico. Comme dans "Disolution" (2000), les morceaux de cet album peuvent se classer dans deux catégories, avec les instrumentaux indus d'un côté, véritables plagiats sans aucune inspiration des sonorités noise type Ant-Zen, et les chansons dansantes dark-électro EBM de l'autre. Au nombre de trois, bêtifiantes et caricaturales à souhait, celles-ci auraient pu figurer sur n'importe quel album d'Hocico et n'apportent absolument rien à ce genre déjà bien mal en point. Un album incohérent, sans aucun intérêt et trop semblable au premier, un beau coup d'épée dans l'eau pour ces Mexicains dont la crédibilité s'approche dangeureusement de zéro.

Renaud Martin



Larry Tee
The Electroclash Mix
[Moonshine]

En octobre 2001 se tenait à New York le premier événement organisé par Larry Tee sous le nom d’Electroclash Festival. À l’affiche on pouvait voir Peaches, Fischerspooner, Chicks on Speed, Ladytron et Adult. Depuis, le patronyme s’est mué en une étiquette qui rassemble sous son nom des combos électroniques élevés aux sons des eighties, lorgnant vers le format et les paillettes de la pop non sans renier une attitude héritée du punk. En somme un cocktail destiné à agiter les nuits underground, de Williamsburg à Berlin, en passant par Londres et Paris. L’unique problème étant que dans ce sillon, devenu très hype, se sont engagés du très bon (des groupes qui d’ailleurs, pour la plupart, ne revendiquent aucune appartenance à ce courant), mais aussi du moins bon. Ainsi, le mix de Larry Tee pioche dans les valeurs sûres : Ladytron, Felix da Housecat, Slam (avec Dot Allison) ou les français Scratch Massive, permet de découvrir W.I.T. (les protégées de Larry Tee) ou Mount Sims (de chez Gigolo), fait sourire avec la reprise de Joe le Taxi par la geisha japonaise Hanayo mais se perd aussi parfois dans de la poudre aux yeux assenée par des groupes de seconde zone à la pérennité incertaine.
Toutefois, parmi la pléthore de compilations sortis dans le style ("ElectroKlash", "Electroclash", ou encore "This is Electroclash"…), celle-ci a l’avantage "historique" d’être proposée par Larry Tee, sorte de Malcom McLaren de l’electroclash qui revendique la paternité du genre et le mérite de transformer votre salon en dancefloor !

Laure Cornaire



Louisa John-Krol
Alabaster
[Prikosnovénie]

Quatrième album de Louisa John-Krol, "Alabaster", s’il demeure résolument orienté vers les ambiances féeriques et les sonorités folkloriques qui caractérisent la blonde Australienne, emprunte cette fois quelques chemins de traverse parfois bien surprenants. Aux incursions pop décelées sur le précédent opus "Ariel" (2001) et largement représentées ici, Louisa vient y ajouter ça et là quelques touches synthétiques qui loin de dénaturer l’onirisme habituel de ses compositions, leur confèrent une dimension tout à fait intéressante (Dancing over Acheron). Et si les références à Loreena McKennitt ne risquent pas de s’estomper avec cet opus (Paint the Wind), la participation de divers collaborateurs tels Olaf Parusel (Stoa), Harry Williamson (Faraway), Francesco Banchini (GoR/Atarxia) ou les Grecs de Daemonia Nymphes vient apporter une diversité de couleurs et de styles salvatrice au pouvoir évocateur de cet album. Éléments centraux d’"Alabaster", le chant et la guitare acoustique, ici épaulés de percussions, flûtes, clarinette ou lyre nous transportent vers des contrées bien plus lointaines que l’Australie natale de la belle. Un bien beau voyage lyrique aussi bien influencé par les écrits d’Homer que ceux d’Oscar Wilde, Emily Dickinson ou Dante.

Stéphane Leguay



Mélatonine
Les Environnements principaux
[Unique records]

Titre particulièrement adéquat pour ce second album, comme si en l'espace de ces onze titres Mélatonine avait assimilé l'essence du post rock et nous balançait en pleine face une palette d'émotions universelles. On s'emballe ? Oui ! Tout comme ce jeune trio messin qui déverse avec justesse une puissance sidérante dans des compositions instrumentales dénuées de fioritures mais riches de sens et d'urgence. Guitare tour à tour incisive et délicate, basse lourde ou groovy, batterie nerveuse qui sait aussi se faire discrète et utilisation à bon escient de samples de voix et textures électroniques (sur La Couverture chimique ou Les Environnements principaux) sont les ingrédients simples a priori de ce joyau brut. Si les influences noise-core sont là (voir Seitseman ou La Veille), les plages de répit ne sont pas en reste et l'alternance des deux rappelle sans faire rougir les meilleurs instrumentaux de Slint ou plus récemment Explosions in the Sky. Un des tours de force de Melatonine est de réussir à créer en un laps de temps relativement court (moins de cinq minutes en moyenne) une intensité comparable à celle que d'autres groupes de post rock bien assis mettront plus d'un quart d'heure à installer. Exception faite pour la durée de Elle est lentement qui développe une tension presque jouissive se poursuivant sans coupure dans le morceau suivant Here Novus (à déguster jusqu'à la dernière seconde...) et dont le solo de guitare est très cousin de celui de Robert Smith pour une version live de The Kiss. Sans être un ovni, Mélatonine vient de signer avec ces "Environnements Principaux" un petit chef-d'œuvre. Seul risque : la dépendance.

Catherine Fagnot



Ordo Rosarius Equilibrio
Cocktails, Carnage, Crucifixion and Pornography
[Cold Meat Industry]

Pas facile d'isoler Ordo Rosarius Equilibrio de la scène à laquelle il est associé, étiqueté dark ambient, neo folk atmosphérique, industriel (selon l'humeur), ou encore de son label, Cold Meat Industry, avec lequel le duo partage la passion pour les images fortes. Et c'est pourtant détaché de ces entraves que le groupe et ses compositions prennent toute leur dimension. "Cocktails Carnage Crucifixion and Pornography" est le cinquième album de la formation suédoise et il poursuit dans la voie envoûtante qu'ils ont sûrement tracé depuis aujourd'hui dix ans. Une orchestration soignée, voire précieuse, accompagne une guitare acoustique et une voix hypnotisante. Cet opus est tout autant un délice pour les oreilles qu'un plaisir pour les synapses... Des bruits d'épées, le vent qui souffle, une harpe, des clochettes, des gémissements, des titres de morceaux incroyables ; on nage en pleine débauche à la fois vicieuse et perverse, tout en douceur, où l'imagination prend immédiatement le pas sur toute réflexion. Et même si l'on décide de ne pas s'attarder sur les textes, et si l'on ne se laisse pas impressionner par les photos qui ornent le livret, c'est tout de même sans effort que l'on se fera entraîner dans l'univers de Ordo Rosarius Equilibrio et que l'on se laissera séduire par ses compositions remarquables. Car rares sont les musiques qui parviennent aussi étrangement à exciter l'oreille et à titiller notre imaginaire.

Christophe Labussière



Radiohead
Hail to the Thief
[Parlophone]

Fort d’une intégrité et d’un parti pris musical sans concession, Radiohead a tracé en cinq albums un parcours allant à rebrousse-poil du sens commercial. Mûrissant au fil du temps, de leur tube Creep et de l’exemplaire "Ok Computer" aux expérimentations audacieuses de "Amnesiac" et "Kid A", Radiohead a pavé son chemin de disques toujours personnels et subtils. Avec un retour aux guitares et aux vrais instruments, en conservant toutefois des textures électroniques, "Hail to the Thief" est finalement une bonne synthèse de cette évolution. Toujours produit par Nigel Godrich, cet album (dont le titre est emprunté à un slogan glané dans une manifestation anti Bush) est une plongée abyssale qui ne laisse pas indemne pour peu qu’on accepte de se laisser emporter dans sa tourmente. Les marécages sonores desquels s’échappe la plainte éthérée de Thom Yorke s’apparentent aux débris de ce monde très noir que dépeignent les textes. Les tristes ballades I Will ou Scatterbrain ou le single mélodique There There sont sans doute plus accessibles et plus directes que les morceaux du conceptuel "Kid A", bien que les titres de cet album ne cèdent jamais à la facilité. L’étrange Myxomatosis, l’electronica glacée de The Gloaming ou le funèbre We Suck Young Bloods, avec ses claquements de mains quasi gospel, complètent ce disque à la beauté âpre. Radiohead fait indéniablement partie de ce que le rock anglais actuel a de plus abouti à offrir.

Laure Cornaire



Substanz-t
Electric Opium
[Hymen]

Ceux qui avaient apprécié il y a deux ans le très bon "Tripped Experience" de Substanz-t peuvent se réjouir, le duo de Frankfurt formé par Arne Stevens et Alex Lange vient en effet de sortir un quatrième album au titre évocateur de "Electric Opium", une production une nouvelle fois des plus accessible pour le label Hymen. Au rang des nouveautés, on compte la participation des mc's Ronin et Cisco (ayant déjà collaboré avec les formations Megashira et Panacea) ainsi que celle de F.M Einheit, percussionniste de Einstürzende Neubauten qui pose sa patte sur quelques morceaux (Peyote Sol of Halls, Steer the Stars, Tripped Reality et Ubique). Plus serein et plus lumineux que son prédécesseur, "Electric Opium" reste malgré tout dans le même esprit puisqu'on y retrouve les mêmes paysages électroniques spleenés et urbains, faits pêle-mêle d'électro, d'ambient, de dub et de trip-hop. Si les phrasés rap des morceaux Place Cells et Burning Consciounsess pourront en laisser septique plus d'un (les plus mauvaises langues pourront penser au malheureux mélange rap-électro de Stromkern), "Electric Opium" reste dans son ensemble un bon album d'électro soft et planante à ranger entre deux disques de Funkstörung et Boards Of Canada.

Renaud Martin



Ulan Bator
Nouvel Air
[DSA]

Après "Ego:Echo", quatrième excellent album d'Ulan Bator produit par Michael Gira il y a trois ans, difficile de ne pas être surpris par "Nouvel Air", "surpris" étant un euphémisme. Tout est pourtant dit dans le choix du nom de l’album. La nouvelle orientation prise par Amaury Cambuzat, désormais seul maître à bord depuis le départ d'Olivier Manchion, n’est pas condamnable en soi, mais le résultat nous laisse sur notre faim. Il n'est en effet plus question de noise et encore moins d'expérimentations sonores mais plutôt de pop éthérée. Rien de bien étonnant quand on sait que Robin Guthrie (ex-Cocteau Twins et récemment auteur du très ouaté et réussi "Imperial") est au mixage et aux samples. Airlines donne d'entrée de jeu le ton et envahit l'espace à grand renfort de flanger, delay et chorus, effets excessivement présents aussi sur des morceaux comme Nouvel Air et Prédications. Le versant moins aérien et connoté de l'album penche quant à lui vers un rock pop assez classique (pour Atmosphère, Sympathie ou Réalité, entre Miossec et une intro typiquement new wave (sic)) voire vers une "nouvelle" chanson française doucereuse (pour Terrorisme Érotique et Geisha Paname, ballades à priori poussives qui évoluent lors de montées tendues vers de trop rares passages un peu plus excitants). Très mélodique et bien construit mais sans grand relief ni originalité, ce dernier album d'Ulan Bator n'en a plus que le nom.

Catherine Fagnot



Uniform
Not a Word
[Ad Noiseam]

Si l'on était déjà étonné d'apprendre que Wajid Yaseen, l'homme qui se cache derrière 2nd Gen, était l'ex-bassiste de Fun'Da'Mental, on est encore plus surpris de savoir que Uniform est le nouveau projet de ce même musicien, et qu'il n'a lui-même pas grand-chose à voir avec ses prédécesseurs... Ici pas de rythmique accrocheuse, et comme le titre du disque le rappelle, pratiquement pas de voix (5 titres sur 16), juste un homme qui s'efface derrière ses machines. Que ceux qui avaient adoré "Irony Is", l'album de 2nd Gen, ne s'attendent donc pas à en trouver ici un ersatz, car avec Uniform on baigne dans l'expérimentation ambient. Le résultat n'est certes pas inintéressant, mais il est décevant venant de la part d'un musicien dont on connaît le potentiel créatif. L'impression d'avoir déjà entendu les sonorités utilisées dans ce disque s'accroît au fil de l'écoute, d'autant plus que Wajid Yaseen abuse un peu trop d'effets simplistes (beaucoup de delay) et n'apporte pour le coup rien de bien nouveau au monde de la bidouille électronique. Dommage, même si quelques morceaux arrivent tout de même à se détacher du lot, comme Say It as You See It ou The Trees Will Kneel... Impossible pour finir de passer à côté de l'énorme croix rouge qui orne la pochette de ce disque et qui est l'œuvre de Franko B, un artiste étonnant qui n'a généralement pas peur de prendre des risques, tout comme Wajid Yaseen avec ce disque. Un disque qui aura au moins le mérite de nous faire patienter jusqu'au nouvel album de 2nd Gen, dont la sortie est prévue à la rentrée chez Quatermass.

Carole Jay



Violet Stigmata
Progénitures suite et fin
[Manic Depression]

Un an après le très convaincant "Décompositions et reliques", le quartet Violet Stigmata continue, par le truchement du très méritant label Manic Depression, de dépoussiérer ses vieilles démos, véritable entreprise de restauration d’un patrimoine jusqu’ici connu des seuls initiés. Ainsi "Progénitures suite et fin" suit exactement le même schéma de production que son prédécesseur, mêlant vieilles compos, nouvelles versions et inédits, le tout dans une veine néo-batcave habilement remise au goût du jour. En effet, loin de singer trait pour trait les poncifs du genre, Violet Stigmata ne fait qu’effleurer les fantômes de Christian Death ou de Sex Gang Children, préférant accompagner ses guitares death rock de programmations électroniques discrètes et de synthés baroques. Il en ressort au final un album parfaitement homogène (malgré son statut de compilation) et plutôt bien ficelé duquel émerge bon nombre de petits brûlots gothiques à l’énergie macabre : Ghost, The Meaning of Dogs, Legacy, Valium Days. Dans le sillage de Cinema Strange et autre Scary Bitches, nul doute que Violet Stigmata devrait avec ce second opus s’imposer comme l’un des principaux acteurs de ce revival batcave qui semble enfin pointer le bout de son nez.

Stéphane Leguay

Express

On pouvait craindre qu'il soit difficile à Bryan Erickson de Velvet Acid Christ de donner une suite honorable à l'excellent album "Twisted Thought Generator" sorti en 2000 tant celui-ci frôlait la perfection. Pourtant, contre toute attente, ce nouveau single est une vraie bonne surprise. Bien qu'Erickson ait réintégré l'écurie allemande Dependent, c'est une nouvelle ère qui semble s'ouvrir à lui tant le son semble avoir une fois encore évolué. Le rythme s'est ralenti, il est presque lancinant, l'ambiance générale s'est assagie, plus sombre encore que par le passé. Le titre Pretty Toy a même quelques relents étonnants de Cure ! On attend vraiment avec une grande impatience l'album "Hex Angel (Utopia-Dystopia)" prévu pour mi-août. En ce qui concerne Suicide Commando, Johan Von Roy continue invariablement à utiliser les mêmes préceptes éprouvés pour tenter d'atteindre toujours la même efficacité. Si vous ne vous êtes pas encore lassés de ses méthodes, vous le suivrez avec les deux singles "Face of Death" (sept versions du titre accompagnées de trois autres morceaux), sinon, passez votre chemin, il n'y a rien de vraiment nouveau à dénicher. Du côté de VNV Nation le duo devrait lui aussi penser à l'occasion à établir un dogme, un mode opératoire pour définir la meilleure façon de faire "du" VNV Nation. Les deux Anglais offrent en préambule au DVD attendu pour la fin de l'été deux titres live (Fearless et Legion), un remix estampillé 2003 de Honour, un inédit mollasson, Secondskin, et une piste CD Rom comprenant un trailer du DVD en question. Sous-pull synthétique à col roulé et bras tendus en "V" de rigueur. Dans la série "on fait toujours la même chose mais finalement pourquoi pas (!)", Psyche continue son bonhomme de chemin avec cet EP "The Quickening" qui contient pas moins de huit versions du titre éponyme et trois de Anonymous Skin. Rien de neuf de ce côté là non plus. Pour en finir avec les "classiques", il faudra faire un tour du côté de Mexico City d'où Hocico nous envoie son nouveau single "Disidencia Inquebrantable". Là aussi on connaît la recette, le plat a toujours le même goût, mais on en redemande ! Brudershaft pourrait tenter de renouveler le genre en associant la crème de la scène électro boum boum allemande (avec des membres de Icon of Coil, Covenant, VNV Nation et Apoptygma Berzerk) mais c'est finalement un hit pompier VNV Nation-ien (Ronan Harris est au chant) qui nous est offert avec Forever, décliné en une infinité de versions et qui sera remixé par la crème de la crème sur un double album... Et on sait que trop de crème rend forcément le dessert indigeste et l'opération, si elle a l'avantage de réunir du beau linge n'a, et c'est le moins qu'on puisse dire, vraiment rien d'évolutif.

Christophe Labussière

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