Killing Joke
Killing Joke
[Sony]

"Light up the fire, put on your masks and animal skins!". Comme un préambule à la rébellion, les premières secondes de ce onzième album de Killing Joke annoncent clairement la (les) couleur(s) : noir et rouge. Le noir pour un album incroyablement ténébreux et orageux, le rouge pour la violence viscérale qui s'en dégage. Haineux et outrageusement nerveux, les nouveaux brûlots du joker semblent en effet n'avoir jamais été aussi en phase avec leur époque. Un album étouffant qui raisonne comme un long cri de révolte et qui frappe très fort là où ça fait mal. Comme si la troupe à Coleman voulait rattraper ces six années de silence pendant lesquelles le monde n'a pourtant jamais cessé de tourner (mal). L'entrée en matière à elle seule définit bien la ligne directrice de cet opus : transe cataclysmique aux guitares abrasives et au rythme délicieusement bancal (la patte de l'ex-Nirvana Dave Grohl y est flagrante). Tout l'album prend aux tripes, lamine les oreilles et fait terriblement froid dans le dos. Un son énorme qui stigmatise toutes les nouvelles compositions du trio originel Coleman/Walker/Youth, les plus brutes (Asteroid, Implant, The House that Pain Built) comme les quelques (rares) pièces mélodiques (le superbe You'll Never Get Me). Une densité sonore impressionnante d'efficacité ! Fustigeant la média-propagande, la technologie galopante et surtout les lobbies et les puissantes firmes régissant le monde, Jaz semble n'avoir jamais été autant en colère et du coup, n'avoir jamais aussi bien chanté (hurlé) ! À mi-chemin entre les cultissimes "Killing Joke" (80), "Extremities, Dirt & Various Repressed Emotions" (90) et "Pandemonium" (94), ce nouvel album éponyme, malgré la passion qu'il dégage, ne saurait se contenter simplement de mots et de phrases ; "Res Non Verba", l'heure n'est plus aux paroles mais à l'action et au changement. Killing Joke vous l'annonce. Écoutez-les donc !

Stéphane Leguay



cEvin Key
The Dragon Experience
[Subconscious/Metropolis]

cEvin Key fait une nouvelle fois preuve de son attachement à Skinny Puppy en sortant de ses archives personnelles une série de morceaux datant de l'époque de l'album "Bites" (1985) mais n'ayant jamais été exploités jusque-là. Mais surtout, qu'il n'y ait pas de malentendu, le travail de cEvin Key est un vrai travail de développement à partir d'idées enterrées trop longtemps, et le traitement qu'il leur donne est vraiment époustouflant. Un montage qui, il faut le reconnaître, ne permet pas à "The Dragon Experience" d'égaler les albums de Skinny Puppy, mais lui permet incontestablement d'en receler toute l'essence. Et en ça l'écoute de ce disque est un vrai plaisir. Plus que de simples démos ou qu'un squelette, c'est véritablement toute la quintessence de Skinny Puppy qui pénètre nos oreilles. Calmes, lancinantes, tendues, toujours fouillées, presque intrigantes, ces plages toutes instrumentales sont splendides et si elles recèlent par endroits des sons en apparence datés, c'est pour mieux mettre en avant ce travail de génie, d'architecte, que leur ont réservé cEvin Key et Ken Marshall.

Christophe Labussière



Colony 5
Structures
[Memento Materia]

Vous pensiez vous ennuyer cet été, entre Madonna et Radiohead. Vous pensiez surtout crever de chaud au son d'une bande FM insupportable. Eh bien, rafraîchissez-vous bien les oreilles avec le trio suédois Colony 5 qui vous offre un second album à la hauteur de toutes vos espérances. Révélé il y a deux ans comme les dignes successeurs d'un Depeche Mode en mal de vitamines, Colony 5 nous a livré il y a quelques mois "Black", le single parfait : une fusion d'EBM et d'électro pop à l'énergie inépuisable. On avait donc quelque appréhension avant de recevoir ce nouvel album assez vite produit. Pourtant, aucune déception n'est au rendez-vous. Bien au contraire. Dans le registre musical précité, Colony 5 nous livre un disque quasiment parfait, plus diversifié que le premier opus, plus travaillé aussi tant au niveau des rythmes que des sonorités. La voix du chanteur, clone des désormais cultissimes Elegant Machinery, constitue le lien idéal entre chacun des douze morceaux. Les hits s'enchaînent à la vitesse de la lumière, avec des morceaux de bravoure comme Hate, Synchronized Hearts, Black ou encore Is She Scared?. Et même quand la rythmique électronique met le frein, le groupe sait nous offrir des mélodies respectables et des textes oniriques à l'image du très beau She's a Planet. "Structures" est donc l'un des albums incontournables de 2003 pour tout fan de future pop qui se respecte.

Stéphane Colombet



Coph Nia
Shape Shifter
[Cold Meat Industry]

Tout droit sorti de l'usine Cold Meat Industry et après le "C.C.C.P." d'Ordo Rosarius Equilibrio, voici le second album des jeunes pousses Coph Nia. Après un premier album "That Which Remains" en 2000, remixé l'année suivante ("That Which is Remade") et un EP "Holy War", la nébuleuse suédoise se rappelle à nos bons souvenirs avec cette nouvelle production "Shape Shifter" tout à fait enthousiasmante. Dans la lignée dark ambient de ses voisins de palier Raison d'Être ou Sephiroth, Coph Nia tisse avec un savoir-faire certain la bande son idéale pour faire décoller l'ambiance du camping dans lequel vous aurez planté votre tente cet été. Dans l'ombre d'Aleister Crowley, voici une musique sinistre à la moiteur brumeuse de laquelle s'échappe de temps à autre quelques forts remugles mystiques (cloches, chants religieux) et sur laquelle vient se poser un chant grave et envoûtant, quelque part entre Douglas P. (Death In June) et Michael Gira (Swans). À vous donc les karaokés de folie sur les superbes Gnostic Anthem ou Hymn to Pan, les fructueux quarts d'heure américains au son de la sinueuse cover du Prime Mover des rockers Leather Nun et encore bien d'autres odes misanthropiques qui feront de vous le roi de la fête... Seule ombre au tableau, la fade reprise du Stigmata Martyr de Bauhaus. Vous avez donc avec cet excellent "Shape shifter" toutes les cartes en main pour passer les plus belles vacances de votre vie. Merci qui ?

Stéphane Leguay



Cranes
Live in Italy
[Dadaphonic]

Excellente initiative de la part de Cranes d'avoir enfin publié un live. L'annonce de l'exercice en ayant fait sourire plus d'un puisque leurs prestations scéniques, toujours touchantes et gracieuses, sont parfois hésitantes, que ce soit dû à la timidité d'Alison Shaw ou à de fréquents problèmes techniques. Ici la set list correspond donc à celle proposée lors de leur tournée automnale 2002, qui n'était malheureusement pas passée par la France, mais en Italie, Belgique, Autriche et Pays-Bas. Le set principal n'est composé que de morceaux du dernier album "Future Songs"(2001) et d'extraits de "Forever"(1993). Subtil mélange d'ambiances langoureuses (Fragile, Sunrise et son intro typiquement curesque) qui réhabilite de fait "Future Songs", précieux album injustement ignoré par la critique après le décevant "Population Four" en 1997, et les désormais classiques Everywhere, Jewel, Far Away et Adrift, en indétrônable et majestueux final. Paris-Rome, délicate ballade coldwave, constitue le premier rappel. Suivent E.g. Shining, Shining Road et Adoration, seul extrait du magnifique et plombant "Wings of Joy" (91). Un live indispensable pour tout fan des Cranes ou simple curieux d'excellente pop mélancolique. À bon entendeur...

Catherine Fagnot



Delerium
Chimera
[Nettwerk]

Près de trois ans après "Poem", le duo canadien Delerium revient avec une œuvre majeure. Bill Leeb, aidé par l'expérience récemment acquise de Rhys Fulber sur le projet Conjure One, nous offre sans conteste l'album le plus maîtrisé de toute l'histoire de Delerium, projet à l'origine annexe et instrumental du plus violent Front Line Assembly. Déjà, "Semantic Spaces" et "Karma" avaient annoncé dans le passé un côté accessible, presque commercial qui pouvait ça et là se comparer à Enigma, les sonorités électroniques étant néanmoins toujours très présentes, comme une véritable marque de fabrique. "Poem" avait même gommé presque totalement l'aspect technoïde, les mélodies pop et les voix féminines étant de plus en plus présentes. "Chimera" reprend la même formule mais les heavenly voices ont pris de la densité et l'art de concevoir une chanson efficace -sans tomber dans le niais- est devenu un savoir-faire que le groupe connaît sans doute mieux que personne sur la scène électronique actuelle. Ainsi, des chanteuses telles que Zoe Johnston (qui avait déjà travaillé avec des artistes reconnus tels que Faithless et Dido), Leigh Nash ou encore Julee Cruise (bien connue pour son travail aux côtés d'Angelo Badalamenti) viennent au soutien de treize morceaux magnifiques, à la fois aériens et énergiques, qui vous transportent vers des contrées auditives encore inexplorées. On pense beaucoup à des chanteuses aussi fameuses qu'Annie Lennox, Sinead O'Connor ou bien encore Suzanne Vega. On repense aussi à la meilleure période instrumentale du groupe avec l'impressionnant Eternal Odyssey, sorte de condensé de 10 minutes de toutes les expériences passées, entre rythmiques tribales, envolées cinématographiques à la Vangelis et samples harmonieux de grands classiques tels que l'Adaggio de Barber, déjà repris récemment par William Orbit. Définitivement, Delerium n'est plus un groupe de musique alternative industrielle. La pop est devenue un art majeur pour le duo canadien qui combine sa science du traitement des sons et des samples, à une écriture de plus en plus aboutie. Le résultat, de prime abord facile, est en réalité une prouesse musicale digne de figurer parmi les meilleurs disques de l'été.

Stéphane Colombet



Faith and the Muse
The Burning Season
[Metropolis]

Sorti près de quatre ans après l’excellent "Evidence of Heaven", ce quatrième album du mythique duo américain se sera fait bien attendre (si l’on excepte la compilation "Vera Causa" parue en 2001). Annoncé comme un opus charnière tourné vers de nouvelles influences, "The Burning Season", s’il fait effectivement moins cas des orientations celtiques ou victoriennes d’hier, continue néanmoins de tracer sa route dans la veine lyrico-gothique chère au couple Faith/Richards. Tout aussi varié que ses prédécesseurs, l’album oscille entre brûlots goth (Sredni Vashtar, Relic Song), contemplations langoureuses (le très jazzy Gone to Ground) et quelques mélodies synthétiques (Vissions). Une électronique très ambiante à l’image de The Burning Season qui semble ici avoir pris le pas sur l’aspect folklorique qui stigmatisait pourtant si bien le son de Faith & The Muse. Dans le fond comme dans la forme, le travail du duo semble ici se diriger non sans risque vers une certaine modernité de style que certains fans de la première heure ne manqueront pas de regretter. Mais s’il est vrai que l’on peut s’interroger sur l’efficacité d’un Whispered in your Ear mollasson ou d’un Failure to Thrive poussif, la grâce angélique de titres tels The Amber Room ou Prodigal excuseront largement ces quelques creux d’intensité dans un album duquel on ne retiendra que le meilleur à l’arrivée.

Stéphane Leguay



Gary Marx
Pretty Black Dots
[AFD]

Une guitare acoustique, quelques percussions discrètes et une voix très agréable, Gary Marx crée la surprise avec ce premier album solo. Il nous raconte ainsi quinze histoires bien trop courtes auxquelles on accroche très vite. Ses compositions sont éloignées de celles de son passé, qu'il ne renie pourtant pas, car il faut admettre que l'on est ici bien loin de l'emphase de ses deux premières formations. Rappelons en effet, pour ceux qui l'ignoreraient, que Gary a fondé The Sisters of Mercy avec Andrew Eldritch, qu'il a quitté après la sortie de l'album "First and Last and Always" pour monter Ghost Dance avec Anne-Marie de Skeletal Family. Quatorze ans le séparent de cette période brillante et c'est aujourd'hui fièrement qu'il nous offre ce "Pretty Black Dots" particulièrement réussi, croisement improbable entre des balades acoustiques de Wayne Hussey et de Jarvis Cocker. Un vrai don pour la mélodie, des arrangements discrets mais toujours bienvenus, et une voix qui, à l'instar de ses compositions, est extrêmement personnelle. Un album séduisant pour lequel le terme attachant prend tout son sens.

Christophe Labussière



Ghost Cauldron
Invent Modest Fires
[K7/PIAS]

Très cinématographique dans sa construction, un piano et des violons à la Argento, un synthé à la Carpenter et surtout une voix sombre et inquiétante scandant "Fire Walk with Me" en référence au "Twin Peaks" de David Lynch : voilà de quelle façon étrange débute "Invent Modest Fires". Lorsque l'on sait que DJ Kaos de Terranova est aux manettes de ce tout nouveau projet (accompagné de SE.EL), on s'étonne déjà moins de cette brillante faculté à mélanger les genres et à toujours privilégier la noirceur. Le deuxième titre prend la même direction, presque poisseuse, avec un gimmick à la "L'Exorciste" sur lequel Priest de feu-Anti Pop Consortium pose un rap au ton parfaitement en adéquation avec l'ambiance du morceau. La suite ne garde pas la même force en prenant des orientations plus variées, mais on pense forcément à Terranova, à DJ Shadow ou surtout à U.N.K.L.E pour cette dextérité incroyable à surfer sur les différents styles électro, hip hop, ou carrément pop sans jamais vaciller. Sur le titre suivant on découvre une guitare acoustique et un chant à la Air/Archive, des sonorités plus orientales lui succèdent... plus loin le ton se durcit, mais la mélodie, sombre, lancinante et mélancolique reste la priorité, surtout lorsque plus loin encore la voix se fait bien plus douce. L'album ne se stabilise jamais et la diversité apparente est ici toujours synonyme de travail bien fait. Ghost Cauldron nous offre un album de tout premier ordre, qui paradoxalement associe diversité et homogénéité. Jetez-y une oreille dès que l'occasion vous en sera donnée, vous ne le regretterez pas.

Christophe Labussière



Iris
Awakening
[Diffusion Records]

Quatre années après "Disconnect", leur premier album particulièrement remarqué, le duo américain Iris revient avec "Awakening" et cela valait la peine d’attendre, car pour tout nostalgique des meilleurs hymnes de synthpop, cet album va certainement s’imposer comme la référence 2003. De/Vision, Mesh et autres Michigan n’ont qu’à bien se tenir. "Awakening" reprend ce qui a fait le succès de "Disconnect" (jolies voix masculines, douces mélodies novatrices, textes inspirés) et y ajoute une véritable personnalité, l’usage des synthés étant à l’évidence beaucoup mieux maîtrisé que par le passé, offrant une diversité d’ambiances beaucoup plus importante. Ainsi, Whatever, Sentimental Scar, Vacant, Sorrow Expert, Wait Move on sont autant de titres qui vous feront pleurer de bonheur : comme le chante Iris, "Pain is a wonderful emotion". Et la reprise ultra-énergique de Seven Red Seven, You’re the Answer, s’inscrira à coup sûr sur les meilleures playlists des soirées synthpop. Un sans faute absolu composé de dix perles d’une beauté rare. Une référence difficile à égaler. À écouter d’urgence.

Stéphane Colombet



Iszoloscope
Au Seuil du Néant
[ant-zen]

Il faut reconnaître que ces derniers temps, la scène noise/indus semblait bien en perte de vitesse et que les récentes productions de labels comme Hands ou Ant-Zen, à force d'utiliser et réutiliser en permanence les même schémas et les même sonorités, commençaient à se ressembler toutes entre elles et annonçaient un avenir plutôt moribond du genre. C'est en quelque sorte en sauveur qu'arrive ce nouvel album du canadien Iszoloscope, qui, notons le tout de suite, en plus d'être une réussite, se paye le luxe d'être accompagné d'un excellent second disque qui rassemble pas moins de quatorze remixes réalisés par divers collègues comme Ah Cama-Sotz, Asche ou Imminent pour les plus connus. Digérant et synthétisant la plupart des tendances de la musique industrielle rythmique, intégrant, selon les morceaux, ambiances oppressantes, rythmiques furieuses drum'n bass ou saturées, le tout parsemé ci et là de quelques sonorités techno, chacun des neuf morceaux de cet album attire l'attention et les deux années de travail qui ont été nécessaires pour le réaliser se ressentent tant l'ensemble est abouti et tant son écoute attentive et à volume élevé met le cerveau de l'auditeur à rude épreuve. Rage, claustrophobie, angoisse, voilà le genre de sentiments que l'on peut éprouver face à ces constructions sinueuses et savantes, et c'est justement le but recherché par Iszoloscope puisque le principe de ce projet est d'étudier les déviances de l'esprit humain face aux effets de l'isolement. Et justement, être les cobayes de ce genre d'expérience, on ne demande que ça !

Renaud Martin



Junkie XL
Radio JXL (A Broadcast From The Computer Hell Cabin)
[Roadrunner]

Quel beau concept que celui du dernier album de Junkie XL. Construit comme un programme radio, on y retrouve une large variété d’arrangements et de chansons, une pléthore d’artistes et de voix. Et quelles voix ! Cet album fait figure de G8 des multinationales pop-rock, avec les apparitions de Robert Smith, Dave Gahan, Saffron, Gary Numan, Terry Hall et bien d’autres ! À écouter le bien nommé Perfect Blue Sky (interprété par Robert Smith) en boucle sur la plage ou sur la route y menant tout droit, des averses d’ivresse s’échappent de ce ciel pourtant si peu nuageux. Quant au Reload chanté par un Dave Gahan en presque meilleure forme que sur son propre album solo, il aura le même effet que le Crusher de Saffron : une bombe dans le salon ou dans le bureau du condamné au travail sans clim'. Le titre Logos ressemble à une de ces chansons de Moby que l’on écoute sous la douche après une journée de farniente : humide et chaud à la fois, le titre sent la crème solaire. Au micro, Mr Phil Mills en personne. Petit clin d’oeil à sa période électro du début des 90s avec Nerve, Junkie nous livre aussi un ravissant Nightmare, sorte de Front Line Assembly allégé. Rivers quant à lui ne déparerait pas sur un récent Delerium. Et enfin, comment ne pas penser à la ritournelle du Finger in the Moon de Ben Lee en écoutant le reposant Chilled. On se surprend à fredonner "I was Wrong, I was Wrong"... Mais "Wrong", Junkie ne l’est certainement pas car malgré sa pochette entre flyer pour soirée branchée et l’horreur d’une énième compilation lancée par un label peu scrupuleux, ce disque est sans aucun doute celui de l’été 2003.

Bertrand Hamonou



ohGr
Sunnypsyop
[Spitfire/BMG]

Nivek Ogre nous avait déjà fait une bonne surprise avec son premier album "Welt" sorti en 2001. Un hit imparable, Cracker, autour duquel dix titres faisaient très très bonne figure. Aujourd'hui il nous ressert presque le même plat avec ce "Sunnypsyop" tout aussi honorable. Même si l'on eût préféré qu'il choisisse plutôt de s'appesantir sur le nouveau chef-d'œuvre (on l'espère !) de Skinny Puppy (que l'on attend toujours avec la plus grande impatience), ce second album a le mérite de montrer que l'animal maîtrise totalement la nouvelle direction qu'il a prise... et qui reste pourtant totalement inclassable. Tout repose sur sa voix vraiment très particulière et les quelques synthés et divagations électroniques qui l'accompagnent n'ont pas d'autre mission que de brouiller les pistes. Une espèce d'indus pop minimaliste non identifiée, menée par une voix de fou constamment transformée par des effets bizarroïdes derrière lesquels transparaît parfois une impression de "chanter faux" qui lui donne un côté encore plus humain. Pas "un" tube cette fois-ci, mais au contraire un album qui semble n'être constitué que de hits tant l'écoute de cette série de morceaux tous coulés dans le même moule est irrésistible. On ne peut s'empêcher de penser à plusieurs reprises à Skinny Puppy (la voix, quelle voix !), mais la référence n'indispose pas ohGr qui fait preuve d'une aisance et d'une efficacité presque indécente.

Christophe Labussière



Syrian
De-Synchronized
[A Different Drum]

Un duo italien dévoué à la future pop : voilà qui ouvre de nouveaux horizons au label américain de référence en matière de synthpop. Le premier album de Syrian s’impose dès les premières mesures comme une fusion inédite des rythmiques euro beat du nord et d’une sensualité toute latine. Un peu de trance, jamais agressive néanmoins, porte des compositions pop d’une finesse toute louable. Si quelques sonorités sont carrément commerciales, pour autant la spontanéité demeure dans un esprit très indépendant, avec des morceaux archi construits et quelques vocalises de "gentil garçon" à la Alphaville. On pense même parfois au meilleur d’Orchestral Manoeuvres in the Dark sauce technopop. Le mélange est plutôt rafraîchissant et déroutant. Il y a de la naïveté kraftwerkienne derrière tout ça, qui pourrait aussi rappeler les débuts de Komputer, le côté dance en plus sur neuf des dix morceaux. Bref, une découverte qui ravira vos amis DJs, pour des nuits enflammées cet été.

Stéphane Colombet



This Morn' Omina
Le Serpent Blanc - Le Serpent Rouge
[Ant-Zen]

Après la réédition du très bon "7 Years of Famine", This Morn' Omina poursuit sa route chez Ant-Zen avec ce nouveau double album, présenté comme la première pièce d'une trilogie nommée "Nyan". Toujours friand de symboles, ce projet belge a voulu cette fois réaliser une sorte de concept-album sur le thème du serpent. La partie "blanche" est ainsi censée décrire l'éveil du cobra (on ne rit pas au fond !) en faisant la part belle à des compositions résolument dancefloor mélangeant trance, hard techno, percussions ethniques et des éléments plus typés indus (samples et rythmiques binaires). Malgré une certaine facilité et une tendance à une trance un peu lourde et maintenant désuète, il faut reconnaître que le résultat est redoutablement efficace et que ce premier CD ravira sans peine les amateurs d'électro dancefloor en quête de nouveautés technoïdes. Plus calme, plus ambiant et malheureusement moins intéressant, la seconde partie "Le Serpent Rouge" évoque pour sa part le zodiaque à treize signes (le treizième étant celui de l'Ophiuchus ou Serpentaire selon les appellations) en consacrant un morceau à chaque signe. Si il y a quelques idées ici ou là, l'ensemble ne décolle désespérément pas et on s'ennuie bien vite. C'est donc principalement le premier CD qu'on retiendra pour ses tubes "dance" imparables, le second risquant d'avoir un peu de mal à sortir de son boîtier. Mais la question que l'on pourrait tout de même se poser, c'est est-ce que Ant-Zen, en prétextant se renouveler, ne se "VNV-Nationiserait" pas un petit peu ?

Renaud Martin



Wideband Network
Universe
[A Different Drum]

Wideband Network fait clairement partie des groupes les plus doués de l'écurie américaine A Different Drum. Il nous offre une musique électronique toute subtile, pop, aérienne, poétique, féérique même. Wideband Network est un duo qui n’a peur de rien, mélant sur douze titres les meilleures recettes de ses grands frères de l’electropop avec les ingrédients à la mode "daftpunkienne", voire "madonnienne" : voix vocodées, samples de guitares atmosphériques, pianos cinématographiques (spécialement sur le très réussi Superhero). Le but de ce duo n’est pas nécessairement de nous faire danser mais plus de nous faire voyager, méditer sur une musique à images que certains trouveront sans doute trop accessible. Pourtant accessibilité et personnalité ne sont pas inconciliables et ce premier album devrait survivre aux modes décrites ci-avant. Avec la liberté d’un Mesh (écoutez le titre Morphine pour vous en convaincre), Wideband Network est un groupe qui séduit par sa volonté de sortir des sentiers battus pour nous offrir la musique qu’il aime, tout simplement, sans chercher à ressembler à qui que ce soit : c’est le signe des futurs grands. On reparlera d’eux, c’est évident.

Stéphane Colombet

Express

"Entre 2 mondes" est la première référence d’un nouveau label montpelliérain, Axess Code, et le premier album de KUB, un grenoblois pétri de bonnes influences mais qui a un peu de mal à les digérer. Derrière une dark drum’n bass entraînante et plutôt agréable, se cache effectivement une impression récurrente de déjà entendu. Par exemple, Balkanik rappelle étrangement, avec son sample de voix bulgares, le Beneath the Mask de Makai, réalisé voici quelques années déjà (et qui samplait lui-même le Making of Cyborg de Kenji Kawai, présent sur la BOF de "Ghost in the Shell"). Quant à Sukubus, il
évoque immanqua-
blement The Return of Motion Sickness, un des meilleurs morceaux de Panacea. On pense aussi beaucoup aux productions d’Ed Rush… Bref, si vous aimez les noms cités précédemment pas de problème, ce disque est pour vous.
Décidément rien n’arrête Merzbow. Voilà encore un futur collector destiné à appauvrir les fans du roi du noise, car bel objet que ce "Timehunter" sorti chez Ant-Zen il y a peu et présenté sous la fome d’un gros agenda zippé. À l’intérieur, quatre mini CD sur lesquels on retrouve à chaque fois un ou deux titres dont les durées varient entre 3 et 20 minutes. Après l’éprouvant "Satans Tornade", Masami Akita semble redécouvrir la composition de morceaux quasi structurés, période "Merzbeat". Le quatrième CD, qui ne comporte qu’un titre, ne dépareille d’ailleurs pas de l’univers Ant-Zen avec son approche très rythmique qui ferait néanmoins passer Converter pour de la synthpop… Bref pas du Merzbow typique mais du Merzbow très accessible, une fois n’est pas coutume !
On reste dans les mini CD, avec Pow[d]er Pussy, un projet belge qui réunit Herman Klapholz (Ah Cama-Sotz) et Mika Goedrijk (This Morn’ Omina) sur le label Pflichtkauf. D’après ses auteurs, "One Day" serait la synthèse dansante de leurs projets respectifs sans qu’on y retrouve précisément le son de l’un ou l’autre. Et le résultat est plutôt réussi : voilà six morceaux puissants, dont quatre sont dansants à souhait, agrémentés de voix robotiques, à mi-chemin entre électro et rhythmic noise allégé et qui n’ont pas d’autre prétention que de faire bouger vos petits pieds… Ce qui est aussi le cas du mélange ethno trance électro tribale de This Morn’ Omina, mais là on est nettement moins convaincu. "Nagash" (également sorti en CD 3" chez Ant-Zen) contient un morceau inédit réalisé avec Empusae et la version concentrée de trois titres de "Le Serpent blanc", premier CD du dernier double album de This Morn’ Omina, où Mika Goedrijk se prend la tête avec un concept reptilo-zodiacal à faire trembler d’extase tous les néo-hippies d’Ibiza, et qui n’est malheureusement pas sans rappeler Nebula-H, side-projet trance/EBM du musicien bien indigeste.
Terminons ce tour de piste avec Håkan Lidbo et son EP "Clockwise", tout droit sorti du label allemand Shitkatapult. Producteur opportuniste, musicien hyper productif (ou le contraire), ce Suédois n’a pas peur de s’attaquer à tous les styles musicaux, de la house la plus commerciale à l’electronica la plus pointue. Il nous offre ici cinq titres détonants, dont le plus accrocheur est Microsonic, mélange électro bitpop explosif, mille fois entendu mais toujours très efficace. Citons également le très drôle Clockwise, où deux citoyens londoniens nous racontent leur passionnante journée, ou encore My First Honest Penny qui marche un peu sur les plates bandes de Super Mario (version Aneurysm). Quant au kitchissime Freeze Lapd, il aura au moins le mérite de nous rappeler les vieilles séries TV de notre enfance. Simple et irrésistible.

Carole Jay


Express

L'idée semblait excitante, associer Bosco et Michel Cloup (Diabologum, Experience) le temps d'un side-project du nom de Panti Will. De cette collaboration, "Hell" est la première manifestation. Prétendument "le disque le plus dansant de l'été sous LSD", cet album n'abrite finalement qu'une juxtaposition de sons plutôt curieuse sans réelle ampleur. Malheureux sera celui rencontrera le DJ barré qui irait programmer ces expérimentations aliénantes sur une piste de danse. Trop post, trop free, ou trop avant, mais surtout décevant.
Fred Beltran avait déjà pris en main la réalisation des pochettes de Micropoint, c'était donc logique que celle de l'album "Body Hammer" de Al Core (échappé de la formation française pour ce premier album en solo) tombe entre ses mains. Si Beltran est ici vraiment loin d'être à son top, le contenu du CD reste lui aussi très moyen. On découvre en introduction une sorte d'EBM Nintendo (!) pas forcément désagréable, mais qui très vite ne peut s'empêcher d'adopter tous les pathétiques tics du genre techno hardcore. Au résultat du boïm boïm boïm basique qui tourne très vite en rond. Indigeste au possible. Dans le même genre, "Interpretations" de The DJ Producer (Luke McMillan) s'en sort beaucoup mieux. Bien plus évolutive, plus sombre, plus variée, cette nouvelle production du label Rebel Scum est constituée de deux CD, l'un offrant des remixes inédits par Manu Le Malin, Mike Paradinas, Hellfish, Joshua, etc. et le second proposant un long mix de The DJ Producer. On est ici bien plus dans la finesse et le résultat vaut vraiment le détour.
Rose et Noire est une découverte étonnante. Une trame pop électronique toute en douceur et à la construction plutôt futée qui offre à chaque morceau des harmonies et des mélodies à foison. Marie Möör pose ses mots, avec sa voix nonchalante, presque ingénue, sur les ballades envoûtantes de Laurent Chambert. L'écoute des 6 titres de "Quelque chose de nouveau (je veux)" est une expérience ensorcelante loin de tout repère normé. Rendez-vous immédiatement sur le site du groupe afin de découvrir ce duo "charming électro" minimaliste et vraiment excitant.

Christophe Labussière

http://www.premo.fr
http://www.premonition.org
http://pages.premonition.fr
http://www.premonition.org/chro/chro.php3