
 |  | Tour de France Soundtracks [EMI]
Cet album était sans doute le plus attendu des années 90 pour tous les fans de musique électronique en tous genres, tant le quatuor allemand fait figure à la fois de pionnier et de mythe depuis le début des années 70. Le dernier album original, "Electric Cafe", remontait à 1986. Depuis, une compilation de remixes, "The Mix", en 1990 et un maxi, "Expo 2000", en 2000, étaient censés faire patienter les fans dans l'attente d'un véritable nouvel album de plus en plus improbable. Les très rares concerts que le groupe avait donnés, notamment en France à la Cité de la musique en 2001, n'avaient révélé aucun nouveau titre, à l'exception d'un morceau instrumental très techno sur fond d'électro-encéphalogramme en mouvement. On commençait donc à se faire une raison, vu l'âge avancé des deux rescapés de la formation de l'époque, 57 ans pour Florian Schneider et 58 ans pour Ralf Hutter. Mais comme le groupe a toujours cultivé ses effets de surprise, il a finalement annoncé, via EMI, début juillet 2003, la sortie effective d'un nouvel album prévu aussitôt pour le mois d'août. Et les rumeurs ont commencé à courir… ou plutôt à pédaler car, au lieu d'explorer un nouveau concept (après la radioactivité, les autoroutes, les trains, les ordinateurs et les télécommunications), Ralf Hutter et Florian Schneider ont préféré tenter de puiser une nouvelle inspiration dans leur sport préféré, à savoir le cyclisme, sport qui leur avait déjà inspiré le titre Tour de France il y a de très nombreuses années. Les interrogations se sont dès lors multipliées, à commencer par celle de savoir comment le vélo pouvait générer la créativité sur tout un album. La réponse est trouvée dès la première écoute : le concept est plus le sport dans son ensemble que le seul cyclisme. Ce qui a inspiré nos vieux robots germaniques, ce sont en effet plus les notions d'effort physique, de respiration, de dépassement, de rapidité, de santé, d'endurance et surtout -thème universel chez Kraftwerk- d'harmonie entre l'homme et la machine. Le résultat devrait assez logiquement décevoir les fans dans un premier temps, du fait du caractère moins accrocheur, un peu plus ambient, peut-être moins pop de certaines mélodies et des chants de moins en moins humains et donc de moins en moins naïfs ; mais, dans un second temps, la magie Kraftwerk devrait produire à nouveau son effet et, comme pour chaque album, faire de cette nouvelle production une incontournable source d'inspiration pour les années à venir. Car à écouter de près, le travail est impeccable, implacable même, toujours doté de nouveaux sons et de nouvelles ambiances. Froids, lisses, techno, mais pas trop, électro, mais pas trop, pop quand même, mais juste ce qu'il faut, accessibles, élitistes et raffinés à la fois, les nouveaux morceaux tels que le Tour de France 2003 et ses trois étapes (déjà présent sur le maxi qui a précédé de quelques semaines l'album pour être en phase avec la compétition), Aéro Dynamik ou encore La Forme prouvent que l'apport de Kraftwerk à la musique électronique est non seulement justifié mais a encore de beaux jours devant lui. Indispensable évidemment, pour les vingt prochaines années au moins.
Stéphane Colombet |
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 |  | Remixes & Collaborations [Ninja Tune]
Cet anglais originaire du Brésil officiait à ses débuts sous le pseudo de Cujo. Après avoir été signé par le label Ninja Tune, Amon Tobin se produit sous son vrai nom, fusionnant jazz, hip hop, drum'n'bass et musiques électroniques. Un registre dans la droite lignée musicale de Ninja Tune. Son style très personnel a séduit de nombreux artistes du moment qui ont apporté leur collaboration à cet album : Kid Koala débute avec un titre groovy aux consonances indiennes, Bonobo fait ensuite monter l'ambiance avec un excellent morceau aux rythmes drum'n'bass, P-Love apporte ses scratches pour donner lieu à une musique très ludique, Steinski mène ensuite la danse au son d'une voix robotisée et Double-Clik finit de nous envoûter avec ses lignes de basse chaleureuses. S'ensuivent quatre remixes du morceau Verbal extrait du dernier album d'Amon Tobin "Out From Out Where". Prefuse 73, Topo-Gigio, Kid 606 et Boom Bip se prêtent à l'exercice apportant leur touche personnelle au morceau sans pour autant le dénaturer. Aux antipodes des compositeurs électroniques qui se perdent parfois dans des expérimentations bruitistes, Amon Tobin recherche la musicalité avant tout. Son sens de la mélodie et l'utilisation intelligente des samples, qui constituent sa source d'inspiration principale, en font un artiste à part entière.
Delphine Payrot |
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 |  | Fuzzy Warbles 3/4 [Ape / Virgin]
Oublions pour quelques instants, la géniale carrière d’XTC, et concentrons-nous sur le cerveau dudit groupe, j’ai nommé Andy Partridge, chanteur et compositeur de son état. L’homme, bien que souvent controversé, reste attachant. XTC, c’est lui, mais XTC a créé son propre univers duquel il est difficile de s’échapper : une pop splendide et complexe, lumineuse et intellectuelle, qui se suffit bien assez à elle-même sans avoir besoin de lorgner vers les chemins de traverse. Aussi, depuis ses débuts, Partridge s’aère tout seul, sans XTC, et laisse libre-court à son côté bargeot de doux-dingue bricolo et musicien de génie. "Fuzzy Warbles" compile ces errances-là, étalées sur plus de vingt ans. Aujourd’hui sortent les volumes 3 et 4, ce qui fait, avec les 1 et 2, près de 80 morceaux. Fort bien, direz-vous, mais qui cela peut-il intéresser, hormis les fans hardcore d’XTC ? Eh bien, tout simplement, les autres ! Ceux qui aiment la folie inventive, le bouillonnement d’idées, et les expérimentations en tout genre, ne serait-ce qu’à titre de curiosité. Car c’est justement ce que l’on préfère dans ces "Fuzzy Warbles" là : les titres les plus déjantés, les chansons ou instrus quasi-comiques, aussi différents qu’étonnants. Soyons honnêtes : quatre albums, au final, c’est peut-être un peu beaucoup, mais après tout si l’on peut se dispenser de certains titres, rien au final ne gêne véritablement nos oreilles.
Frédéric Thébault |
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 |  | Duplex [Shitkatapult]
En allemand, Apparat signifie "appareil" et sachant qu'en cuisine, ce mot définit l'ensemble des ingrédients qui constituent un plat lorsqu'ils sont enfin tous convenablement mélangés, on peut dire qu'appliqué à la musique de Sascha Ring, ce nom convient parfaitement. Car outre le fait qu'il passe la plus grande partie de son temps à programmer des algorithmes, le codirigeant du label Shitkatapult adore de plus en plus mêler à sa musique de "machine" des instruments de facture tout ce qu'il y a de plus classique tels que la guitare, le saxophone ou encore la clarinette. En fin cordon-bleu musical, on peut même dire qu'il maîtrise parfaitement cette mixture pourtant bien improbable de prime abord (beaucoup s'y sont déjà cassé les dents). Parfois la voix, le plus organique des instruments s'il en est, vient également se mélanger de manière délicate à cet alliage déjà si complexe, grâce au dénommé Klas Yngborn. À part quelques sons de saxophone plus ou moins dispensables, notamment sur le dernier morceau ("Negro Modelo"), le Berlinois prouve définitivement, avec ce deuxième album, qu'électronique et acoustique se marient à merveille entre ses mains, donnant ainsi naissance à une musique profondément sensible et légère. L'impondérabilité des créations sonores d'Apparat n'aura jamais semblé aussi maîtrisée. Un bon album à prendre néanmoins avec des pincettes et un doigt dans l'oreille pour les allergiques au mélange acoustique/électronique et plus particulièrement au saxophone.
Carole Jay |
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| Black Rebel Motorcycle Club | | Take Them On, On Your Own [Virgin]
Parlons cuisine. L’an dernier, vous aviez déniché ce nouveau restaurant à l’allure attirante, le “Black Rebel Motorcycle Club”. Attiré par la nouvelle cuisine, vous aviez tenté votre chance, et vous vous étiez régalé. Certes, ce petit restau imitait les plus grands maîtres, comme par exemple le Jesus & Mary Chain, mais qu’importait, puisqu’on se régalait. Cet été, vous vous êtes dit que vous en reprendriez bien un peu, et vous avez retrouvé l’adresse avec plaisir. Première constatation, le restau s’est agrandi, sans doute victime de son succès. Vous êtes passé à table, et dès l’entrée vous avez retrouvé les sensations qu’avaient appréciées vos papilles l’année précédente : une bonne basse bien chantante, nappée de guitares bien électriques, le tout enrôbé d’un chant monocorde à la fois hargneux et nonchalant. Un régal. Au plat suivant, même constatation, c’est délicieux, néanmoins, rien de très nouveau. Vient encore un plat. Même saveur, mêmes ingrédients, très bien vous dites vous, mais vivement le fromage et surtout le dessert, que l’on voit ce que le chef nous a préparé. Hélas, les plats se suivent, on vous en amène encore et encore, et point de dessert ni même de fromage. Finalement, cette nouvelle cuisine n’est pas très nouvelle, les plats se ressemblent et vous commencez à trouver le tout un peu indigeste, même si les serveurs restent très sympas. Alors tant pis, vous êtes partis avant la fin, sans attendre un dessert qui n’est jamais venu, un peu écœuré par la surabondance qui débordait de votre assiette. Vous avez salué affablement le patron, encore plus sympa que les serveurs, mais vous n’êtes pas certain de revenir l’année prochaine. Allez, si, quand même, difficile de leur en vouloir, mais pourvu qu’ils allègent un peu leur menu : pitié pour nos estomacs !
Frédéric Thébault |
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 |  | Farewell [Pandaimonium]
Si l'on doit reconnaître que Ronny Moorings nous avait plutôt exaspérés avec son come-back opportuniste, revenu des prestigieuses années 4AD et d'une désastreuse tentative baggy sound (1992/93), en prônant une goth attitude qui s'embourbait dans tous les clichés du genre, on doit admettre qu'aujourd'hui, le hollandais est parvenu a stabiliser décemment son embarcation. Il parvient en effet à nous offrir avec "Farewell" un sage compromis entre ce son si particulier, dont les racines se trouvent dans les inusables A Day, Stranger ou encore Louise ou Michele (sur les albums "Clan of Xymox" et "Medusa"), et des mélodies et une voix un peu moins personnelles mais pas pour autant inintéressantes qui rappellent par moment celles de Sisters of Mercy. Mais l'on est tout de même loin de subir les divagations d'un clone d'Andrew Eldritch car les compositions de Clan of Xymox ont une grande tenue et certains titres comme One More Time ou Into Extremes, s'ils n'égalent pas ceux du passé, ont une vraie consistance, proposant un sage compromis entre une espèce de pop goth et de cold wave millésimée.
Christophe Labussière |
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 |  | Client [Toast Hawaï/Mute/Labels]
Annoncé depuis plusieurs mois déjà via leur producteur Andrew Fletcher -vous savez, le grand tout mou qui ne fait rien chez Depeche Mode à part maintenir le groupe en semi-coma- le duo aussi mystérieux que féminin de Client (on n'a jamais vu leur visage sur une quelconque photographie) nous livre enfin son premier album, après quelques MP3 de bonne qualité téléchargeables sur son site et un maxi plutôt prometteur au printemps dernier. Et cet album est bon, très bon même, surfant (c'est normal, avec un nom de label pareil…) avec une rare dextérité sur la vague pourtant trop fashion de l'electroclash. De la musique rétro-électro très eighties au programme, des synthés analogiques dans tous les sens qui évoquent inévitablement le grand Moroder, des rythmiques très british, dans un esprit très Pet Shop Boys du début, une voix de femme déterminée, presque autoritaire et pourtant sensuelle qui pourrait rappeler Propaganda ou Eurythmics ou des groupes tels que Ladytron en moins expérimental, enfin de belles mélodies, simples, efficaces, tantôt rapides, presque agressives, tantôt apaisantes et poétiques. Il y a là de quoi se réjouir de ce premier acte tout à fait réussi, à l'image de titres à coup sûr bientôt incontournables tels que Rock and Roll Machine, Here and Now ou encore Love All Nite. Bravo Mister Fletcher, vous avez du nez.
Stéphane Colombet |
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 |  | The 21st Door [Interdimensional Transmissions]
Résumer GD Luxxe à un ersatz de New Order comme on a souvent pu l'entendre dénote d'une démarche un peu réductrice, même si d'évidence, l'ami Potuznik met parfois allègrement les pieds dans le plat : à l'écoute de Minds (déjà présent sur l'EP "The 20st Door" tout comme cinq autres titres de cet album), le premier morceau de "The 21st Door", on jurerait entendre Bernard Sumner chantant Heart and Soul (!), tant la voix du Viennois est calquée sur celle de ce dernier. Musicalement c'est tout autre chose, et les cinq morceaux suivants, pour la plupart instrumentaux, se chargent de remettre les pendules à l'heure en mélangeant rythmes électro et expérimentations diverses, rappelant le passé musical déjà bien chargé du musicien. Mais chassez le naturel et il revient au galop : oui Gerhard Potuznik est un grand fan de la scène de Manchester, il ne s'en cache d'ailleurs pas, mais il adore aussi des vieilleries encore plus lointaines. Ainsi nous gratifie-t-il d'une très bonne reprise de T-Rex, Pain & Love, agrémentée de claviers plutôt très inspirés par ceux de The Perfect Kiss ou de Bizarre Love Triangle ! Histoire de pousser un peu plus loin le bouchon nostalgique, sachez que ce titre est également sorti en single (et en édition très limitée) avec en face B la reprise de This Corrosion des Sisters of Mercy... Voilà donc un disque qui réunira les amateurs d'electronica un peu ouverts, les nostalgiques du meilleur des 80's pas trop fermés et les fans de nu-electro toujours contents.
Carole Jay |
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 |  | Compilation [!K7/Pias]
Si par un hasard quasiment inconcevable vous avez ignoré les 149 premières productions de !K7, hypothèse hasardeuse tant l'histoire du label allemand est indissociable de productions électroniques toutes prestigieuses et excitantes, une occasion inespérée vous est offerte avec cette compilation qui fête la 150ème référence du label. Au programme un aperçu varié et complet de l'écurie !K7 (Funkstörung, Swayzak, Terranova, Playgroup, Tiga, Kruder & Dorfmeister, Smith & Mighty...) qui héberge avec la même attention des formations électro, plus minimalistes ou parfois house, le plus souvent downtempo, toujours soignées et de qualité. "!K7150" offre un aperçu de ce que nous réserve l'avenir tel que cet acteur majeur de la scène électronique le dessine, en nous proposant quelques une de ses récentes découvertes accompagnées très honorablement par les valeurs sûres du label. Au résultat il s'agit d'une vraie immersion dans un univers particulièrement confortable, aussi varié que cohérent. Un DVD accompagne ce double CD et propose ainsi de découvrir 14 clips dont quelques-uns surprenants, tels le I Dance Alone de Swayzak, No Peace de Terranova ou encore Grammy Winners de Funkstörung réalisé par les Designer's Republic. Et tout ça pour le prix d'un seul CD.
Christophe Labussière |
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 |  | WAT [Mute/Labels]
Difficile d'aborder un album de Laibach sans participer au jeu malsain dans lequel la formation slovène essaye de nous entraîner depuis maintenant près de 20 ans. Des pochettes arborant des symboles lourds de sens, des titres de morceaux à l'intention évidente, comme ici Reject or Breed ou encore Anti-Semitism, des paroles bourrées de messages plus qu'ambigus, Laibach joue avec le feu et le fait avec un plaisir obscène. Les reprises systématiques de standards "rock" qui égrènent leur carrière ont toujours été la seule brèche "amusante" que l'on puisse déceler dans le travail de sape du groupe (comment rester crédible ou tenter de propager un message sérieux en reprenant Europe, Opus, Status Quo, les Beatles, les Rolling Stones ou encore Queen), même si paradoxalement certains de ces morceaux sont parmi leurs titres phares (Leben Heisst Leben/Life is Life, Geburt Einer Nation/One Vision ou Final Countdown pour ne citer qu'eux). Avec "WAT" tous les stigmates de l'insolence des enfants maudits de la scène électro indus répondent à l'appel : ambiances industrielles minimalistes (avec un hommage appuyé à DAF sur Tanz Mit Laibach), chœurs wagnériens irrésistibles (B Mashina), électro assez subtile, voix inimitable... On constate que le son de Laibach a plutôt bien évolué avec des compositions assez réussies (hormis un poussif Du Bist Unser, référence appuyée au dub de Maurizio et à l'école Berlinoise), toutes originales (pas de reprise), pour un album à l'efficacité incontestable. Les Slovènes parviennent à reprendre le train en route avec une aisance déconcertante. Le retour annoncé mais sans cesse repoussé de la plus infréquentable des signatures du label Mute, est, hors de toute polémique, parfaitement réussi.
Christophe Labussière |
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 |  | Whale Rider [4AD]
Voilà un disque tout à la fois reposant et inquiétant. Lisa Gerrard semble abonnée aux bandes originales de films depuis quelques années, et compose seule celle du film néo-zélandais "Whale Rider". Il n’est pas question ici de superproduction hollywoodienne comme sur la B.O de "Gladiator", ni de chutes de son précédent album "Duality" comme c’était le cas pour celle de "The Insider". Les quinze titres composés pour ce disque sont empreints d’une douceur et d’une délicatesse rares, qui déchirent l’air et l’eau, puisse-t-elle être celle de l’océan. Les morceaux sont dépouillés comme pour ne préserver que l’essentiel d’un langage primitif. La musique semble avoir été composée sous l’océan tant elle est oppressante, mais elle n'en demeure pas moins magique : ce disque, s’il ne parle peut-être pas le langage des baleines, respire tout du moins à leur rythme. Après avoir plongé dans les profondeurs abyssales de Journey Away et de Rejection, Biking Home nous permet de remonter respirer avant de redescendre lentement sur Ancestors. Malgré une majorité d’instrumentaux, il n’est pas rare d’entendre la voix de la belle dame de Dead Can Dance distribuer quelques vocalises au gré de morceaux extrêmement doux, comme sur They Came to Die, Empty Water ou encore Pai Calls the Whales. Un disque du bout du monde voire d'un autre monde, où les voix humaines sont musique, pour ne véhiculer que les émotions au détriment des mots tellement insignifiants ici. Avec ce disque, Lisa Gerrard nous prouve une fois de plus que ses mélodies sont universelles. Et si sa musique, sa voix et son langage pouvaient franchir la barrière des espèces ?
Bertrand Hamonou |
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 |  | Pole [Mute/Labels]
La scène allemande a toujours tenu une place prépondérante dans le domaine de la musique électronique. Stefan Betke alias Pole ne déroge pas à la règle. Cet artiste Berlinois aux multiples casquettes, est à la fois musicien, remixeur, DJ, producteur et possède son propre label ~Scape. Pour la petite histoire le nom de Pole provient du jour où Stefan Betke fit tomber son filtre Waldorf 4-Pole qui, endommagé, se mit à produire des craquements que le musicien utilisa dans ses morceaux. Son nouvel album éponyme se distingue par un certain engouement pour le hip hop (Slow Motion, Arena), un changement opéré par l’apport vocal du rappeur Fat Jon sur quatre titres de l’album. Les autres morceaux de cet opus restent dans une veine purement électronique prenant parfois une orientation jazzy avec l’introduction d’une basse et d’un saxophone (Bushes, Green Is Not Green Yellow). Avec ce souci constant du minimalisme, Pole nous offre un album tout en finesse qui séduira les amateurs du genre.
Delphine Payrot |
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 |  | Echoes [DFA]
Beaucoup de choses ont changé pour les new-yorkais de The Rapture depuis leurs débuts passés relativement inaperçus (avec un album "Mirror" et un EP "Out of the Races & Onto the Tracks") : grâce à une signature sur le label DFA et à deux fulgurant maxis ("Olio" avec ses rythmes house et son chant plaintif à la Robert Smith et surtout "House of Jealous Lovers", irrésistible et frénétique tube disco-punk), le groupe a été propulsé à force de diffusions en club et d'éloges de la presse au rang de stars de ce rock made in New York du nouveau millénaire. Leur très attendu "Echoes", enregistré depuis des lustres et retardé à maintes reprises, est ainsi considéré (à tort) comme leur véritable album. Si on y retrouve les deux morceaux phares des maxi cités ci-dessus, le reste du disque se révèle être exactement dans la même veine : du groove dansant de I Need Your Love aux lourds synthés électro de Sister Savior en passant par la rage très post-punk de Echoes ou The Coming of Spring, la voix exceptionnelle de Luke Jenner sert à merveille à ce mélange de rock et de house, d'électronique et d'instruments. Léger, maîtrisé, parfaitement produit et bourré d'énergie et d'idées, "Echoes" est un de ces disques qu'on écoute en boucle, qu'on connaît par cœur très vite et dont on se lasse difficilement. Un grand bol d'air pour le rock de New York (et d'ailleurs) et un des albums incontournables de cette rentrée.
Renaud Martin |
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 |  | Waves [Ignition]
La sortie de cette compilation de sessions radio de Ride est l'occasion rêvée de se re-pencher sur ce groupe noisy-pop de Oxford, qui, le temps de ses deux excellents premiers albums ("Nowhere", 1990 et "Going Blank Again", 1992), avait fait jeu égal avec My Bloody Valentine et s'était attiré les faveurs d'une grande partie de la presse musicale et l'admiration d'artistes comme Robert Smith de Cure, avant d'avoir une suite et une fin de carrière beaucoup moins intéressantes. Enregistrés entre 1990 et 1994 à l'occasion de sessions BBC (de John Peel, Mark Goodier et Mark Radcliff), les 17 morceaux de cette compilation couvrent une grande partie de la carrière du groupe et comprennent aussi bien des morceaux phares (Like a Daydream, Dreams Burn Down, Time of Her Time) que des raretés ou des reprises (Sight of You des Pale Saints et Severance de Dead Can Dance). Même si on peut regretter l'absence de morceaux incontournables (Chelsea Girl, Drive Blind, Leave Them All Behind ou Chrome Waves), l'ensemble donne un bon aperçu du parcours de ce groupe et nous rappelle, en remuant de vieux souvenirs, à quel point il a pu nous manquer.
Renaud Martin |
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 |  | Never, Never, Land [Universal/Mo Wax]
On ne l’attendait plus, pourtant U.N.K.L.E., le super groupe de James Lavelle (boss de Mo'Wax) est de retour avec ce "Never, Never, Land". Disons-le tout de go, cet album n’a que peu de points communs avec son prédécesseur ("Psyence Fiction", en 1998), hormis le concept (une foule d’invités prestigieux) et le nom. Cette fois-ci, exit DJ Shadow ou Mike D (Beastie Boys) qui avaient très certainement joué un rôle non négligeable dans la coloration rap du précédent disque : d’emblée, "Never Never, Land" met l’accent sur les seventies avec un sample culotté du chant de Ozzy Osbourne. En continuant l’exploration de ce concept-album (comment l’appeler autrement ?), on s’aperçoit vite qu’il réussit (brillamment) là où le dernier Future Sound of London avait échoué : mélanger ambiances planantes seventies à electronica nineties du meilleur aloi, en y glissant un zeste d’un feeling très eighties, que l’on réhabilite d’ailleurs peu à peu, une forme de morosité empreinte de déprime existentielle. Le single Eye 4 An Eye, fantastique morceau, en est un exemple criant avec sa rythmique techno, son sitar psychédélique et ses violons langoureux. On pense ainsi parfois à Underworld, comme sur Reign (joliment interprété par deux ex-Stone Roses : Ian Brown, déjà là sur "Psyence Fiction" et son ancien bassiste Mani) ou à Mike Oldfield (si, si) pour l’intro de In a State ; on apprécie bigrement la présence de Josh Homme (Queens of the Stone Age) sur Safe In Mind et encore plus celle de 3D (Massive Attack) sur le formidable Panic Attack (on appréciera pas mal le jeu de mots, et beaucoup le sample de Joy Division !) ; on goûte avec délectation le planant I Need Something Stronger (Jarvis Cocker, de Pulp, et Brian Eno, rien que ça !), tout cela, et encore plus, pour un album bouleversant, à fleur de peau, en un mot craquant. Un résumé est-il nécessaire ? "Never, Never, Land" sera l’album de la rentrée, pour ne pas dire celui de l’année, et U.N.K.L.E l’un des groupes les plus intelligents de ces dernières années.
Frédéric Thébault |
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 |  | Version 3.X Crimson [www.realvast.com]
Jon Crosby a décidé d'inonder de mp3 les fans de VAST via le site Internet du groupe. Il y a à peine trois mois, il proposait dix compositions d'un album baptisé "Version 3.X Turquoise", et voici qu'aujourd'hui il propose dix nouveaux titres d'un magnifique "Version 3.X Crimson". Il déclarait d'ailleurs dans une récente interview qu'il pourrait aller jusqu'à mettre en ligne sept albums portant chacun le nom d'une couleur ! VAST serait-il le trait d'union entre l’industrie du disque et l’altruisme ? Le prix de ces productions restant plus que modéré (2$99), il y a fort à parier que les fans du monde entier vont se précipiter, d'autant plus que cette nouvelle mouture a de quoi ravir le plus grand nombre. Toujours cette voix un rien paresseuse comme sur le doux Lost, et ces splendides mélodies apprises dans un livre de magie tiré à un seul exemplaire que Jon semble avoir en sa possession. Quelques titres font d'ores et déjà figure de classiques, tel ce Winter in my Heart et son intro proche du Clocks de Coldplay, ou encore le résolument moderne All I Found Was You. That’s my Boy nous offre un sample de Lisa Gerrard qui lutte avec la voix et la guitare de Jon pendant quatre minutes : un vrai régal ! Evil Little Girl et ses violons omniprésents rappelle que le terrain de jeu du groupe est bien vaste et que jamais un groupe américain n’a aussi bien porté son nom. Car si VAST est capable de créer des titres aux arrangements multiples, il prouve ici encore que de la diversité naît la cohésion, pourvu que l’on ait le talent.
Bertrand Hamonou |
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Peut-être vous souvenez-vous de NOX, ce groupe industriel qui sévissait, il y a quelques années, sous la houlette de Gerôme Nox. Après la scission du groupe en 94, ce dernier s’est consacré à la composition de musiques pour le théâtre et la danse contemporaine. L’album "Ventre" est son dernier projet solo. Il se présente comme une bande son qui nous plonge dans un univers inquiétant et torturé. Une musique abstraite qui se matérialise par des sonorités électroniques assez sombres et des rythmes soutenus. Les morceaux laissent libre court à l’imagination de l’auditeur provoquant en lui émotions fortes et dérangeantes. Restons sur des projets solo avec Paddy McAloon, le leader du légendaire Prefab Sprout. Affecté par un grave problème aux yeux en 1999, le compositeur écoute la radio qui devient la source d’inspiration de son nouvel album "I Trawl the Megahertz". Cet opus qu’il qualifie lui-même de "livre parlant" n’a rien en commun avec la pop de Prefab Sprout si ce n’est la qualité des compositions et le sens de la mélodie. Il s’agit d’un album symphonique à la fois gai et langoureux. On retiendra surtout l’excellent morceau I’m 49 influencé par ses écoutes radiophoniques ainsi que Sleeping Rough, le seul titre sur lequel apparaît la voix profonde du chanteur. À l'exception du premier qui intègre le monologue d’une actrice, les autres morceaux sont pour la plupart instrumentaux (violons, trompettes, cuivres) avec des consonances jazzy. Un album qui met véritablement du baume au cœur. Jusqu’à présent le fameux label anglais Ninja Tune nous avait habitués à des productions hors du commun. Une fois n’est pas coutume, le dernier disque du groupe 9 Lazy 9 nous procure une déception. "Sweet Jones" est un album ambient inspiré par le jazz sur lequel se côtoient les instruments acoustiques les plus variés (trombone, guitare, flûte, basse...). Un tantinet monotone, le disque s’écoute facilement mais ne parvient pas vraiment à convaincre.
Delphine Payrot
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Guitares, basse, batterie, samples et clavier, cinq ingrédients basiques pour autant de titres déstabilisants et profonds. Sibyl Vane, formation de Pau, signe avec "Prêt à Porter" un EP des plus prometteurs, oscillant entre instrumentaux électroniques minimalistes sombres, noise sauvage et pop mélancolique. Si chaque morceau explore un univers singulier, loin de s'éparpiller, ce quatuor dandy habité fait montre d'une personnalité riche et d'une créativité évidente (www.thedresscode.net). On ne sera pas tout à fait aussi enthousiaste pour le six titres de Maria Blonde qui nous livre une emocore irréprochable d'un point de vue des compositions cependant assez classiques, dans la lignée directe des Portobello Bones ou de Drive Blind. Tendu, sensible, puissant ce "Hearts Always Bleed" l'est, mais un bémol s'impose au niveau du chant, trop "à vif" sur It's Time to Know, très bonne introduction par ailleurs. D'autant plus regrettable d'entrée que des morceaux comme le légèrement Sonic Youthien My Prayer ou Empty Headed sont excellents (www.mariablonde.com). Une fois n'est pas coutume on parlera de pop folk dans ces lignes pour souligner le remarquable travail de Jim Moray, jeune prodige anglais de 21 ans et homme orchestre plutôt corbeau que colombe sur "Sweet England". L'album est constitué pour les trois quarts de ré-interprétations pop électro de chansons traditionnelles du folklore britannique. Tout en étant très proches des originales mélodiquement parlant, Jim Moray a su créer avec ses arrangements des atmosphères romantiques tantôt retenues tantôt fortes, à rapprocher de la finesse et de la gravité de certaines compositions de Tori Amos.
Catherine Fagnot
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