
 |  | Sheath [Warp]
Trois albums en une dizaine d'années ; c'est le rythme paresseux de production auquel s'est livré le duo Mark bell et Gez Varley. Cela semble maigre de prime abord mais comment faire suite, sans décevoir son public, à une première œuvre qui a révolutionné le petit monde de la dance music ? Pourtant ces deux jeunots du nord de l'Angleterre ne pensaient qu'à s'amuser lorsqu'ils livrèrent leurs cassettes démo aux patrons du label Warp. Le résultat fut étonnant à plus d'un titre car l'impressionnant succès commercial du premier LFO permit au label de défricher tout un pan de la création techno, sous représenté dans les clubs et les rave parties. Voici donc un nouveau message d'un LFO que l'on n'attendait plus depuis que Gez voguait en solitaire et que Mark s'attelait à la mise en forme des compositions de Björk et Depeche Mode. La surprise demeure complète, entretenue par un premier maxi, obsédant, le bien nommé Freak. Celui-ci renoue avec la frénésie acid électro des nineties, entretenant une forme de nostalgie doucereuse. Les voix synthétiques y sont pour beaucoup. L'album dans son intégralité illustre la philosophie de l'IDM (Intelligent Dance Music), une sorte de discipline, assez tranchée, qui subsiste entre la musique qui fait suer et celle qui s'écoute douillettement chez soi. Ainsi le LFO nouveau se savoure à merveille en agitant les jambes ou en secouant ses neurones. Du neurofunk que l'on ressent volontiers intemporel, surtout lorsqu'il effleure avec finesse des sonorités que l'on jurerait issues des sessions berlinoises de David Bowie et Brian Eno.
Anthony Augendre |
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 |  | Haha Sound [Warp]
Sans compter la dizaine de maxis et la compilation de singles "Work and Non Work" (1997), "Haha Sound" est le deuxième véritable album de Broadcast, ce groupe de Birmingham trop souvent étiqueté comme étant LA formation pop du label Warp. "Trop souvent" car malgré le contraste évident qui peut apparaître entre la musique du trio, mélange de naïveté pop et d'instrumentations plus sophistiquées, et les paysages électroniques des ténors du label que sont Autechre, Aphex Twin ou Plaid, la place de ce groupe sur ce label paraît peu discutable dès qu'on se penche d'un peu plus près sur leurs travaux. Avec des influences aussi multiples que diverses (des 60's de United States of America et des Beatles au krautrock de Can et Neu en passant par My Bloody Valentine, la musique pour enfants de Carl Off ou certaines musiques traditionnelles d'Europe de l'est), l'univers musical de ce trio superpose complexité (des arrangements sonores) et simplicité (des mélodies naïves et enfantines), soit avant-garde et pop music. Et la formule se tient, difficile en effet de ne pas succomber à la voix de poupée de Trish et aux parfaites pop-songs que sont Pendulum, Valerie, Little Bell ou Hawk pour ne citer qu'elles. "Haha Sound" est un disque quasi parfait du début à la fin, fluide et translucide, comme rempli d'une lumière chaude et halée. Un régal.
Renaud Martin |
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 |  | Singles 93-03 [Virgin/Labels]
Si ces dernières semaines tout le monde y est allé de son "disque de l'été", c'est en fait peut-être simplement de celui-là dont il aurait dû s'agir. Découverts avec Leave Home sur la bande-son de l'incontournable jeu vidéo à succès "WipeEout" en 1995, les Chemical Brothers ont réussi, mine de rien, à aligner hit sur hit pendant dix années consécutives. Cette compilation intitulée sobrement "Singles 93-03" en est la preuve flagrante, et les treize titres qui y figurent permettront à qui en douterait de vérifier la dextérité des deux Mancuniens. Une tornade de beats sur laquelle au hasard de quelques collaborations magiques se greffent les voix de Noel Gallagher (Setting Sun et Let Forever Be), qui n'aura jamais été aussi supportable de toute sa carrière, Bernard Sumner et l'entêtant Out of Control, Richard Ashcroft sur l'excellent The Test, ou encore Hope Sandoval (Asleep From Day), splendide et singulier moment de quiétude. Les Chemical Brothers font clairement partie de cette élite de DJs qui se sont engouffré dans la voie ouverte par 808 State il y a quelques années, parvenant brillamment à combiner dance music et indie pop sans jamais se compromettre. Si vous avez été inattentif au travail des deux faux frères, sautez immédiatement sur cette compilation pour combler vos lacunes, et si par contre le sujet vous est familier, n'hésitez pas non plus à vous précipiter sur ce condensé de hits tous imparables, qui se clôt par un nouveau morceau curieux The Golden Path, pris en main par Ian McCulloch. Et dans tous les cas optez pour la version DVD qui regroupe tous les clips du groupe, ils méritent tout autant votre attention !
Christophe Labussière |
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 |  | Reality [Iso/Columbia]
Et si nous jouions au jeu de l'amnésie afin d'aborder ce nouveau Bowie ? Cela consisterait à ne pas situer ce disque dans le contexte de la carrière d'une icône quasi religieuse. Parce qu'une icône est inattaquable par définition, la charge émotionnelle qu'elle distille nous offre trop souvent l'habitude d'écouter avec nos références et non plus avec nos oreilles. Il faut admettre que ceci relève d'une démarche intellectuelle faussée, cependant il serait curieux de dire ce que nous ressentons à l'écoute de cet album, s'il n'était pas signé par David Bowie ? Alors, honnêtement "Reality" n'est pas un chef d'œuvre, l'effet claque du rock se fait attendre sur la longueur. La production est impeccable, légèrement teintée d'ambiance seventies (tiens Tony Visconti est derrière les manettes et joue même toutes les basses) mais on peine à trouver les mélodies accrocheuses et les petits trucs sensuels que nous pourrions marmonner sous la douche. Pas très excitant ce nouveau groupe, trop propre sur lui. David qui ? Sans doute faut-il suivre les préceptes de Nietzsche qui recommandait à ses lecteurs de ruminer ses écrits tel un bovidé pour saisir la portée des ses idées. En ruminant ce "Reality", on finit par s'attacher à quelques titres et puis surgit tout d'un coup le souvenir diffus de "Outside", le magnifique concept album de 1995, mais ça, nous avions promis de ne pas en parler dans cette chronique.
Anthony Augendre |
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 |  | Iambroken and remade iambroken [Intr_Version]
Mitchell Akiyama vit à Montréal où s'est développée autour du festival Mutek une scène musicale influencée par le dub expérimental de Moritz Von Auswald, (le fameux Maurizio de Berlin, fondateur de Chain Reaction, Basic Channel). Paradoxalement, alors qu'il est l'une des figures marquantes de la ville, Mitchell rate souvent le rendez-vous qui a lieu lorsqu'il voyage en Europe pour faire découvrir ses derniers travaux, comme cette année au Sonar de Barcelone ou à Paris au festival Shobo Shobo. Désormais, une collaboration entre Mitchell et Tony Boggs, représente une facette évolutive, voire organique de l'œuvre de jeunes artistes lassés par l'aspect rébarbatif des concerts d'ordinateurs portables. Très attiré par les guitares traitées à la manière d'un John Cage de l'ère numérique, Désormais conçoit des objets sonores aux countours infinis. Il mêle le rock climatique d'un Godspeed You Black Emperor aux recherches de synthèse d'un Christian Fennesz pour un résultat abstrait néanmoins passionnant. C'est déjà le second volume d'une collaboration qui tend progressivement vers la formule d'un groupe traditionnel de rock. Entendons par là, que les violons, les pianos, les batteries, les violoncelles et les trompettes sont enregistrés puis retravaillés de telle sorte que la source sonore d'inspiration demeure une matière obscure, un genre d'estampe raffinée à l'instar du design et du packaging soigné du disque.
Anthony Augendre |
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| Frank Black & the Catholics | | Show Me Your Tears [Cooking Vinyl/Naïve]
Impossible de ne pas se précipiter sur un nouvel album de Frank Black, même s’il faut bien admettre que par le passé on aurait souvent souhaité qu'il s'attarde un peu plus sur ses compositions, quitte d'ailleurs à ce qu'il nous en offre moins fréquemment. Deux albums sortaient simultanément il y a tout juste un an, et "Show Me Your Tears" en prend déjà aujourd'hui la suite. Depuis ses débuts, le prolifique Frank Black aligne une discographie monstrueuse, toujours sauvée in extremis par ce talent étonnant à monter des mélodies irrésistibles avec deux bouts de ficelle. Bien qu'inégale, sa carrière solo reste quoiqu'il fasse indissociable de celle des Pixies. Et l'on retrouve une fois encore le bonhomme en forme, même s'il persiste à s'enticher de-ci de-là de ses éternels tics country que l'on aimerait voir un jour totalement disparaître. Il faut néanmoins admettre qu'avec le temps, ils ont su donner à ses compositions quelque chose de particulièrement personnel, les rendant même amusantes (Goodbye Lorraine). Quelques titres comme Everything Is New ou Massif Centrale sortent largement du lot, rappelant clairement les Pixies, et suffisent à eux seuls à donner à l'album un relief assez excitant. En attendant une hypothétique reformation de la formation de Boston, "Show Me Your Tears" saura très honorablement nous faire patienter.
Christophe Labussière |
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 |  | Communication [Columbia/Sony]
Après tant d'années à contribuer au génie de Kraftwerk, puis à tenter de faire vivre son projet Electric Music (avec un très bon premier album "Esperanto", au début des années 90, dans le style de Kraftwerk, puis un second totalement raté car beaucoup trop "britpop" pour les fans de musique synthétique, à la fin de cette décennie), Karl Bartos nous prouve aujourd'hui qu'il a la cinquantaine plutôt énergique. "Communication" est une sorte de retour aux sources, Bartos ayant compris que son génie est plus lié à l'usage des machines qu'à la simple création de mélodies pop. On pense ici beaucoup à "Esperanto" et à la fascination du musicien allemand pour toutes les techniques de communication (photographie, internet, réalité virtuelle, etc.) ; on ne peut s'empêcher de comparer ses chansons à Kraftwerk pour l'usage essentiel du vocoder et de nombreuses sonorités synthétiques, le tout enrobé d'harmonies naïves, "post-soixanthuitardes". Mais à la différence du nouvel album de Kraftwerk, salué surtout pour sa cohérence et son humilité, "Communication" est un album véritablement pop, technopop au sens que lui a donné le quatuor de Düsseldorf dans ses très bonnes années (de "Man Machine" à "Electric Café" en passant par "Computer World"). Donc forcément plus sexy, plus excitant. Les mélodies sont accrocheuses, les rythmiques dansantes sur presque tous les titres et même quelques sonorités n'ont rien à envier aux meilleures productions de techno actuelles (on pense à Orbital -qui remixe d'ailleurs le titre I'm the Message sur le maxi éponyme- ainsi qu'à LFO qui, rappelons-le, avait dédié son premier album à… Kraftwerk). On se souvient que Karl Bartos avait collaboré fort judicieusement avec Bernard Sumner de New Order sur le deuxième album d'Electronic et qu'il en avait manifestement gardé une certaine façon de chanter assez proche de ce dernier, ce qui se confirme sur des titres comme 15 Minutes of Fame (maxi déjà sorti l'an passé), Electronic Apeman et Life. Pour le reste, à l'exception de Interview et Another Reality un peu fades et presque instrumentaux, Karl Bartos nous offre huit morceaux de pop électronique implacable, robotique à souhait, froide et chaleureuse à la fois, subtile et par-dessus tout intemporelle. Cela valait donc vraiment la peine d'attendre.
Stéphane Colombet |
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 |  | Australian Rules (BOF) [Mute]
Mick Harvey a composé une sorte de melting-pot musical où la règle est qu’il n’y en a aucune. Au premier abord, le disque semble se chercher une identité voire un peu de cohésion, noyé en pleine confusion des genres. S’ouvrant sur l’ambiant Opening Credits, les titres vont rebondir entre rock instrumental, primaire et surtout claustrophobe (Grand Final First Half) et jolis thèmes presque enfantins, répétitifs et spacieux. Face à l’insolence de What I Done to Her de Tex, Don & Charly (seul extrait chanté et plutôt country), apparaissent tout de même un joli thème au piano, Clarence and Blacky et cette mélodie fil rouge qu’est Under the Pier que l’on retrouve plusieurs fois tout au long du disque. Les incursions rock à guitare comme sur Pickles Torches Darcy’s Gents, plutôt que de démolir la douceur et l’unité que le disque avait enfin fini par trouver, oppressent l’auditeur qui s’était envolé dans l’immensité australienne de Fantasy Line-up. Les points forts de cette bande originale sont donc à chercher du côté des morceaux piano/violon comme sur le poignant End Titles, ce qui est un comble pour un compositeur guitariste. Même s’il manque les images du film pour illustrer la musique, On the Boat rappelle que cette bande originale est aussi là pour éveiller les émotions, et c’est finalement ce qui importe.
Bertrand Hamonou |
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 |  | Anatomy [Parametric]
L’idée qui a conduit à la réalisation de cet album "Anatomy" était d’associer chaque titre à un organe du corps humain. En 2 CD et 24 morceaux, ce qui ressemblait tout d'abord à un parcours sportif de remise en forme pour œsophage, rate, pancréas et autre larynx se transforme poussivement en check-up rapide du bon fonctionnement de la transmission de l’information entre le cerveau et les doigts. Après tout, peut-être que vos reins vont aimer les cascades rythmiques de vos phalanges. Mais Milligramme a sans doute besoin de magnésium (Mg) sous toutes ses formes pour réussir à faire sonner ses machines d’une manière un peu plus moderne, tant l’impression d’être en présence ici de démos attendant une vraie palette de sons actuels est pesante. Même Rein, titre immédiatement efficace, souffre d’un habillage sonore un peu désuet. Le packaging est bien pensé et nous sommes même enjoints à dépasser les prescriptions d’usage. C’est bien évidemment ce que nous ferons sur Pancreas et surtout sur Medical Care for Abdomen, relecture de Abdomen corrigée au scalpel par Mlada Fronta, qui réussit à insuffler un peu de dignité à ce rythme tout droit sorti d’un album de Fluke. Mais comment échapper à cette étrange sensation d’être en présence d’un manuel sonore expliquant les boucles rythmiques d’une électro un peu sale mais chic, simplement destinée à vous entraîner avec vos propres doigts sur la table du salon ?
Bertrand Hamonou |
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 |  | Absolution [Naïve]
En deux albums Muse est parvenu rapidement à acquérir la reconnaissance de la critique ainsi que celle du public, sans aucun compromis ni faute de parcours. Un son clairement pop, bardé de guitares et caractérisé par une emphase osée mais pourtant toujours émouvante, menée de main de maître par la voix charismatique de Matthew Bellamy. Ancré dans la britpop anglaise, vaguement dans l'ombre de Radiohead, "Showbiz" puis surtout "Origin of Symmetry" ont permis au trio de développer des ambiances personnelles, presque inquiétantes, avec des compositions qui semblent parfois flirter avec la folie. C'est donc avec la plus grande confiance qu'on allait aborder "Absolution", mais dès les premières mesures d'Apocalypse Please, les choses se gâtent. Les claviers sont mis en avant d'une façon absolument grotesque, l'esprit "space opera" de "Origin of Symmetry" s'enlise dans des fautes de goût abominables et le résultat s'approche plus du son de Queen ou parfois Elton John que de celui auquel nous avait habitué le groupe jusque-là. Et malheureusement ces références dramatiques reviennent à plusieurs reprises tout au long de l'album (comme sur Butterflies and Hurricanes gâché par cet insupportable break piano/violons). Un peu plus loin on découvre Sing for Absolution, Blackout et Ruled by Secrecy trois balades mielleuses à l'excès. Même le single Stockholm Syndrom est maltraité et reprend ces claviers malvenus, s'habillant de riffs de guitare bien trop lourds.... Trop, c'est le mot qui résume "Absolution". Mais s'il reste quelques titres Muse "pur jus", comme Time Is Running Out, Tsp ou Thoughts of a Dying Atheist, l'impression générale est vraiment désastreuse. (Beaucoup) trop de claviers, trop de grandiloquence, l'album suinte de tous les reproches que portaient les détracteurs du groupe à ses débuts, alors que l'on présentait Muse comme les hérauts de l'avenir du pop rock. Si il faut reconnaître qu'ils en ont tenu brillamment le flambeau jusque-là, c'est rapidement de ce "Absolution" qu'il va falloir s'absoudre. Sinon il faudra sérieusement penser à passer la main.
Christophe Labussière |
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 |  | Vizmilieu [DTA records]
Nihil Est Excellence est un des nombreux projets de l'Ukrainien Andrey Kiritchenko, musicien pluridisciplinaire et multitâche qui n'hésite pas à se disperser régulièrement sous plusieurs entités différentes, sans doute pour libérer un trop-plein de créativité, et dont nous avons chroniqué le premier album sous son propre nom il y a peu. Et comparé à celui-ci, ici plus de clicks ni de cuts. "Kniga Skazok" inspirait le calme et la sérénité ? Qu'à cela ne tienne ! "Vizmilieu" ira encore plus loin en développant un univers totalement contemplatif dont l'ambiance cotonneuse (voire "amniotique" si l'on pouvait s'en faire une idée) domine d'emblée ce disque. Pour clore la comparaison, on pourrait tout simplement dire que "Vizmilieu" balaye le côté rythmique de "Kniga Skazok" pour n'en garder que l'essence. Et si ce dernier était censé évoquer les contes de fée de notre enfance, "Vizmilieu" incarne lui à merveille la bande-son virtuelle d'un regard enfantin qui s'éveille sur la nature. Tout au long de ce disque, un univers à la fois palpable (on reconnaît des sons familiers d'eau, de métal, de bois, de terre...) et impalpable flotte au-dessus de nos oreilles. Chaque morceau est empreint d'une délicatesse toute minimaliste, souvent abstraite mais surtout très organique, grâce à ces sons enregistrés au microphone qui proviennent tous du même lieu géographique (a priori français). Un lieu sur lequel le temps semble n'avoir aucune emprise, tout comme sur ce disque.
Carole Jay |
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 |  | Nephesh [Dependent]
Pénible ! Tel est sans doute le qualificatif le plus approprié pour qualifier le premier album de ce trio norvégien, pourtant annoncé comme la promesse d'un véritable renouveau en matière de future pop. Pénible car on trouve ici tout ce qui a tué dans l'œuf ce mouvement lancé il y a maintenant quatre ans par des groupes tels que VNV Nation et Covenant, à savoir le mélange délicat d'une grosse rythmique technoïde au service de mélodies chantées, parfois aussi faciles que plaintives. On nous avait pourtant promis une formule inédite à base de synthés et de guitares. Point du tout. Tous les véritables morceaux de l'album (soit seulement sept sur onze, les quatre autres n'étant que des interludes bien pauvres et bien clichés) sont constitués de la même façon, autour de couplets répétitifs et de refrains fatigants. Même la voix du chanteur ne possède aucune identité, aucun caractère, comparable à un piètre clone d'Apoptygma Berzerk ou d'Icon of Coil (qui est, lui-même, déjà une pâle copie d'Apoptygma). De toute évidence, Pride and Fall est loin de posséder le talent, l'originalité et, par-dessus tout, l'âme des groupes précités. Ce n'est certainement pas avec son premier album que cette formation fera oublier le départ de chez Dependent de VNV Nation et Covenant justement. Espérons que les nouvelles productions de Suicide Commando et de Seabound répareront vite cette manifeste erreur de casting.
Stéphane Colombet |
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The Silver Mt. Zion Memorial Orchestra & Tra-la-la Band With Choir
| | "This Is Our Punk-Rock," Thee Rusted Satellites Gather +Sing, [Constellation]
A Silver Mont Zion a été à créé à l'origine par Efrim, guitariste du célèbre collectif montréalais Godspeed You! Black Emperor qui, avec cette formation plus réduite, voulait explorer des paysages musicaux moins tapageurs et plus méditatifs, tout en exprimant des idées et des rêves similaires. Le grand bouleversement pour ce troisième album, en plus du fait que les morceaux n'ont jamais été aussi longs et aussi peu nombreux (au nombre de 4 pour une durée de 15 minutes chacun environ), est annoncé par l'ajout du discret With Choir au nom du groupe : c'est en effet bel et bien à des chansons qu'on a affaire maintenant. Et en plus de la chorale amateur qui ouvre et clôt l'album, c'est Efrim lui même qui pose sa voix, avec un chant déchirant, plaintif ou criard selon les moments (qui peut rappeler celui de Francky Sparo, autre artiste du label), mais qui s'intègre parfaitement à l'univers instrumental du groupe qui, tout en restant proche de ce qu'on avait pu connaître dans les deux précédents albums, s'est considérablement alourdi. Une évolution très intéressante qui donne un disque plus tendu, plus grave, plus orageux, une sorte de complément chanté de Godspeed You! Black Emperor, évidemment indispensable pour tous ceux qui se sentent adoptés par la grande "famille" Constellation.
Renaud Martin |
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 |  | A Whisper and a Sigh [Chronowax / Third Side]
En voilà un pour qui tout est allé très vite : après avoir gagné le concours des lecteurs des Inrockuptibles, le jeune Parisien Jonathan Morali alias Syd Matters s'est soudain retrouvé sous la lumière des projecteurs, et en quelques mois a signé un premier (très bon) six titres "Fever in Winter, Shiver in June" et même réalisé quelques concerts remarquables à Paris ou à la Route du Rock de Saint-Malo. Première bonne surprise de ce premier album, seul un de ses titres est commun avec le précédent EP. Seconde surprise (qui en fait n'en est pas vraiment une) : malgré quelques temps morts, "A Whisper and a Sigh" est une réussite. Du poppy Black & White Eyes aux claviers délicieusement rétro de Stone Man en passant par les mélancoliques End & Start Again et Have a Nice Day, Syd Matters se faufile avec habileté entre les genres (quelque part entre électro aérienne, songwriting spleené à la Nick Drake et pop à la fois mélodique et complexe à la Radiohead) et fait preuve d'une étonnante maîtrise des instrumentations et des mélodies. Un très bon premier album qui annonce une carrière des plus intéressantes que nous suivrons de près, soyez-en certains !
Renaud Martin |
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 |  | French Electronic Pop Compilation [Boredom Product]
Enfin, la France s'y met. Cela faisait plus de vingt ans qu'on attendait ça. Aucun groupe français de pop électronique indépendante dans la lignée de Depeche Mode et des autres formations de pop synthétique des années 80 n'avait vraiment vu le jour. La France a certes assisté à la naissance de nombreuses entités sur la scène électronique mais soit dans le registre très underground de l'électro-industriel soit, à l'opposé, dans le registre de la techno commerciale ou encore du trip-hop ou même de l'easy listening. Jamais les Français n'avaient vraiment osé se comparer aux kids de Basildon, au contraire de nos amis allemands, suédois et même parfois australiens qui n'hésitent pas à se cloner les uns les autres depuis plus d'une décennie, avec souvent peu de réussite. Il était vraiment temps de découvrir ce que l'hexagone pouvait nous offrir en la matière. Ce premier aperçu est plutôt satisfaisant pour tout fan du registre musical précité, tant l'on sent le désir chez ces jeunes groupes de trouver chacun leur originalité, leur véritable personnalité. Le résultat est évidemment plus (The Three Cold Men, Celluloide) ou moins (Dekad, Thee Hyphen) inspiré d'un groupe à l'autre mais, globalement, les douze morceaux, tous chantés en anglais, que nous offre cette compilation n'ont rien à envier à certains petits groupes américains récents du label A Different Drum, même si encore très amateurs à côté de groupes déjà confirmés comme Mesh et De/Vision. On pourra juste reprocher à l'ensemble de sonner très eighties et donc un peu "dé-Modé", à moins que tout ceci n'ait été calculé pour surfer sur la vague très fashion -mais aussi très éphémère- de l'electroclash. À découvrir dans tous les cas…
Stéphane Colombet |
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 |  | Zoot Woman [Wall of Sound/Labels]
Contrairement à tous ces groupes qui surfent sur la vague revival 80’s avec un objectif purement lucratif, la musique de Zoot Woman relève d’un véritable engouement du groupe pour la pop des années 80. Il faut reconnaître que le trio possède un véritable talent pour composer des pop-songs calibrées selon les standards de l’époque : mélodies imparables, paroles mélancolique, lignes de basses et sonorités synthétiques. On retiendra en particulier les morceaux Grey Day ou Half Full of Happiness. Tout le challenge du "revival" est de réussir à faire une relecture originale de la musique des décennies précédentes avec un regard actuel. Mais Zoot Woman n’a peut-être pas su trouver ce juste équilibre entre les sons d’hier et d’aujourd’hui pour que l’on ne ressente pas cette sensation de déjà entendu. Les plus nostalgiques des eighties trouveront certainement beaucoup de charme à ces chansons dont les mélodies accrocheuses fonctionnent parfaitement. Ils se surprendront même à en fredonner les refrains. Les autres risquent de leurs trouver un arrière-goût de réchauffé, préférant de toute façon les originaux de l’époque. Enfin, les plus hermétiques aux effets de mode, seront peut-être agacés par ce recyclage des décennies précédentes.
Delphine Payrot |
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"Good Time is Forever Gone" de Virus 37 aurait pu retenir notre attention si l'on n'avait pas, tout au long de l'écoute des quatre titres qui le composent, l'impression d'assister à une démonstration laborieuse des performances d'un vieux synthé. La rythmique et les sons utilisés sont de l'ordre du rudimentaire et la structure des morceaux est hyper scolaire, ce qui donne au résultat un EP assez maussade. Et "d'électro dark au chant mélancolique" (dixit la bio) ne reste qu'une intention honorable, mais loin d'être aboutie. Les Messins ont encore beaucoup de travail avant de s'attaquer à leur premier album pourtant prévu pour 2004. On reste dans les basiques avec "Dancefloor", le troisième album de Cyanhide, mais dans un registre totalement différent. Ici, ce sont les ambiances dark, voir plutôt cold, et qui savent parfois se faire plus dures, qui sont de mise. Si voix, basse, guitare et batterie rappellent à chaque instant les sonorités propres à leurs aînés, on leur reconnaîtra tout de même la faculté à nous proposer des mélodies délicieuses avec une apparente aisance et à proposer un album qui, curieusement, s'écoute sans fléchir de bout en bout. Du beau travail mais qui malheureuse- ment ne recèle pas une once d'originalité. On finira avec "Praha", la toute nouvelle production de Land, uniquement disponible sous la forme d'un vinyl 25cm, mais qui dans ce format prend une dimension véritablement spectaculaire. Les craquements et le souffle du vinyl donnent en effet une vraie richesse à ces ambiances curieuses et envoûtantes propres à l'univers de Land mais ici totalement magnifiées. Cette bande-son d'un imaginaire dont seul l'auteur semble connaître la trame, se présente comme le premier épisode d'une série de trois feuilletons sonores intitulée "Célestine Orlac". Le mystère et la richesse qui se dégagent de cette production n'ont d'égal que le génie de son auteur à maîtriser son travail et à l'imposer hors de toute comparaison. Le second volet s'intitulera "Wien" et paraîtra au deuxième trimestre 2004, il sera suivi par "Budapest" dont la date de sortie n'est pas encore fixée. D'autre part, une rétrospective CD de Land "1988-1997", sortira en novembre, toujours sur le label Divine Comedy.
Christophe Labussière
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Peut-être aviez vous remarqué sur le sampler "Septic II" du label Dependent le morceau "Snuff Machinery" de [:sitd:], un des moins mauvais de la compilation. Peut-être encore une fois étiez-vous curieux de voir ce que le premier album de ce duo allemand pouvait donner. Malheureusement, si vous êtes un brin exigeant, la déception vous guette : bourré de clichés pessimisto dépressifs, totalement dénué d'originalité et complètement desservi par une voix à l'accent anglais consternant, ce "Stronghold", malgré quelques sons ou quelques rythmes intéressants, s'embourbe, s'enlise même et risque bien de vous faire rire plus qu'autre chose. On poursuit chez Accession Records avec "Sense of Life", le nouveau maxi des petits nouveaux de Plastik, "remarqués" pour leurs quelques prestations live (gagnants du "newcommer contest" de l'édition 2002 du festival Zillo) : là aussi, on se demande si il ne s'agit pas d'une mauvaise blague tant on a l'impression d'écouter un plagiat de Assemblage 23. Enfin, toujours sur le label d'Adrian Hates de Diary Of Dreams, on termine avec "Skin On Fire", le premier album de Painbastard, autres petits nouveaux fraîchement signés : voix saturée, dark électro lourde, pêchue mais gâchée par des refrains aux mélodies benêtes, même verdict, trop, c'est trop, à éviter si vous préférez l'originalité et la créativité à l'efficacité (vraiment toute relative ici).
Renaud Martin
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