Plaid
Spokes
[Warp]

La majeure partie des "warpophiles" (les adeptes de sonorités tordues) n'attendent rien de particulier d'un nouvel album de Plaid. Habitués à la mécanique huilée de ce duo aussi influent que les Aphex Twin et autres Boards of Canada, les amateurs du genre risquent sans doute de passer à côté d'un grand disque. La raison est simple : Ed Handley et Andy Turner ne font guère de bruit autour de leurs sorties. Sans effet d'annonce, sans vantardise, ni marketing ostentatoire, ils réussissent l'exploit de produire un ensemble de compositions intrigantes et surtout pas pénibles. Là où ses confrères de l'electronica s'enferment dans une forme d'ascétisme, Plaid pousse toujours plus loin ses jeux mélodiques et ses écheveaux rythmiques. Il évite aussi avec un certain succès la pratique d'un langage musical rigide. Avec "Spokes" l'expérimentation rime avec l'humour, les noirceurs des atmosphères se métissent naturellement avec des instrumentations chaleureuses. La puissance évocatrice des climats fait de cet album un long métrage qui aurait choisi l'absence d'image. Un peu comme le "Blue" de Derek Jarman où un écran monochrome bleu de deux heures était supporté par les musiques de Coil et Brian Eno. Ce dernier a d'ailleurs déclaré un jour que le drame des ordinateurs c'est qu'il n'y avait pas assez d'Afrique en eux. En suivant cet aphorisme qui aimerait concilier le chaud et le froid, Plaid diffuse dans un fatras industriel quelques vibrations des Caraïbes, zouk africain et techno industriel. Imaginez un instant l'œuvre d'un musician latin (Ennio Morricone ?) composant dans un téléphérique suspendu au dessus d'un glacier norvégien et vous obtiendrez une image de "Spokes".

Anthony Augendre



American Analog Set
Promise Of Love
[Wall Of Sound/Labels]

Avec ses quatre albums disponibles en import uniquement, American Analog Set était jusqu'ici un groupe relativement peu connu en Europe, mais c'est une situation qui risque bien de changer rapidement car Labels s'est enfin décidé à distribuer "Promise of Love", le cinquième album du groupe, fraîchement enregistré. L'occasion pour beaucoup de découvrir la pop raffinée de ces Texans (on aime les imaginer potes avec Lift To Experience) que l'on pourrait vaguement situer quelque part entre dEUS, the Notwist et Calla. Des comparaisons qui importent peu finalement, car à l'écoute des huit morceaux de cet album d'excellente facture (comme à celle des précédents dont le très recommandé "Know By Heart"), on ne peut que réaliser que AmAnSet possède incontestablement sa propre identité et son propre son : une pop mature, aux mélodies à la fois recherchées et accessibles, qui peut se teinter de rock ou d'électro selon les moments. Rien d'original évidemment, mais la qualité des compositions est là, et "Promise of love" est un album homogène et agréable. Souhaitons donc la bienvenue à ces Texans sur notre vieux continent.

Renaud Martin



Atrium Carceri
Cellblock
[Cold Meat Industry]

Avec ce premier album d'Atrium Carceri, aka Simon Heath, on entre directement dans une des œuvres les plus introspectives qui soient. À peine l'auditeur aura-t-il jeté une oreille sur le bien nommé "Cellblock" que son espace s'en trouvera réduit et ostensiblement assombrit. Claustrophobes, passez votre chemin. Pour les autres, la beauté de ce voyage non sans conséquence dans les profondeurs abyssales s'impose. Simon Heath qui se présente comme seul responsable de ces "visions, sounds, life" ne nous épargne rien. On passe de sas en sas délicatement mais sûrement, en percevant de rares bruits de serrures qui claquent au loin, puis par des flux et reflux oppressants à la Megaptera période "The Curse of the Scarecrow" où une plage de piano clair sera la seule source de lumière (voir Machine Elves). La descente se poursuit au gré de nappes ambient, dignes du Plastikman de "Consumed", qui s'entrechoquent sans pour autant jamais devenir assourdissantes. Dans "Cellblock" la noirceur est certes moite voire poisseuse mais s'infiltre aussi jusqu'à devenir sournoisement familière et captivante. De rares passages contenant des samples de voix (inversées ou caverneuses et lointaines) rappellent à l'auditeur que la surface existe encore. Mais même sur Depth où un battement sourd accompagne un son métallique suintant qui se meut peu à peu en un halètement omniprésent devenant instrument à son tour, l'illusion est parfaite. En tout cas, Atrium Carceri réussit là le tour de force d'avoir su faire de nos cauchemars utérins douze plages dark ambient des plus envoûtantes que le label Cold Meat Industry ne nous ait offertes depuis longtemps.

Catherine Fagnot



Bang Gang
Something Wrong
[Recall]

Derrière cette pochette délicieusement bucolique (une femme nue abandonnant Bardi Johansson évanoui au milieu d'un verdoyant désert montagneux) se cache le deuxième album de ce duo islandais au nom, nous vous l'accordons, pour le moins curieux. Pour ce disque, le touche à tout Bardi et sa chanteuse Esther Talia Casey ont eu l'excellente idée de demander un peu d'aide à quelques talentueux collègues. Ainsi, notre compatriote Keren Ann chante dans sa langue natale (l'anglais) sur le somptueux There Was a Whisper, qui, avec ses mélodies mélancoliques et ses arpèges de guitare à la Ennio Morricone ferait un très sérieux candidat pour le top 5 des meilleurs morceaux trip-hop existants. Ensuite, on trouve la voix de Daniel August de Gus Gus sur le langoureux In the Morning et celle de Nicolette (de l'inoubliable "Protection" de Massive Attack) sur le classieux et jazzy Contradictions. Et ce ne sont pas là les seuls titres remarquables de l'album, l'électrique Find What You Get et ses guitares new-wave, Inside et sa trip-hop cinématographique, ou le single très "peace and love" Stop in the Name of Love (repris des Supremes) captent l'attention dès la première écoute. Non, décidément, rien ne cloche dans ce "Something Wrong", qui s'avère être un des meilleurs albums pop/trip-hop de cette année.

Renaud Martin



Chicks On Speed
99 Cents
[Labels]

Les Chicks On Speed sont super délire, elles citent Cindy Sherman et Jeff Koons dans leurs chansons et s'habillent de façon étrange pour mieux se foutre de la gueule des fashion victims qui viennent à leurs concerts (où mini-jupes lamées et collants rose fluo sont alors légion). Pourtant, c'est un des gourous de la mode, Karl Lagerfeld himself, qui les prend en photo pour la pochette du single "Fashion Rules", elles créent une collection de vêtements avec Jeremy "mullet head" Scott et leur musique est copieusement diffusée lors des défilés de mode : en bref, les Chicks On Speed kiffent la vibe à double sens. Seulement voilà, à force de se disperser et de faire passer leur groupe pour un concept do-it-yourself "qui ne se prend pas au sérieux", leurs disques sont toujours moyens, et celui-ci ne déroge pas à la règle. Pourtant ce troisième album avait tout pour être une réussite, il n'y a qu'à voir la pléiade d'invités crédités. Rien que sur la reprise (plutôt banale) du Wordy Rappinghood de Tom Tom Club, on entend tour à tour : Kristin Erickson (alias Kevin Blechdom), Inga Humpe (2raumwohnung), Miss Kittin (également présente sur un autre titre), Nicola Kuperus (Adult.), Soffy O., Le Tigre ou Tina Weymouth elle-même. À la production, on retrouve Gerhard Potuznik & Ramon Bauer (des habitués), mais aussi Glove, Mika Vainio (pour le morceau caché Flame On) et Cristian Vogel (avec qui elles collaborent actuellement pour un quatrième album). Bref que du beau monde et même un titre (le braillard single We Don't Play Guitars) enregistré avec une des artistes les plus "bankable" du moment : Peaches. D'après ses auteures, ce "99 Cents" serait une ôde au "cheap art" (d'où son titre) et c'est vrai, ce disque est cheap.

Carole Jay



The Creatures
Hai!
[Sioux Records/Chronowax]

Autant le dire d’emblée : ceux qui ne connaissent des Creatures que "Boomerang" ou "Anima Animus" risquent d’être déconcertés par "Hai!". En effet, avec ce quatrième album (quatrième si l'on ne compte pas les EPs, singles, album de remixes et live en éditions limitées), Siouxsie Sioux et Budgie effectuent un étonnant retour aux sources vers les tous premiers enregistrements de leur projet parallèle devenu projet principal depuis la séparation des Banshees. C’est donc plus du côté du minimalisme de "Feast" que des ambiances électro de "Anima Animus" qu’il faut chercher pour trouver un équivalent à "Hai!". Enregistré à la faveur des récents concerts japonais de la reformation provisoire de Siouxsie and the Banshees, cet opus est surtout né de la volonté du couple de travailler avec Leonard Eto, ex-membre du groupe de percussionnistes nippon Kodo. De fait, l’album est essentiellement composé de rythmes et de vocalises, utilisant une multitude de parties de batteries et percussions sur lesquelles Siouxsie pose sa voix toujours aussi caractéristique, puissante et prenante, nous faisant oublier du même coup les couacs du récent "Seven Year Itch Live". Très dépouillé, alignant les mélodies rêches (à l’exception de l’accrocheur Godzilla, premier single extrait du disque), les sonorités japonisantes (mais jamais cliché) et les ambiances lancinantes, "Hai!" n’est pas d’un abord facile mais fini par envoûter durablement au fil des écoutes. On se laisse ainsi hypnotiser par la rythmique tribale des premiers morceaux, avant d’être enveloppé par les atmosphères ouatées d’une seconde partie plus ambient. Le fan de la première heure devrait apprécier.

Christophe Lorentz



Dickybird
Indéfendable
[XTT/Timer Records]

Six ans après "?", Dickybird sort "Indéfendable". Titre concept ? Sabordage marketing ? Clin d'œil à la critique ? Dickybird a toujours su mettre les pieds dans le plat. Porté par Doris, une femme au caractère bien trempé, guitariste et auteur des textes, et à la voix inoubliable (entre Janis Joplin et Lydia Lunch s'il fallait la situer), ce trio du Havre qui sévit depuis 1993 nous livre une fois encore un album viscéral des plus percutant. La production de Steve Albini ne faisant que transcender l'énergie que le groupe emprunte au rock'n roll (sur Warned ou Reputations), à la noise (voir le bruitiste et tendu Wanna Be In ou I Did It du même acabit que le phénoménal Germ sur "?") ou même à la pop (voir Your Eye). Loin des gentils groupes clonés d'outre-Atlantique qui surfent sur le revival rock, "Indéfendable" est nourri par une vraie rage, de la sueur, des pleurs, des rires qu'on suppose sarcastiques ou spontanés, et du courage. Cet album corrosif est tout bonnement vivant. Et fier de l'être. À juste titre.

Catherine Fagnot



Do Make Say Think
Winter Hymn Country Hymn Secret Hymn
[Constellation]

Le Canada n’engendre pas forcément que des groupes industriels de renommée mondiale, mais aussi des groupes à guitares et aux contours flous. C’est le cas avec Do Make Say Think qui vient de sortir son quatrième et automnal album. De longues plages instrumentales d’un rock presque ambiant vers des morceaux un peu plus jazzy, le voyage est de ceux qui durent une éternité. Fredericia commence comme une gentille berceuse avant de devenir un monument fragile où les cuivres deviennent oppressants et menacent l’édifice, dont chaque face se retrouve lacérée par les cordes de guitares aiguisées comme des rasoirs. Heureusement, les presque deux minutes de War on Want et son violon un peu dingue reposent l’auditeur, prêt pour un autre voyage en excellente compagnie ; en effet, les guitares de Auberge le Mouton Noir et de Ontario Plates renvoient directement au dernier Red House Painters, et personne ne serait surpris d’entendre la voix de Mark Koselek sur ce lent rock un rien garage. Les guitares hurlent comme des sirènes et Outer Inner & Secret nous rappelle les accords et ambiances célèbres au temps de la splendeur de Slowdive. Un agréable voyage aux confins d’un monde mystérieux, où il vaut mieux rester sur ses gardes si l’on se fie à la pochette réalisée par le groupe, qui laisse planer le doute quant à l’identité du passager du véhicule : porte-t-il une grande faux ou est-ce sa ceinture de sécurité?

Bertrand Hamonou



Doves
Lost Sides
[Heavenly/EMI]

Attention! Ce "nouvel album" des Doves n’en est pas un, mais presque. En effet, déjà sorti après leur premier opus "Lost Souls", ce "Lost Sides" première mouture reprenait les faces b des singles du premier album. Sorti en édition confidentielle à l’époque, il ressort aujourd’hui avec un track-listing légèrement remanié de façon à contenir les faces b de Pounding et de There Goes the Fear, et agrémenté d’un deuxième CD de remixes. Une manière de (re)découvrir d’excellents titres tels que Your Shadow Lay Across my Life ou encore ce Down to the Sea, version magique du légendaire Sea Song. À noter aussi l’énergique et instrumental Crunch avec sa guitare empruntée à Bernard Sumner, qui côtoie les émotionnels Willow’s Song et Far from Grace. En tout, douze titres d’excellente facture, prouvant que Doves s’applique à satisfaire ses fans. Quant au deuxième CD et ses titres maladroitement qualifiés de remixes, il est en fait la seconde perle de ce double disque. Proposant la relecture de sept titres de "The Last Broadcast" tout en finesse, ils n’ont rien à envier aux versions originales. Il suffit d’écouter celles de Words et des déchirants The Sulphur Man et Satellites pour se rendre à l’évidence : les mélodies des Doves se déclinent à l’infini. Un must pour ceux qui ne sont toujours pas revenu de la richesse et de la justesse de "The last Broadcast". À conseiller aux autres.

Bertrand Hamonou



Frigo
Teleportation
[Dernière Bande/Wagram]

Les trois de Frigo n’en sont pas à leur coup d’essai, puisque formé en 2000 à Quimper, le groupe a su enchaîner les concerts et quelques maxis. Sûrs de leurs compositions, celles de ce "Teleportation" sont loin d’être des plaisanteries. Évoluant dans une électro pop moderne et un peu décalée, où rien n’est vraiment figé tant chaque morceau semble en contenir cinq autres, Frigo s’applique à construire un puzzle musical fait de simplicité, d’efficacité et de sobriété, à l’image des mannequins blancs de la pâle et moderne pochette de cet EP. Et pour y parvenir, des matériaux simples sont stockés dans ce garde-manger où les idées se multiplient comme des colonies de bactéries dans un frigidaire mal isolé. Half Duplex est une montagne de tension prête à s’effondrer à tout moment, un petit quelque chose de The Cure période "Pornography" en filigrane, et surtout cette voix pénétrante prête à chasser la vôtre à la première occasion. À l’écoute de XYZ, on pense inconsciemment à Playdoh avant même d’apprendre qu’ils partageront tous deux la scène du Glaz’Art à Paris fin novembre. Close to… donne l’impression d’avoir été composé à l’intérieur même d’un stroboscope tandis que Dressed to Succeed Where you Always Failed fait rivaliser l’ingéniosité avec le minimalisme. Quant à Maria Sabina, c’est certainement la plus belle réussite de ce six titres, condensant dans ces quelques six minutes ce qui fait le son unique de Frigo, à découvrir absolument. Une fort belle réussite, en attendant l’album auquel on rêve déjà à l’écoute de Friedrichstrasse et ses notes de guitare cristallines.

Bertrand Hamonou



Lady & Bird
Lady & Bird
[EMI/Labels]

Lady & Bird propose avec cet album une véritable alchimie de son et de sens. On est entraîné dans un voyage dont les étapes se découvrent une à une, et même si de nombreuses références et repères familiers nous sont offerts, cela reste comme une expérience aussi intriguante qu'agréable. Le duo revisite Suicide is Painless, le thème du film "MASH" et sa mélodie douce amère, ainsi que le splendide Stephanie Says du Velvet Underground (repris en d'autres temps par Daniel Darc sur l'album "Parce que"). Entre réinterprétation subtile et compositions précises et soignées, Lady & Bird nous offre une espèce très curieuse de pop mélancolique, presque désarmante, douce et cotonneuse. Une guitare acoustique et une orchestration tout en douceur habillent discrètement ces dix compositions sur lesquelles la voix cristalline de Keren Ann se pose en toute beauté. Lady & Bird est le fruit de la collaboration inattendue entre l'ex-acolyte de Benjamin Biolay et de l'Islandais Bardi Johansson (Bang Gang), tous deux bien plus excitants ici qu'ils pouvaient l'être chacun de leur côté, avant que ne se produise cette rencontre étonnante.

Christophe Labussière



Mendelson
Seuls au sommet
[Prohibited/Chronowax]

Anciens du label Lithium (qui héberge entre autres la clique Diabologum, Programme, Experience), Pascal Bouaziz et ses amis étaient déjà responsables des très bons "L'Avenir est devant" (1997) et surtout "Quelque part" (2000), incroyable disque de tension et de noirceur dont les textes résonnent encore dans de nombreuses têtes. Dans ce troisième album, ironiquement nommé "Seuls au sommet" et découpé en deux faces C et D (le vice étant poussé jusqu'à les avoir séparées par quelques secondes de blanc), on a l'impression de respirer un peu plus, les ambiances musicales se sont aérées, diversifiées, et à coté des noirceurs habituelles, on croise ici ou là quelques notes plus légères que d'habitude (les mélodies pop de Je me réveille, candidat parfait pour un single, ou Tout refaire). Mais se fier à cet apparent changement serait une erreur, car à la lecture des longs textes de Pascal Bouaziz et après les plusieurs écoutes nécessaires à cerner ce disque relativement difficile, on réalise vite que "Seuls au sommet" chronique toujours ces mêmes quotidiens crus, ces mêmes vies désespérément trop ordinaires de banlieusards. Une écriture authentique et unique, évidemment à ne surtout pas associer au courant très en vogue des bavardages à la Biolay et autres Bénabar.

Renaud Martin



Peaches
Fatherfucker
[Kitty-Yo]

Peaches n’a pas froid aux yeux. Avec une pointe de mauvais goût (devons-nous lui décerner un prix pour la pochette la plus laide de l’année ?), une légère dose de vulgarité (des mots qu’on ne trouve même pas dans le dictionnaire !), mais aussi une bonne dose de gaudriole, elle poursuit sur ce deuxième album ses démons électro-libidinaux. La reine de l’electrocrap, comme elle se nomme elle-même, aime à montrer ses fesses moulées dans des shorts roses, à se dandiner sur scène dans des pauses qui outrepassent la suggestion et surtout à parler crûment de sexe . Rien d’étonnant à ce qu’Iggy Pop ait accepté l’invitation à secouer du bassin et à user de son organe sur un titre (Kick It). On retrouve aussi sur cet album la participation des canadiens Gonzales et Taylor Savvy (sur Stuff Me Up), tout deux aussi sortis de l’écurie Kitty-Yo. Toujours aussi trash, mais musicalement plus minimal que son prédecesseur ("Teaches of Peaches"), ce nouvel album s’inscrit dans un esprit très punk. Le titre qui ouvre brutalement "Fatherfucker" par des hurlements de "I don’t give a fuck !" donne le ton… Et l’avalanche de sussurements obscènes, de beats langoureux et de riffs de guitares insuffle une énergie détonnante à cette électro dépouillée qui, à l’instar de sa génitrice, ne manque certainement pas de personnalité !

Laure Cornaire



Polmo Polpo
Like Hears Swelling
[Constellation]

Après plusieurs EPs sortis sur son propre label, Audi Sensa, puis sur Alien8 Recordings, "Like Hears Swelling" est le premier album de Sandro Perri alias Polmo Polpo. Et c'est Constellation qui a la chance d'accueillir ce musicien de Toronto dont l'univers musical complexe contraste relativement avec les autres productions du label : plutôt difficile à cerner et à décrire, celui-ci s'apparenterait à une sorte de superposition de différentes couches de sonorités à la fois ambiantes et mélodiques, rythmées en boucles lancinantes. Mélangeant remarquablement électronique et instrumentations plus acoustiques (de la guitare slide à l'accordéon en passant par le violon malade de Gen Heistek du duo Hangedup qui apparaît sur le morceau Like Hears Swelling), les cinq morceaux de cet album, étranges et fascinants, ont une fâcheuse tendance à vous emmener loin (on ne saurait trop vous conseiller l'écoute au casque). Un excellent disque d'ambiante organique, le chaînon manquant entre le son Constellation, les étranges créatures de Third Eye Foundation et les ambiances marines du fabuleux "Bliss Out vol 13" de Piano Magic.

Renaud Martin



The Strokes
Room On Fire
[RCA]

Rappelez-vous fin août 2001, un petit groupe new-yorkais de jeunes chevelus irrévérencieux et de bonne famille, avec un premier album court, fougueux et romantique, révélait au monde entier que le rock n'était pas si mort que ça. Certes, rien n'était vraiment nouveau, et on pouvait citer à l'écoute de leur "Is This It?" le Velvet Underground, Sonic Youth, Television, The Clash et plein d'autres. Mais grâce au fracas médiatique qu'avait fait cet album, le rock avait obtenu un petit ravalement de façade franchement bienvenu, et des dizaines de groupes plus ou moins talentueux et/ou opportunistes avaient pu s'engouffrer dans la brèche (dans ceux à retenir, citons Liars, Radio 4, The Kills, Interpol, BRMC, Yeah Yeah Yeahs, The Rapture et surtout White Stripes). Alors, évidemment, la question est de savoir ce que les Strokes pouvaient donner sur la durée, et si on n'avait pas eu à faire à un simple et unique coup d'éclat. La réponse à tout ça, en plus de s'être faite attendre est finalement un poil décevante : non pas que ce "Room On Fire" soit mauvais, mais décevante dans le sens où l'effet de surprise qui avait joué il y a deux ans n'est évidemment plus et où ce second album des Strokes s'avère malheureusement un peu trop semblable au premier. On a en effet l'impression en écoutant cette nouvelle fourguée de 11 tubes de rock urbain et énergique (le tout bouclé en 33 minutes s'il vous plait) de n'avoir en main qu'une redite proprette de "Is This It?". Evidemment, si on met de côté ces similitudes, il y a de quoi être largement séduit, et l'ensemble est impeccablement efficace, aussi bien du côté de l'écriture, de l'interprétation, que de la production. Nous concluerons donc que les Strokes ont réussi l'impitoyable examen du second album, mais de justesse seulement.

Renaud Martin



Suicide Commando
Axis of Evil
[Dependent]

RAS. C'est à ces trois lettres que l'on pourrait résumer "Axis of Evil". Ceux qui connaissent et apprécient Suicide Commando comprendront. Et que surtout les autres ne s'inquiètent pas. Car s'il n'y a pas de surprise, c'est que "Axis of Evil" est comme à l'accoutumée impeccable. Toutes les qualités qui ont toujours été celles de Johan Von Roy répondent fidèlement à l'appel. Une constance et une faculté inégalable à imposer un son puissant et à distiller des messages ô combien efficaces, le tout suintant comme toujours de désespoir, de colère et de douleur. Une douleur qui est peut-être ici encore plus prononcée qu'elle avait pu l'être jusqu'à présent. Plus que jamais l'état du monde est pour Suicide Commando une source d'inspiration (malheureusement intarissable) et il ne baisse pas la garde. Plastik Christ, Neuro Suspension ou Face of Death sont autant de pièces de choix à ajouter à la liste interminable de trophées que peut afficher Johan Von Roy à son tableau de chasse. "Axis of Evil", trois mots qui stigmatisent et focalisent toute la folie du monde, titre d'un album sombre qui se termine sur trois mots tout aussi terribles : "Time to Die".

Christophe Labussière



T. Raumschmiere
Radio Blackout
[Novamute/Labels]

Derrière ce nom curieux (inspiré d'une nouvelle de William S. Burroughs nommée "The Dreamcops", "Die Traumschmiere" en allemand) se cache Marco Haas, fondateur du label Shitkatapult et acteur relativement important de la scène techno underground allemande. Pour son nouvel album, le Berlinois a composé un ensemble de morceaux qui, mis bout à bout, forment la playlist assez fourre-tout (punk, électro, hip-hop, rock) d'une radio pirate imaginaire et foutraque à souhait. Du coup, on trouve à prendre et à jeter dans ce disque grand guignol, les morceaux n'étant pas tous vraiment convaincants, voire même rapidement lassants ou lourdingues pour certains (les singles Monstertruckdriver et Rabaukendisco sont de très bons exemples). On retiendra cependant quelques bons morceaux comme les instrumentaux électro Wir Kinder Vom Bahnhof Strom et Querstromzeraner, ou encore le déjanté The Game is Not Over pour la performance vocale de Miss Kittin, en guest ici. Bref, pas de quoi crier au génie, il vaut mieux en fait prendre ce "Radioblackout" au deuxième degré (minimum), et dans ce cas, vous lui trouverez un petit côté amusant et sympathique, guère plus.

Renaud Martin

Express

Cela fait quelques semaines que Celluloide a mis en chargement sur son site une série de reprises assez étonnantes. Le traitement réservé à Lush, Sisters Of Mercy, Cure, Siouxsie, Dead Can Dance et Lio est carrément étonnant. Autant dans le choix des artistes que dans le résultat obtenu. "Naphtaline EP" est un sacré clin d'œil, un hommage inattendu, au traitement anachronique, mais toujours de premier choix, plein d'humour, pour une sorte d'intelligent synth pop qui à tout pour nous réconcilier avec le genre. Et ceux qui n'arrivent pas à se passer de la bonne "vieille" galette CD seront ravis, car hormis les six fichiers MP3 de très bonne qualité, Celluloide a bien fait les choses en permettant de récupérer la pochette du CD "prête à imprimer" et ainsi de transformer ce "Virtual EP" en un véritable disque.
Bonne surprise avec "In-Macula" de Lethargy. Une espèce d'électro léchée et très mélodique menée par une voix féminine que l'on pourrait situer quelque part entre Anne Clark et Chris And Cosey. La formation espagnole, qui a signé pour ce nouvel album avec le label polonais Black Flames, mérite toute notre attention car "In-Macula" est plutôt réussi et nous offre une reprise inattendue, mais très plaisante, de She's in Parties de Bauhaus.
À plusieurs mois de la sortie du nouvel album de Front Line Assembly, difficile de se contenter de ce trop court single, qui ne propose que deux nouveaux titres et un remix. Un peu juste pour savoir si, comme nous l'annonçait Bill Leeb il y a quelques semaines, le retour de Rhys Fulber à ses côtés sera aussi spectaculaire qu'escompté. Donc oui, avec Maniacal, tout y est, la grosse artillerie, l'arrière-plan tellement riche qu'il en devient l'élément essentiel, le gimmick imparable, les chœurs empruntés à Delerium, l'énergie et la puissance. Mais tout est bien trop propre, agencé avec trop de logique et peut-être même avec trop peu de spontanéité, pour nous garantir que le duo Canadien saura nous atomiser avec l'album "Civilization" que l'on devrait découvrir en janvier. Car c'est bien le minimum que l'on peut attendre de lui.
Le résultat de la collaboration entre Empusae et Hulet pour réaliser la bande-son de sa dernière bande dessinée, "Extra-Muros" est étonnant. En si bonne compagnie sonore, la lecture de cette BD est totalement transcendée tant les ambiances dans lesquelles nous entraînent ces (trop courtes) 16 mn sont stupéfiantes. Un seul "titre" mais qui se décompose en plusieurs parties avec lesquelles se succèdent de multiples atmosphères. Le résultat est d'une grande efficacité, car tout le talent de l'opération est de ne pas avoir choisi la facilité avec une approche
cinématographique, car ici les images sont figées et les ambiances agitent et génèrent l'imaginaire bien plus qu'elles ne l'accompagnent.

Christophe Labussière


Express

Enregistrés il y a plus d’un an mais seulement disponibles aujourd’hui, les quatre titres que COH nous propose sur le EP "Electric Electric" (Mego) auraient plus justement trouvé leur place sous le terme "hypnotic". Un adjectif familier pour le bien nommé Ivan Pavlov qui revient ici à la rigueur toute slave de ses premiers morceaux sur Raster-Noton, avec une pointe d'effervescence en plus. Boucles rythmiques ascétiques, répétitives, simplicité minimale à l’instar de son mentor Carsten Nicolai ou de Pan Sonic, COH nous offre ici un disque compact et aérien à la fois. La routine.
"Director's Cut", le nouvel album de Rechenzentrum sur Mille Plateaux, démontre plus que jamais que l’intérêt principal de ce groupe berlinois réside avant tout dans sa manière d’unir le son à l’image (et vice versa), à un point tel que l’on aurait du mal à imaginer l’un sans l’autre.
Présentées sur un DVD qui accompagne le CD de l’album, les images, poétiques, même si parfois redondantes et répétitives, collent parfaitement aux sonorités électroniques minimalistes et atmosphériques du trio. Ou peut-être sont-ce les pulsations et les tonalités qui s’accordent au mouvement des images ? Peu importe, la synthèse audiovisuelle qui en résulte est très plaisante. À noter que "Director's Cut" a reçu une mention au Prix Ars Electronica cette année.
Avec "Viva 6581", son dernier EP en date, Tarmvred nous propose un mélange "bit pop/harsch beat", ou plus précisément un alliage inventif de rythmes saturés et de robot-pop chère à Suction qui fonctionne à merveille. Succombant à la mode chiptunes (que Malcolm McLaren voit comme une nouvelle révolution musicale, voilà qui promet), ce disque jubilatoire s’écoute parfaitement, même s’il abuse parfois de sons vintage avec quelques solos de synthé 70s délirants ! Une digression somme toute logique pour ce touche-à-tout musical qui décidément se bonifie avec le temps et reste sans doute la meilleure découverte du label Ad Noiseam jusqu’à ce jour. On attend de voir si son nouvel album, qui devrait sortir au mois de décembre, confirme ces dires.

Carole Jay