
 |  | Formless [Hymen]
Certaines formations comme Gridlock ou Haujobb ont la chance de bénéficier d'un statut assez particulier, qui leur permet de s'imposer comme une référence et de susciter l'intérêt du plus grand nombre, alors que leur talent réside plus dans la qualité de l'adaptation et de la digression que dans la création pure. Une situation très enviable qui permet à cette formation américaine d'entourer chacune de ses productions d'une aura tout aussi protectrice que séduisante. L'espèce d'electronica dans laquelle ils excellent aujourd'hui se distingue tout de même de celle de leurs modèles par un étonnant savoir-faire, celui de veiller à toujours insérer des élements organiques et d'accompagner leurs compositions d'une mélodie accessible. Alors que la teinte de "Formless" est métallique, des nappes de synthé omniprésentes, mais presque toujours judicieusement utilisées, tendent à apporter à l'ensemble une atmosphère plutôt cotonneuse, et ce même lorsque le rythme se fait plus rugueux. Et si ces ambiances sont bien moins complexes que ce que l'on affectionne souvent dans nos pages, elles ne sont pas pour autant simplistes, et Gridlock nous offre ici un album peut-être inégal (quelques plages comme Done Processing sont superflues), mais qui au final est particulièrement plaisant.
Christophe Labussière |
 |

 |  | Flicknives [Quartermass/Tripsichord]
Deux ans, un changement de label (exit Novamute) et un side-project moyennement convaincant (Uniform) plus tard, 2nd Gen revient faire trembler nos murs avec un nouvel album, digne successeur de "Irony Is". "Flicknives" ouvre néanmoins les hostilités en douceur avec Evox, un long morceau ambient soutenu par une boucle épaisse et vrombissante, qui contraste elle-même avec les sonorités plus aériennes d'un violon. Un mélange détonnant qui sert parfaitement le deuxième titre très intense, répétitif, typique de 2nd Gen... Seulement voilà, et c'est là où le bât blesse, "Flicknives" est tellement digne de son prédécesseur qu'on pourrait croire que ces deux disques ont été enregistrés dans la foulée. Mêmes sons saturés, mêmes rythmes lancinants, tous les morceaux utilisent les mêmes ficelles qu'auparavant. Cela ne fait pas de "Flicknives" un mauvais album mais à deux ans d'intervalle, on aurait espéré autre chose. Certes cet amalgame inventif d'indus, de techno, de free jazz, de hip-hop ou même de musique orientale dont est capable Wajid Yaseen est unique. Un si grand mélange pourrait aboutir à un collage informe mais le résultat est toujours parfaitement maîtrisé et immédiatement reconnaissable. Le premier album de 2nd Gen avait, pour toutes ces raisons, reçu un accueil très favorable, il ne faudrait pourtant pas que celui-ci se contente uniquement de ces acquis, au risque de tourner définitivement en rond...
Carole Jay |
 |

 |  | Silicone [Yellow Productions/East West]
Il n'y a pas que le groupe Air qui habite à Versailles, il y a aussi Xavier Jamaux qui, après avoir côtoyé le duo avec Alex Gopher dans le groupe Orange, a créé Bang Bang, projet électronique à ne pas confondre avec une certaine bonne suprise islandaise de cette rentrée 2003 (voir nos chroniques du 12 novembre). Son deuxième album, "Silicone", qui sort comme son prédécesseur sur Yellow Productions (le label de Bob Sinclar), évoque les univers VIP glacés et décadents de night-clubs branchés qu'on pourrait croire tout droit sortis de "Glamorama" de Brett Easton Ellis. Si les mélodies nostalgiques et les rythmiques mécaniques de certains morceaux (Silicone, Stranger at Your Side) rappelleront inévitablement l'esprit eighties, il serait injuste de résumer la musique de Bang Bang à un simple hommage au passé : car de l'étonnant Shoot the Model où chante un David Bowie imaginaire à Auntie Aviator (reprise de John et Beverley Martyn) en passant par les irrésistibles beats groovy de Don't Care ou la superbe ballade pop Tao, on se régale et on sent vraiment que tout est maîtrisé de la première seconde à la toute dernière de l'album. Conciliant mélodies glamour et humour acide dans une électro ouverte, recherchée et inventive, "Silicone" est un disque dont on se souviendra et probablement un des meilleurs albums électroniques français de cette année.
Renaud Martin |
 |

 |  | Democrazy [Food]
Dans la carrière d’un groupe, au bout de plusieurs années il y a toujours un moment où l’un ou l’autre des membres désire voler de ses propres ailes. L’exercice est périlleux, on le sait. Dans le cas de Blur, on est plutôt étonné de voir Damon Albarn nous offrir un album solo, car on s’accordait à penser que c’était lui l’âme du groupe, le tyran de service. Son échappée avec Gorillaz avait été très réussie, le dernier album de Blur était réputé comme étant l’œuvre du bonhomme, il faut croire que cela ne lui suffisait pas. Quelle que soit sa motivation, Damon Albarn nous offre donc un album à son nom. Qu’en dire ? Premièrement, qu’il joue la prudence, car ce "Democrazy" devrait rester peu diffusé (sortie sur double vinyl uniquement, tirage 5000 exemplaires). Malgré cela, et avec toutes les bonnes intentions du monde, il faut bien avouer que la chose nous laisse de marbre. Petites chansonnettes nonchalantes, boîte à rythmes cheap, guitare minimaliste mal foutue, voix endormie plus sussurrée que chantée, tout cela nous fait penser aux expériences de jeunesse d’un Lou Barlow au sein de Sentridoh, du genre “je prends mon 4 pistes pourri, une guitare sur laquelle il manque 3 cordes et j’enregistre dans ma cuisine”. Sympathique dans l’attitude, profondément ennuyeux dans le résultat, on décroche, même si l’on essaye de se concentrer sur la chose. Gageons que cet écart raté restera anecdotique dans la carrière de Blur, et que Damon et ses potes continueront à nous concocter des galettes toujours plus osées et inventives, salées et sucrées comme ils savent si bien le faire. Quant à "Democrazy", le mieux qui puisse lui arriver est de se transformer en futur collector (ce qu’il est déjà vu sa diffusion !) pour fans transis...
Frédéric Thébault |
 |

 |  | Defixiones, Will and Testament [Mute] La Serpenta Canta [Mute]
La diva gréco-américaine n’a jamais fait dans la facilité. Telle une Pithie en transe, Diamanda Galás utilise sa voix (impressionnant instrument qui couvre quatre octaves) comme médiateur entre la souffrance et le monde extérieur. Ses plaintes propres à déclencher des secousses sismiques et ses vocalises rugeuses ont de quoi glacer sur place l’auditeur et tout au moins ne le laissent jamais indifférent. Après avoir consacré une partie de son œuvre au thème de la maladie et du Sida (dont son frère est mort), elle aborde sur "Defixiones, Will and Testament" celui du génocide et en particulier les génocides arméniens, assyriens et grecs anatoliens du début du XXe siècle. Présenté en public depuis septembre 99, cette performance qui a fait l’objet d’une tournée mondiale est aujourd’hui gravée sur un double CD. Jonglant avec les langues arménienne, arabe, grecque, espagnole, française, allemande et anglaise, la cantatrice joue aussi sur les atmosphères. Parfois possédée, sa voix fait frémir, parfois plus mélodique elle s’approche de chants orientaux. Mais c’est toujours dans une certaine violence que piano et chant dépeignent leur sombre sujet. "La Serpenta Canta" (également un double CD enregistré en live) est quant à lui une collection de réinterprètations au piano des classiques du blues, de la soul et de la country américaine. Sont repris, entre autres, I Put a Spell on You de Screamin' Jay Hawkins et des titres de John Lee Hooker, Hank Williams, Ornette Coleman, etc. Comme toujours, chez Diamanda Galás, l’écoute se doit d’être exigeante. Oreilles sensibles s’abstenir !
Laure Cornaire |
 |

 |  | Humana [Equilibrium]
Après leur premier EP "Moments" sorti en 2001, Dwelling continue son tour de chant sur la même lignée, sans compromis ni abus de technique. Les morceaux sont enregistrés live en studio, sans synthé ni samplers. Basé à Lisbonne, le groupe a rapidement décidé d’éviter les artifices et de composer une musique éthérée et acoustique, qualifiée de néo-classique. Malgré une direction plus ou moins affirmée heavenly voices, l’instrumentation uniquement constituée d’une guitare sèche, d’une voix, d’un violon et d’une basse s’éloigne tout de même beaucoup des climats bien plus électroniques et ténébreux des américains de Black Tape For A Blue Girl. Le chant de Catarina Raposo fait immédiatement penser à celui de Collection d’Arnell-Andrea, mais la comparaison avec le groupe français s’arrête là, car manquent leurs arrangements électriques. Même si le jeu de violon rappelle parfois celui des Legendary Pink Dots du milieu des années 80, il est difficile de s’y retrouver parmi des chansons qui se ressemblent toutes beaucoup. Les titres en portugais cohabitent pourtant de manière luxueuse avec ceux en anglais, et l’auditeur aura l’impression de se réchauffer la température du sang à l’écoute de cette langue ensoleillée portée légèrement par une musique épurée, comme le prouve l’intro de Silêncio Intemporal. Un disque à écouter près de la cheminée en attendant les températures plus clémentes du printemps.
Bertrand Hamonou |
 |

 |  | Cast of Thousands [V2]
Avec "Cast of Thousands", Elbow, quintette mancunien qui avait ébranlé la presse britannique voyant en eux les successeurs de Radiohead à l'époque de la sortie de "Asleep in the Back" en 2001, nous propose son deuxième album. L'engouement d'outre-Manche n'avait pas été relayé ici certes, mais cette nouvelle livraison ne démentira pas le fait que nous soyons là en présence d'un très bon groupe. Même s'il ne s'agit probablement pas d'un album révolutionnaire en soi, tant la pop mélancolique de "Cast of Thousands" touche immédiatement et presque familièrement, l'efficacité et l'évidence de ce subtil album sont néanmoins justement troublantes. On y verra des accointances avec Coldplay pour le chant traînant (sur Crawling with Idiot en particulier) sans sombrer pour autant dans la pop song calibrée, puisque la langueur des compositions et la complexité des sons distillés avec parcimonie évoquera plutôt les Doves ou Woven Hand (voir le très lyrique Fugitive Motel ou Switching Off). Car même si des chœurs de gospel apportent une certaine chaleur et que des morceaux comme Fallen Angel virevoltent littéralement, le ton général de cet album est plutôt au doux-amer automnal. Un album de rigueur à savourer toute la saison.
Catherine Fagnot |
 |

 |  | Don’t Try This at Home [Gammon records]
Derrière ce projet d'un seul homme se cache Jesse Hartman, que l’on pourrait comparer à Eddie Izzard en plus jeune et dont les intonations rappellent celles de Beck. Si l’on se fie au livret et aux photos de l’album, on a d'abord l'impression que ce cher Hartman a collaboré avec un groupe de jeunes filles assez proches du genre top-models. En regardant de plus près, il devient évident que ce ne sont en fait que des mannequins en plastique, notre ami semble avoir un sens de l’humour assez tordu que l'on retrouve également dans sa musique. Ses chansons teintées de rock 60’s racontent ses expériences d’adolescent essayant de devenir un musicien à New York ainsi que les hauts et les bas de sa vie amoureuse. “Don’t Try This at Home” commence de façon forte et originale, il garde un rythme soutenu dans sa première partie, mais perd un peu de souffle par la suite qui est plus lente et moins variée. On ne peut pas vraiment dire que les morceaux soient mauvais, mais le changement de rythme entre le début de l'album, pimpant et drôle, et la suite, plus lente, est un peu déprimant. Malgré cela, les paroles des chansons sont pleines d’une angoisse exprimée de façon spirituelle, ce qui pallie aux autres défaillances de l’album. Mais faites attention, malgré quelques morceaux moins inspirés, cet album finira par vous surprendre un peu plus à chaque écoute. À la première, on n’est pas vraiment sûr de savoir de quoi il s’agit, à la seconde, notre attention est éveillée et à la troisième, on a plusieurs de ces foutues chansons en tête. Comme un bon vin, Laptop vieillit bien et si les sonorités classieuses et l’humour décalé ne vous laissent pas indifférent, alors vous risquez bien de devenir accro.
Ron Sawyer |
 |

 |  | Fashion Victim [Ad Noiseam/Season Of Mist]
Larvae aime modeler les sons et cela s'entend. Après une mise en bouche convaincante en juin dernier (le EP "Monster Music") et un split avec Miles Tilmann, le simili trio (Larvae est surtout le projet d'un seul homme, Matthew Jeanes) nous propose son tout premier album, composé de mélodies simples et souvent dépouillées de tout artifice inutile. Dépouillées ne signifiant pas "pauvres" mais épurées. Avec Larvae, on va à l'essentiel : les morceaux ne s'encombrent pas d'arrangements illusoires et tape-à-l'oeil ou de gadgets sonores. Chaque son est à sa place et de belles matières fusent d'une manière qui semble très organisée. Les morceaux croustillent (Refuse), pétillent (The Voice Collapse), crépitent (Tonystark), vibrent... À l'antipode de la "fashion victim" qui donne son nom à l'album (un titre exutoire pour M. Jeanes, irrité par la prédominance du paraître sur l'être), ici pas de fioriture, tout semble calculé pour éviter la superficialité, quitte à parfois tomber dans la routine ou l'anachronisme musical. Mais les morceaux sont pétris à l'envi, l'alternance rythmique est plaisante et l'ensemble est très accessible.
Carole Jay |
 |

 |  | Threshold to Disharmony [Cold Meat Industry]
Originaire d’Eskilstuna (Suède), fief de ses comparses Arcana/Sophia, Lithivm fait partie des dernières signatures des aciéries Karmanik et Cie. Projet monocellulaire orchestré par Gustaf Hildebrand, voici un premier album, froid et lugubre comme il se doit chez Cold Meat Industry, judicieusement baptisé "Treshold to Disharmony" ; un programme bien inquiétant qui se dissimule derrière un joli digipack orné d’entrepôts désertés et de machines rouillées. Après de telles mises en garde, il va sans dire que Lithivm franchi allègrement ce seuil vers la disharmonie sans toutefois atteindre les abîmes industriels d’un Brighter Death Now. Il n’en demeure pas moins que les neuf pièces de cet opéra de fin du monde font froid dans le dos. Martial tout en restant immobile, le noise ambient asséné par l’ami Gustaf s’orne des oripeaux les plus malsains qui soient (hurlements, musique de clown, grognements indéfinis), le tout traité à la distorsion sur fond de nappes souterraines. Un premier essai dérangeant, bien que parfois un peu "scolaire" au vu des clichés industriels qui se recoupent ça et là (les crissements façon Neubauten sur City of Machines – Segment II) mais dont l’efficacité corrosive ravira les puristes du genre.
Stéphane Leguay |
 |

 |  | Dirtier than the Dirt [Steelwork Machine]
Après deux années de gestation, Neon Rain sort finalement son premier album "Dirtier than the Dirt", et force est de constater que la poussière fait à peu prêt autant de bruit que des marteaux piqueurs ayant décidé d’attaquer votre immeuble au petit matin. Comment ne pas penser aux célèbres samples du Brap de Skinny Puppy sur la fin de Perpetual Symposium, la finesse des Canadiens en moins. Inutile pourtant de s’affoler, ce disque est destiné à ceux déjà bien habitués à la musique expérimentale, qui pourront écouter du bruit et des cris de toutes sortes pendant près d’une heure. Les fans d’industriel bruitiste et expérimental, sauvage et très rythmé seront comblés, et apprécieront encore plus de s’entendre dire par leurs proches que "ce n’est vraiment pas de la musique". Worms and the Realm of Flies est un savant cri schizophrène de près de quatre minutes, que viendra calmer l’intrigant et claustrophobe Absence of Breath. Après cette ode à la mort, le bienvenu Unleash the Plague fait figure de bouffée d’oxygène avec ses sons que Coil revendiquerait. Il existe d’ailleurs peut-être un concours lancé depuis l'album "Constant Shallowness Leads to Evil" de ces derniers, et destiné à récompenser les bonnes volontés décidées à créer l’expérimental le plus bruitiste possible. Et nous n’en savons rien ?
Bertrand Hamonou |
 |

 |  | PopArt [Parlophone/EMI]
S'il devait y avoir quelque part au monde une université de la pop moderne, Neil Tennant et Chris Lowe y disposeraient à vie d'une chaire de professeurs hors classe. Leur "PopArt" qui sort à la fois en double/triple CD et DVD regroupe tous leurs singles (pour une bonne moitié inexplicablement passés inaperçus en France) et devrait remettre les pendules françaises à l'heure de Londres. Car s'ils sont prophètes dans leur pays, les Pet Shop Boys semblent boudés du grand public français (qu'ils espèrent pourtant ravir avec leur version inédite de Paris City Boy présente uniquement sur l'édition de notre pays) depuis la sortie de "Very" en 1993. Ils n’ont cependant jamais cessé de composer des mélodies aussi parfaites et délicieuses que des pépites d'or en chocolat, luxueuses à l'extérieur et gourmandes à l'intérieur. Chacun de leurs singles est si évident et intelligent, que c’en est parfois vexant pour leurs contemporains. Comment résister à la perfection dance de A Red Letter Day ainsi qu'à celle, plus "rock", de I Get Along ? Parmi ces 35 hits, l’étourdi se souviendra au mieux de It’s a Sin et de Always on My Mind, et au pire de Go West. Et pourtant, en imaginant des arrangements modernes et sophistiqués au service de leurs chansons (Yesterday, When I Was Mad), Neil et Chris ont su composer des quantités de classiques tels que So Hard ou Domino Dancing, ou encore plus récemment Home and Dry et son refrain incroyable d’efficacité. Espérons que ce "PopArt", condensé d'histoire de la musique pop moderne, servira d’examen de rattrapage aux plus distraits d'entre nous, à qui l’on peut d'ores et déjà signaler que l’histoire continue avec le magnifique inédit Miracles. Preuve, s’il en faut, que pop peut aussi s’accorder avec longévité.
Bertrand Hamonou |
 |

 |  | The Day Before [Minuswelt Musikfabrik]
Première bonne surprise à la vue de la pochette de ce nouveau CD de Pzychobitch : ouf, le trio allemand (dont font partie Stefan de Mono No Aware et Sina de S.I.N.A) semble avoir définitivement abandonné les malheureux graphismes pseudo manga des précédents "Master of Myself" et "Eden". Seconde surprise : l'efficacité à laquelle le combo nous avait habitués est toujours d'actualité, et les huit titres (dont cinq remixes) de cet EP qui annonce un prochain album prévu pour début 2004 ratissent assez large pour plaire à tous les inconditionnels d'électro germanique musclée : entre les habituelles influences industrielles (Killing Smile, Life Could), techno-punk (les deux versions de Caress) et même future pop (les synthés de My Day et de son remix), il y a franchement à boire et à manger sur cet EP et de quoi satisfaire tous les fans du genre. Maintenant, aux impitoyables questions "est-ce suffisant en soi ?" et surtout "est-ce que ce disque vaut quelque chose une fois sorti de cette scène complètement saturée ?", la réponse est malheureusement négative.
Renaud Martin |
 |

 |  | presents TWAT v.04 (The War Against Terror) [Intone]
Le cerveau de Cabaret Voltaire vient de produire une nouvelle composition. Les esprits chagrins parleraient plutôt d'un album même s'il s'agit ici d'une seule et unique trame musicale développée en plusieurs segments. Dans ce cas de figure précis, la notion de concept album est la plus adéquate pour qualifier "TWAT V.04.". Telle une pièce de théâtre avançant d'acte en acte, "The War Against Terror", poursuit le thème de la croisade anti-tyrannie, qu'affectionne depuis toujours Richard H Kirk. Vous nous direz qu'une œuvre musicale est une contre-attaque bien dérisoire face à un bombardement, mais l'artiste doit se moquer éperdument de la portée politique de ses actions. C'est un homme réservé et solitaire. Son activité/activisme n'est que l'expression personnelle d'un dégoût pour la civilisation moderne. Et la création dans tout ça ? Rien de très révolutionnaire à la première écoute tant on a la sensation que l'improvisation prédomine sur ces quelques leitmotivs tantôt orientaux, souvent africains. Les boucles tournent à vide, sans répit. Le même tempo agrémenté de samples repiqués sur des journaux télévisés ou encore à vif dans la rue, au gré de voyages, dirige l'ensemble. Kirk semble rejoindre progressivement le chemin de documentariste audio emprunté par son ex-collègue Chris Watson. Ce dernier avait quitté Cabaret Voltaire dès les débuts pour un emploi à la télévision et surtout pour se consacrer à la recherche sonore pure et dure, comme la pratiquaient les ingénieurs de la musique concrète. Alors, on se met à rêver d'une chaîne d'information alternative, une "CNN" uniquement régie par des intérêts humanistes.
Anthony Augendre |
 |

 |  | The Sonic Aura [Minuswelt]
Stefan Vesper, alias Steve Dragon, officie du côté des machines pour le compte du groupe allemand de dark électro In Strict Confidence depuis le dernier album du groupe, à savoir "Mistrust the Angels" et avant le tout prochain "Holly", offrant quelques sonorités plus technoïdes et impulsant même un certain groove à ce groupe profondément sombre. Fort de cette jeune -et plutôt réussie- expérience, Steve Dragon nous livre vite son premier album solo, entièrement instrumental, de toute évidence assez (voire très) éloigné d'In Strict Confidence dans le style musical et les ambiances. Car ici, le décor est beaucoup moins sombre et agressif, même si toujours mystérieux. On oscille entre trance psychédélique allemande (Psytrance) et chill-out mystico-asiatique, certains morceaux allant même puiser leurs ressources du côté de l'Inde ou de l'Afrique. Soit 10 morceaux plutôt planants (entre 6 et 10 minutes chacun), particulièrement méditatifs, certes peu révolutionnaires, à l'exception du réussi Nag Champa et son parfum d'Orient, mais bien produits (par le très doué Denis Osterman, homme-orchestre d'In Strict Confidence depuis l'origine du groupe). À noter que le titre Morph the Visions accompagne aussi, comme une mortelle randonnée, le nouveau single (CD2) "Babylon" d'In Strict Confidence. Comparable à un side-project à la Delerium ou Conjure One pour un groupe comme Front Line Assembly, Steve Dragon est le côté illuminé de la force, même si, à la différence de l'exemple précité, le génie n'est pas encore au rendez-vous… Mais patience. Avec des principes comme les siens, tels que Music is Universal Energy ou encore The Present Is a Present, gageons que le jeune Dragon pourra bien nous offrir un jour les plus beaux fruits de sa sagesse.
Stéphane Colombet |
 |

 |  | Itching [Brume Records]
Ancien membre du groupe industriel Nox et fondateur du défunt label Odd Size, Laurent Perrier multiplie depuis quelques années les projets solos (Cape Fear, Zonk't, Heal). C'est sous le nom de Zonk't que sort son dernier album, résolument électronique. Une subtile aventure sonore bâtie sur des constructions rythmiques en perpétuelles variations. Laurent utilise la puissance créative des machines pour développer de véritables fractales sonores dont le motif évolue au fil des morceaux. L'album débute par des boucles répétitives aux tonalités froides et métalliques (From Time to Time). Puis le rythme s'accélère et gagne en intensité (Speed Ball) pour céder la place à un véritable dub électronique (Banging Shutter). De temps en temps la machine bien réglée s'emballe et part dans des embardées rythmiques incontrôlables (Gasped). Des accidents sonores viennent ensuite pervertir ces savantes constructions (Dreamsmaker). Les motifs se font parfois plus ludiques (Arsenal) et entraînants (Sleet). La tension retombe enfin avec Soft in the Middle qui démarre sur une nappe synthétique épurée pour finir par un swing électronique. L'album est clôturé par deux excellents remixes réalisés par Flint Glass et Oil 10.
Delphine Payrot |
 |  | |  | |  |
|  |
 |
Robert Henke s’est enfin décidé à sortir de sa tanière berlinoise pour nous proposer un nouvel album de Monolake sur son propre label, Imbalance Computer Music. Entre deux séances de codage, le cofondateur d’Ableton (ce disque a d’ailleurs été entièrement conçu avec le logiciel Live) a trouvé le temps de rassembler quelques-unes de ses dernières compositions, prouvant ainsi qu’il continue à se bonifier avec le temps. Cern, le très bon premier morceau de cet album intitulé "Momentum", démarre en trombe avec une partie de ping-pong virtuelle, sorte de croisement opportun entre Solar X et Cylob. Après… et bien après, on retrouve le Monolake habituel, plus contemplatif, qui égraine ses compositions entre funk robotique et pop électronique linéaire, à prendre dans le sens le plus noble du terme. La musique de Monolake est tout sauf une faute de goût.
Magwheels et Stone Glass Steel (alias Philip Easter, plus connu ces dernières années pour ses activités au sein du label américain Malignant records) ont décidé de s’unir pour sortir un split album atypique. Intitulé "Pane", ce disque est composé de neuf titres. Jusque là rien de bien étonnant, sauf que là où Magwheels nous propose sept nouveaux morceaux, Stone Glass Steel s’attelle en deux fois vingt minutes à reconstruire avec sa vision tout industrielle, l’entière discographie (pas encore trop conséquente heureusement pour lui) de son compagnon d’aventure. Le résultat est relativement réussi, très ambient, presque plus hypnotique que l’original. Que dire de plus sinon que ceux qui avaient adoré les précédents opus de Magwheels ne seront quant à eux pas dépaysé par l’autre partie de ce disque. À découvrir.
"Condensed", la dernière sortie en date de Lusine Icl sur le label Hymen, porte bien son nom puisqu’il s’agit d’une collection de titres sortis durant ces quatre dernières années et à l’origine uniquement disponibles en vinyl ou sur diverses compilations. On notera également, au milieu de ces rééditions, la présence d’un inédit intitulé Cascade qui pourrait, par son nom, résumer à lui seul la musique du prolifique Jeff McIlwain. Car la variété des compositions de l’Américain déferle ici en flots incessants de styles allant du dub minimal le plus banal à l’electronica la plus accrocheuse en passant par des boucles drum’n’bass ou carrément expérimentales. Avec cette compilation très variée, Lusine Icl nous propose donc un condensé de styles étonnant mais nous démontre aussi une constante : la maîtrise mélodique de compositions pas toujours très originales certes, mais très efficaces.
Carole Jay
|  |