Swayzak
Loops from the Bergerie
[!K7]

Il a toujours été particulièrement difficile, pour ne pas dire quasiment impossible, de résister au charme de Swayzak. Leur combinaison au dosage précis d'electronica, de dance et de pop a toujours su retenir notre attention, James Taylor et David "Brun" Brown s'évertuant toujours à s'entourer d'invités souvent prestigieux dont la présence donne un relief et un cachet de grande qualité et sans cesse renouvelé à leurs compositions, se permettant de jeter ainsi un pont solide entre la musique électronique et la pop. On retrouve ainsi une fois encore Clair Dietrich mais aussi Richard Davis (dont le premier single est sorti sur le label de Swayzak, 24 Volt), Mathilde Mallen (qui avait déjà participé à des productions des labels Tigersushi et Q-Tape), et surtout Brun, qui prend lui-même en charge le chant sur deux titres, Snowblind et Keep It Coming. Avec "Loops from the Bergerie" (on saluera le jeu de mots), Swayzak prend la suite de "Dirty Dancing", sans toutefois afficher la même collection de hits potentiels, mais en accordant un soin plus prononcé que jamais à la partie chant de l'album. L'album se laisse découvrir et sa richesse lui permet de se dévoiler un peu plus à chaque écoute. Le duo semble s'amuser toujours autant, jouant subtilement avec des samples et des références toujours exemplaires (vous ne trouvez pas qu'il y a un quelque chose de déjà entendu dans Keep It Coming ou Speakeasy ?).

Christophe Labussière



A.C. Newman
The Slow Wonder
[Matador/Beggars Banquet]

A.C. Newman, plus connu sous le patronyme de Carl Newman, officie habituellement au sein du groupe canadien The New Pornographers. Pour son premier album solo, il a pris le parti de composer une pop très marquée par les sixties et l’assume parfaitement ! On sent ici les écrasantes influences de pointures du genre, des Beach Boys aux Beatles, des Kinks aux Zombies. Cependant, bien qu’un peu surannées, les mélopées de "The Slow Wonder" sont composées avec finesse et se révèlent plus convaincantes que les albums réalisés avec son groupe d’origine. S’inscrivant dans une longue lignée de songwriters qui ont fait l’histoire de la pop, A.C Newman confectionne ses chansons avec ce qu’il faut d’habileté mélodique et de grâce et cela fonctionne. Court (une petite demi-heure) mais efficace, "The Slow Wonder" prouve qu’il est possible de faire du frais avec du ressassé. Quand on sait que l’enregistrement de l’album a été subventionné par une allocation du gouvernement canadien, on se dit qu’au moins l’argent du contribuable n’aura pas été jeté par les fenêtres !

Laure Cornaire



The Album Leaf
In a Safe Place
[City Slang/Labels]

Voici un genre, celui étiqueté "post-rock", qui n'a malheureusement pas échappé à la règle de la surreprésentation, et qui se retrouve, comme beaucoup d'autres, noyé sous d'innombrables disques clones de groupes aussi peu inspirés les uns que les autres. C'est donc toujours avec plaisir et soulagement que l'on accueille les artistes qui réussissent malgré tout à ajouter leur pierre à un édifice déjà bien fourni. Vous l'avez deviné, c'est le cas ici avec ce troisième album de The Album Leaf, le projet de Jimmy LaValle (Black Heart Procession, Locust, Tristeza). Enregistré en Islande, ce "In a Safe Place" reste globalement dans un contexte ambient, mais s'autorise des explorations vers des horizons légèrement plus pop, avec des parties chantées par Lavalle lui-même, mais aussi par quelques amis comme Pall Jenkins de The Black Heart Procession (sur On Your Way et le superbe Eastern Glow) ou Jon Thor Birgisson de Sigur Rós et son chant fantomatique (sur le très étrange Over the Pond). La liste des invités ne s'arrête pas là puisque Maria Huld Markan (Amina) et Gyda Valtysdottir (Cellist, ex-Múm) font également des apparitions. La partie instrumentale de l'album, elle, n'est pas en reste, comme en témoignent les petites merveilles que sont les morceaux Thule, TwentyTwoFourteen ou The Outer Banks, illuminés par des beats légers et aériens. Au final, un très bel album, plein de chaleur, de douceur et de sérénité. Vivement recommandé.

Renaud Martin



Badly Drawn Boy
One Plus One Is One
[XL Recordings]

Sur la pochette de ce quatrième album, Damon Gough, flanqué de son éternel bonnet en laine, est planté au milieu d’une pièce surchargée de jouets en bois d’une autre époque ; il regarde, intrigué, le fond d’une boîte cachant quelque mystérieux trésor. Ainsi en va-t-il de l’auditeur qui entrouvre "One Plus One Is One" et pénètre dans son univers doucement loufoque. Un disque en forme de caverne d’Ali Baba, fourmillant de trouvailles et d’instruments en tout genre : piano très présent, guitare (acoustique et électrique), violon, et de moins banals banjo, melotron, clarinette, cloches, timpani, et choeurs d’enfants sur un titre… Les mélodies coulent, ballades tranquilles entre pop et folk, toujours portées par un songwriting inspiré et la joliesse d’un travail d’artisan. Est-ce le retour à Manchester après un passage en Californie, qui a donné cette bouffée d’air frais à Badly Drawn Boy ? Toujours est-il que sa musique en ressort neuve, plus épurée que sur son précédent opus "Have You Fed the Fish". On notera au passage que l’album est dédié (entre autre) au défunt Elliott Smith, référence à laquelle on pense parfois en écoutant la musique de Badly Drawn Boy, bien qu’aucune comparaison ne puisse suffire à délimiter son œuvre si particulière.

Laure Cornaire



Das Ich
Lava
[Danse Macabre/XIII Bis]

Il fut un temps où Das Ich était un groupe mystérieux et inquiétant, synonyme de nouveauté et de créativité. Les deux premiers albums du duo allemand, "Die Propheten" et "Staub", témoignaient ainsi d’une folie grandiloquente et d’une noirceur abyssale qui marquèrent le renouveau de la musique sombre en fusionnant indus symphonique, électro dansante et batcave théâtrale. Soyons honnêtes, après quinze ans d’existence, une poignée d’albums studio, un CD de remixes, deux B.O., un live, deux compilations, un projet solo et un (trop ?) grand nombre de concerts, Das Ich ne fait plus frissonner grand monde. Néanmoins, on est toujours content de retrouver Stefan Ackermann et Bruno Kramm, même si la surprise n’est plus au rendez-vous depuis quelques disques. Ainsi, "Lava" ne révolutionne pas vraiment la formule du duo, même s’il poursuit un peu plus le retour aux sources amorcé avec "Antichrist" en 2002. Plus symphonique que son prédécesseur, moins dansant que le fameux "Egodram" (disque charnière), "Lava" ne contient hélas pas de classiques instantanés tels que les inoubliables Kain und Abel, Gottes Tod, Von der Armut ou Destillat. Ce septième opus tente parfois l’intégration de sonorités électroniques inédites, mais reste globalement très proche de ce à quoi Das Ich nous a habitué : des rythmiques tantôt pesantes tantôt entraînantes, un chant déclamatoire, des refrains entêtants, de puissantes bouffées symphoniques et des ambiances ténébreuses à souhait. Et toujours cette énergie indéniable et cette impression agréable de rendre visite à deux vieux amis…

Christophe Lorentz



De/Vision
6 Feet Underground
[Drakkar/BMG]

Un an après "Devolution", un album sans saveur, les Depeche Mode allemands cherchent sans doute à se faire pardonner en nous livrant une œuvre presque à 100% électronique, comme un véritable retour aux sources. On retrouve donc, avec un plaisir immense, des mélodies techno-pop efficaces, avec le très mûr I'm Not Enough (on pense néanmoins beaucoup au dernier Camouflage) ou encore le hit absolu I'm Not Dreaming of You. On trouve aussi beaucoup (trop ?) de ballades, belles, sensibles mais peu dansantes comme Unputdownable, Turn Me on, le grave 6 Feet Underground et le très beau Klangmonaut. Une bonne surprise provient du poignant Aimee, mélancolique et puissant, tout en retenue. La nouveauté réside sans doute dans le mixage de la voix plus subtile que par le passé, souvent en retrait par rapport aux rythmiques. On apprécie aussi la techno dansante quasi instrumentale de Right on Time et le robotique Beside You. Bref, "6 Feet Underground" est un album varié, digne des premiers opus du groupe. Un bon disque donc, pour tous les fans de De/Vision et, plus généralement, pour tous ceux que la techno pop sentimentale émeut encore.

Stéphane Colombet



The Dead Sexy Inc.
Break Me
[XIII Bis Records]

Les Tétines Noires ont longtemps profité de leur statut de groupe marginal et inclassable né avec leurs tous premiers balbutiements, et l'on a souvent confondu cette spécificité à de l'avant-gardisme. Mais à vrai dire, hormis une originalité de départ incontestable tant dans le fond que dans la forme, la suite de l'aventure, qu'elle se nomme Tétines Noires ou Lt-No, n'a jamais réussi à maintenir le groupe au niveau de cette réputation finalement rapidement usurpée. Dead Sexy Inc., le nouveau projet de Emmanuel Hubaut et de Stéphane Hervé (chanteur de Prime Time Victim Show et ex-rédacteur en chef du magazine Rage), propose une sorte de tohu-bohu qui, s'il reste inclassable, est quant à lui incontestablement d'arrière-garde. L'album propose un brouhaha totalement décalé jonglant avec des références datées et éculées, entre électro rock et glam indus. La reprise du Let's Go to Bed de The Cure ne parvient même pas à donner de relief à l'ensemble. Sans grande inventivité et surtout dans une réelle disharmonie, "Break Me" est indigeste.

Christophe Labussière



The Faint
Wet From Birth
[Saddle Creek]

On peut sans risque promettre à "Wet from Birth" le plus grand succès tant il semble avoir été construit pour rendre complètement accro dès les premières secondes. Le groupe reprend la recette qui a fait le succès de son précédent album, "Danse Macabre", mais cette fois-ci sans laisser à l'auditeur le temps de respirer un seul instant. Les titres s'enchaînent les uns aux autres, chacun parvenant à surpasser le précédent, avec une fluidité étonnante, comme si le groupe s'était laissé aller à enregistrer l'album d'une seule traite. Il est en effet étonnant de constater à quel point les choses s'imbriquent sans accroc, avec le titre Symptom Finger en point culminant, pour lequel une heavy rotation sur MTV et consorts est assurée. On ne s'ennuie pas, que ce soit en découvrant les envolées de violons "à la My Life Story" de Southern Belles in London Sing ou encore les accents punk de Drop Kick the Punks avec lequel les Américains tentent de rappeler que les racines du groupe sont plus crues que le son global de l'album qui lui est sans aspérité. Entre musique de djeun's préfabriquée et new britpop, entre un Green Day qui aurait découvert l'électronique et un Interpol libéré de toutes contraintes, le combo réussi un album qui, s'il privilégie la forme et l'efficacité, n'a franchement pas grand-chose à se reprocher.

Christophe Labussière



Interpol
Antics
[Labels]

À la première écoute du slow sirupeux aux atours 60's (que ne renierait pas REM) avec lequel débute "Antics", on est en droit de s'interroger quant à ce que nous réserve le deuxième album d'Interpol. Mais après ce démarrage plutôt poussif, pour ne pas dire raté, c'est avec une série de morceaux carrément spectaculaires que le groupe enchaîne sans fléchir : Evil, Narc, et le splendide Take You on a Cruise hanté par cette batterie maintenant symptomatique que l'on avait hâtivement accusé d'être plagiée sur celle de Joy Division. Avec la suite, Slow Hands (Used to be "Rod Laver"), l'album redémarre sur une série de titres, dont aucun n'atteint l'intensité des précédents, mais dont l'efficacité est tout à fait honorable. Emmené par cette voix plus nasillarde, mais aussi plus lyrique que jamais, "Antics" entérine une bonne fois pour toutes le son Interpol, aujourd'hui bien loin de toutes les références qui, si elles s'étaient maintenues sur ce second disque, auraient commencé à être véritablement handicapantes. Il est peut-être temps d'admettre que le name dropping dont tout le monde avait accusé le groupe n'était finalement que le reflet des références que chacun d'entre nous croyait y trouver, et non pas le pillage sacrilège dont on les soupçonnait.

Christophe Labussière



Mono
Walking Cloud and Deep Red Sky, Flag Fluttered and the Sun Shined
[Rykodisc/Naïve]

Mono est un peu "le" groupe japonais de l'été, ici en Europe. Vous l'avez sans doute remarqué, il est difficile de ne pas tomber ici ou là sur les différentes éloges relatant les exploits sonores de ces quatre jeunes Japonais dans le vent, qui, il faut le reconnaître, en plus de leur physique plus qu'agréable, ont musicalement de quoi séduire : un post-rock sombre et imposant, qui alterne moments suspendus de calme et de paix, et redoutables orages faits de déluges de guitares grasses et de percussions déchaînées. Mais voilà, si comme nous, vous avez déjà entendu cette recette quelque part, vous risquez de rester sceptique face à ce groupe qui ne fait guère dans ce troisième album que copier/coller en vrac des idées prises dans les classiques post-rock que sont les meilleurs disques de Mogwai ou Godspeed You! Black Emperor, allant même jusqu'à donner à cet album un titre à rallonge façon Constellation. Si la présence de Steve Albini (à qui on devait aussi "Yanqui U.X.O.", le dernier album en date de GY!BE) à la production peut accréditer un tant soit peu le travail de ces Japonais, cela ne nous empêchera pas d'appeler un chat un chat : ici, un (joli) plagiat sans intérêt.

Renaud Martin



Orbital
Blue Album
[Orbital Music Ltd.]

Près de trois ans après leur précédent album, un peu décevant, "The Altogether", les frères Hartnoll font un retour grandiose avec l'opus parfait, symbiose idéale de toutes leurs sources d'influence, condensé miraculeux de toute l'expérience acquise depuis quinze ans et qui a toujours permis au groupe de conserver son caractère inclassable, à tel point qu'il est sans doute aujourd'hui le seul vrai groupe de "techno" accessible à être référencé sur les sites électro-indus. Le "Blue Album" est donc à la fois sombre et aérien, dansant et méditatif, grandiloquent parfois, majestueux toujours, comme la bande originale d'un film imaginaire, hyper-moderne, avec les collaborations bien venues des Sparks (Acid Pants) et surtout de l'angélique Lisa Gerrard (One Perfect Sunrise, double single extrait de l'album). On passe donc, sans plus de transitions, de morceaux tristes et lents (Transient avec des samples de violon non sans rappeler les œuvres de Michael Nyman, et plus encore Lost qui n'a rien à envier aux meilleures productions du maître Vangelis) à des compositions beaucoup plus dansantes, hypnotisantes, aux rythmiques progressives, aux sonorités à la fois nouvelles et désormais agissant comme une "marque de fabrique" (Pants, Tunnel Vision, You Lot avec ses samples de voix percutants), en passant par quelques titres très kraftwerkiens (surtout Bath Time, avec ses petits sons de synthé bon marché, et ses atmosphères faussement naïves) sans même parler du très ambient Easy Serv. Ce "Blue Album" est donc sans doute à la fois le meilleur album et le plus représentatif de tout le travail de ce groupe génial. Dommage que celui-ci s'inscrive comme un testament dans la carrière d'Orbital, les deux frères ayant annoncé peu de temps avant sa sortie que "la fin est proche" et qu'il s'agira de leur dernier disque. Inutile de préciser que pareille décision, si elle se confirmait, serait une perte sans précédent dans l'univers de la musique électronique.

Stéphane Colombet



OuMuPo 1 & 2
The Third Eye Foundation / Rob Swift
[Ici d'ailleurs/0101 Music]

L'OuLiPo, OUvroir de LIttérature POtentielle, est un courant littéraire, créé dans les années 60 par les surréalistes Raymond Queneau et François Le Lionnais, qui a pour principe de rechercher une nouvelle forme d'écriture en imposant à ses adeptes différentes contraintes et règles. Ce mouvement s'est décliné et adapté aux autres arts, notamment avec l'OuMuPo (OUvroir de Musiques POtentielles) et l'OuBaPo (OUvroir de BAndes dessinées POtentielles). Et c'est ces deux courants que le label français Ici d'ailleurs et sa division électronique 0101 Music réunissent ici dans une collection de compilations dont voici les deux premiers volumes. Les règles imposées par le label sont les suivantes : un artiste doit réaliser une suite de remixes de morceaux de groupes du label sous différentes contraintes, pendant qu'un oubapien crée une bande dessinée inédite de 16 pages qui doit faire écho à la partie musicale du projet.
Ainsi, sur le premier volume, on retrouve l'Anglais Matt Elliott qui, de retour sous le nom de Third Eye Foundation, réalise une splendide suite de remixes, en hantant comme il se doit ses morceaux de voix fantomatiques, de mélodies étranges et de rythmiques subtiles et dentelées. Un véritable régal qui ne peut que nous faire attendre encore plus fébrilement son véritable prochain album. La partie bande dessinée, elle, est réalisée par Jochen Gerner ("Tnt en Amérique", "Le Saint Patron").
Le second volume, plus orienté hip-hop et donc relativement moins intéressant pour nous, est lui assuré côté remixes par l'Américain Rob Swift (scratcheur de son état et membre des X-Ecutioners), et côté bande dessinée par Etienne Lecroart ("Cercle vicieux", "Le Cycle").
Les prochains volumes du projet seront réalisés par les Français Mr Neveux, Rubin Steiner et Readymade, ou les Japonais DJ Hide et DJ Krush. Saluons donc cette initiative originale du label Ici d'ailleurs qui nous propose ici une expérience intéressante (même si le rapport entre le CD et le livret n'est pas toujours évident à établir), et dont on appréciera pour l'instant surtout le superbe premier volume made in Third Eye Foundation.

Renaud Martin



Pink Grease
This Is For Real
[Mute/Labels]

Contrairement à ce que leur musique pourrait laisser filtrer, les six gamins délurés de Pink Grease ne sont pas américains mais tout droit venus de la morose ville de Sheffield, en Angleterre. Alors quoi de plus normal, voire de plus salvateur, pour échapper à cette grisaille que de créer un groupe de rock, si possible excessif, débordant de vitalité et d’excentricité ?
Car si les Pink Grease tirent leur nom d’un disque vintage de doo wop (!), ils empruntent surtout au punk et au disco, y puisant respectivement énergie anarchique et atours glamour. À l’instar des inimitables Cramps ou plus proches encore d’Electric Six, les Pink Grease semblent s’essayer à des expériences de croisements de styles. Une ardente alchimie dont on peut craindre qu’elle n’explose entre nos mains si l’on secoue trop l’éprouvette… C’est sans doute cette propension à tout dynamiter qui a séduit Daniel Miller, fondateur de Mute, qui non content d’avoir signé le groupe sur son label, apparaît en guest, au synthé, sur un morceau de l’album (Serial Heartbreaker). Même si parfois les gimmicks hérités de la période glamrock des rutilantes seventies peuvent irriter (en particulier les poussées de voix suraiguës), il faut avouer que la bouffée d’air survitaminé qui s’engouffre dans le sillage de cette douzaine de titres débraillés est plutôt jouissive. Alors, pourquoi chercher plus loin et bouder son plaisir ?

Laure Cornaire



Prodigy
Always Outnumbered Never Outgunned
[Capitol]

On doit admettre qu'il est plutôt difficile d'écouter le nouvel album de ces "prodiges" autoproclamés sans aucun a priori. Sans cesse repoussé, on avait fini par ne plus vraiment l'attendre, et à vrai dire, on se foutait de savoir ce dont ces têtes à claques étaient aujourd'hui capables. Le vent de folie qui a accompagné la sortie de "Music for the Jilted Generation" est aujourd'hui un lointain souvenir, et la grosse machinerie de "The Fat of the Land" a tout mis en œuvre pour nous enlever l'envie de nous intéresser à leur nouvelle production. Et ce n'est pas la première écoute de l'album qui fera disparaître ces préjugés tant leurs "particularités" qui se comptent sur les doigts d'une seule main (celles qui sont les fondations mêmes du son de Prodigy) répondent fidèlement à l'appel sans aucune surprise. Mais contre toute attente, on se retrouve très vite soufflé par la puissance du son et la construction de ces douze titres totalement addictifs. La prestation vocale de Juliette Lewis est carrément impressionnante sur Hot Ride, celle de Noel et Liam Gallagher sur Shoot Down fidèle à leur réputation, et le The Way It Is construit sur le Thriller de Michael Jackson plutôt réussi. Toujours aussi inventifs, mais plus vraiment originaux, Prodigy réussissent ce paradoxe qui leur permettra de remplir sans aucune difficulté à la fois les pistes de danse et leur porte-monnaie.

Christophe Labussière



Rachel Goswell
Waves Are Universal
[4AD]

Rachel Goswell, la jolie rousse autrefois chanteuse des mythiques Slowdive, s'est enfin décidée à voler de ses propres ailes le temps d'un disque. Pour son premier album solo, elle nous affirme que les vagues (ou les ondes) sont universelles. Les mêmes vagues parviennent aussi à transformer la roche la plus dure en grains de sable fin, et c'est suivant le même procédé que l'inébranlable et dense rocher sonore qu'était Slowdive s'est peu à peu transformé, voire effrité, en un disque intime composé de ballades façon folk irlandais (Warm Summer Sun), et d'instants chuchotés aussi fins que le sable des plages de nos vacances (Beautiful Feeling). Fidèle au label de Mojave 3, son groupe actuel qu'elle guide avec son complice de toujours Neil Hasltead, c'est sur 4AD que paraît "Waves Are Universal". Et ce n’est d’ailleurs pas par hasard que l'on rapprochera l’ensemble de ces compositions des très classes productions de la peu exposée et injustement oubliée Heidi Berry (Deelay, Plucked). Et de la part d’un label célèbre pour avoir révélé des voix féminines incontournables qui nous font aujourd'hui encore frissonner, la production se devait de nous rappeler ici ou là celle du "Blood" de This Mortal Coil (Thru the Dawn). Sans effets tourbillonnants comme ceux qui jadis étouffaient la voix de la jeune femme, les chansons de ce disque sont brutes et sans artifice aucun : un accordéon, une cornemuse, quelques guitares slide, des violons et un violoncelle apportent de la couleur et de la chaleur à ce disque presque trop intimiste et voyeur (Sleepless & Tooting, Gather Me Up) où il est question d'espoir, de reproches et de liberté.

Bertrand Hamonou



Radio 4
Stealing of a Nation
[City Slang/Labels]

Un confrère journaliste anglo-saxon qualifiait il y a quelque temps la nouvelle scène éclose à New York de "pogo-disco", et un autre, français, parlait de techno sans synthé. Quels termes adéquats pour ce nouvel album de Radio 4 ! On pourrait même dire "pogo-techno" tant cet album remet en branle la machine à danser déjà bien présente lors des précédents disques du groupe. Exit aujourd'hui les influences PIL et Gang Of Four, Radio 4 semble s'être complètement libéré de ses dernières chaînes, et a résolument mis l'accent sur le groove qui vide la tête et électrise le corps. À propos, ça ne vous rappelle rien ? Si si, cherchez bien, un groupe qui se prenait la tête, et a subitement changé de style pour se laisser aller aux plaisirs de la sudation sur les pistes de danse ? Allez, osons la comparaison : New Order. D'ailleurs, si l'on y pense parfois musicalement (Absolute Affirmation, (Give Me All of Your) Money), on pense aussi aux Happy Mondays (No Reaction, Shake the Foundation), et même aux Charlatans (Dismiss the Sound), il semble donc acquis que les New-Yorkais de Radio 4 aient massivement lorgné autour de l'Angleterre (et de Manchester) des 80's, ces derniers mois. Voici donc un album profondément enthousiasmant, d'une part car le groupe conserve son style propre sans jamais tomber dans la parodie de ses mentors, une originalité sans faille, et d'autre part car il propulse définitivement Radio 4 parmi les valeurs sûres de son époque. Album épuisant aussi, malgré un ou deux titres un peu plus tranquilles (Fra Type I & II, dans la lignée Radiohead, Nation), car la rythmique est lancée à toute berzingue, et ne se calme que pour mieux vous ressaisir. Idéal pour vaincre l'automne et l'hiver à venir, non ?

Frédéric Thébault



Sopor Aeternus
& the Ensemble of Shadows
La Chambre d’écho - Where the Dead Birds Sing
[Apocalyptic Vision]

Ce qui marque d’emblée dans ce nouvel album de Sopor Aeternus, disponible uniquement en édition limitée à 2000 copies, c’est l’objet lui-même. Une imposante boîte noire en tissu contenant un grand et magnifique livre reproduisant des photos couleur pleine page (signées du génial Joachim Luetke) de la "créature" Anna-Varney mise en scène dans des postures très tourmentées (et toujours inspirées par le buto) au milieu du décor glacial du Musée de la Pathologie et de l’Anatomie de Vienne. Ce lourd coffret contient aussi un livret des textes traduits en allemand, une plaquette de présentation dudit musée, des cartes postales reprenant les photos et dix marque-pages numérotés. Cette somptueuse présentation ne doit néanmoins pas faire oublier ce qui se trouve sur la petite rondelle brillante insérée à la fin du livre. Évidemment, les fans de Sopor ne seront pas traumatisés : on y retrouve bien le chant plaintif de Varney, ses ambiances morbides et ses textes désespérés. La musique est toujours d’inspiration médiévale et néoclassique avec des relents batcave, mais on retrouve ici un côté synthétique bien plus marqué que sur les précédents opus. "La Chambre d’écho" évoque les premiers travaux de Sopor Aeternus, qui étaient compilés l’an dernier sur "Es Reiten die Toten so Schnell…". Les rythmes sont ainsi bien plus enlevés que sur "Dead Lover’s Saraband", et la musique crée une fusion très particulière entre instruments classiques (flûte, basson, violoncelle, clarinette…) et programmations électroniques, débouchant sur un son à la fois minimaliste et d’une grande richesse. Un titre aussi entraînant que We Have a Dog to Exercise pourrait même permettre à Sopor Aeternus de retrouver sa place sur les dance floors. Bref, encore une réussite sonore et visuelle pour ce créateur hors du commun, dont le mystère et le pouvoir de fascination ne semblent pas prêts de s’étioler.

Christophe Lorentz



Soulwax
Any Minute Now
[PIAS]

Les frères Dewaele sont depuis quelques années de véritables stars, non pas en tant que leaders de Soulwax, mais sous le pseudonyme de 2 Many DJs : en inventant ce que maintenant on appelle la "bastard pop" (c'est à dire en mixant ensemble des artistes aussi divers que le Velvet Underground, Adult., New Order, Destiny's Child ou Royksopp), les Flamands ont fait danser la planète entière avec leurs DJ sets survitaminés et ont écoulé leur album "As Heard on Radio Soulwax Pt.2" à quelques 300 000 exemplaires. Mais voilà, cette activité, aussi lucrative qu'elle soit, n'étant qu'une sorte de distraction, il fallait revenir aux choses sérieuses, c'est à dire donner une suite au précédent album de leur groupe Soulwax, l'excellent "Much Against Everyone's Advice" (1998). Et bien c'est chose faite avec "Any Minute Now", ce nouvel opus qui concilie à la fois le rock intelligent de Soulwax et la frénésie dancefloor de 2 Many DJs. Produit par le célèbre Flood (Nick Cave and the Bad Seeds, PJ Harvey, Nine Inch Nails) et mixé par le non moins célèbre Alan Moulder (Depeche Mode, My Bloody Valentine), ce nouveau disque fait dans le puissant et l'efficace, un peu à l'image de la vidéo du single Any Minute Now où l'on voit le groupe jouer à plein volume dans un quartier d'affaires et provoquer ainsi une baston générale. Les morceaux, impeccablement produits, s'enchaînent sans aucun temps mort, de l'imparable E talking au final The Truth Is So Boring, en passant par le simili electroclash de NY Excuse (écrit avec James Murphy de DFA et chanté par Nancy Whang de LCD Soundsystem). Du gros son à la manière Primal Scream ou Garbage, un mariage de rock et de dance particulièrement réussi pour ces Belges dont vous n'avez pas fini d'entendre parler.

Renaud Martin



Supergrass
Supergrass Is 10 - The Best Of 94-04
[EMI]

Supergrass est né alors que les vagues noisy et grunge étaient en perte de vitesse. Le public, las, attendait d’autres sensations. En 1994, quand Caught by the Fuzz, un morceau très Sex Pistols, pas encore trop Rolling Stones, prenait la tête des charts, le public tenait là de quoi satisfaire ses envies de fraîcheur : des morceaux très énergiques, très mélodiques, avec des chœurs, des solos de guitare, un bon feeling "rock seventies", avec une touche de punk, quelques synthés ultra-sirupeux, le tout délivré par un trio de vraies sales gueules et qui plus est, tout jeune (18 ans pour Gaz, le chanteur). Dix ans déjà, et Supergrass, avec seulement quatre albums officiels à son actif, s’offre déjà un best of. Alors qu’en dire ? Que Supergrass était (est) un bon groupe, c’est certain, et sans doute bien meilleur que, au hasard, Oasis, arrivé à la même époque, trop calculé, trop sensible à son image. Supergrass ne s’est jamais pris la tête, et l’humour a toujours été une constante dans leur musique. L’humour, et un gentil bordel aussi.
La sortie de cet album ne revêt malgré tout qu’un intérêt très limité pour ceux qui avaient déjà été conquis, mais reste le disque idéal à sortir lors d’une fête entre copains, ou à écouter dans la voiture en allant bosser. Il pourra aussi permettre d’éduquer le petit frère ou le neveu avide d’une musique facilement abordable, suffisamment rebelle pour faire la nique à, au hasard, Linkin Park, sans avoir l’air idiot, et qui plus est tolérée par les parents les plus vieux jeu, qui n’y verront somme toute –avec raison, diront les mauvaises langues- qu’un succédané des Stones de leur jeune époque. Dispensable donc, mais pas inutile.

Frédéric Thébault



Tim Booth
Bone
[Sanctuary]

Depuis 2001, nous étions sans nouvelles de Tim Booth, chanteur de James à la voix sans pareille. Il avait quitté son groupe après leur peu rassurant "Pleased to Meet You" et sa tournée associée, décidé à devenir acteur après avoir enseigné la danse. Et c'est presque par hasard que cet été nous découvrons avec délice "Bone", son nouvel album solo en forme de carte postale de vacances, accompagné par un nouveau groupe d'amis musiciens rencontrés au cours de sa nouvelle vie. Que ceux qui ont aimé le James de "Laid" à "Millionaires" se réjouissent, ce disque gorgé de vocaux sucrés et maîtrisés est fait pour eux. En compagnie d'Angelo Badalamenti et de Bernard Butler, Tim était déjà responsable de "Booth and the Bad Angel" en 1996, dont il reprend ici Fall in Love dans une version acoustique. Autant le dire tout net, "Bone" est un disque de pop moderne sur lequel Tim se prend parfois pour Bono (Love Hard), et joue à la mega star incognito avec ses bacchantes grotesques. Mais c’est aussi un album varié, pertinent et osé, où un harmonica s’égosille sur un larsen (Bone), sur lequel le filou Booth emprunte les percussions d’artistes world et jungle. C’est encore et surtout un album où la voix unique de Tim rassemble et fait immédiatement la différence, comme sur les astucieux et enivrants Falling Down et Monkey God. Chaque écoute de ce disque apporte son lot d’heureuses surprises et de détails précieux, avec cependant un petit bémol à propos de In The Darkness et Eh Mamma, beaucoup moins fouillés et surtout trop bêtement clichés rock’n’roll. Vous cherchiez encore un album délassant pour l’été indien ?

Bertrand Hamonou



Venetian Snares
Huge Chrome Cylinder Box Unfolding
[Planet Mu]

Aaron Funk, nouvelle star confirmée du label Planet Mu, a au moins un mérite : il arrive toujours à sortir quelques très bons disques parmi tous ceux, et ils sont nombreux, qu'il nous propose chaque année. "Huge Chrome Cylinder Box Unfolding" est de ceux-là, même si les puristes du Venetian Snares expérimental risquent de renier ce qu'il considéreront trop facilement comme un ersatz schematico-warpien... Bien plus tempéré que ses dernières productions, ce disque d'electronica certes schizophrénique, surfe sur la vague de "Winter in the Belly of a Snake", sorti il y a deux ans, avec encore plus de subtilité et de complexité, mais en ne reniant évidemment pas ses bases breakcore (exception faite pour le morceau Aaron, une douceur narcissique à laquelle le musicien canadien nous a peu habitués). Les mélodies sont excellentes (Vida, Cadmium Lung Jacket, Keek...), la cadence est infernale tout en restant nuancée, et bien quoi ? On reproche aux cadors du genre de ne plus être à la hauteur de leur réputation, on ne va pas reprocher à Venetian Snares de faire du Venetian Snares "abordable". Aaron Funk a bien compris que son succès résidait dans cette alternance de sorties ésotériques, à la limite de l'audible, et de ces plages d'accalmie plus mélodiques. Et avec ce onzième album, il prouve que son talent est resté intact.

Carole Jay

Express

Spécialisé dans le goth-rock musclé mâtiné d’électro, le label anglais Nightbreed nous fait découvrir aujourd’hui un sympathique jeune combo nommé Pro-Jekt, qui sonne un peu comme du Sisters of Mercy technoïde, avec des guitares légèrement métal et des effets empruntés à la synth-pop. Leur premier album, "Encryption" (Nightbreed Recordings), regorge de morceaux diaboliquement efficaces où un Carl McCoy chante sur les compositions d’un Apoptygma Berzerk qui aurait rajouté des guitares chargées. Et puisque l’on évoque Fields of the Nephilim, ne passons pas à côté du très bon album de Lacrimas Profundere, "Ave End" (Napalm Records), qui propose un métal gothique de haute volée, mélancolique, racé et énergique, comme un mélange d’Anathema, Nefilim et Paradise Lost. Compositions enlevées, production subtile, mélodies accrocheuses, ambiances ténébreuses et chant grave à souhait… De la belle ouvrage.
Dans le même registre, mais un peu moins séduisant malgré les arguments de choc de sa chanteuse, l’album "Lovelorn" (Napalm Records) de Leave’s Eyes (projet solo de Liv Kristine Espenaes Krull, ex-chanteuse de Theatre of Tragedy) dévoile un métal goth classique avec voix féminine éthérée et voix masculine gutturale. Rythmes lourds, guitares serrées, mélodies agréables, arrangements soignés : tout est bien en place, mais la surprise n’est pas au rendez-vous. Dommage…
Du côté des Français, les Tourangeaux de Dexy Corp_ donnent dans un métal-indus fortement teinté d’électro, qui s’exprime sur leur EP 4 titres "Jigger" (autoprod). Si la musique hésite encore entre glamour gothique hargneux à la Marilyn Manson et titres plus personnels (l’excellent Evil Inside et sa voix féminine ou le puissant instrumental Embryo), le quintet possède un talent d’écriture certain et a composé là quelques titres dont on a du mal à se lasser. À suivre de près…
Restons en France avec "Interferencias" (3Patttes), nouvelle production du Marseillais HIV+. Cet intéressant CD trois pouces en édition limitée dans un packaging très spécial (une boîte de Pétri), dévoile deux morceaux originaux, un titre en collaboration avec Epidemia et un remix par Planetaldol. En tout : deux morceaux d’ambient indus insidieuse encadrant deux titres rhythmic noise sans fioritures. Les amateurs apprécieront…
Enfin, notons que les sympathiques Américains de The Cruxshadows nous offrent un CD de remixes et inédits faisant suite à leur très bon "Ethernaut" de l’an passé. "Fortress in Flames" (Dancing Ferret Discs) aligne deux nouveaux hits en puissance ainsi que douze relectures par Clan of Xymox, Razed in Black, Neuroactive, Trevor Brown ou In Strict Confidence. Très proche de la future pop gothique que pratique généralement le groupe, le résultat sonne toujours comme un mélange d’Apoptygma Berzerk et de Clan of Xymox (avec le violon de Breath of Life) et s’avère plutôt agréable.

Christophe Lorentz


Express

"Specially for You" (ELP Records) est le premier album des Français de The Dude, un groupe qui semble avoir réellement tout pour rivaliser avec le meilleur du rock anglo-saxon. Entre pop et revival garage rock, l'album multiplie les clins d'œil aux groupes de référence (on pense à Blur ou aux débuts de Divine Comedy) sans jamais tomber dans le plagiat, et possède une énergie brute qu'on ne demande qu'à voir exploser sur scène. Une très bonne surprise signée ELP records.
Autre sortie venant cette fois de l'autre côté de l'atlantique , celle de l'EP "Let the Light in" (Conspiracy Records) du quatuor de Boston 27 : un son très agréable entre rock sexy et pop délicate, éclairé par la jolie voix de Maria Christopher, qui ici fonctionne parfaitement tout au long des sept morceaux de cet EP lumineux. Rien de révolutionnaire bien sûr, mais un disque bien agréable pour les oreilles.
On termine par "Whiskey Tango Ghosts" (Beggars Banquet), le dernier album de Tanya Donelly (ex-Belly, et à qui l'on doit aussi des apparitions chez les Throwing Muses, This Mortal Coil et les Breeders). Au menu, douze chansons pop dépouillées qui se veulent intimistes, mais qui malheureusement sonnent plus "variété" qu'autre chose à force de faire dans le fadasse et/ou le mielleux. Un album à éviter (pour l'anecdote et pour l'anecdote seulement, on signalera la participation sur deux morceaux de l'ex-Throwing Muses Dave Narcizo à batterie).

Renaud Martin


Express

Klip!Klap!Force! est la
première compilation du label Wwilko, qui nous avait déjà permis de découvrir Groupgris et Kap Bambino, deux projets que l'on retrouve bien évidemment ici (et qui ont comme point commun Orion Bouvier, fondateur de Wwilko). Outre Beffroi et Khima France, deux autres signatures du label bordelais, on constate avec plaisir la présence de noms déjà remarqués ailleurs par le passé, tels que l'énergique Chilien Original Hamster (Tigerbeat6), l'ineffable Puyo Puyo et le placide Vs_Price. En bref, cette compilation déjantée et auto-estampillée "lofi-robo-tronic" fera, c'est certain, le bonheur de tous les amateurs de dingueries électroniques.
Propergol Y Colargol n'a rien à voir avec le groupe de power electronics Propergol ou un quelconque ours un peu niais, il s'agit d'un duo brestois dont les affinités avouées s'orientent plutôt du côté de l'Allemagne krautrock et des expérimentations audio de Sonic Boom. De leur album "Charly Roger. Songs for Fuzzycandy" (Autres Directions In Music) se dégage en effet une musique atmosphérique où se mélangent nappes synthétiques planantes et drones, auxquelles viennent parfois s'ajouter de petites touches electronica bienvenues et sans lesquelles ce disque prendrait une tout autre tonalité, disons.. anachronique.
De Scrabble Dog on ne sait rien, si ce n'est qu'il s'agit d'un chien mort dont l'indigne propriétaire n'est même pas capable d'écrire correctement le nom (orthographié "Scrablle" sur la pochette...). Une autoproduction pure et dure donc (disponible par le biais du label 213 Records), qui nous conte l'histoire de ce pauvre labrador sous les atours d'une bitpop évoluée, à classer entre les contorsions électroniques de Printed Circuit ou de Lektrogirl et les productions plus cheap des aficionados de Micromusic et autres 8bitpeoples. Un disque court (un peu plus de 20 minutes) mais tellement kawai.

Carole Jay