Resident Evil 4
Nintendo Gamecube
[Capcom]

Voilà une saga qui est devenue, à force de marketing, de produits dérivés et de multiples épisodes sur plusieurs consoles de salon, une référence connue du grand public de ce qu'on appelle explicitement le "Survival Horror". Et pourtant, si on regarde de plus près l'ensemble des jeux qui la composent, il n'y a guère que le premier épisode (récemment refait pour une version Nintendo Gamecube) et l'épisode "Code Veronica" qui méritent un tel engouement, la série s'étant depuis enlisée sous le poids de ses défauts et de ses contradictions (un gameplay désuet, un système de jeu usé jusqu'à la corde), et même distancée par certains de ses concurrents ("Project Zero", "Silent Hill").
Heureusement, Capcom n'a pas voulu en rester là, et a rappelé Shinji Mikami, le génial concepteur des premiers opus et récemment des merveilleux "Viewful Joe" et "Devil May Cry", pour un heureux résultat qui dépasse de loin tout ce qui a été fait dans le genre ! Ce "Resident Evil 4" est incontestablement l'opus ultime de la série, et, plus fort encore, fait même partie de ces jeux qui redonnent des couleurs au jeu vidéo en le sortant de la morosité dans lequel il baigne depuis quelques années.
La raison ? Le virage à 180 degrés nécessaire au renouvellement de la saga a enfin été pris et les changements décidés par Shinji Mikami pour cet épisode sont ainsi tout aussi majeurs qu'innombrables : fini les décors en 2D, place maintenant à des environnements en full-3D magnifiquement réalisés. Exit les usines, les couloirs et autre complexes industriels, le héros, Leon Kennedy, évolue ici dans des forêts glauques d'Europe centrale, des villages paumés, des églises et autres immenses châteaux médiévaux. Exit aussi la multinationale Umbrella et ses expérimentations (elle est annoncée comme étant démantelée au début du jeu), et place à une secte effrayante faite de villageois zombifiés et de prêtres grimaçants et féroces. Enfin et surtout, c'est au niveau du gameplay que le jeu a été repensé : dynamique, fluide, jubilatoire, les mots manquent pour qualifier ce qu'on ressent en maniant le charismatique Leon. À tout va et sans répit, on éclate des têtes à coup de fusil à pompe, on crame des troupes entières de zombies en les arrosant de grenades incendiaires ou on descend un de ces prêtres maléfiques cachés en haut d'une tour. On n'est ainsi pas loin des sensations de puissance et de destruction éprouvées dans "Devil May Cry", sauf qu'ici, on craint chaque instant pour sa vie devant le véritable sadisme de l'adversité : le jeu est dur et long (entre 15 et 20h), et les situations sont variées et terriblement prenantes (rien que la première scène où Leon visite un village et échappe de peu au lynchage est d'anthologie).
"Resident Evil 4" est donc un grand jeu, bourré de clins d'œil et de références cinématographiques (de Carpenter à "Alien" en passant par "Massacre à la Tronçonneuse") ou à d'autres jeux vidéos fondamentaux ("Metal Gear Solid", "Shenmue", "Ico"). Un de ces jeux dont on ne cesse de parler autour de soi et pire, dont on cauchemarde la nuit. Du grand Capcom.

Renaud Martin
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