
 |  | Takk [EMI]
Difficile de prévoir combien de temps cela va encore durer... Mais en attendant, on doit bien admettre qu'avec "Takk" ("merci" en islandais), la magie fonctionne toujours à merveille. Même si le modus operandi est limpide, sans surprise, même si l'on ne sait jamais vraiment si l'on s'immerge dans une musique instinctive ou dans une production parfaitement réglée, les Islandais de Sigur Rós, qui en sont déjà à leur quatrième album, parviennent à déployer et mettre en œuvre une fois de plus ce procédé qui leur est propre et auquel nous sommes de plus en plus familiers. La vraie curiosité, c'est que cela ne l'empêche pas de nous terrasser une fois encore. Comme enveloppé dans une sorte de grand voile, l'auditeur est bousculé entre minimalisme (Gong Endir) et emphase (Saeglopur), l'émotion étreint littéralement, langoureuse ou insidieuse, elle est constamment brute, à en être par moments brutale. Écouter Sigur Rós procure un plaisir presque douloureux, comme une douleur qui viendrait de l'intérieur. Plus encore avec "Takk" que par le passé, on perd toute référence, car à côté de cette puissance, Björk fait figure de midinette et Múm de férus d'easy listening. Toujours stupéfiant. Merci.
Christophe Labussière |
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 |  | The Futur Embrace [Warner]
Si certains attendent toujours que Billy Corgan sorte un album solo acoustique, comme la rumeur l'a un jour prétendu, sachez qu'il n'en est absolument rien avec "The Futur Embrace". Aucun son de guitare ne sonne vraiment comme tel, et l'acoustique n'a de place que sur Strayz, le dernier titre en forme de berceuse chuchotée. Préférant triturer les guitares à l'extrême, tout comme a aussi su le faire Bob Mould en solo, l'ex-leader des Smashing Pumpkins a en effet enregistré cet album à la maison, ou presque, aidé par l'ex-Nitzer Ebb Bon Harris. Ceci expliquant peut-être cela, la guitare de Corgan sonne comme des synthés mixés les VU-mètres dans le rouge. Si certains titres peuvent paraître bien énigmatiques (Mina Loy (M.O.H), A100), la musique ne l'est pas pour deux sous. À grands coups de boîte à rythmes plutôt sobre et de traitements synthétiques en tous genres, l'album surprend tout d'abord, puis l'évidence s'installe : ce disque est l'œuvre d'un seul homme qui ne peut que tout contrôler, et qui y est parvenu grâce à l'électronique. Mais il sait aussi s'amuser, et reprend de manière surprenante et très réussie To Love Somebody des Bee Gees, en duo avec Robert Smith. Il ne reste plus aucune trace de Zwan, et l'on peut parier que ce disque ne sera qu'un one-off de plus, tout comme l'était le précédent "Mary Star of the Sea", puisque le chanteur a déjà un autre projet en tête : celui de redonner vie aux Smashing Pumpkins. D'ailleurs, s'il fallait comparer cet album solo à un autre disque, ce serait sans doute "Adore", sur lequel auraient pu figurer, comme d'ailleurs la plupart des autres titres, Sorrows in Blue et A100.
Bertrand Hamonou |
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 |  | Heat [Output Recordings]
Après "Again", un premier album réussi et remarqué, signé en 2003 sur le prestigieux label Output Recordings (le label de Trevor Jackson de Playgroup), Marc Nguyen Tan nous ressert sa recette d'indie-électro néo-eigthies (sic) avec ce deuxième album intitulé... "Heat". Un nouveau titre en forme de clin d'œil donc, posé s'il vous plaît sur une pochette soignée à la Adult./Client, un emballage qui fait à lui seul saliver ! Et musicalement, la formule tient toujours : difficile en effet de résister aux ambiances dancefloor dark du très efficace single Wrong Baby et du délicieux To the Music (peut-être bien le meilleur morceau de l'album grâce à sa ligne de basse, sa rythmique électro appuyée et ses paroles insidieuses). S'en suivent ensuite quelques morceaux un peu moins percutants, mais heureusement, l'album se termine en beauté avec les ténébreux Fade Away et Burnt Out, deux titres plus lents mais à l'effet garanti. Un disque noir et classieux qui mélange avec habileté électro minimale et références à la coldwave (notamment à Joy Division), que vous allez pouvoir ranger sur votre étagère avec le dernier Aswefall et vos autres disques du label Kill The DJ.
Renaud Martin |
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 |  | Fixed [Memento Materia]
Ce trio suédois ne chôme pas. Trois albums, un best of et plusieurs singles en moins de quatre ans. Les dignes petits frères des meilleurs clones suédois de Depeche Mode, les cultissimes Elegant Machinery, nous livrent "Fixed", un album plus diversifié que les deux précédents, tout spécialement au plan mélodique. Les couplets-refrains s'enchaînent ici avec plus de nuances, avec quelques effets de surprise fort bien venus. Il faut dire qu'on les attendait au tournant et que l'impression de répétition, dans un registre déjà bien exploité, aurait pu leur être fatale. Mais Colony 5 n'est pas tombé dans le piège et on trouve sur cet album quelques morceaux laissant même penser que le groupe pourrait bientôt dépasser son statut de petit combo futurepop. Quelques titres un peu rétro sont aussi de bons atouts en plein revival eighties, comme Fusion qui n'a rien à envier aux meilleurs morceaux de groupes tels qu'Alphaville. A New World Arise est assurément l'un des meilleurs titres du groupe à ce jour, progressif, riche et irrésistiblement entraînant. Sans parler du single hyper énergique Plastic World et du très pop I Know, titre qu'un groupe comme Mesh aurait pu nous offrir dans une version un peu moins futuriste et sans doute un peu plus rock. Au final, et sans compter le second disque de l'édition limitée qui nous offre une reprise magique de Last Man On Earth de S.P.O.C.K., "Fixed" est l'album de Colony 5 à posséder assurément. Du beau travail. Une valeur sûre.
Stéphane Colombet |
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 |  | Extraordinary Way [Nettwerk]
De tous les projets annexes à Front Line Assembly, Delerium était jusque-là celui qui laissait le plus clairement transparaître les ambitions "commerciales" du duo Bill Leeb et Rhys Fulber. Un crime à vrai dire sans réelle conséquence, tant le background technique et musical des deux prodiges restait omniprésent quelque soit l'évolution du projet. Le premier album de Conjure One prenait la même voie avec certaines particularités qui, Bill Leeb en moins, lui donnait une vraie autonomie, prenant ses distances avec Delerium, et un peu plus encore de Front Line. Avec "Extraordinary Ways", le résultat est incontestablement "réussi", avec quelques moments vraiment attachants (Forever Lost, Extraordinary Ways, Pilgrimage, I Believe, la reprise des Buzzcocks chantée par Rhys lui-même), mais il serait malhonnête de ne pas admettre que cette fois-ci le projet est bel et bien passé de "l'autre côté". Les orientations world, voire orientales, du premier album ont totalement disparues, l'ensemble est définitivement plus mainstream, sans véritable personnalité. La production, les arrangements et bien entendu les prestations vocales de Poe et Chemda Kalili (déjà présentes sur le premier album), ou encore de Tiff Lacey et Joanna Stevens, ne le contrediront pas. Rhys Fulber n'est aujourd'hui, à l'instar de la pochette de l'album, plus que l'ombre de lui-même.
Christophe Labussière |
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 |  | Sin-Lab [Boredom Product]
C'est sans nul doute la meilleure surprise électro-pop française depuis de nombreuses années. Le premier album de Dekad est une grande réussite. Comme le duo allemand Seabound l'avait fait il y a quatre ans (on trouve d'ailleurs sur les premiers morceaux quelques ressemblances troublantes -y compris vocales- mais dont on ne saurait se plaindre, loin s'en faut), la formule de Dekad fonctionne car elle renouvelle un genre un peu essoufflé. Ici, aucun code ne semble réellement imposé : seules les machines très maîtrisées et un chant assuré -peut-être un peu trop hétérogène- guident ce vaisseau très bien construit. Les premiers titres Never Too Late et Club Devil, tout comme Dare sont carrément scotchants. Quelques sonorités new wave dans les instruments et le chant apparaissent ensuite sur Emergency, I Want et Poor Child et sont sans doute à proscrire, même si de faible intensité. Car, déjà, Tell Me repart vers des horizons plus modernes et Electro Freak nous ramène directement sur la piste de danse, sans même parler du martial et brillant Peaceful. Impressionnant sur toute la ligne, particulièrement pour une première œuvre.
Stéphane Colombet |
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 |  | Golevka [Shayo]
La mouvance dite "post-rock" apparue au cours des années 90 avec Tortoise ou Labradford semble refaire un retour appuyé ces derniers temps. Le rayonnement de formations comme Mogwai ou Godspeed You! Black Emperor semble avoir particulièrement pesé sur le travail de The Evpatoria Report. Une saine influence qui n’empêche pas le groupe suisse d’apposer une touche toute personnelle à un premier recueil d’atmosphères aussi riche qu’éblouissant. Qu’elles soient sous forme de nappes ou d’arpèges, les guitares cristallines conduisent la danse (la transe ?), se cherchant, s’entrelaçant, ondoyant subtilement entre synthés et violons le long de morceaux fleuves, propices à ce que l’on serait tenté de qualifier de "lévitation sonique". Mêlant dans un même Optimal Region Selector les constructions neurasthéniques chères à Sigur Rós et les saturations oppressantes d’un Neurosis dernière mouture, The Evpatoria Report ose, s’aventure et réussit le pari de nous émerveiller et de nous surprendre sur des bases pourtant bien connues. Loin de la démonstration technique et de la surenchère en structures complexes, cet album coule lentement, prenant et poignant jusque dans les chœurs de son épilogue à deux mouvements, Dipole Experiment. Du travail d’orfèvre pour une musique tellement visuelle, à l’image d’un artwork quasi 4AD-esque, que l’absence de chant y trouve du coup toute sa justification. Formidable !
Stéphane Leguay |
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 |  | Is Pornography Art? [Synthetic Product]
Avec ce premier album, le quatuor allemand FAQ, déjà partiellement connu sous le nom de Carpe Diem, nous offre quelque chose de suffisamment frais et hétéroclite pour obtenir la moyenne, même un peu plus, grâce à quelques arrangements audacieux mais bien faits, dans le registre électro-pop. On pense beaucoup à l'énergie récente de groupes nordiques comme Apoptygma Berzerk et plus encore Icon of Coil, avec un côté plus pop et l'utilisation de quelques chorus féminins plutôt appropriés tels ceux de la star du X, Jenna Jameson (également très présente sur la pochette et le livret…). Si les guitares ne s'imposaient pas sur quelques morceaux dont le premier single The World Is Cold Enough, on trouve parmi les quinze titres quelques perles synthpop prêtes pour les bonnes programmations de la rentrée, à l'instar de We Come in Pieces, l'excellent duo avec Stefan Groth d'Apoptygma Berzerk justement, et du très bon Hyde Park et sa new wave bien secouée. À noter au surplus une reprise dédicace de Noir Désir One Trip One Noise, pas désagréable mais assez peu excitante. Au global, un premier album pas mauvais, même si la suite peut assurément s'avérer bien meilleure. Dispensable.
Stéphane Colombet |
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 |  | Frustration [Manic Depression]
"Les gens de la Frustration sont gentils, mais pas contents, intolérants car super anti-cons, aiment l'esthétisme, le vrai romantisme, l'art, mais haïssent les branchés et artistes vantards de tous poils". Voici, en substance, l'auto-définition de Frustration, combo français qui nous offre ici son premier mini-album. Avec une attitude pareille, il aurait été difficile de faire une musique autre que celle qu'ils jouent, et délicat de ne pas y injecter toute leur honnêteté et toutes leurs... frustrations. Les membres de la Frustration sont donc cinq, ont tous pas mal roulé leur bosse, et ont grandi avec de bonnes influences, qui se ressentent beaucoup dans leur musique : Wire, The Fall, Warsaw (pré-Joy Division) pour ne citer que les plus connus. Les six titres du CD sont vraiment une excellente surprise, du très bon punk/post-punk comme on en jouait à l'aube des eighties, sans pour autant tomber dans la parodie : guitares rugueuses et énervées, mélodies sombres et tendues, basse en avant, du synthé juste comme il faut, tout cela sans les défauts de surproduction que l'on peut trouver chez leurs confrères anglais ou américains issus des mêmes mouvances. Frustration est moins new wave et plus punk, et trimballe sans complexe un côté cheap "fait maison", ce côté que l'on trouvait dans toutes ces pochettes de disques noires et grises qui fleurissaient en 1980. Un album est annoncé, on peut déjà l'attendre avec impatience.
Frédéric Thébault |
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 |  | Sur les traces de Black Eskimo [Tomlab]
Mais qui sont Les Georges Leningrad ? La France (mais aussi le Luxembourg, le Bhoutan et le Swaziland, sans oublier le Canada dont ils sont originaires) entière se souvient de leur premier opus au titre enchanteur "Deux Hot Dogs Moutarde Chou" paru en 2002. Leur second CD, "Sur les traces de Black Eskimo", devrait leur assurer la consécration méritée. Certes, il faut que vous appréciiez des choses comme Add N To (X), la littérature surréaliste, l'art-rock, et toutes les écoles post-destroy néo-contemporaines. Car Les Georges Leningrad ne font pas dans la dentelle : leur musique est convulsive comme s'ils n'avaient plus le choix et qu'ils cherchaient à sortir d'un mauvais cauchemar, basée sur un synthé et/ou une basse omniprésents sursaturés, surmontés d'un chant féminin qui vous titille les neurones. Avec Les Georges Leningrad, on surfe sur la vague post-punk très à la mode tout en brandissant un doigt bien tendu. Sauf qu'eux ne s'arrêtent pas à des chansonettes déprimées, ils récupèrent plutôt le feeling New-York 1978, no-wave et compagnie (voir l'excellent Wunderkind #2, digne d'un DNA), explorant ce qu'ils peuvent explorer, sans œillères et sans désir de faire la couv' du NME ou de Cuisine Facile : on nage avec eux dans des eaux troubles mêlant angoisse et fou rire, tendances suicidaires et hymnes à Bob l'Éponge. Tout ça pour une douzaine de morceaux tous plus jouissifs les uns que les autres (mention spéciale à Fifi F., Sponsorships et Black Eskimo), entrecoupés de séquences bruitistes de bon aloi (Umiarjuaq, Richard, St-Mary's Memorial Hall...), le genre de truc qui tourne en boucle chez vous et qui vous donne envie de foutre une paire de baffes à votre supérieur hiérarchique, de bon matin, comme ça juste pour le plaisir. "Sur les Traces de Black Eskimo" n'est pas un disque à conseiller, c'est un disque thérapeutique qui devrait nettoyer comme il faut tout ce que vous avez pu accumuler de saleté mentale ces derniers mois. Cette chronique vaut prescription médicale.
Frédéric Thébault |
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 |  | Destroying The World To Save It [Nile Records]
Ikon a été un bon groupe de rock gothique dans les années 90. Un excellent groupe même. Avec quelques albums très réussis ("In the Shadow of the Angel », "Flowers for the Gathering"…) et un style guère original mais néanmoins typé, la formation australienne s’était confortablement installée en tête de file de la vague néo-goth d’alors. Près de dix ans après, avec une révolution électronique consommée, des albums, compils et maxis à la pelle et un changement de chanteur en prime, que reste-t-il d’Ikon en 2005 ? Et bien… la même chose. Et là se pose le problème de ce nouvel album. On pourra passer sans trop sourciller sur le pentacle qui orne le CD, le masque de bouc en plastique ou les poses inspirées (!), mais la musique en elle-même laisse bien des interrogations. Car si "Destroying the World to Save It" n’est pas ce qu’on peut appeler un mauvais album, il n’en demeure pas moins fade et sans surprise. Une copie certes correcte mais sans la moindre once d’intrépidité créative. Le style goth rock est depuis longtemps en perte d’évolution, pourtant Ikon semble persister ici à en faire un nouvelle fois le tour. Des fois qu’une pépite se cacherait ici ou là… Peine perdue. Revenu à un schéma guitare-basse classique, le duo aligne ses chansons sans grande conviction, semblant avoir oublié derrière lui les trépidations d’un "Condemnation" ou d’un "Reality Is Lost" avec lesquels il avait pourtant forgé son identité sonore. Quelques titres viendront bien égayer ce triste paysage de déjà-vu (My Crucible ou le très Xymox Path of the Unknown) notamment grâce aux précieuses vocalises de Louisa John-Kroll (Slaughter), mais le résultat reste néanmoins trop inégal pour nous tenir en haleine d’un bout à l’autre du disque. Très décevant donc.
Stéphane Leguay |
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 |  | Tellurique [Season of Mist]
Selon le Petit Larousse, le terme "tellurique" se réfère à "tout ce qui concerne la terre". Une définition aussi succincte que vague, mais qui ne saurait cependant mieux définir ce quatrième opus de Kill The Thrill : une planète de sons massive, aux plaques tectoniques instables et aux roches glaciales. Donnant suite au poignant et superbe "203 Barriers" (2001), "Tellurique" fait mieux qu’enterrer les derniers reliquats de Godflesh, source d’inspiration originelle du trio marseillais. Maîtrisant à la perfection un son ample et hypnotique qui lui est aujourd’hui propre, Kill The Thrill étale ici l’étendue de sa créativité entre guitares torturées et chant écorché vif. Douze titres denses et anxiogènes qui prennent aux tripes et s’insinuent lentement dans les recoins les plus sensibles de notre mal-être (Permanent Imbalance). Pesantes sans être lourdes, les atmosphères électriques laissent place à de courtes accalmies (les chœurs siréniens de An Indefinite Direction) pour repartir de plus belle, poussées par le martelage d’une boîte à rythmes, seul facteur déshumanisé de ce maelström d’émotions. Violence des sentiments, impression d’abandon, perte d’absolu, désorientation ou simple spleen, "Tellurique" laisse un goût amer dans la bouche. Car cet album, pour peu qu’on s’y laisse emporter, sait plonger exactement là où la peine se terre, tapie dans notre propre ombre. Une expérience douloureuse mais aussi délicieusement libératrice.
Stéphane Leguay |
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 |  | Interhôtel [Les Disques Rayés]
Mais qui sont donc ces Lima Djari pour nous présenter leur premier album, "Interhotel" (du nom des locaux de l’association qui leur a permis de répéter depuis 2002) avec une photo prise dans une cuisine à l’heure de la préparation du dîner ? Il s’agit d’un groupe français venu de Savoie qui pratique un subtil mélange d’électro et de rock, solidement calé entre big beat et trip-hop, avec une pincée de musique ethnique. L’album est très bien construit, s’offrant de rares sonorités acoustiques (Wish) et de nombreux samples répétitifs à souhait, comme sur l’explosif Tracks. "Interhotel" surprend par sa richesse ainsi que par sa technique, et la voix de Sandra rappelle parfois celle de Lou, la chanteuse de Lamb, le groupe de Manchester étant très certainement une influence majeure pour nos jeunes Français (Sun’s Power). Reste que Lima Djari nous offre un album très prometteur sur lequel chaque détail est travaillé avec l’aide de Bertrand Siffert, l’ingénieur son des Young Gods. D’accord, la pochette n’est pas franchement engageante, d’autant plus que ce disque s’impose immédiatement taillé pour la scène plutôt qu’à écouter chez soi en préparant le dîner. Alors, pourquoi la cuisine ? Allez savoir.
Bertrand Hamonou |
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 |  | Cliché [SPV/Synthetic Symphony]
En attendant le nouvel album de Depeche Mode qui semble s'annoncer comme un certain retour aux sources, l'un de ses innombrables clones allemands, Melotron, après plusieurs albums très prometteurs mais encore imparfaits (comme une version updatée de And One), nous livre avec "Cliché" le disque de la maturité. Ce nouvel opus démarre en trombe avec Halt Mich Fest et son tempo électro irrésistible. Ensuite, le trio mélange des sons synthétiques sublimes avec quelques sonorités classiques (violon, piano) de toute beauté, assorties de rythmiques très aériennes, émouvantes à souhait. Puis Melotron repart de plus belle, repassant à la vitesse supérieure avec des harmonies hallucinantes et des mélodies rares, ultra dansantes. Même les cassures de rythmes sont parfaitement maîtrisées et contribuent à la richesses de cet album. Au milieu de tout cela, on découvre avec enchantement une pluie de singles parfaits pour les dancefloors, à l'image des magnifiques Stirb Für Mich et Wenn wir Wollten. Même le chant, toujours en allemand à 100%, se fait plus subtil, plus cristallin que par le passé. En bref, une merveille. À se procurer d'urgence.
Stéphane Colombet |
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 |  | Voyeur [Metropolis]
Nous pensions ce projet de Bill Leeb et Rhys Fulber mort et enterré depuis "Drill" en 1997, et c'est à la surprise générale, et sous l’impulsion du peu rancunier Chris Peterson, que Noise Unit sort son sixième album. À l’instar du récent "Civilization" de Front Line Assembly, "Voyeur" emprunte ici ou là aux nombreux projets parallèles des Canadiens. Tant et si bien que s’il s'agissait d'une anthologie destinée à présenter les multiples facettes du travail de ces stakhanovistes, tout le monde se laisserait piéger les yeux fermés et les oreilles grandes ouvertes. En effet, Illicit Dreams et Seclusion semblent provenir du dernier opus de Front Line Assembly, Surveillance d’"Ephemeral" de Synaesthesia, Paranoid de "FLAvour of the Weak", et Monolith (auquel participe Michael Balch) sonne comme un titre oublié de Delerium avant l’arrivée des premiers chants féminins en 1994. Le son est plus spatial qu’à l’accoutumée, et, fait rarissime depuis bien longtemps, Bill Leeb chante sur plusieurs titres. Malheureusement, ce dernier est le premier à dire que "Voyeur" n'a pas grand intérêt et qu’il ne s’y est pas beaucoup investi, sauf sur les titres Paranoid et Liberation qui donnent, d’après lui, une idée de ce à quoi il faut s'attendre pour le prochain Front Line Assembly. Il s'agit donc plutôt du projet d’un Chris Peterson en vacances de Decree et qui refuse poliment de rendre complètement son siège à Rhys Fulber le nomade (totalement absent de cet album), lui-même parti terminer le nouveau Conjure One qui sort ces jours-ci.
Bertrand Hamonou |
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 |  | Nos Dieux Sont Morts [WMC/Mosaic Music]
Habillage sobre pour le troisième album de Prajna, "Nos Dieux Sont Morts". La formation de Jay C (autrefois chanteur sur le premier album d’Orange Blossom au masculin), a changé les ingrédients du cocktail qu’il utilisait avec son premier groupe, lequel est aujourd’hui parti sans lui suivre les traces de Natacha Atlas. Prajna se sont quant à eux lancés à la conquête de l’univers, équipés d’un chant en français observateur voire dénonciateur, ainsi que d’une musique aussi électronique et spontanée que celle d’Orange Blossom seconde mouture est ethnique. Après une intro mid-tempo et une "accélération spatio-temporelle", les titres se faufilent entre les planètes visitées par le trio, depuis le big bang jusqu’à l’ère des WAN. Les textes sont en effet des récits imaginaires de voyages improbables dans l’espace, à prendre évidemment au second degré comme une analyse du monde dans lequel nous vivons (Vision 3), les Martiens rencontrés étant finalement bien plus proches des Terriens que nous sommes. Des nappes de synthés analogiques et quelques boucles drum’n’bass soutiennent le propos parfois naïf dans la forme (Satellite), ou ragga dans le flow (Big Bang). On devine rapidement des influences dub dans ce disque porteur d’un message venu du fin fond du cosmos. Et les nouvelles sont excellentes, puisque "Nos Dieux Sont Morts". Et Jay C de rajouter : "Tant mieux".
Bertrand Hamonou |
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 |  | Ignobles Limaces + Night Of The Reptiles [Gazul] Ignoble Vermine - A Tribute to Ptôse Ignoble Vermine [Gazul]
Ptôse : descente des organes internes. C'est un phénomène fréquent qui peut commencer jeune et dont les effets nocifs s'installent progressivement et insidieusement. Ce phénomène concerne surtout les femmes mais aussi les hommes sédentaires et/ou en surcharge pondérale. Rassurez-vous, ce n'est pas une chronique médicale. Ptôse, c'est aussi le nom d'un trio français des années 80, qui s'adonnait aux joies de la musique synthétique électro industrialo rigolote et froide. Groupe devenu culte depuis longtemps, on ne trouvait plus leurs albums, jamais réédités en CD. Dieu soit loué, c'est aujourd'hui chose faite, et vous pourrez tous vous défouler sur LE tube du groupe, Boule, dont personne n'a oublié les immortelles paroles : "Boule, boule, viens ici mon chien, viens ici sale chien". "Ignobles Limaces", en plus d'être un bel objet, compile le premier mini-LP "Night of the Reptiles" qui n'existait lui que sur cassette, dont rien que le morceau The Bogyman vaut le détour. Un objet jouissif de bout en bout, et qui a plutôt bien vieilli, même si l'effet (destroy) de nouveauté a disparu, ce genre de musique étant assimilé depuis des années. On ajoutera à ce disque un second, "Ignoble Vermine - A Tribute to Ptôse". Norscq, Servovalve ou encore Laurent Pernice rendent hommage à Ptôse d'une façon très réussie. D'abord parce qu'ils respectent l'esprit surréaliste/dadaïste des originaux, ensuite parce qu'ils leur apportent une cure de jouvence bien méritée. Et l'album est, lui aussi, splendide. Avec tout ça, bande de gâtés, si vous ne fredonnez pas "Non non non je n'viendrai pas, houpla houplala"...
Frédéric Thébault |
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 |  | Dès le matin [Trace]
Vous aimez la pop sucrée et les mélodies à fredonner ? Les guitares cristallines et les arpèges gracieux ? Les ambiances sereines et zen ? Alors ce disque n'est pas pour vous. Sous l'amusant pseudonyme de Pupusse & Patrack, le nom le plus anti-commercial qui soit, se cachent en fait deux personnages de l'underground de l'underground rock : Micka Pusse, auteur de deux albums en son nom sur le label des Têtes Raides, "Mon Slip" (!), et Patrick Müller, ingénieur du son et musicien. Tous deux collaborent également à de multiples activités artistiques. Alors, qu'est-ce donc que ce "Dès le matin" à la pochette sinistre ? Eh bien c'est tout simplement le genre de galette qui fait un bien fou, un truc qui se fout éperdument des codes et des modes et dont on a un besoin récurrent pour ne pas oublier ce qu'est le rock, au sens large. "Dès le matin" est un machin fait de bric et de broc, une usine dadaïste brute et animale, mais néanmoins non dénuée d'humour, mais d'un humour à la Kafka, noir et cynique à l'extrême. Le genre ? Électro, post-punk, no-wave, plages hallucinées macabres du genre "On a beaucoup écouté Throbbing Gristle / Cabaret Voltaire", le tout entrecoupé de quelques références de bon aloi : Godard, Cioran, Léo Ferré. Pu-Pusse et Patra-Patrick le définissent eux-même comme un album sur la dépression nerveuse, on ne peut pas dire le contraire ! Cet album ne se vendra sans doute à guère plus de douze exemplaires et finira dans les bacs des soldeurs, mais il sera aussi un objet culte pour quelques fans égarés amateurs d'anti-tout. Essentiel, en quelque sorte.
Frédéric Thébault |
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 |  | Capture/Release [V2]
En matière de rock comme en matière de vignobles, il y a des années sans, qui donnent un vin moyen et un rock chiant, mais il y aussi des années de grand cru et de nouveaux groupes excitants. En 2005, inutile de vous faire un dessin : l'année n'est pas encore terminée, mais on a déjà dans la tête plein de nouvelles mélodies, et dans le cœur pas mal d'enthousiasme à l'idée du prochain disque qu'on va bien pouvoir écouter : Bloc Party, The Bravery, Maxïmo Park, Dead 60's, Editors, Art Brut, The Beat Up, Stellastarr*, The Organ, Nine Black Alps... le top 10 est à peine réfléchi qu'il est déjà pondu. Parmi les disques que l'on retiendra, et tant pis si nous ne sommes pas les premiers à le dire car il semble y avoir un consensus généralisé, il y aura sans aucun doute cet album d'une énième sensation hype, qui nous vient de Londres, un groupe dénommé The Rakes ("les ringards"). Ce quatuor mal sapé, ou plutôt sapé genre "Hey man on est en 1980", balance un post-punk bien foutu, urgent comme tout, quelque part entre The Fall, The Ruts, The Clash pour les anciens, Bloc Party, Franz Ferdinand, The Dead 60's pour les nouveaux, tellement d'influences finalement, que cela leur donne un son bien à eux, en plein dans leur époque, débordant d'énergie enragée, de colère et de frustrations, avec juste ce qu'il faut de romantisme et de spleen. La musique des Rakes coule comme de l'eau de source, avec une évidence crue, les morceaux vont droit au but sans s'embarasser de superflu, et tout le charme de cet album vient de là, de cette attitude très eighties : une écriture brute, non calculée, on prend sa guitare et on balance la sauce sans trop réfléchir. Strasbourg et Retreat sont déjà d'imparables singles, et qu'on se le dise, tous les autres morceaux auront autant de succès. Ce disque nous accompagnera pour un petit moment, c'est certain !
Frédéric Thébault |
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 |  | Dislocation [Axess Code]
Rarement une pochette aura aussi bien illustré le contenu d’un disque. Car l’œuvre est celle de celui à qui l’on doit aussi la musique, ce qui est certainement le secret de cette cohérence absolue. Remain Silent vous accueille sur une planète en proie à une dislocation inévitable, abandonnée depuis longtemps aux machines, envahie par les carcasses métalliques et dont le sous-sol est sondé régulièrement par des tuyaux puisant l’énergie nécessaire à sa propre destruction. Yann Souetre est capable de réaliser des œuvres complètes et époustouflantes comme ce "Dislocation" bourré de séquences inquiétantes et de phasers savamment dosés (Dislocation part 12), en mélangeant des samples créés par cEvin Key au meilleur riff du Religion de Front 242 (Dislocation part 7). De l’électro lourde ou planante (Dislocation part 4) à l’EBM la plus musclée, "Dislocation" est un disque taillé dans un alliage extraterrestre que ne renierait pas Bill Leeb. Plus qu’un disque, il s’agit presque d’une œuvre cinématographique dont nous n’aurions plus qu’à écrire le scénario, puisque Remain Silent nous livre (avec classe et professionnalisme) la bande son et les images. Une belle réussite en douze mouvements aussi riches qu’angoissants.
Bertrand Hamonou |
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 |  | The Understanding [Labels]
Les premières secondes de "The Understanding" sont assez fabuleuses. Une sorte de "puissance" dans le minimalisme, une richesse dans la simplicité, une mélodie qui s'installe et se vêt d'un ensemble de sons aux arrangements hors de tous repères, avec ces sonorités de synthés vintage et de cordes prestigieuses qui s'entremêlent et se superposent. Triumphant est une perle, de celles si représentatives de la personnalité de la formation norvégienne. Malheureusement, la sauce retombe dès le second morceau avec cette voix masculine qui va s'avérer rapidement insupportable, suivie de près par une voix féminine qui prend le même chemin... Avec le chant de 49 Percent la sanction est la même. On est dans le sirupeux, dans la faute de goût : c'est insupportable. Les ombres de George Michael ou d'Imagination planent constamment au-dessus du fjord norvégien qu'on croyait pourtant préservé de tout. Boys est un instrumental et il est clair que c'est dans cette posture que Torbjörn Brundtland et Svein Berge s'en sortent le mieux. Deux titres encore avant de pouvoir de nouveau souffler et savourer l'étourdissant What Else Is There?, chanté (l'exception qui confirme la règle) par Karin Dreijer. Le supplice reprend ensuite avec une seule halte, Alpha Male et un tout juste passable Someone Like Me. Au final, et vous l'aurez compris, l'écoute de "The Understanding" est éprouvante, comme celle d'une sorte d'easy listening tout simplement... insupportable.
Christophe Labussière |
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 |  | Sing-Sing and I [Aerial]
Il existe des voix que l’on jurerait destinées à la chanson depuis toujours, car plus agréables que d'autres, comme celle de Sarah Blackwood de Dubstar, aujourd'hui chanteuse de Client. Il en est de même avec celle de la jolie Lisa O'Neill, la chanteuse de Sing-Sing, à la fois douce et déterminée. Sing-Sing, c'est l’ambition et la délicatesse au service de la pop, c'est l'ingéniosité au service de ses fans qui lui ont permis de réaliser cet attendu deuxième album. Sing-Sing, c'est aussi le nouveau groupe d'Emma Anderson, autrefois guitariste des formidables Lush, qu’une tragédie conduisit au split en 1996. Fatiguées par une discographie en forme de jeu de piste sur de multiples labels trop frileux, le courageux duo féminin publie "Sing-Sing and I" sur leur propre structure baptisée Aerial qui distribuera désormais toutes leurs productions via leur site Internet. Ce nouvel album est un disque de pop à guitares teintée de mélodies 60s, et leur single Lover est tellement réussi qu'on leur pardonne l'unique faute de goût de l'album, le pénible The Time Has Come qui est un véritable hymne à chanter éméché au pub, ce qu'a apparemment fait notre duo dans son repaire favori. Pour les dix autres titres, dans l’ordre ou dans le désordre, Emma et Lisa nous présentent des compositions de pop parfaite, écrites par des filles qui en ont. Si Lush vous manquait, voici donc ce qui s’en rapproche le plus aujourd'hui et pour cause ! Vous en doutez ? Écoutez, au hasard, Going Out Tonight ou Unseen, juste pour voir.
Bertrand Hamonou |
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 |  | Viva El Protocole, My Friends! [Monopsone]
Moins d’un an après la sortie de "Next Time We Go Sublime", Supercilious nous donne l’occasion de vérifier si oui ou non, la promesse qu’Alexandre Vaudin faisait avec le titre de son premier album est tenue. Et c’est sous la forme d’un étonnant double CDR 3", ce format que l’on croyait disparu depuis le début des années 90, que le Tourangeau nous livre deux inédits étranges et six remixes réussis et déjà indispensables concoctés par des futurs voisins de label tels que Objectile, Velma, Sofus Forsberg ou encore Yorgl, entre micro sons, electronica dépouillée, boucles jungle frénétiques et voix de fée ensorceleuse. "Viva El Protocol, My Friends!" est en fait un quadruple 3" (dont deux volumes virtuels) puisque Monopsone a eu l’excellente idée de mettre à disposition sept remixes supplémentaires sur le site du label, histoire de prolonger le voyage au pays des rêves de Yucky Yummy, la chanteuse si sensuelle de ce projet prometteur. Loin de l’artillerie lourde qui accompagne habituellement ce genre de projets, les versions proposées respectent scrupuleusement l’univers si attachant de Supercilious, évitant les remplissages et fautes de mauvais goût que l’on rencontre encore trop souvent. Une excellente initiative pour un résultat irréprochable, et qui comblera tous les fans impatients de découvrir le désormais très attendu nouvel album.
Bertrand Hamonou |
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 |  | Last Light [Strange Fortune]
Artiste peintre dans l’âme, Tor Lundvall a réussi au cours de ces quinze dernières années à transporter ses états d’âme ombrageux et son art automnal de la toile vers la musique. Une double casquette qui lui permet aujourd’hui de jeter de brumeuses passerelles entre formes et sons. Cinquième album du nom, "Last Light" continue ainsi d’épouser ses dernières peintures, entre zones d’ombres, nuances gris-bleu, paysages inquiétants et créatures surréalistes. Une musique douce, délicate et mélancolique à travers laquelle percent néanmoins d’imperceptibles murmures d’angoisse. Minimales et dépouillées, les douze plages de ce disque font alors moins figure de chanson que de lentes respirations et à la manière du flux et reflux de la marée, les vagues de synthés transportent et bercent le chant diaphane de Tor Lundvall, révélant peu à peu un malaise tout aussi doucereux que persistant. Un travail d’impression et de sensation remarquablement bien pensé pour un disque de brumes aux formes floues et incertaines qui nous emporte loin de toute astringence terrestre. En tout point remarquable.
Stéphane Leguay |
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Savoir que derrière Nixon officie le chanteur de feu Black Maria avait toutes les chances d'attirer notre attention. Mais finalement, si pour cet album, "Nos verticales" (Spozzle), son chemin a croisé celui de Yarol Poupaud (FFF), il n'était à vrai dire vraiment pas nécessaire que cette "variété française" bien éloignée de ce dont nous parlons dans nos pages croise le nôtre. 19 New Project (Mochi Mochi) est une formation parisienne qui propose une mixture assez curieuse, entre électro froide, électro rock, et dance, le tout mené par une voix aux accents inclassables, entre David Guetta et le meilleur de la synth pop allemande. Un gros son, à la rythmique louchant parfois clairement vers les dance floors, de bons moments, ce premier album autoproduit offre un résultat efficace et surprenant, d'autant plus lorsqu'on sait que se trouvent aux manettes de ce projet un ex Speaking Silence. Ne leur manque plus qu'à trouver un dosage plus équilibré entre toutes ces différentes orientations, ce qui leur permettra ainsi de donner un peu d'homogénéité à une œuvre plutôt curieuse que paradoxalement la diversité rend attachante. "La Tête qui flotte" de Melodium est la première sortie CD du label Autres Directions In Music qui se consacrait jusque-là uniquement aux productions MP3 (avec neuf sorties à son actif). Dès les premières secondes de l'album, ce choix apparaît comme une évidence. Une production soignée, une ambiance douce amère riche et variée, constamment empreinte de tristesse et de mélancolie, une construction curieuse, comme un sorte d'hybride entre electronica et pop acoustique (utilisation de guitares, flûtes, xylophones qui cohabitent avec des sonorités nées au cœur de l'ordinateur), la nouvelle production de ce Nantais méritait la plus grande attention. Une electronica à dimension humaine, tristoune et attachante, sur laquelle se posent quelques voix charmantes et charmeuses qui rajoutent au côté humain. Dans la voie ouverte par Interpol, la série "new wave eighties électro indie" continue. Après le jubilatoire "Employment" (AZ) de Kaiser Chiefs, sorte de House of Love survitaminé à la britpop et mâtiné de ska, qui aura tenté cet été (et parfaitement réussi !) de nous faire oublier tous ses prédécesseurs, le "Dirty Words" (Parlophone) de The Departure aura eu plus de mal, malgré des sonorités puisées directement chez les Chameleons (Only Human vaut carrément le détour). De son côté, le quintet féminin The Organ arrive tout droit de Vancouver et s'installe en très bonne place dans la famille "on n'est pas originales mais on fait l'air de rien" en puisant avec dextérité dans une sorte de crossover improbable entre Ghost Dance, Pat Benatar et les Smiths. Au final "Grab that Gun" (Talitres) est aussi étonnant qu'efficace. Avec l'album "The Back Room" (Kitchenware) des Editors, la boucle semble bouclée, le groupe de Birmingham est en effet un clone... d'Interpol. La voix du chanteur Tom Smith ressemble à s'y méprendre à celle de Paul Banks. Et hormis un Blood irrésistible le reste ne relève que de la copie. Cela fait maintenant un bout de temps que Goldfrapp semble clairement plus attiré par les premières places des tops que par l'ambiance inédite et extrêmement personnelle qui caractérisait "Felt Mountain" en 2000, après qu'Alison se soit fait remarquer sur "Maxinquaye" de Tricky et "Snivilization" d'Orbital. Ici c'est plus du côté de Madonna ou de Gwen Stefani que l'ex diva lorgne et la rythmique et les arrangements pompiers n'arrangent rien à l'ensemble. Ça s'écoute, mais l'habillage électro sans raffinement, presque house, rend ce "Supernature" (Mute) plutôt indigeste et carrément insupportable sur la fin de l'album. On avait oublié de vous en parler lorsqu'il est sorti en mars dernier, mais "The Needle Was Travelling" de Tarwater a au moins une excellente raison de retenir votre attention : la reprise transfigurée du splendide Babylonian Tower de Minimal Compact qui fait bonne figure au milieu d'un album extrêmement plaisant, dans la parfaite continuité de son prédécesseur. Le changement de label, de Kitty-Yo à Morr Music, n'implique aucune rupture et donne au contraire au groupe une maturité qui fait de ce disque certainement son plus réussi. Lorsque The Cure remasterise ses albums, ce sont de vrais inédits et raretés que les fans du groupe n'ont, en grande partie, même pas en leur possession, qui remplissent les seconds CD de ces rééditions. Lorsque New Model Army s'attelle à la même tâche, les CD bonus n'offrent aucun véritable intérêt, si ce n'est de reprendre des faces B disponibles par ailleurs sur l'une des multiples compilations que publie régulièrement le groupe. Ces rééditions restent néanmoins l'occasion d'acquérir en CD, si ce n'est pas déjà fait, quatre perles de la discographie du groupe "No Rest for The Wicked", "The Ghost of Cain", "Thunder & Consolation" et "Impurity".
Christophe Labussière
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C’est seulement dans quelques années que l’histoire nous dira si "L’Envol", la cuvée 2005 de Kamido:tu, aura été un pas de géant dans la carrière de son créateur. Car cet album montre une profondeur et un aboutissement qui faisaient jusque-là défaut sur les précédents CD-R du timide protagoniste. Les titres sont plus exotiques que jamais (Circonstances, À la verticale), comme autant de souvenirs rapportés d’un voyage au pays du soleil levant. La mécanique est plus riche, les morceaux sont plus efficaces (Sur sa lancée), et l’on souhaite que cela continue. Un artiste à découvrir sur www.kamidotu.com où un bon remix d'À la verticale par Paral-lel vous attend en téléchargement gratuit. Il existe des centaines de disques sur lesquels les paroles passent naturellement au second plan. Ce n'est (malheureusement) pas le cas avec le "Redeemer" (rédempteur en français) de Janosch Moldau, jeune Allemand qui chante en anglais de manière poussive en imitant son idole : n’est pas Dave Gahan qui veut. Parmi les mots préférés de l’artiste, on retrouve "Jesus", "Father" et "God" sur la plupart des chansons, et avec des titres comme Real Christianity, Redeemer ou Baptized, ce premier album finit par vite ressembler à une vaste campagne d’évangélisation, une version internationale et électro-soft de nos Glorious nationaux. Devant tant de béatitude, ce disque est horriblement fatigant dès la première écoute ; à la seconde, il devient carrément flippant. Les français Jabberwock viennent de sortir un premier album éponyme prometteur sur le label Panic Distortion, la nouvelle division électro-rock de Manic Depression. Le quatuor a évité la surproduction, chacun jouant à armes égales : basse omniprésente, rythmique rapide en première ligne, synthés et guitares en lutte perpétuelle. Pas mégalo et tirant à vue sur tout ce que notre quotidien a d’irritant et de ridicule, Lena, la chanteuse, chante et hurle (Devotion) telle une mutante cybernétique sur un électro-rock assez brut de décoffrage. Cerise sur le gâteau, Jabberwock s’offre les services de Punish Yourself et Collapse (entre autres) pour cinq remixes qui viennent compléter un album coup de poing. Le troisième album de The Books s’appelle "Lost and Safe" (Tomlab). Les Américains se sont constitué une collection impressionnante de samples tellement vaste que l’on a l’impression qu’un magnéto tourne en permanence pendant qu’ils jouent, comme d’habitude, de la mandoline, du banjo, du violon et du tuyau en plastique. Maîtres du collage, des voix enregistrées à l’envers et autres bizarreries bricolées selon l’humeur et le matériel à disposition, The Books nous livrent un album à la gloire du "kraft it yourself", pas si éloigné que ça du récent album éponyme de 13&God.
Bertrand Hamonou
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D'un nouvel album de Kid606 l'on n'attend qu'une chose : être surpris, mais cette fois-ci, "Resilience" (Wichita/V2) ne rempli pas le contrat. Malgré un bon premier titre ("Done With the Scene") clin d'œil à son album "Down With the Scene" sorti en 2000, rien sur ce disque ne génère l'enthousiasme auquel Miguel Depedro nous avait habitués jusqu'alors. À défaut d'être original et novateur (il faut dire que la plupart de ces morceaux ne datent pas d'hier), "Resilience" représente un peu le calme après la tempête, car cet album très mélancolique est assez austère comparé à ses précédentes productions ; il est aussi moins riche et souvent trop répétitif (boucles interminables et basiques), en un mot décevant. À peine a-t-on eu le temps de découvrir l'étonnant "Kabul" qu'Éric Aldéa et Ivan Chiossone se rappellent à notre bon souvenir avec un nouvel album cette fois-ci entièrement constitué de reprises des Residents. Après avoir déjà tenté l'expérience avec Nurse With Wound, le duo trouve à nouveau ici le moyen de déployer tout son talent avec force sons de cordes, flûte, harmonium et autres instruments plus improbables tels que les Ondes Martenot (parfaitement maîtrisées par Christine Ott). À noter que Narcophony plays the Residents s'attarde sur des morceaux datant de 1974 à 1985 et qu'il est vraiment très agréable de réentendre la voix modulable à souhait d'Eric Aldéa à l'heure ou Bästard semble vouloir à nouveau faire poindre le bout de son nez. Soyons honnêtes, les Bordelais Kap Bambino (Orion Bouvier de Groupgris et Karoline Martial alias Khima France) ne sont pas prêts de révolutionner le petit monde de l'électro punk et ce n'est sans doute pas leur intention. Leur nouvel EP "Neutral" (Wwilko) déborde certes d'une énergie folle, mais la recette qui a permis de le concocter reste simplissime : Khima crie dans son micro et Kap tape sur son laptop. Un mélange décapant plus intéressant sur scène que sur disque, qui rend encore plus qu'avant évidente la similitude avec les divers projets de Patric Catani et Gina V. D'Orio (EC8OR, Cobra Killer...). Une musique pas compliquée pour lever tes bras en l'air tout en secouant ta tête.
Carole Jay
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