
 |  | Neon Bible [Barclay/Universal]
Quand un album comme "Funeral" d'Arcade Fire devient le "disque de l'année" pour la rédaction de Télérama comme pour celle de Télé 7 jours, on est en droit de remettre en cause l'attrait qu'on lui portait nous-mêmes. Pourtant, si ce bijou s'est forgé une aussi belle place dans nos oreilles c'est tout de même avec des arguments de poids : une richesse étourdissante, une bonne dose de folie, et un charme irrésistible. Si l'on y ajoute : des résonnances eighties qui mêlent avec splendeur des ambiances mélancolico pop à celles d'un cabaret déjanté (rappelant par de très nombreux aspects l'univers furieux et vicieux des Virgin Prunes ("Love Lasts Forever"), avec cette apparente dissonance et une construction en constant rebondissement), une candeur qui puise dans l'art brut de Joy Divison, et une classe qui flirte avec celle des Pixies, les raisons de notre engouement sont plus qu'avérées. Mais ces craintes qui pouvaient entourer la sortie de "Neon Bible" laissaient à la formation canadienne peu de chances pour qu'elle parvienne à passer le cap de ce que l'histoire a toujours considéré comme une étape quasi insurmontable, celle du second album. Surtout si l'on imagine la pression que doit subir un groupe qui a tout de même vendu plus d'un million de son premier disque à travers le monde ; dont quelques milliers aux lecteurs des deux magazines sus-cités. Pourtant, dès les premières mesures de Black Mirror, en ouverture de "Neon Bible", le doute s'éteint immédiatement. Le 'Mirror mirror, on the wall" répété à l'envi par Win Butler résonnera même comme une nouvelle connexion avec les splendides ballades de Gavin Friday. Les deux voix enragées, celles de Win et de Régine Chassagne, cohabitent toujours en parfait déséquilibre, se complétant à merveille. La nonchalance intimiste qui leur est propre côtoie au tournant de chaque morceau la puissance presque emphatique qui les caractérise. Autant d'éléments que l'on connaît "par coeur" et qui procurent une fois de plus le frisson. Ce poids, cette gravité, "Neon Bible" est la suite logique, évidente, à "Funeral" : aussi complexe, aussi fulgurant. Comme si la folie et la rage de ces ballades au lyrisme déroutant n'existaient en fait que dans une cohérence toute naturelle.
Christophe Labussière |
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 |  | Passion & Excitements [Boredom Product]
Le trio français de Celluloïde nous livre aujourd'hui un troisième album de techno-pop ultra-clean et dansante ça et là (sans pour autant justifier l'expression de "Body Pop", appliquée à son précédent E.P. et chère aux grands cousins germaniques d'And One). "Passion & Excitements", c'est une musique électronique branchée, sans excès, sans prétention, et chargée de bleeps plutôt frais. Celluloïde nous offre douze compositions très eighties (forcément), portées par de jolies mélodies mélancoliques et un chant androgyne volontairement déshumanisé. "Passion & Excitements" est un nouvel hommage aux sonorités des synthés analogiques et aux ambiances new-wave d'il y a plus de vingt ans (déjà). Un album pas spécialement révolutionnaire donc, cependant quelques morceaux n'ont rien à envier aux leaders de ce style musical (Client, Ladytron, Vive la Fête), à l'instar des envoûtants Dreaming of Tomorrow et Still Here, des très punchy Incommunication et Translation of Love (assurément deux des meilleurs morceaux du groupe à ce jour) et, à l'inverse, du triste et apaisant Last Second, tout aussi réussi. Bilan des courses : sans être une grosse surprise, Celluloïde confirme ici tout son talent et son mérite à créer de la bonne musique dans un tel registre, si peu promu dans l'hexagone.
Stéphane Colombet |
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 |  | Heartland [Out of Line]
"Heartland" représente non seulement le troisième album du duo féminin de Client, produit à l'origine par Andrew Fletcher de Depeche Mode, mais aussi un changement de label, le groupe ayant quitté récemment Mute et sa sous-division Toast Hawaï pour rejoindre l'une des meilleures écuries electro-indus du moment, Out of Line. Ce changement devait-il annoncer un changement de direction artistique du groupe ? Pas du tout. Client nous offre ici un troisième opus simplement plus riche, plus complexe que les deux précédents, tout en gardant parfaitement sa marque de fabrique (mélodies souvent assez lentes, jolis sons de piano mêlés aux vieux synthés, nappes tristes et froides). Quelques sonorités de guitare font parfois leur apparition, avec une discrétion qui les honore. Certaines mélodies, plus pop qu'à l'habitude, se font également fort agréables et rendent quelques morceaux vraiment entraînants et presque calibrés FM tels que Drive, Xerox Machine (reprise de Adam & the Ants) ou encore Monkey on my Back. Assurément, Client cherche un peu à élargir son auditoire, tout en tentant de garder son style bien à lui. Certes, le chant féminin assez personnel (toujours très autoritaire), souffre de quelques textes un peu courts, trop souvent répétés dans les refrains, mais ce nouvel album nous délivre surtout le titre Someone to Hurt, petite perle hypnotisante sur laquelle les sons de violon s'entendent à merveille avec un climat menaçant créé par des mélodies synthétiques sublimes. Rien que pour ce morceau très cinématographique, "Heartland" est un album à écouter d'urgence.
Stéphane Colombet |
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 |  | Grinderman [Mute]
On savait Nick Cave prompt à investir le premier studio susceptible d'accueillir ses nouvelles variations, issues d'un héritage blues-gospel qui ne finit pas de le hanter. On savait l'homme prolifique, parfois trop... Mais surtout, on le devinait confortablement installé au sein d'un groupe parfaitement rompu aux codes du patron. Non pas que l'essence se soit diluée avec les années, mais ses vapeurs se faisaient moins nocives... On peinait à s'enthousiasmer pour son dernier double album, "Abattoir blues/Lyre of Orpheus" (2004), qui dans sa deuxième partie confinait au maniérisme. Il était également difficile de se satisfaire de son prédécesseur, "Nocturama" (2003) ; la chose évoquait plus une compilation de faces B sans faces A qu'un véritable album. Grinderman s'avérait nécessaire. Formation resserrée autour du boss, ni "Nick Cave" ni "Bad Seeds" dans le nom de ce groupe. Et surtout pas de Mick Harvey impliqué dans l'aventure. Du coup, pas de pendant intellectualiste dans les arrangements, pas de "musicalisme adulte". Chez Grinderman, on ne se regarde pas avoir des idées. On appuie sur la pédale fuzz et on éructe. En revanche, on ne peut que regretter l'absence de Blixa Bargeld. Démissionnaire il y a quatre ans, le bruitiste allemand aurait sans doute fait merveille aux côtés des trois Bad Seeds recrutés pour l'occasion. Qu'importe, il en résulte tout ce qu'on était en droit d'attendre depuis "Let Love In" (1994). Rien que ça. Un disque plein des ressources brûlantes mûries depuis Birthday Party, distillées avec la rigueur d'un senior dominant son sujet. Un blues vif et hémophile, un son garage qui loin d'entacher ou obscurcir les grilles les plus délicates de cet album, illumine justement la finesse de la trajectoire d'une chauve-souris enfin libérée.
Arnaud-Yann Houssin |
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 |  | Northern Stories 1978/80 [Caroline True]
Voilà une réédition bienheureuse et que l'on n'attendait pas vraiment, si longtemps après. Groupe culte du début des années 80, Manicured Noise donnait dans un punk-funk-ska rugueux et dansant à la fois, préfigurant les mélanges disco-punk de gens comme !!! (Chck Chck Chck) ou encore The Rapture (avec lesquels on peut trouver de nombreuses similitudes). Proches du Pop Group, ou autre Rip Rig & Panic, ils privilégiaient l'aspect danse au détriment de l'expérimentation, et c'est sans doute pour cela qu'ils n'ont eu qu'un succès d'estime : leur musique ne plaisait pas assez aux punks, et elle ne risquait pas non plus de plaire aux amateurs de musiques "futiles". Si cet album est donc aujourd'hui une curiosité, on pourra néanmoins le ranger au rayon de ses classiques, pour ce qu'il représente : le symbole d'une époque où la musique était profondément libre, ou tout était permis, tous les mélanges les plus inattendus. Un témoignage de ce que devrait être le rock : un moyen d'expression sans chapelles ni codes, la liberté totale, sans frontières. Un modèle, en quelque sorte.
Frédéric Thébault |
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 |  | Object [www.object.fr] Icon-X Prostitution World [www.icon-x.org]
Voici deux groupes parisiens autoproduits et plus que prometteurs ayant chacun un pied dans le passé, le début des années 80, et un dans le présent, la pop moderne et l'électro. Pour commencer, le toujours aussi enthousiasmant Object revient ici en trio après le départ de son deuxième guitariste. Sa musique y gagne en tension et en concision, offrant une version moderne, nerveuse et accrocheuse du post punk et de la cold wave. En partie débarrassé d'influences trop voyantes (Cure, Joy Division, Mogwai), le groupe fait mouche à chaque coup et délivre, sur cet impeccable EP éponyme, cinq titres entre feu (la voix ardente) et glace (la basse souterraine et les guitares acides). Et son superbe chant en français est l'une de ses forces. Celui en anglais d'Icon-X est, par contre, ce qui pèche un peu chez le groupe. L'accent français est trop marqué et la voix parfois trop maniérée. Heureusement, le mélange réussi entre électro minimaliste et rock sec, ainsi que des mélodies immédiates, parviennent aisément à séduire, surtout si l'on a un faible pour les premiers Christian Death, Virgin Prunes et Alien Sex Fiend. Ambiances troubles, sonorités aigres et théâtralité morbide imprègnent les cinq titres de ce nouveau CD varié et énergique, Icon-X n'hésitant pas ouvrir sa néo-batcave à des influences plus pop. Bref, les deux formations confirment là leurs qualités d'écritures et la grande maîtrise de leurs styles respectifs. Vivement la suite !
Christophe Lorentz |
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