
 |  | Our Love To Admire [Labels]
En 2001, lorsque le monde entier avait les yeux braqués sur New York et que "Is this It?", le premier album des Strokes, y entamait cette nouvelle ère du rock anglophone qui perdure toujours aujourd'hui, Interpol célébrait les fantômes de Joy Division et des Chameleons et les libérait définitivement de la niche gothique dans laquelle ils étaient injustement enfermés. Aujourd'hui, nos New-yorkais, désormais copiés avec plus ou moins de réussite aussi bien par des groupes relativement crédibles comme Editors ou She Wants Revenge que par quelques tristes ersatz de la scène gothique (citons les affreux Pink Turns Blue), en sont à leur troisième album. Si l'illustration de la pochette (une scène animalière de chasse plutôt crue) tranche avec les précédents artworks minimaux, il ne faudra pas s'attendre à d'autres dépaysements ni à des prises de risques qui auraient pourtant pu être bienvenues. C'est bel et bien encore une fois la même élégance et la même imposante noirceur que l'on retrouve dans les moindres recoins de leur disque, que ce soit dans les guitares ou la voix de Paul Banks. "Our Love to Admire" est ainsi, comme ses prédécesseurs, un album sombre et dense, qui continue de vivre au-delà des écoutes et qui provoque chez l'auditeur des visions de défilements de paysages monochromes ou de scènes urbaines tragiques.
Renaud Martin |
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 |  | An End Has a Start [Kitchenware/PIAS]
Cette guitare vibrante, cette voix d'outre âme... on ne vas pas revenir ad vitam sur les influences et les références d'Editors (et les nôtres), mais "An End Has a Start", le second album du groupe, est l'occasion parfaite d'appréhender sur du plus long terme le groupe anglais qui nous avait tant enthousiasmés avec son premier album en 2005. On peut donc une nouvelle fois juger sur pièce cette approche toujours aussi anachronique de la construction des compositions et des mélodies. Mais si "The Back Room" nous avait coupé le souffle, on perd ici, outre la surprise, plusieurs choses : le son brut de la batterie, la basse, qui se fait bien moins présente, et la guitare, moins étonnante et plus homogène. Trois éléments qui caractérisaient pourtant parfaitement le premier album. Du côté du chant, Tom Smith, par contre, ne pose aucun problème ; si on connaît maintenant bien les ficelles, il faut admettre qu'on ne peut qu'une fois de plus tomber sous son charme et la profondeur de ses textes. Alors que du côté des voisins de palier, le nouvel album d'Interpol, sorti récemment, est plutôt difficile d'accès car de premier abord sans aspérité, et peut nécessiter de multiples écoutes avant que l'on y trouve du relief et qu'on l'apprécie réellement, on s'approprie celui d'Editors bien plus facilement. Peut-être trop même, et ce serait son seul vrai défaut. Le concept est rôdé et nos oreilles avisées, et, on s'emballe dès la première écoute sous l'emprise de ce lyrisme étourdissant et de ces compositions émouvantes. La production, si elle a ôté le côté brut du projet, a su rester discrète et valorise au final comme il le faut le son du groupe. Et la succession de titres dark-pop souvent entraînants, toujours poignants, combinant deux styles qui ont jusque-là souvent cohabité sans ne jamais être aussi bien associés, ne s'enlise pas un seul instant et se maintient avec classe sur la longueur de l'album. Impossible de ne pas adhérer à Smokers Outside the Hospital Doors, The Racing Rats ou Escape the Nest. Un deuxième essai vraiment réussi.
Christophe Labussière |
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Joseph Arthur & the Lonely Astronauts | | Let's Just Be [Lonely Astronaut Records]
Que diable est-il arrivé à Joseph Arthur ? Son précédent album, "Nuclear Daydream", paru l'an dernier, semblait indiquer un timide penchant de l'Américain pour le rock countrysant mal fichu, mais là, avec "Let's Just Be", il dépasse le cadre de la saute d'humeur pardonnable. Qu'est-il donc arrivé à l'homme orchestre qui, en solo, parvenait à nous enchanter de ses tourments les plus effrayants ? Il s'est décidé à monter un groupe, sans doute afin de combattre son ennui. Et c'est là le début du nôtre. Car "Let's Just Be" est un disque écrit à plusieurs mains, aussi peu inspiré que brouillon, et l'on comprend aisément pourquoi ce disque n'est disponible qu'en import dans notre pays. Trop long de surcroît (plus de soixante-dix-huit minutes, notamment à cause d'un titre fourre-tout de plus de vingt minutes) et lourdement imprégné d'un vieux rock malade, tant et si bien que l'on se demande quel(s) morceau(x) sauver des eaux : peut-être Take Me Home ou Star Song ? Les guitares sont rocailleuses et n'offrent plus la finesse d'antan dans ce melting pot festif et déplacé. Ne reste donc plus que la pochette et l'artwork du livret pour rappeler qu'il s'agit d'un disque de Joseph Arthur et de ses envahissants compagnons de jeu, les Lonely Astronauts. À déconseiller aux fans qui voudront certainement s'éviter une vilaine déception. Et à déconseiller à tous les autres par la même occasion, que l'on préférera orienter vers ses magnifiques précédents LPs.
Bertrand Hamonou |
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 |  | Way to Wonderland... [Infrastition] Mary Goes Round ...Way Back Home [Infrastition]
Le label français Infrastition, spécialiste des rééditions de qualité des grands noms de la scène française des années 80/90 (Norma Loy, Clair Obscur, Baroque Bordello) et de la Touching Pop en particulier avec Asylum Party, Babel 17 ou ici Mary Goes Round, nous livre l'intégrale de ces derniers, soit pas moins de soixante titres ! Une époque à redécouvrir d'urgence ou avec nostalgie sous la forme de deux doubles CDs, "Way to wonderland..." qui regroupe "Sunset", "70 Suns In The Sky" ainsi qu'une poignée d'inédits disponibles sur diverses compilations, puis "...Way Back Home" qui réunit les derniers enregistrements pour le compte du mythique label parisien Lively Art, soit "Highway planet", "Hot shot in space" et "Mary in wonderland" ; le tout remasterisé pour l'occasion et agrémenté de quelques versions live et démos. Jérôme Avril ne s'est pas autant investi dans ces rééditions qu'a pu le faire Thierry Sobezyk pour celles d'Asylum Party sorties en début d'année, il ne faut donc pas attendre de biographie ni de leçon d'histoire de la Touching Pop dans le livret, mais il a cependant offert une nouvelle version de On my Way Back Home, réenregistrée en 2006 et disponible sur "...Way Back Home". Si l'homme avoue volontiers avoir tourné la page, le label français va continuer quant à lui sur sa lancée avec les rééditions du "Celeano Fragments" de Babel 17 et une anthologie des années 82-86 de Complot Bronswick pendant l'été.
Bertrand Hamonou |
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 |  | Still Warm [Hive]
Venu d'Autriche, Photophob, l'autre entité musicale de Herwig Holzman (après Macon Tights) se nourrit de lumière pour tisser des compositions instrumentales sombres et mélancoliques, sans autre prétention que celle de faire exister la musique que son compositeur aimerait écouter. Les quinze titres réunis sur "Still Warm" sont construits à partir de boucles drum'n'bass, break beat et trip hop qui servent de canevas à des mélodies lentes portées par un synthé volontairement d'un autre âge. Pas vraiment pop ni entêtantes, ces mélodies sont parfaites pour coller à de petits films qui n'existent que dans l'esprit de Holzman, certainement inspirés par d'autres films obscurs dont on entend régulièrement des phrases piochées au hasard. L'auditeur se trouve alors plongé dans un véritable jeu de piste, puisque l'album s'ouvre avec All of Them? et se termine avec All of Them. La boucle est (déjà) bouclée ? Pas tout a fait, car un nouvel album ("About the Living Things") au format mp3 et totalement gratuit est déjà disponible sur Laridae.net, le label fondé par notre protagoniste.
Bertrand Hamonou |
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 |  | April [2blossoms.com]
L'an dernier, VAST avait proposé sur son site internet ce que nous avions pris pour les démos de son prochain album, "April". La version définitive dudit disque est aujourd'hui disponible en téléchargement au même endroit (www.realvast.com) pour un prix toujours "ridicule" ($4,99), et c'est avec surprise que nous découvrons qu'en fait de versions finalisées, le groupe a simplement reproduit ces démos à l'identique (avec quelques autres inédits) sans l'habillage auquel on pouvait s'attendre. Les titres ont été enregistrés en une seule prise, ce qui constitue le concept essentiel de ce disque plutôt curieux dans la discographie de l'américain Jon Crosby. Rappelons tout de même qu'il avait débuté la carrière de son groupe de manière solitaire en 1998 avec un album éponyme totalement époustouflant, surchargé et audacieux, truffé de samples et de trouvailles dignes d'un acharné du travail en studio. Aujourd'hui, la formation préfère utiliser des cordes discrètes(One More Day et Is It Me), et au final cet "April" ci ressemble comme deux gouttes d'eau à la première mouture. VAST se risque tout à coup à perdre son identité : exit l'électronique efficace et le mur du son du côté des guitares, il ne s'agit plus aujourd'hui que du résultat sonore brut produit par quatre musiciens qui jouent ensemble. "April" n'en reste pas moins un bel album de balades dépouillées et intimistes comme le prouvent les magnifiques She Visits Me et Take Me With You, mais il demandera cependant bien plus d'attention de la part des auditeurs qui feront le pari de ne pas le rejeter dès la première écoute.
Bertrand Hamonou |
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