ohGr
Devils In My Details
[SPV]
Le co-leader de Skinny Puppy revient avec son troisième album succédant au cartoonesque et foutraque "SunnyPsyOp" de 2003. Et le duo, Nivek Ogre est encore accompagné de Mark Walk dont la patte s'impose d'ailleurs de plus en plus chez Skinny Puppy depuis "The Greater Wrong of the Right", nous livre cette fois une oeuvre particulièrement tumultueuse. Enregistré au cours d'une session unique Pro Tools et nourri de visionnages de vidéos et films étranges, "Devils In My Details" fait en effet état des heures les plus sombres vécues par Nivek ces dernières années. Si le propos n'est pas des plus clairs à l'écoute de cette voix distordue, les compositions lorgnent assurément vers un psychédélisme sombre (Eyecandy et son "What could make the world a better place for you and I" rampant et scandé à l'envi), parcouru d'abysses indus ambient (le glacial Three qui en appelle à "The Process"), parfois martelé (l'excellent Psychoreal ou D.Angel), et serpentant souvent vers le meilleur d'une electro patchwork unique et exigeante. Le côté pop des deux précédents albums d'ohGr n'a pas totalement disparu pour autant, mais ne fait que de rares apparitions sous la forme de mélodies portées par une guitare râpeuse ou un piano appuyé (voir notamment Timebomb ou Feelin' Chicken, un des seuls morceaux à rappeler les productions antérieures du duo). Le rythme soutenu et les structures complexes de ces onze pistes enchaînées feront sournoisement dériver l'auditeur d'une transe extatique à des interstices atrabilaires : un album cathartique diabolique mais jouissif. Une vraie réussite en somme.
Catherine Fagnot


Informatik
Beyond
[Metropolis]
Après presque quinze ans de carrière et trois albums, le duo de San Francisco Informatik faisait partie de ces groupes électro certes toujours bien produit, mais sans véritable identité. "Re :Vision", sorti en 2006, laissait présager une mutation dans l'orientation de ce, jusque-là, Front Line Assembly du pauvre. La voix de Da5id Din, tête pensante du groupe, s'était assagie et les rythmiques, moins martiales, avaient gagné en sagesse et maturité. Deux ans plus tard, c'est plus qu'une confirmation. "Beyond" est très certainement en passe de devenir l'un des meilleurs albums d'électropop de 2008. Fini l'Electronic Body Music des années 90 ; place aux mélodies synthpop accrocheuses. Dix morceaux, dix tubes planétaires, dix associations de couplets/refrains que Depeche Mode aurait sûrement aimé avoir composés. L'ensemble, certes un peu plus musclé que les compositions des kids de Basildon (Informatik ne peut quand même pas renier totalement son passé indus), est un véritable tour de force. On ne s'en lasse pas. Les synthés de Tyler Newman opèrent à merveille et la voix de Da5id Din, sur des textes plutôt optimistes (pour une fois), à l'instar du fabuleux Don't Be Afraid qui clôt l'album, s'impose comme l'une des plus charismatiques et personnelles de l'electro US, rivalisant avec Iris et Assemblage 23. Informatik vient enfin d'entrer dans la cour des grands, et ils ont choisi la grande porte. Tout laisse à penser que le groupe pourrait bien atteindre des sommets... À suivre donc de très très près.
Stéphane Colombet


The Killers
Day and Age
[Island]
Et dire qu'il y en a certains, comme votre serviteur, qui se sont laissés enthousiasmer par ce nouveau groupe texan au nom simple mais percutant ; et dire qu'il y en a qui ont cru que le revival new-wave "comme dans les eighties, mais en mieux" pouvait venir de ces gars-là et de leur premier et brillant album, "Hot Fuss". Seulement voilà, donnez du succès à des esprits faibles, et que font-ils ? D'abord, ils se laissent pousser la moustache, ensuite ils font exprès de ne pas se raser pour avoir l'air malade, et surtout, ils sortent leurs violons, se font lyriques parce qu'ils pensent que c'est comme ça qu'il faut faire, mais pas parce que c'est ce qu'ils pensent ("Tu vois mec, la vie est dure alors je porte la tristesse sur ma gueule et je me lamente"), ils prennent exemple sur Queen et puis ils croient ce qu'on leur dit : "Vous êtes le revival new-wave". Alors là c,'est pire, ils ressortent du placard où les nineties les avaient enterrés des sons de synthés atroces, des nappes sirupeuses et écœurantes, des gimmicks éculés dont même Gold, Image ou Partenaire Particulier auraient honte, et sur lesquels ils peuvent roucouler leur pseudo mal-être. Le troisième album des Killers ravira sûrement les jeunes filles en fleur et leur permettra sans nul doute de devenir richissimes et de se laisser pousser la moustache encore plus longue, de mettre des vestes brillantes et d'adopter des poses "Voyez comme je souffre". On a pourtant essayé de l'écouter ce disque, et plus d'une fois, mais malgré quelques bribes fugitives d'échos de "Hot Fuss", rien à faire, ce machin-là est, à peine sorti, déjà rance. Il est maintenant temps de tuer les Killers, et de passer à autre chose.
Frédéric Thébault


Marching Dynamics
Nailsleeper
[Hymen]
Amateurs de programmations fines et ultra précises, "Nailsleeper", le premier album de Marching Dynamics, vous est clairement destiné. S. Talada, l'homme qui se cache derrière ce projet, n'en est pas à son coup d'essai. Activiste forcené dans le milieu électro depuis près de vingt ans, l'Américain s'est essayé à plusieurs genres de musiques électroniques avant de fonder son propre label à Los Angeles, le bien nommé Mechanismz. À l'instar de Tonikom -la précédente référence du label allemand Hymen Records qui publie justement "Nailsleeper"-, c'est avec subtilité et sans jamais en faire des caisses brutales et bruitistes que Marching Dynamics a construit un disque instrumental, homogène, rythmé et inspiré, dans lequel on retrouve des nappes et des sons que ne renieraient sûrement pas Skinny Puppy. Signe extérieur d'un album riche et bien pensé, "Nailsleeper" révèle ses secrets de fabrication au compte-gouttes, écoute après écoute, et dévoile sa curieuse palette inédites de nuances de clartés et d'obscurités. Tant et si bien que l'on se retrouve à la croisée des chemins d'une électro-indus venue du Canada et d'une techno plus minimale et plus légère provenant de Detroit. "Nailsleeper" est un disque qu'il est difficile d'enlever de sa platine, et dont on attend avec impatience la suite, déjà annoncée par le magique The Many Moods of Dynamite disponible sur le site de l'artiste.
Bertrand Hamonou


Primal Scream
Beautuful Future
[Atco/WEA]
Si l'on devait décerner un prix à un groupe dont la qualité de sa discographie est la plus inégale, Primal Scream serait forcément en lice, voire pressenti comme grand favori avec ses productions en dents de scie. Tout le monde se souvient bien sûr d'albums marquants et novateurs comme l'ont été "Screamadelica" en 1991 et "XTRMNTR" en 2000, véritables coups de génie contemporains ; on se souvient en revanche beaucoup moins bien de "Vanishing Point" en 1997 ou encore plus récemment de l'insignifiant "Riot City Blues" (2006). Si peu de rigueur génère désormais lors de la sortie d'un nouvel opus de la bande de Bobby Gillespie plus de retenue, voire de scepticisme, que d'excitation. Et pourtant, contre toute attente, ce "Beautiful Future" fraîchement sorti se classe d'emblée dans la catégorie des réussites absolues. Sans hésitation aucune, nous voulons croire en ce futur que nous promettent ces Écossais d'origine, la meilleure façon étant de s'abandonner franchement dans ce disque impeccable, bourré de bonne humeur et de ritournelles à fredonner en toute circonstance. En choisissant une voie propre et plus pop que rock et rocailleuse, le groupe nous offres de nouveaux classiques (Uptown ou encore The Glory of Love) comme il ne l'avait pas fait de puis des lustres. Il n'en fallait pas plus pour nous réconcilier avec Primal Scream, du moins jusqu'au prochain album du groupe...
Bertrand Hamonou


War Tapes
War Tapes
[Sarathan Records]
Interpol, Editors, She Wants Revenge, Dragons, Departure, Frustration... Ces derniers mois nous auront permis de découvrir et de s'attacher à une poignée de formations plutôt excitantes, à défaut d'être franchement originales. Toutes ont de commun d'embrasser les mêmes ombres, cultivant une affection pour le sombre et le mélancolique, infidèles à la new wave des années 80 car lui préférant la cold wave, privilégiant les guitares aux synthés, spoliant le lyrisme et les mélodies de Mark Burgess et des Chameleons tout en mimant la hargne de Ian Curtis et de Joy Division. Chacun des sus-cités mérite au moins le respect, car si la méthode employée diffère de l'un à l'autre (principalement par des variations plus ou moins électroniques), c'est toujours l'efficacité qui aura primé. Et voilà qu'un nouveau venu apparaît sur le tard, auto-proclamé post-punk, tout droit sorti des rues de Los Angeles, avec un EP éponyme qui parvient en un tournemain à le placer à à peine quelques brassées de guitares et de basses de ses cothurnes. Tous les ingrédients éprouvés par ses aînés répondent à l'appel et on se laisse entraîner sans trop réfléchir par la voix de Neil Popkin et les accords de ses acolytes. Le plaisir procuré par l'écoute de ces trop courtes 22 minutes (sept titres) démontre à qui en douterait que la recette n'a finalement pas encore trouvé ses limites et que là où certains comme Interpol commencent à lasser, et certainement à se lasser, d'autres ont déjà repris le flambeau.
Christophe Labussière
Express
Ce n'est un secret pour personne : New Model Army est avant tout un groupe de scène. Surtout, on doit l'avouer, depuis que ses disques studio nous excitent un peu moins qu'auparavant. On est donc plutôt contents de découvrir un nouvel album live de la tribu de Bradford : Fuck Texas, Sing for Us [Attack Attack/Bad Reputation] d'autant plus qu'il bénéficie d'un excellent son et qu'il se distingue par un tracklisting faisant la part belle aux deux ou trois derniers albums. C'est à la fois un avantage, car cela permet de redécouvrir sous un nouveau jour des morceaux que l'on a forcément moins écouté que les inusables Vengeance ou Green and Grey, mais c'est aussi un inconvénient, car cela se fait au détriment de ces classiques que l'on est toujours heureux de retrouver… Au final, il s’agit là d’un intéressant instantané de ce qu’est le groupe de Justin Sullivan en 2008, ainsi qu’un bon complément au fameux double live "…And Nobody Else" paru en 2004.
Sabordé après un remarquable premier album, le quintet féminin et canadien The Organ ajoute aujourd'hui un séduisant post-scriptum à sa courte discographie avec le EP six titres Thieves [Mint Rec./Talitres Rec.], enregistré lors d'une tentative avortée de reformation. On y retrouve avec plaisir ces mélodies douces-amères qui doivent beaucoup aux Smiths, toujours portées par le chant mélancolique de Katie Sketch et cet orgue omniprésent sans jamais être envahissant. Et même si les compositions sont peut-être un cran en dessous de celle de l'album "Grab That Gun", l'atmosphère en clair-obscur qui s'en dégage ne manque pas d'émouvoir.
C'est dans un registre moins new-wave mais tout aussi accrocheur qu'évolue la délicieuse Maple Bee avec son second opus : Home [Prikosnovénie]. Entre pop-rock fédératrice, folk nocturne et électro doucereuse, Mélanie Garside (sœur de la chanteuse folle-furieuse de Queen Adreena) déroule onze chansons limpides et variées, où l'on croise les fantômes des Sundays et de Shivaree, susceptibles d'emballer aussi bien les amateurs de brit-pop aguicheuse que de rock indé intimiste. Une très belle surprise.
Nettement plus théâtral, le quatuor français Katzenjammer Kabarett dévoile un savoureux deuxième album titré Grand Guignol & Variétés [Projekt]. Entre deathrock moderne, électro-goth subtil et cabaret post-punk, cet opus original et très maîtrisé évite avec brio la copie-carbone des grands anciens pour dévoiler une personnalité bien marquée ainsi qu'une inspiration sans failles. La scène dark hexagonale peut définitivement s'enorgueillir de posséder là un vrai nouveau talent !
Idem pour Dexy Corp_, bien que ceux-ci s'inscrivent dans une veine beaucoup plus virile et agressive. Sur son premier album, Fragmentation [Underclass]), ce quatuor originaire de Tours assène un métal industriel puissant et entêtant, qui rappelle les grandes heures de KMFDM, Treponem Pal ou Ministry, avec ses guitares bien grasses, ses rythmes dancefloor, ses sons électro saillants, ses samples à go-go et son chant abrasif. Pas de révolution musicale majeure à l'horizon, mais une formule solide qui a fait ses preuves et qui est appliquée ici à la perfection.
En revanche, on reste un peu sur notre faim à l'écoute de Sexo Olympico, le nouveau Revolting Cocks [Thirteen Planet/Underclass], plus électro, moins décapant et moins inventif que ses prédécesseurs. Même si on reconnaît bien le style iconoclaste du "side-project" d'Al Jourgensen, la folie qui présidait sur les opus antérieurs a fait place ici à des compositions plus "classiques" et moins excitantes. L'ensemble n'en est pas pour autant désagréable à écouter, mais on a connu la troupe bien plus inspirée.
Christophe Lorentz
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