Nitzer Ebb
Industrial Complex
[Major Records]
Quinze ans exactement après leur dernier album en date "Big Hit", et quelques présences remarquées sur des bandes originales de films et de séries télé ("Saw IV", "Saw VI", "NCIS" et "Fringe"), les Anglais de Nitzer Ebb reviennent avec un nouvel opus, si bien fait qu'il pourrait laisser croire que le temps s'est simplement arrêté pendant cette longue période. Car la formule percutante du groupe fonctionne toujours aussi bien : Douglas McCarthy et sa voix reconnaissable entre mille accompagné de Bon Harris et ses synthés et autres instruments toujours aussi martelés. Ajoutez à cela la production fidèle de Flood et le retour vers le futur est garanti. Les vieux copains de Depeche Mode, qui ont d'ailleurs assuré la première partie de leur dernière tournée, n'ont rien perdu de leur vigueur d'antan, bien au contraire. "Industrial Complex" ouvre les hostilités avec Promises et l'on repense sans difficulté aux meilleurs moments de Join in the Chant, avec ses mots répétés jusqu'à la saturation, ces slogans scandés pour vous injecter une bonne dose d'énergie et surtout vous donner envie de bouger, de danser comme de vous battre. Suit Once You Say, sans doute l'un des morceaux le plus aboutis de ce nouvel album, par sa construction, sa personnalité, et enrichi de la voix du grand Martin Gore himself pour prononcer quelques mots de ce plaidoyer pour la body music : un pur retour, assez classieux, aux sources de l'EBM. Vient alors Never Known, titre plus lent sur lequel McCarthy alterne avec brio murmures et presque cris pour créer des effets de rupture angoissants. Quant à Going Away, c'est quasiment une berceuse, électronique certes, mais terriblement harmonieuse, plus éloignée du registre indus qu'à l'accoutumée ; un titre qui aurait aussi pu trouver sa place sur le deuxième album de Fixmer/McCarthy. Sublime. Puis c'est un retour aux rythmiques plus martiales avec Hit You Back, mid tempo envoûtant qui ne peut vous laisser de marbre. Et le clou s'enfonce avec le titre Payroll déjà entendu depuis plusieurs mois : sorte de rap blanc et industriel, autoritaire à souhait. La suite s'accélère avec Down On Your Knees et de nouveau des rythmes body qui rappellent les premières années du groupe, tout comme le très cru I Don't Know You. Puis "My Door Is Open" ralentit un peu la cadence pour mieux repartir dans une sorte de trance militante particulièrement bien construite. Redoutable. Vient alors la véritable surprise de l'album : "I Am Undone" et ses sonorités de piano d'outre-tombe offrant un support grandiose à McCarthy qui, mieux que jamais en vingt-cinq ans de chant, véhicule une réelle émotion entre voix calme et cris totalement désespérés : impressionnant, tout simplement. Puis c'est un retour aux origines avec le plus bourrin Kiss Kiss Bang Bang parfaitement calibré pour quelques fosses bien crades de salles de concert peu recommandables. Et, enfin, l'album s'achève sur Traveling, sorte de chansonnette faussement naïve derrière laquelle on ressent que la rage demeure, toujours prête à éclater. Bilan des courses : même si "Industrial Complex" ne fait pas véritablement découvrir un nouveau Nitzer Ebb, ce nouvel album impose, écoute après écoute, un respect total tant les douze morceaux qu'il nous offre sont non seulement d'excellente facture, mais surtout, nous replongent aux origines de la musique électronique industrielle avec un plaisir intact.
Stéphane Colombet
http://www.premo.fr
http://www.premonition.org
http://pages.premonition.fr
http://www.premonition.org/chro/chro284001.php3