Aswefall
Fun Is Dead
[Isolering]
On sait le label Kill the DJ riche en groupes novateurs, on le vérifie avec un grand plaisir sur cet album, épatant, du duo français Aswefall. Minimale, à la fois nocturne et aérienne, cold mais toute en retenue, l'oeuvre des deux comparses, Clément Vaché et Léo Hellden, est de celles qui échappent aux normes et captive par son côté décalé. On pense sur Prison à The Cure première période, une basse à la Simon Gallup venant étoffer ce superbe morceau rêveur et enlevé, après que le songe électro de Fun Is Dead, le titre inaugural, ait pris l'auditeur dans ses filets d'irrémédiable façon. Un esprit rock parcourt le tout, perceptible entre autres sur Nevermore où il s'acoquine avec une trame cold qui elle-même se greffe sur des séquences électro attractives. Puis des guitares acides, quoique discrètes, étayent ensuite Shadows of Love. L'identité d'Aswefall est d'ores et déjà affirmée et n'évoque aucune autre formation. Cet atout fait tout le charme et le cachet de l'opus en présence, qui même dans un format étendu et répétitif (Exotica), envoûte sans rémission. C'est également le cas sur le délicat Memphis, avant que les pulsations techno d'Isolation n'engendrent un voyage sonore céleste à souhait. On trouve en fin d'album un interlude nommé Ex, trop court pour laisser une empreinte durable, puis, c'est Which Side of Me, aux motifs récurrents et obsédants, fin et lui aussi spatial, qui ferme la marche de belle manière, et consacre un duo qui, avec cet opus magnifique, son second, s'impose comme l'une des formations à suivre à la trace en ce début de décennie. En espérant, bien sûr, que celle-ci nous apporte de nombreuses surprises d'esprit similaire.
William Dumont


Distortions
Autoproducted
[Autoproduit]
Troisième album pour les Lorrains de Distortions, et toujours un sans faute dans ce registre unique qui est le leur, quelque part entre psychédélisme 60's noirâtre et garage punk teigneux. On aurait pu prendre les morceaux un par un, dire d'emblée que So Blonde So Young met les pendules à l'heure dans le registre hypnotico dépressif sans ne jamais cèder à la facilité, puis que No Sex For You réussit à coller une mélodie accrocheuse sur fond de punk énervé, et continuer ainsi titre après titre, mais cela aurait été inutile, car tous possèdent le même potentiel d'excitation et d'énergie, et cela jusqu'à la dernière seconde du disque (du disque, du vinyl, pas du CD, car les Disto sont des puristes et tiennent à leur intégrité, faisant de cette autoproduction un produit de qualité, enregistrement en studio de rigueur et pochette travaillée). La nouvelle mouture de Distortions a ici trouvé sa vitesse de croisière, on sent que les musiciens ont plaisir à jouer ensemble, qu'il s'agisse de côtoyer les fantômes de Joy Division (ou plutôt de Warsaw), de flirter avec la noise du début des nineties ou avec le reggae / dub froid inventé par les punks de 77 (l'excellent Bahnhof Zoo). "Autoproducted" marche dans les traces de son prédécesseur, "Psychic Reverb" ; il ravira et épatera tous ceux qui feront l'effort de se le procurer en contactant le groupe via sa page MySpace.
www.myspace.com/lithiumforyou
Frédéric Thébault


Mind.in.a.Box
Retro
[Dependent]
Ce quatrième album des Allemands de Mind.in.a.box est peut-être l'une des grandes surprises électro de cette année. Stefan Poiss nous avait déjà surpris avec ses premiers disques, faits d'une musique électronique assez inclassable, sombre et lumineuse à la fois, accordant une place majeure à des mélodies complexes et entraînantes en même temps, ainsi qu'à des voix hybrides d'un nouveau genre. Mais "Retro", qui se veut rétrofuturiste puisque dédié aux sonorités des machines électroniques des années 80 et en particulier des jeux vidéo de cette époque, sonne finalement comme quelque chose d'étonnamment moderne tant la fusion de ces vieux sons, qui comme la madeleine de Proust nous renvoient à l'époque de nos premières consoles, avec les sonorités lourdes des synthés actuels est tout simplement parfaite. Ajoutons à cela que Mind.in.a.Box a encore peaufiné son sens des mélodies, et "Retro" vous apparaîtra comme l'album incontournable de cette année. Pas dark electro mais plutôt destiné à un public plus large en quête de morceaux grandioses, souvent instrumentaux, mais aussi très dansants, ce disque est le résultat magique d'une fusion improbable entre Vangelis et Cerrone d'un côté, et Seabound ou le meilleur de la future pop actuelle de l'autre. Surprenant et totalement nécessaire, pour redonner ses lettres de noblesse à la musique électronique.
Stéphane Colombet


Recoil
Selected
[Mute]
Lowness
Undertow
[Ant-Zen]
Qui aurait cru que l'année 2010 serait celle de la première tournée de Recoil, le projet qui a maintenu Alan Wilder en studio depuis son départ inattendu de Depeche Mode en 1995. L'usage voulant qu'une tournée s'accompagne toujours d'un nouveau disque, c'est avec cette jolie compilation sous le bras qu'il sillonne en ce moment l'Europe et bientôt le continent américain. "Selected" évite (renie ?) intelligemment les premiers EP et LP du projet ("Hydrology" et "1+2") et regroupe les titres préférés qu'Alan a publiés depuis l'inoubliable album "Bloodline" de 1992, à commencer par le fantastique Faith Healer où était invité Douglas McCarthy (Nitzer Ebb) au chant. Une sélection augmentée d'un second CD de remixes puisés dans la collection de maxis parus entre 1997 et 2008. La récente et impeccable prestation parisienne de l'Anglais, accompagné de son faiseur de sons Paul Kendall, et leur set d'une heure et dix minutes ininterrompues nous a prouvé que Recoil sait se réinventer en permanence, pouvant rivaliser en live avec des artistes Hymen/Ant-Zen ou Tympanik Audio. Artistes parmi lesquels on pourra citer Lowness, le nouveau projet de l'Américain Scott Sturgis (Converter, DBS) et son premier album "Undertow". Au moins tout aussi claustrophobe que le "Gyral" de Scorn en cependant bien plus abrasif de par le choix des sons, l'album séduit par son côté impénétrable et relativement tendu, tour à tour métallique, rocailleux, organique, et aux antipodes de cette magnifique pochette pourtant si liquide. Un très bon premier album pour un projet que l'on va désormais surveiller de près et à qui l'on souhaite la même durée de vie que celui d'Alan Wilder.
Bertrand Hamonou


Sexy Rexy
Sexy Rexy
[Acid Cobra]
Duo italien signé par Amaury Cambuzat d'Ulan Bator sur son label Acid Cobra Records, ce qui le rend d'emblée pour le moins crédible, Sexy Rexy nous régale d'un disque expérimental et passionnant de bout en bout. No-wave (le génial Swine Flu) ou krautrock, porteurs de sonorités évoquant le Velvet Underground dans ses élans noisy (Panna Montana), pour ensuite asséner une gifle punk-rock/arty du meilleur effet (Beauty is in the Eye of the Beholder), Diego Vinciarelli et Luca Andriola signent une oeuvre majeure, frappée du sceau d'un label dont le fondateur définit de fait, la teneur. Même dans ses moments de quiétude (-), Sexy Rexy est au summum. Il allie magistralement sur Through the Mountain mélodies, bruitisme et brisures de rythme. La réussite est totale et éclatante, d'autant que se profilent, en fin d'album, d'autres perles comme ce Somewhere. So, d'abord dans la retenue, puis ouvertement noisy, ou ce Sue Kamizo façon Sonic Youth. La juxtaposition d'ambiances tranchées ne trouble en aucun cas la cohérence du projet, qui s'achève d'ailleurs sur deux chansons d'une qualité exceptionnelle : Stanzas (for Emily Brontë) tout d'abord, superbement uniforme et jonché de guitares noisy captivantes, puis I love My Son, scindé en deux parties bien distinctes, l'une plutôt posée, l'autre nettement plus vive, dissonante, pour un résultat une fois de plus irréprochable. Et l'on se retrouve, en fin de parcours, avec un opus parmi les plus intéressants que l'Italie ait pu nous faire découvrir depuis bien longtemps.
William Dumont


Void Kampf
Sévère Mais Juste
[Sigsaly Transmissions]
"Sévère Mais Juste" est le premier album officiel du combo lillois Void Kampf, aujourd'hui signé sur le label américain Sigsaly Transmissions. Après quatre autoproductions (gracieusement offertes en free-download sur le site officiel du groupe, ici) cette série de hits en puissance regroupés sous un titre provocateur et teinté d'humour va s'abattre sur l'hexagone et déclencher une secousse sismique gigantesque. Tout fan "bioniqué" qui se respecte peut enfiler sa tenue commando et entamer sa danse psychotique : Void Kampf n'est pas là pour plaisanter et annonce (non sans cynisme !) son concept : EBM Posers. L'originel son de la fameuse Electro Body Music retrouve enfin ses lettres de noblesse avec un chant guerrier éructé (Karmeliet), des rythmes de Panzer prêt à faire se fissurer les murs (Spiegel Mann), des beats façon enclume et des synthés emplis de testostérones (Steel Stahl)... Aucun temps mort, les titres s'enchaînent de façon impressionnante : robustesse, souplesse et qualité ne quitteront jamais cette galette digitale car les Void Kampf ont ce petit plus que beaucoup de groupes mainstream d'électro dure n'auront jamais : une âme. Préparez-vous a perdre quelques kilos avant l'été avec Rock The Club et les excellents remixes embarqués par les prestigieux Signal Aout 42, K-Bereit, Autodafeh ou encore Steril. Le nec plus ultra de la scène électronique estampillé "True EBM".
Jean-Marc Chabrerie
Express
Lorsque les Mancuniens de James annonçaient la sortie d'un EP à la fin de l'année dernière, nous nous attendions à quatre titres, cinq tout au plus. Mais ce sont finalement sept nouvelles compositions que recèle The Night Before [Mercury], premier disque à sortir quelques mois à peine avant son jumeau "The Morning After", prévu pour le milieu de l'été. Le fait est que ce mini album voulu plus pop, plus rapide, plus festif que "The Morning After" déjà annoncé comme bien plus lent par Tim Booth, est à rapprocher de leur récent et excellent "Hey Ma". Aucun changement de direction, donc, pour un groupe revenu au premier plan et dont les compositions font mouche disque après disque.

On avait senti le son et le ton se s'étoffer sur Chrono, le titre très réussi que SE avait publié en avant-première sur la compilation "Emerging Organisms Volume 3" en fin d'année dernière. Et c'est tout naturellement sur L36 [Tympanik Audio], son second album au titre énigmatique tout droit sorti d'une ligne de tableur, que Sebastian Ehmke enrichit son écriture un peu naïve et surtout très belle, d'une musique électronique solitaire, toujours touchante. Quelques notes simples d'une guitare viennent humaniser ces titres que l'on croit connaître depuis toujours, désarmé par tant de simplicité dans un univers où la complexité est pourtant monnaie courante.

Loin des formats pop au milieu desquels Dean Garcia a évolué durant plus de quinze années avec Curve, son style de programmeur-arrangeur-producteur est néanmoins reconnaissable sur le premier EP d'Inkraktare. Composé de longues plages de musique électronique expérimentale écrites avec Mark Wallbridge, You Have Reached Your Destination [FWONK] , disponible gratuitement sur le site du label, s'affranchit un temps des guitares pour une musique entre ambient méditative et intelligent music d'une efficacité évidente.

Musiciens prolifiques depuis 2004, Red Sparowes délivre EPs et albums de manière régulière sans jamais faillir ni changer de trajectoire, comme ont pu récemment le faire 65daysfstatic en allant fricoter avec l'électronique. Les guitares et les pédales d'effets demeurent le nerf de la guerre de ce super groupe de Los Angeles qui se compose de membres d'Isis et d'ex-Halifax Pier, Pleasure Forever et Angel Hair. Une fois encore, le lourd rock instrumental et expérimental de The Fear Is Excruciating, But Therein Lies The Answer [Conspiracy Records] continue de faire vibrer nos murs et nos enceintes, et constitue une leçon de savoir-faire pour des groupes tels que Followed By Ghosts ou For a Minor Reflection.
Bertrand Hamonou
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