| En 2013, soit 36 ans après un premier album ("Pink Flag") qui a marqué l'histoire de la musique alternative sans jamais figurer dans le moindre guide grand public, alors que leur place est aux côtés des Sex Pistols ou des Buzzcocks, Wire est soudainement placé sous les projecteurs, invité par exemple chez France Culture. Ce qui permet à votre collègue de travail ou votre boulangère de vous demander, connaissant vos goûts "bizarres", "Tu connais Wire ?". Pour les fans transis, c'est à la fois le plaisir de se dire "enfin, la reconnaissance" et la déception "Zut, encore un qui ne m'appartient plus, rien qu'à moi". Mais rassurons-nous. "Change Becomes Us" est, après "Send", "Object 47" et "Red Barked Tree", les albums de la reformation post-2000, une nouvelle marque brûlante du talent et du génie de ce groupe hors-normes. Ils ont peut-être quasiment la soixantaine, mais de quoi faire mordre la poussière à tous les plus jeunes et les plus énervés. Jamais leur musique n'aura réussi à mêler aussi bien émotion et colère, intelligence et expérimentation, distillant sans qu'on s'en aperçoive dans les sempiternelles trois notes énervées, tout un panel d'émotions pures et extrêmes. Et puis, cet album brillant est aussi un pur produit conceptuel, puisqu'il reprend des vieux bouts de morceaux des débuts, tous inédits, issus de démos abandonnées ou seulement joués en live comme Eels Sang Lino (et donc parfaitement inconnus ou presque des auditeurs), en les triturant bidouillant et actualisant à la sauce 2013. Résultat : une douzaine de titres d'une force incroyable, alternant calme et tempête, et un vrai plaisir pour les sens. Et tout ça avec seulement trois notes : une leçon de musique magistrale. |