
|  |
|  | | Enter the Automaton | | [Jarrign Effects/Discograph] | |
|
|
|  | | Après une expérience partagée avec Angil sous le nom de The John Venture, les Français Broadway ont retrouvé le chemin des studios pour se livrer à une mutation exemplaire sur leur second album. "Enter the Automaton" est une merveille de mélancolie douce, susurrée dans le creux de l’oreille, en toute intimité. Quelque part à la croisée des mondes de Sigur Rós (pour les instrumentations insolites) et des artistes du label Anticon (13&God en tête pour ces notes écorchées), les Stéphanois se sont trouvé une place de choix. L’électronique omniprésente de "06:06am" se fait discrète et enveloppante, soutenant ses pianos et guitares métronomiques (Automatons et Stop Motion), et ses cordes caressées du bout des doigts (The Key Maker). Automates et boîtes à musique sont aussi de la partie, participant à concentrer cette chaleur que seul le son des cuivres vient refléter sur Airtight Part 2. Ces alchimistes du son n’en oublient pas pour autant les mélodies, ces ritournelles entêtantes que ce chant masculin si particulier nous gratifie titre après titre. Aucun doute possible, "Enter the Automaton", avec ses trouvailles ingénieuses et ce son désossé puis recomposé est une sacrée réussite, faisant de Broadway le groupe français à désormais suivre de près. |  | | Bertrand Hamonou |  |
|  |

|  |
|  |  |  | | Expérience |  | | Nous en sommes (encore) là | | [Boxson/Anticraft] |
|
|  | | Les uns lorgnent avec fierté sur la scène britannique (The Fall, Joy Division) alors que les autres ont une attirance tout aussi motivée mais pour la scène américaine (Sonic Youth, Fugazi, Shellac) ; les références foisonnent encore clairement pour les premiers alors que pour les seconds la digestion s'est beaucoup mieux passée ; et là où Frustration a opté pour la langue de ses pères (que 25 ans d'écart empêcheront toujours d'être leurs paires), Expérience chante et scande en français. Le procédé est différent, mais l'urgence et l'intelligence qui suintent de ces deux productions sont tout aussi brillantes et excitantes. Et si tout semble séparer ces deux formations, elles se retrouvent parfaitement quand il s'agit de hargne, de sincérité et d'émotion. Si les uns optent pour la frustration comme carburant et distillent leurs chansons avec l'énergie d'un uppercut, les autres se retrouvent aujourd'hui gênés par leur expérience. La formation de Toulouse en est à son troisième album et commence à tourner dangereusement en rond avec "Nous en sommes (encore) là". L'apparition d'une voix féminine sur deux titres tente de donner un peu de piment, car l'album en manque terriblement. Expérience se prend les pieds dans ses combats d'arrière-garde, perd tout son sens, et ne fait plus preuve aujourd'hui de beaucoup d'ambition. Impossible par contre de faire ce type de reproche aux Parisiens qui de leur côté ont l'avantage de la jeunesse et, s'ils sont bien plus dans la "futilité", parviennent à réaliser un vrai exploit avec "Relax" qui démarre en trombe et ne faiblit pas un seul instant, le groupe s'offrant même la reprise plus vraie que nature d'un titre que Joy Division n'a jamais écrit. Deux expériences à tenter, une certitude : aucune d'entre elles ne laissera indifférent. |  | | Christophe Labussière |  |
|  |

|  |
|  | | Endraum Hommage | |
|
|  | | Rendre hommage à Endraum au travers d'un album de reprises peut passer pour un pari étonnant et risqué. Étonnant, car le duo de Francfort est très loin d'être le groupe le plus fédérateur et reconnu de la vague darkwave allemande. Risqué, car la musique d'Endraum, toute en poésie et en arrangements délicats, peut apparaître comme très peu propice à l'exercice de la reprise. S'approprier la version originale sans pour autant briser la fragile colonne vertébrale qui en constitue l'armature relève dans ce cas précis beaucoup plus du défi que du simple exercice de style. Et force est de reconnaître que Julien Germain s'est acquitté de cette délicate opération avec un certain brio. Reprenant les principes fondamentaux de chacun des douze titres sélectionnés (tirés de presque tous les albums du groupe), le Français a ensuite laissé son inspiration vagabonder au gré d'une instrumentation toujours juste, d'une production ciselée et d'arrangements ambiants subtils. Et si l'on peut regretter la transposition de l'allemand vers le français (bien que fort joliment traduit) et le chant parfois un peu grandiloquent de Julien Germain (qui tranche avec les profonds spoken words originels d'Hovi Miskovics), c'est néanmoins une œuvre étonnante de maturité et une vision totalement personnelle qui nous sont proposées là. Loin des pales covers-carbone chères à certains labels, cet "Endraum Hommage" épouse ici avec délicatesse et inspiration les ondoiements lyriques et romantiques des An Dich, Appell an die Muse ou In Grauer Stadt. Plus qu'un tribute-album, ce disque permet par sa foisonnante créativité et par le sujet qui l'anime de révéler, d'une part un artiste que l'on souhaite revoir dans un contexte de compositeur, et en même temps de (re)découvrir un groupe, jusque-là injustement relégué au rang d'éternel second couteau. Sans label ni distributeur, ce joli digipak est disponible aux adresses suivantes : www.opn-lvr.com, www.endraum.net et julien.germain@wanadoo.fr. |  | | Stéphane Leguay |  |
|  |

|  |
 |  | |  | | Non Nova, Sed Nove vol. I/vol. II | |
|
|  |  |  | | Lucie Cries |  | | Non Nova, Sed Nove vol. III/vol. IV | | [Infrastition] |
|
|  | Figure récurrente de la scène gothique/post punk hexagonale des 90's, Lucie Cries disparaissait corps et bien en 1996, laissant derrière elle l'une des discographies les plus fournies des années 90's. Quatre maxis, trois albums et une compilation, tous sortis sur le label maison Alea Jacta Est, et depuis longtemps devenus introuvables. Des incunables aujourd'hui sauvés de l'oubli et réexposé aux lumières du 21è siècle par le spécialiste français du genre, Infrastition (à qui l'on doit d'autres précieux dépoussiérages : Norma Loy, Tanit, Asylum Party, Excès Nocturne etc). Et ce n'est rien moins que l'intégrale absolue du groupe emmenée par Olivier Paccaud (chant / basse) que nous propose le label, qui a rajouté en sus quelques inédits, certes pas toujours inoubliables (The Muse's Calling), mais dont les valeurs fondatrices justifient en partie leur présence sur ces deux doubles CD-témoignage. L'occasion est donc belle de se replonger ou de découvrir l'univers de Lucie Cries. Rebelle, romantique, fougueux, onirique, lyrique, autant de traits de caractère qui s'entrechoquent à l'heure d'évoquer la musique et les textes du groupe. Entre les cavalcades frénétiques, presque tribales marquées du sceau de Killing Joke / Play Dead, et les cataractes de guitares lumineuses et abrasives, le spectre de Lucie Cries s'étire de toute sa puissance, des premiers pas balbutiants du maxi originel "Les Saisons du Doute" jusqu'aux flamboyances du troisième opus "Nihil Ex Nihilo". Une évolution dans le son et la maturité qui aurait cependant mérité un regroupement chronologique plus approprié, les quatre maxis se retrouvant dispersée à la fin des quatre CD, ce qui brouille quelque peu les pistes pour le profane. C'est d'ailleurs là le seul bémol que l'on pourra retenir à la charge de cette œuvre de réhabilitation. Car pour le reste, quel plaisir que de se replonger dans ces brûlots vengeurs (Peste de Cristal, St Jean Baptiste & Torquemada, Les Soleils Félons, Sol Lucet Omnibus, La Chrysalide de l'Ange), dans les langueurs spleenesques des Vestale, Sophia et dans les hymnes que sont restés L'Âme de Perperthus, Ultima Verba, L'Acropole d'Or ou Le Talisman de La Muse, sans oublier le poignant Shoah. On notera enfin la présence du maxi "Capharnaüm, Éclipse et Lumière" enregistré à l'aube du split et resté jusqu'alors dans les tiroirs d'Olivier Paccaud. Un trésor enfin dévoilé qui révèle l'un des plus beaux joyaux du groupe, le dionysiaque Vers l'Azur...
Enterrée dans la discrétion la plus totale, Lucie Cries s'offre douze ans après un testament enfin à la hauteur de sa carrière. Et une collection en forme de must absolu pour tout fan de romantisme guerrier. |  | | Stéphane Leguay |  |
|  |

|  |
 |  | |  | | The Metamorphosis Project | |
|
|  |  |  | | Followed By Ghosts |  | | The Entire City Was Silent | | [autoproduit] |
|
|  | | Aujourd’hui, lorsque quelqu’un évoque le post-rock moderne, les regards et les esprits se tournent unanimement et immédiatement vers le Canada et son désormais célèbre label Constellation. Mais suprématie ne veut pas forcément dire monopole. En vieille Europe, d’excellents groupes disposent d’un savoir-faire presque chirurgical, proposant un son tellement ample et précis, bien moins countrysant que celui des Mt Silver Zion et autres Do Make Say Think, qu’il en devient littéralement obsédant. C’est le cas des Danois de The Seven Mile Journey dont l’envoûtant second album autoproduit, "The Metamorphosis Project", est de ceux qui vous kidnappent sans que vous puissiez vous débattre, tel un véritable rapt qui ne laissera aucune trace apparente de lutte. Fermez les yeux et laissez-vous guider tout au long de ce programme unique découpé en six longs instrumentaux enchaînés qui cristallisent l’idée que tout le monde se fait du post-rock sans jamais avoir pu l’entendre ailleurs, même si l'influence Godspeed You! Black Emperor est évidente. Batterie tribale, guitares en boucles puis en mode sirène d’alarme, basse ultra précise font de "The Metamorphosis Project" un classique du genre que ne renieraient sûrement pas les Américains de Followed by Ghosts dont le dernier opus, "The Entire City Was Silent", lui aussi autoproduit et sorti fin 2007, présente bien des similitudes et partage la même aura mystérieuse, sauf qu'ici un piano des plus subtils colore ces fantastiques compositions. Comme quoi, la qualité n’est pas l’apanage exclusif des labels qui ont le vent en poupe. Et ces deux groupes à découvrir absolument nous en apportent une preuve incontestable. |  | | Bertrand Hamonou |  |
|  |

|  |
|  | | April | |
|
|  | | Curieusement, la discographie de Mark Kozelec est plus compliquée qu’il n’y paraît. Tout d’abord chanteur des Red House Painters de 1989 à 2001, l’homme mène parallèlement depuis une carrière en solo et conserve sa place de leader au sein de Sun Kil Moon, son nouveau groupe fondé avec son complice de toujours, Anthony Koutsos. Si l’Américain aime brouiller les cartes, il est évident que sa ligne de conduite musicale n’a jamais dévié en près de vingt ans de carrière, puisque le chanteur demeure un formidable vecteur d’une certaine forme de poésie américaine mélancolique, quel que soit le nom qu’il utilise pour la publier. Kozelec sait qu’il peut compter sur cette voix unique pour charmer un auditoire conquis d’avance. Et ce troisième album de Sun Kil Moon, "April", trouvera une place de choix dans la discothèque de ceux qui le suivent depuis le "Down Colorful Hill" des Red House Painters sorti en 1992 par 4AD. Dans l’univers de Mark Kozelec, le temps s’est arrêté, et l’on comprend alors pourquoi il choisit ces pochettes intemporelles pour représenter sa musique si personnelle, si bouleversante. Jouant tour à tour avec l’acoustique (Lucky Man, Blue Orchids) et l’électrique (The Light, Tonight The Sky) qui nous ramène aux regrettées guitares rocailleuses apparues à l'époque du "Old Ramon" des Red House Painters, le chanteur de San Francisco guérit les blessures de l’âme grâce à cette magie qu’il maîtrise si bien, celle des mots et des mélodies plaintives. |  | | Bertrand Hamonou |  |
|  |
| |
|  |  | |  |