
|  |
|  | | Intimacy | |
|
|  | | Décidément, ça se vérifie pour tous les groupes : le troisième album est celui qui passe ou qui casse. Le premier, en général réfléchi depuis longtemps, a pris son temps. Mais sitôt signés les groupes se trouvent rapidement confrontés à l'impératif de pondre leur second disque pour honorer leur carrière débutante de musiciens professionnels. Au troisième, on vérifie par contre si le talent est toujours au rendez-vous, et si les membres du groupe ont été assez soudés pour traverser les épreuves de leur nouvelle vie. Tout cela conjugué, ce troisième album est, en général, soit un flop, soit le jalon marquant d'une étape vers un succès toujours plus important. Dans le cas de Bloc Party, le premier album était ce que l'on sait : un coup de génie. Le second, cependant, innovait moins, essayant de privilégier l'émotion et la quiétude, ce qui forcément n'avait pas enthousiasmé tout le monde (mais pas votre serviteur). Et puis, il y a un an, il y avait eu ce single, Flux, véritable "tube techno pour rave", que personne n'avait vraiment compris, mais qui était pourtant un vrai choc. Voici donc "Intimacy", sorti sans crier gare, comme on le dit à la SNCF. Et là, "mamma mia mes aïeux", les qualificatifs manquent : quelle puissance, quelle émotion, quelle inventivité, quelle innovation, quel talent ! Bloc Party vient, l'air de rien, de s'installer dans la cour des grands, et même des très grands. Après les deux premiers morceaux basés sur des rythmiques folles, des samples, du hip-hop, et avec un côté expérimental très Radiohead, l'album se calme un peu, et l'on reste jusqu'à la fin ravi comme des gamins. Et bien sûr, il y a toujours cette douleur omniprésente, cette sensibilité à fleur de peau que sait si bien transmettre la voix chaude de Kélé Okéréké (de son vrai nom Kelechukwu Rowland Okereke, il est bon de le préciser). Bref, comme on dit : "T'as entendu le nouveau Bloc Party ? C'est une tuerie". |  | | Frédéric Thébault |  |
|  |

|  |
|  | | The Smallest Acts of Kindness | | [netMusicZone/La Baleine] | |
|
|
|  | | Cela faisait douze ans, depuis l'apaisé "To Love and Be Loved", qu'Anne Clark n'avait pas sorti un véritable nouvel album. Douze années durant lesquelles on l'a tout de même retrouvée aux côtés de Martyn Bates (sur des textes de Rainer Maria Rilke), d'Implant, remixée par quelques solides producteurs techno, ou encore en live, où elle s'est produite sous diverses formules (techno, électro, acoustique). "The Smallest Acts of Kindness" est donc un événement en soi, d'autant qu'on y découvre l'Allemand Xabec aux machines et à la composition. Celui-ci a su créer de beaux écrins pour les textes mélancoliques et la voix au phrasé si particulier de la poétesse anglaise. Le résultat se partage ainsi à parts égales entre ballades acoustiques intimistes (où l'implication de Xabec se limite à des nappes synthétiques) et titres électro musclés, comme à la grande époque de Sleeper in Metropolis ou Our Darkness, mais ici avec une production "technoïde" moderne. Au final, cet album au beau packaging réunit donc les deux tendances majeures de la carrière d'Anne Clark, permettant à chacun d'y trouver son compte. Un come-back discographique inspiré qui fait chaud au cœur. |  | | Christophe Lorentz |  |
|  |

|  |
|  | | The New Backwards | |
|
|  | | Ceux d'entre nous qui pensaient que l'histoire de l'Arlésienne "Backwards" -l'album enregistré par Coil en 1995 dans les studios de Trent Reznor alors établis à la Nouvelle-Orléans- était définitivement enterrée avec la sortie de "The Ape of Naples" en 2005 en sont pour une surprise de taille. Car certains titres inachevés n'avaient finalement jamais fait surface. Bien sûr, le surexcité Ayor, rescapé des sulfureuses "Acid Jams" un temps disponibles en MP3 sur le site du groupe, était déjà apparu sur "Live Three" et sur la compilation "A Guide For Finishers". Mais, les autres compositions exhumées pour "The New Backwards" n'avaient jamais transpiré outre mesure. On aurait d'ailleurs pu croire que Peter Christopherson en resterait là en 2003, laissant la fatalité au passé, et se consacrant pleinement au retour en alternance de Throbbing Gristle et de SoiSong, le nouveau groupe qu'il partage désormais avec Ivan Pavlov de COH. Mais, on ne se débarrasse pas si facilement d'une demi-vie passée aux côtés de John Balance, et, l'Anglais exilé à Bangkok s'est à nouveau penché sur ces bandes avec le concours de Danny Hyde, membre de Coil à l'époque de leur enregistrement. Et le résultat est là, magnifique, treize années plus tard. La voix du regretté John Balance est bien évidemment présente, attestant ainsi de la démarche honnête du projet. Ses performances vocales rassurent (Paint Me as a Dead Soul), ou étonnent ( Nature Is A Language où le chanteur semble littéralement improviser). Album ultime d'un groupe incontournable, "The New Backwards" est la dernière vitrine de l'identité Coil, proposant mêlées une ambient constamment réinventée et de l'hystérie canalisée, est directement disponible sur le site du groupe. Entre Coil et ses fans, était depuis toujours une histoire de fidélité sans pareille : désormais, c'est "à la vie, à la mort". |  | | Bertrand Hamonou |  |
|  |

|  |
|  | | Les Plaintes d'un Icare | |
|
|  | | Le side-project de Jean-Luc de Meyer, chanteur de Front 242 et véritable icône dans le milieu electro-indus, présenté fin 2006, pouvait laissé songeur. Il faut dire que le pari était de taille. S'associer à Jean-Marc Melot (Csygnus) pour interprêter des poèmes sur un fond de musique synthétique, ce n'était pas une chose évidente de prime abord. Cela aurait même pu vite tourner à la caricature grotesque. Ce premier album de Modern Cubism, conçu comme la première pièce d'un triptyque, est dédié aux "Fleurs du Mal" de Charles Baudelaire. Le résultat, assez déconcertant à la première écoute, fonctionne très bien une fois apprivoisé. D'abord parce que Jean-Luc de Meyer nous avait déjà prouvé par le passé (notamment avec ses autres side-projects Cobalt 60 et C-Tech) qu'il est plus qu'agile dans son maniement de la langue française, avec ce petit accent belge qui en a vite fait le "Brel de l'electro". Ensuite, parce que les musiques de Jean-Marc Melot sont loin de constituer un simple support : souvent très sombres, les nappes de synthés analogiques et quelques rythmiques robotiques donnent aux textes de Baudelaire une dimension futuriste qui offre à l'ensemble une perspective presque surréaliste. Et quand Fabienne Danloy prend la place de Jean-Luc derrière le micro, le résultat est tout aussi bon : le titre "La Beauté" en est l'exemple parfait, comme si une cantatrice s'était mise à fredonner Kampfbereit. Sublime ! On attend donc avec une certaine impatience la deuxième partie, dédiée cette fois aux poèmes de Geo Norge. |  | | Stéphane Colombet |  |
|  |

|  |
|  | | Solo | |
|
|  | | Voilà une carrière solo qui démarre plutôt bien après dix-sept années de bons services vocaux pour divers groupes de musique électronique. Après moult collaborations avec la crème du gothique (Girls Under Glass, Umbra et Imago, Goethes Erben) et de l'electro grand public (Schiller, Paul Van Dyk), Peter Heppner, mieux connu comme chanteur de Wolfsheim, se lance aujourd'hui totalement seul et nous livre un album "solo" à la fois simple et redoutablement efficace. Car les onze morceaux qui composent cet opus n'ont rien à envier aux meilleurs titres de Wolfsheim. Downtempo, progressives et mélancoliques, les compositions de Peter Heppner s'accrochent rapidement à l'oreille pour conduire l'auditeur sur des sentiers encore inconnus où énergie et méditation cohabitent harmonieusement. Rarement les pianos et les violons se seront aussi bien mariés aux synthétiseurs... "Solo" est assurément un album qui s'imposera avec le temps et deviendra peut-être un classique tant chaque titre qui le compose est une petite perle electropop, à la fois dansante et presque apaisante. Un modèle à suivre, pour durer. |  | | Stéphane Colombet |  |
|  |

|  |
|  | | Schädling | |
|
|  | | Ces dernières années, il était bien difficile de savoir si les éditions limitées des récentes productions de :Wumpscut:, devenues par nature confidentielles, n'étaient finalement plus destinées qu'aux derniers radicaux qui savourent encore les productions de Rudy Ratzinger. Car l'Allemand, devenu depuis longtemps ouvrier de son art, délivre ses albums année après année, avec une ponctualité devenue si prévisible qu'il n'étonne plus grand monde. Mais la livraison 2008 risque bien de changer quelque peu la donne, surtout sur la deuxième partie du disque. Alors que le fan -échaudé par les épuisants vocaux féminins à répétition des précédents opus- guette le retour d'un titre véritablement estampillé :Wumpscut:, il constatera avec surprise que les bonnes copines chanteuses à la croix de bois s'en sont enfin allées. Mieux, Rudy s'est semble-t-il procuré de nouveaux softs qu'il a branchés en série avec les anciens, et est revenu à un son qui nous manquait depuis les années fastes, et qui avaient engendré les macabres et géniaux "Bunkertor 7" et "Embryodead". Explorant de nouveaux territoires plus pop, plus volumineux, voire cinématographique, tout en conservant juste ce qu'il faut de noirceur teutonne sur Hard to Bear et Moloch, :Wumpscut: parvient à nous faire réviser notre jugement à son sujet, concluant en prime cet album avec sa plus belle réussite depuis des lustres : Nest. Il était grand temps que "Schädling" sauve son créateur de l'oubli. |  | | Bertrand Hamonou |  |
|  |
|  |  |  |  | |  | Daft Punk nous l'avait déjà déjà signifié d'une façon plutôt... violente avec "Alive 2007" : ce n'est pas parce que leurs productions sont plus ancrées que d'autres dans le temps qu'il est impossible de leur donner un coup de jeune le moment venu. Avec A Cross the Universe [Warner] de Justice, le théorème est le même. Si la grosse artillerie de "†" est aujourd'hui à peine un an après sa sortie, déjà presque obsolète, le traitement que Gaspard Augé et Xavier de Rosnay lui font subir en live est... pour le moins décoiffant, tout en restant tout de même un poil plus "grossier" que les sus-cités Daft Punk.
Thieves Like Us a de commun avec New Order, hormis le nom du groupe tiré de l'une de leur plus belles chansons, pas mal de choses : un minimalisme de façade, un chant parfois dissonant, tout au moins nonchalant, qui rappelle celui des poulains de Factory, une boîte à rythmes et des claviers plutôt vintage, un brin de dub (To Joy) et de petites mélodies plutôt addictives... Une électro pop froide pas toujours parfaitement réussie, mais suffisamment pour qu'on s'intéresse de près à ce Play Music [Kitsune] qui traîne dans les cartons du groupe, d'origine suédoise et basé à New York, depuis juillet 2008 et qui sort enfin aujourd'hui.
Depuis Le Twenty-Two Bar où elle accompagnait brillamment Dominique A, il faut bien avouer que nous n'avons jamais été véritablement convaincus par les productions en solo (deux albums) de Françoiz Breut, toujours indissociable de Dominique A mais tentant néanmoins de s'en distancer avec des arrangements bien trop dépouillés. S'il est toujours aujourd'hui difficile de juger sur pièce son travail sans se référer à celui de son ex-mari, il est peut-être temps avec À l'Aveuglette [T-Rec] de se raisonner. Françoiz Breut écrit des chansons, composées de mots, de sens, et, l'habillage n'a pas d'autre but que de la mettre à nu. Les guitares de Nébuleux bonhomme ou la rythmique et le trémolo de Dunkerque seront les deux exceptions "pop" de l'album, il ne faudra pas se laisser impressionner non plus par le casting, ce sont les splendides textes de Françoiz qu'il faut aller découvrir, à l'aveuglette, le reste n'a pas grande importance.
C'est à l'occasion du festival Factory en octobre dernier que l'on avait découvert le projet CLP. Deux "pointures", Chris De Luca de Funkstörung (CL) et Phon.o de Shitkatapult (P), associés pour donner vie à une nouvelle entité. Ils offraient ce soir-là un set survitaminé, entre The Chemicals Brothers et Funkstörung, et réussissaient leur coup : mixer leur production personnelle à du très haut de gamme (tel LFO), y ajoutant des pincées de "Putcha Handz Up" qui leur permirent d'aller exactement où ils voulaient aller : à l'essentiel. Un peu trop vite d'ailleurs, car passé l'enthousiasme initial, tout s'est mis rapidement à tourner en rond. C'est donc avec curiosité, mais appréhension, que l'on guettait Supercontinental [Shitkatapult], la version "studio" de cette association. Et l'album est... cheap ! Plus personne ne s'amuse avec des sons comme ça depuis un paquet d'années et la liste des invités présents n'y changera rien. Mauvaise pioche !
On était carrément tombé en amour avec le fruit de la collaboration entre Federico Pellegrini (Little Rabbits) et Helena Noguerra ("Bang" de Dillinger Girl and 'Baby Face' Nelson). Une ambiance plutôt bien foutue et un son un rien ouaté pour une pop bien française de plutôt bon acabit. Quand Federico a continué l'aventure sans Helena, mais entouré de ses French Cowboy, le son c'est durci, les vieux repères (Tucson, Arizona... repères monomaniaques des Little Rabbits) avaient repris le dessus. Le résultat était toujours aussi addictif, mais peut-être un peu trop âpre. Toujours derrière les French Cowboy mais accompagné maintenant de Lisa Li-Lund, le ton revient à plus de douceur, et l'on découvre avec Share Horses [Havalina Records] une série de chansons absolument charmantes et de toute efficacité. Federico a des doigts en or et un talent incroyable pour la composition. On le savait déjà, mais on s'en délecte avec toujours autant de plaisir.
Avec "Reboot", sorti en 1998, le traitement infligé par Front 242 à son back-catalogue était tout simplement exceptionnel ; la formation belge reprenait d'un coup dix ans d'avance et récupérait sa place légitime de leader. Dix ans plus tard, les effets sur lesquels on s'était extasié à l'époque commençaient à prendre un vrai coup de vieux. Quoi de plus simple alors que de prendre les mêmes et de recommencer ? Sauf que cette fois-ci le traitement est supposé plus vintage que futuriste... Au final, rangez "Reboot" et sortez Moment [Alfa-Matrix], avec ses 36 titres (on ne s'attardera pas sur les subtilités marketing carrément contestables du label), vous avez de quoi tenir au moins dix ans de plus, d'autant qu'une poignée de "nouveaux" morceaux s'invitent, le splendide 7Rain, les imparables Until Death ou encore l'incontournable Operating Tracks. L'ensemble a été capté à l'occasion de leurs deux concerts anniversaires à Bruxelles en 2006. |  | | Christophe Labussière |  |
|  | |  |  |
|
|  |  | |  |