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|  | | The Eternal | |
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|  | | Ce qui frappe dès les premières notes du nouvel album de Sonic Youth, c'est la guitare "électrique". Pas dissonante, car de celle-ci, jamais ils ne se sont séparés depuis leur naissance il y a bientôt trente ans, mais bien électrique. Celle du bon vieux temps de "Daydream Nation" ou "Goo", au tournant des années 80/90, quand la noisy-pop anglaise et la noise américaine étaient reines. Appelons cela regain d'énergie, crise de la cinquantaine, effet induit de la récession mondiale, influence des astres... peu importe, c'est un fait : Sonic Youth vient de sortir l'album le plus hargneux qu'ils aient fait depuis presque vingt ans. Certes, la tension retombe dès le troisième titre, mais la colère gronde, et l'existentialisme notoire du groupe ne peut disparaître d'un seul coup de baguette magique. "The Eternal" est une chouette réussite comme on ne l'espérait peut-être plus, car il est vrai que depuis dix ans, Sonic Youth, s'ils continuaient à expérimenter, étaient presque devenus un groupe planant, plus très soniques et plus très youth : on était désappointés d'effleurer, dans chaque album récent, cette colère brute qui animait le groupe mais qui était peu à peu partie en déliquescence. Avec "The Eternal", on remet donc les pendules à l'heure. Pour le reste, la recette traditionnelle fait toujours son petit effet : chant masculin/féminin, morceaux déstructurés, guitares triturées torturées dans tous les sens, et ambiances pas vraiment folichonnes. Entre "Evol" et "Sister", "The Eternal" se pose là, et cet album remettra en selle tous les fans du Sonic Youth version années 80, attirant avec lui, espérons-le, quelques adolescents désireux de s'échapper du consensus mou de la musique alternative actuelle. |  | | Frédéric Thébault |  |
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|  | | Live | |
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|  | | Créé en 1981 à Creil, ville peu connue pour sa scène musicale, Clair Obscur a depuis pratiqué une musique singulière, passant sans vergogne de l'indus le plus brut à des plages cold-wave, sans omettre un certain penchant pour le symphonique. Sur disque, cela pouvait donner un contenu décalé mais inégal ; sur scène, c'était souvent sauvage et vigoureux. Ce live, enregistré à Paris en 1984 et 1986, et qui fait suite à "We Gave a Party for the Gods and the Gods All Came", un album somptueux sorti il y a quelques semaines qui marque le retour des frères Demarthe, en est le parfait témoignage. Autour d'une batterie métronomique et percutante et d'une trame musicale malsaine, qui mêle les styles et des éléments musicaux disparates avec adresse, sans s'égarer, le duo, trio au moment de l'exécution de ce live, interprète des morceaux d'obédience plutôt cold, indus de par la répétitivité de certains motifs, extrêmement efficaces. Âpres, difficiles d'accès, notamment pour l'époque, ces morceaux n'ont pas pris une ride et on comprend d'autant mieux la décision du label Infrastition de les graver à nouveau sur support CD. Certains titres, comme The Rope, dégagent une intensité remarquable, alors qu'ailleurs, lorsque le tempo s'assagit, les frères nous livrent des ambiances faussement calmes, tourmentées, comme sur Blume, captivantes. Trouvant ce juste équilibre entre les deux options, Clair Obscur nous gratifie donc là d'un live en tous points excellent, à découvrir pour les néophytes et à redécouvrir pour ceux qui seraient déjà au fait des oeuvres émanant du groupe faisant honneur à une scène hexagonale peu médiatisée, plutôt "underground"(ce qui n'est pas un mal, loin s'en faut), à l'image par exemple de Lucie Cries, basé à Mouy, ville voisine. |  | | William Dumont |  |
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|  | | Crepuscule with Pacman | |
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|  | | Originaires des États-Unis, les quatre membres d'Intelligence pratiquent un rock barré à souhait, bruitiste, et parviennent en douze morceaux et à peine vingt-huit minutes à dire l'essentiel et à captiver l'auditeur. On pense aux Liars, à Sonic Youth, à la no-wave, et dès My Ears Are Dust, le frac sonore du quatuor nous emporte vers des contrées noisy encore rarement explorées. La diversité est de mise ; en atteste le second morceau, plus fin, plus guilleret, lui aussi singulier et qui s'appuie sur une boucle de clavier épaulé par une voix à la limite du chuchotement. On pourrait d'ailleurs s'attarder sur chacun des titres présentés ici, tant l'intérêt suscité est grand et l'identité du groupe affirmée et éloignée de toute démarche conventionnelle. I Walk in a Lonely Night, par exemple, emporte l'adhésion par le biais de motifs sonores répétés et d'une envolée finale évoquant les Doors qui auraient croisé le fer avec Turzi. On pourrait aussi parler de Astrology et son rythme minimal et soutenu, Sexual Sewer et son côté foutraque délicieux, et vanter la multitude de petits détails liés à chaque morceau, ou encore l'addiction que génère le moindre de ces titres. Mais la meilleure des démarches, avec un album de ce type, est de l'écouter et le réécouter pour en saisir, au fil de ces écoutes, toute la sève et la teneur. Un excellent disque, nécessaire de par ses penchants expérimentaux, et salutaire de par l'esprit affiché. |  | | William Dumont |  |
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|  | | Live Complaints | |
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|  | | Personne ne compte plus les projets musicaux auxquels a participé et participe encore Jean-Luc De Meyer, chanteur super star au sein de Front 242. Avec son livre de réécritures de poèmes classiques "Tous Contraints", sorti l'an dernier, le Belge avait dévoilé publiquement sa passion pour la langue de Molière, sa propre langue maternelle restée muette tout au long de la carrière de Front 242. Et c'est sur l'EP "Humanity" de 32Crash, son projet formé avec deux membres d'Implant sorti il y a deux ans, que le chanteur s'essayait à un nouvel exercice (Ior El, ou Le Roi à l'endroit) qui allait devenir le concept moteur de son nouveau projet Modern Cubism : mettre en musique des poèmes de Charles Beaudelaire. Après un premier album studio plutôt réussi -il fallait cependant oser cette union contre nature de la langue française et de l'EBM- le combo a enregistré le 15 août 2008, à Jette, en Belgique, un concert qu'il a donné devant un public "sélectionné" (ce que nous précise le livret). Les mots claquent et résonnent, s'accrochent et dansent sur cette musique rigoureuse et mathématique. Très bien, mais si seulement une attention particulière avait été accordée au mixage de ce "Live Complaints" que certains ont très vite rebaptisé "Bootleg Complaints" en raison de ce son un peu bâclé et caractéristique des concerts enregistrés sous le manteau et que nous collectionnons parfois pour de mauvaises raisons. |  | | Bertrand Hamonou |  |
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|  |  |  | | Idle Sunder |  | | Psygnosis III | | [Entity.be] |
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|  | | Le netlabel Entity est un modèle bien à part. Emmenée par Jan Robbe, la structure accueille des productions de musiciens de l'extrême aguerris, et proposées librement au téléchargement aux plus curieux d'entre nous. Les deux dernières sorties de l'année 2008 raviront les fans d'ambient noire et volumineuse, habitués des productions de Lustmord, Proem et consorts. L'Italien Scene (aka Fabrizio Greco), tout d'abord, propose un trois titres en forme de plongée sous-marine en apnée avec le bien nommé "Water Message". Tout y est murmures du fond des océans, chocs de courants marins, remontées de bulles d'air matérialisées par des micro sons. On s'y croit totalement, l'illusion est parfaite, et l'on en redemande pourvu que l'on dispose d'un bon casque. Un casque que l'on conservera pour guetter les moindres recoins de "Psygnosis III" d'Idle Sunder, dernier volume d'une trilogie parfaite aux pochettes somptueuses. Là encore, la réalité n'est plus celle que nous connaissons, les repères disparaissent peu à peu, les formes se déplacent, évoluent, la matière devient sonore et brute, tels des chocs telluriques martelés de déflagrations d'air, et l'auditeur se doit d'être attentif à ces changements de mouvements qui l'emprisonnent, le traquent. C'est grandiose et vraiment captivant, et c'est déjà la cinquante-cinquième référence d'un label vraiment passionnant que nous vous conseillons de visiter très rapidement ici. |  | | Bertrand Hamonou |  |
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|  | | The Sniper's Veil | |
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|  | | À peine deux ans après son premier album officiel sorti sur Hymen records, la New-Yorkaise Tonikom nous gratifie d'un deuxième sans faute. Moins orienté break beat et drum'n'bass que son prédécesseur, plus chaud et plus varié aussi, "The Sniper's Veil" séduit immédiatement par ce son aérien et ample, contre-pied à l'impeccable "Epoch". Temporarius Delerium en introduction, et pour plus de onze minutes, donne le ton : cette fois, le son est encore plus massif et délicat. Faisant un usage limité des rythmes syncopés sur ce disque qui se veut plus atmosphérique que le précédent, Tonikom affirme et assume ses influences électro évidentes : comment ne pas penser au Riverz End de Skinny Puppy sur The Source, avec ce sample de lamentation si particulier venu d'ailleurs ? Exit les saturations hautes fréquences d'un genre et d'une scène que Rachel connaît bien : downtempo, basses pulsées et field recording feront aussi bien l'affaire. De là à dire qu'il s'agit d'un album reposant, il ne faut pas non plus tout confondre : les rythmes sont soutenus, lourds et réguliers, et supportent des charges de samples colossales. "The Sniper's Veil" est simplement moins rapide et surtout moins saturé qu' "Epoch", et il y gagne indéniablement en richesse sonore et en profondeur. En seulement deux albums, Tonikom est certainement devenue une référence incontournable. |  | | Bertrand Hamonou |  |
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|  |  |  |  | |  | Il aura fallu quatre ans aux Mancuniens de Doves pour accoucher d'une suite à l'excellent "Some Cities". Quatre longues années de repos et d'écriture qui les ont conduit à l'enregistrement de Kingdom of Rust [Heavenly Records], ce royaume de la rouille finalement plus accessible qu'il ne pouvait y paraître de prime abord. Car la pop à guitares des Anglais s'est sacrément étoffée ; elle s'est diversifiée, aussi. Cherchant à expérimenter un peu plus qu'à l'accoutumée sur Jetstream ou 10:03, le trio, dépositaire d'une marque de fabrique désormais inimitable, multiplie les singles potentiels avec The Greatest Denier, The Ousiders, House Of Mirrors ou Lifelines. Les fans suivront sans aucun doute.
Nouveaux venus dans le monde de la pop à guitares et nappes de synthés sucrées, les quatre de Paper Route débarquent de Nashville et donnent un sacré coup de jeune à leur code postal. Absence [Motown], leur premier album, est une collection époustouflante de pop songs dont on ne se risquerait pas d'affirmer qu'elles sont plus électroniques que rock. Ni le contraire. L'équilibre entre les deux tendances est parfait, le chant bluffant et les refrains énormes (Wish, Carousel, Are We All Forgotten). Il y a fort à parier que l'anonymat tout relatif de ces jeunes gens ne durera pas bien longtemps !
Originaires du vieux continent, mais pas si éloignés musicalement, les Suédois de The Mary Onettes sortent un excellent EP, Dare [Labrador], qui rappellera tout autant le premier album de This Mortal Coil (Kicks) qu'Echo & the Bunnymen (Dare et God Knows I Had Plans). Philip Ekströms, leur leader, possède cette capacité à écrire des pop songs froides et belles qui avaient été cristallisées en 2007 sur le disque éponyme du groupe, déjà interprétées avec une passion et une sincérité que l'on ne rencontre plus si souvent de nos jours. Un EP de seulement trois titres en forme de teaser plutôt alléchant pour le prochain album que l'on attend avec impatience.
Tympanik Audio n'en finit plus de faire de bons choix quant à celui de ses signatures. Label de qualité depuis ses débuts fin 2007, l'écurie américaine spécialisée dans la musique électronique en général et dans les déclinaisons de l'IDM en particulier nous livre Surge [Tympanik Audio], méticuleux et classieux premier disque d'Aphorism, le nouveau projet de l'Américain Josh Pyle. Avec ses boucles rythmiques électroniques entrechoquées, ses climats tour à tour tendus puis lâches, sa profusion de nappes et de clics chirurgicaux, Aphorism se place sur le haut du panier avec sa production impeccable et lumineuse. Sorti simultanément, le nouveau Totakeke accélère le mouvement avec le double et conséquent The Things That Disappear When I Close My Eyes [Tympanik Audio]. Ce quatrième album de l'Américain Frank Mokros visite toutes les ramifications de la musique électronique contemporaine, de l'ambient au breakbeat en passant par l'industriel et le breakcore. Jamais à court de bonnes idées, et afin de permettre aux uns et aux autres de se faire une idée, le label propose une compilation MP3 récente de Totakeke, gratuite et téléchargeable ici. Alors que les noms d'Access to Arasaka et Mechanical Steering sont déjà avancés comme ceux des prochaines découvertes du jeune label, on se dit que décidemment, Tympanik Audio n'a pas fini de faire parler de lui.
La liste des side-projects du clan Skinny Puppy s'est allongée en 2008, avec l'arrivée du passionnant Beehatch, créé par Mark Spybey et Phil Western, tous deux membres de Download aux côtés de cEvin Key. L'un réside en Angleterre (Mark Spybey), l'autre aux USA (Phil Western), et c'est au cours d'une conversation téléphonique qu'ils décident de monter un nouveau projet de musique expérimentale. Bien sûr, l'héritage Download est perceptible, surtout sur le premier album éponyme, mais c'est sur le second et remarquable Brood [Lens Records] que les choses se corsent. On y trouve curieusement des similitudes avec les derniers enregistrements de Coil, "Black Antlers" et "The Ape of Naples" -le chant n'est d'ailleurs pas très éloigné de celui du regretté John Balance. Un sacré bon disque de musique expérimentale qui fait que dorénavant, Beehatch sera un side-project qu'il nous faudra suivre sans faillir. Il pourrait même faire de l'ombre à Download, dont le prochain album est en préparation en ce moment même. |  | | Bertrand Hamonou |  |
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