Delphic
Acolyte
[Polydor]
Le cadavre de New Order n'est pas encore complètement froid (le sera-t-il d'ailleurs un jour ?), que de jeunes groupes festoient déjà autour sans vergogne ! Il faut dire aussi que le combo est l'une des références incontournables de la nouvelle scène pop, à égalité avec The Cure, Depeche Mode, Echo & the Bunnymen et... Joy Division ! Mais Delphic a quand même deux bonnes excuses : la première est que le quatuor vient également de Manchester ; la seconde est qu'il ne propose pas un décalque systématique de la musique de New Order, mais s'inspire plutôt de son esprit. En effet, à l'instar de la bande à Barney, Delphic a choisi de mêler pop élégiaque et dance technoïde, sur fond de sonorités froides et de mélodies distanciées -mais en tâchant d'y trouver sa propre personnalité. Delphic a certainement passé plus de soirées à l'Haçienda qu'écouté l'intégrale du label Factory, mais sa techno-pop aux boucles hypnotiques ne se perd jamais dans des digressions rave : si l'on retrouve parfois les montées acides d'808 State, la mélodie pop et le chant ne perdent jamais leurs droits. Au final, même si "Acolyte" regorge de compositions accrocheuses (dont les trois singles déjà sortis l'an dernier) et de sons savoureux (basse cold-wave, guitare aigre, chant entêtant), il lui manque quand même un (voire deux) tube(s) imparable(s) qui déclencheraient véritablement notre enthousiasme. On comparera donc plus volontiers cet album à l'excellent "In the Atmosphere" de Burn the Negative qu'à n'importe quel classique de New Order, et on garde espoir pour que le quatuor mancunien confirme brillamment ce premier essai prometteur dès son second opus...
Christophe Lorentz


Scary Mansion
Make Me Cry
[Talitres]
On savait Talitres, le label bordelais, attractif de par son catalogue, lequel inclut, entre autres, le Wedding Present de David Gedge. On sait aussi, pour avoir écouté cet album du Scary Mansion de la jolie Leah Hayes, que la structure aquitaine abrite un groupe hors du commun, aux opus foutraques, aussi captivants que désordonnés d'un point de vue stylistique. On passe en effet sans crier gare, et comme le démontre ce disque de caractère mais bref (huit titres plus un bonus-track), d'un rock euphorisant (No Law, superbe entrée en matière) à une pop-folk sombre et légère (Over the Weekend), pour aboutir à une pop une fois encore troublée, magnifiée par l'organe de Leah sur Yer Grief, titre dont la quiétude est soudainement dérangée par des guitares puissantes, et qui laisse ensuite laisser la place à un Fatal Flaw très folk, épuré, sur lequel la voix charme derechef, relayée par cette instrumentation décidément changeante et caractérielle. Il en va ainsi du début à la fin de ce "Make Me Cry" peu commun, une énergie rock judicieuse faisant des apparitions remarquées au détour de mélopées pop ou folk d'une grande sensibilité. Et lorsque le groupe s'adonne à un style de façon exclusive (Mighty, fait d'un folk d'une précieuse délicatesse), la réussite est à nouveau de mise. On apprécie la finesse du propos, son association avec des élans rock venimeux sur Scum Inside, tout comme le côté feutré, distingué, de On my Mind. Le titre bonus, Look Through your Eyes, n'étant pas des moindres, avec son rythme gentiment électro, on se retrouve finalement, avec un album de belle tenue, dont plusieurs écoutes s'imposeront pour en appréhender toute la teneur. Brillant.
William Dumont


Stupre
Priceless
[Cortex Records]
Une vague de froid s'est abattue sur l'hexagone suite à la parution il y a quelques semaines, du premier album du duo alsacien Stupre. Avec "Priceless", vous allez pénétrer dans des abysses digitaux synthétiques aux sons putréfiés et glaçants. "Verge" commande les synthés, abuse des samples et conçoit les mélodies... vicieuses, tandis que "Narcisse" qui l'accompagne de son chant voccodé exulte de façon diabolique. Si l'on ne peut ignorer les influences du combo (Velvet Acid Christ, Numb et Wumpscut en tête), leur musique dark-hellektro-indus parvient à prendre le pas sur les clichés du genre. Pour preuve, Thirteenth Lover et son décorum sonore froid, ambiancé par un background religieux du plus bel effet, Toxic avec ses samples malicieux empreints de turpitude ou encore Fingerprints et ses salves synthétiques vérolées qui apportent en filigrane un vrai charme. Autant de compositions baignées dans une atmosphère emplie d'une perversion malsaine. On retrouve Neon Cage Experiment au côté du duo sur le titre Forloner aux beats down-tempo monstrueux façon "piétinement de mammouth", et VX69 (Punish Yourself) au chant sur le sombre et technoïde Drag King. Faites-vous plaisir et plongez dans ce stupre sonore aux accents sensuels cliniques et découvrez l'orgasme auditif sans fin...
Jean-Marc Chabrerie


Undermathic
Return to Childhood
[Tympanik Audio]
Cela faisait plusieurs mois que le label Tympanik Audio annonçait la signature d'un jeune Polonais surdoué de l'Intelligent Music au sein de son écurie : Undermathic allait publier son premier album à la fin de l'été. Et l'attente fut bien plus longue que prévue, puisque six bons mois s'écoulèrent sans autre forme de commentaire que "Vous verrez bien que nous ne nous sommes pas trompés". C'est finalement fin octobre qu'est paru "Return to Childhood". Et que dire, sinon que l'attente aura été véritablement justifiée. Fort d'une richesse sonore époustouflante et d'une puissance redoutable, on découvre avec "Return to Childhood" une IDM d'un genre nouveau : plus ronde, plus fine, plus ample, plus riche en atmosphères tièdes, voire franchement moites (le fantastique Independence), cinquante-huit minutes qui marquent clairement une étape clé dans l'histoire du label au catalogue de plus en plus conséquent. Sans avoir recours aux rafales de breaks assassins et de clics de précision que certains collègues ont enchaînés cette année (Aphorism, Totakeke, Pandora's Black Book), le jeune prodige superpose des couches de sons chauds et organiques et utilise un piano là où d'autres auraient placé une perceuse ou une décharge électrique. En cette période de bilan sur l'année passée, on se laisse même aller à penser que s'il ne doit rester qu'une seule production Tympanik en 2009, ce doit être celle-ci. Sans hésiter.
Bertrand Hamonou
Express
Phrénitis, le sixième album d'Atrium Carceri [Cold Meat Industry], prolonge le voyage déjà bien amorcé par Simon Heath depuis 2003 pour le fameux label suédois. On se retrouve comme à l'accoutumée plongé au beau milieu d'une ambient sombre comme la nuit et toujours légèrement malsaine, voire morbide, que seules quelques notes de piano en guise de rayon de lumière viennent faiblement troubler. Calfeutrée, tapie dans la pénombre, les ambiances qui se dégagent de ce nouvel album ont peut-être ici plus encore que par le passé une classe incontestable, même si le son s’est assagi avec les années.

Le second véritable album de Frigo a finalement vu le jour en décembre. Intitulé World is Science Fiction [Big Trip], il propose les compositions les plus complexes du combo depuis ses débuts avec les titres Your Obsession et Dreamers. La formule "magique" développée ici est celle d'un rock électro, que l'on avait déjà particulièrement apprécié sur le maxi "Teleportation" en 2003, et qui fonctionne toujours à merveille sur ce disque, dont la moitié des chansons est écrite en Français.

Restons en France avec les excellents B R OAD WAY dont le quatrième album enregistré avec le "Quatuor PLI" (jeune quatuor à cordes porté vers l'expérimentation) fait carrément aussi fort que le précédent, "Enter the Automaton", paru en 2008. Condensé de mélodies mélancoliques, d'expérimentations sonores et de climats intimistes, Gang Plank [jarring Effects] séduit immédiatement ; le chant est parfait, chaque note trouve précisément sa place, parvenant à se placer parfaitement dans cette musique bonnement inclassable et magnifique, grave, presque solennelle, mais tellement belle que B R OAD WAY est simplement le groupe français le plus intéressant du moment.

Parmi le flot des sorties hivernales d'électro ténébreuse, notre préférence s'est de loin portée vers Terminal Static [Ad Noiseam] de Broken Note. Pas très éloignées des récents travaux de Scorn et suffisamment lourdes pour faire le poids dans le monde du dubstep et de l'électro à tendance apocalyptique, les compositions du duo Anglais ne laissent rien repousser derrière elles. Peut-être sont-ils parvenus à capturer quelque résonance magnétique dans leur studio ? Toujours est-il que le sol semble s'ouvrir sous nos pieds à chaque double croche programmée sur leur boîte à rythmes. Une des meilleures sorties de Ad Noiseam depuis longtemps.
Bertrand Hamonou