Mulholland Drive
David Lynch
La sortie en DVD du dernier film de David Lynch ravira forcément les fans. Une occasion inespérée est offerte à ceux qui, une fois de plus, auront trouvé insuffisante une seule projection pour élucider l'énigme du film. Car, comme d’habitude, David Lynch s'amuse avec le scénario de "Mulholland Drive" et joue avec le spectateur. Mais pour la première fois, le voile qui recouvre "Mulholland Drive", celui qui est censé rendre l'ensemble "incompréhensible", est bien fin, et la trame une fois dévoilée semble plutôt simpliste. Les indices distillés par le réalisateur et regroupés sur ce DVD (également accessibles sur le site Internet de Bac Films), sont 10 "clefs" qui, sous couvert d'aider à la compréhension, rajoutent un peu plus au mystère.
Dès les premières secondes, dès les premières notes de musique (d'Angelo Badalamenti), on plonge au plus profond de l'univers extraordinaire de David Lynch, avec quelques purs moments griffés par le maître, comme l'apparition étonnante du nain Michael J. Anderson, tout droit sorti de Twin Peaks, où encore la scène hallucinante dans laquelle Angelo Badalamenti lui-même, dans le rôle du parrain Luigi Castiglione, "boit" un café... autant de signes distinctifs, de repères savamment distillés qui nous chahutent et nous imprègnent, sans que nous sachions si ce que l'on voit est essentiel à l'histoire ou "simplement" un début de voie qui restera inexplorée.
Car la constitution du film est particulièrement déséquilibrée, la genèse de Mulholland Drive expliquant peut être certaines choses. Initialement conçu pour être une série télévisée, la chaîne ABC refuse le projet au vu du pilote, et c'est Canal + qui propose à David Lynch d'en faire un long métrage. La première partie du film, la plus Lynchienne, est truffée à l'excès de ces petites bizarreries dont David Lynch semble raffoler tout autant que ses "fans". Quasi parfaite, cette première partie dans laquelle Betty (Naomi Watts) et Rita (Laura Elena Harring) cherchent à comprendre ce que le spectateur n’appréhendera que plus tard, est développée sur presque 2h. La seconde, celle à partir de laquelle tout s'explique, la plus intense, la plus violente, ne dépasse quant à elle pas la demi-heure. Un déséquilibre qui déstabilise le film. De "Twin Peaks" à "Lost Highway", les plongées dans l'univers de David Lynch sont toujours des expériences "traumatisantes", ses œuvres sont de ces rares films que l'on ressasse inlassablement, croyant parfois toucher la "solution", tout en étant malheureusement certain de ne faire que l'effleurer. Ici encore le but est atteint mais on reste gêné par ce traitement abrupt... et on se prend à imaginer ce qu'aurait pu nous offrir la série, sur une durée plus conséquente et sans les raccourcis obligatoires pris par le film.
L'édition DVD, pourtant riche en bonus (un making of, des entretiens exclusifs avec Mary Sweeny et Angelo Badalamenti, la conférence de presse du festival de Cannes 2001, un reportage des Inrockuptibles "Sur les lieux du tournage"), ne propose véritablement aucun élément essentiel. David Lynch a toujours refusé de chapitrer ses films (de peur qu'on les remette dans l'ordre ??), et aucune scène complémentaire ne vient éclaircir le propos... Pour donner une réponse à la première énigme, on aura constaté que le film démarre avec une image sur l'oreiller rouge, la caméra à la place du regard de Diane. Cela suffit. Toutes ces clefs seront d'ailleurs plutôt malvenues pour les puristes, les films de David Lynch n’étant ni des charades, ni des énigmes. En définitive, si ce film est certainement l’un de ses plus réussis dans la forme, le synopsis ne tient qu'en une phrase et cela est plutôt décevant.
Christophe Labussière