On s'en rend compte immédiatement, "Sinkha - Hyleyn" est bien plus qu'une bande-dessinée de science-fiction. Preuve en est la genèse du projet. "Sinkha" est né dès 1991. Marco Patrito est illustrateur de science-fiction et il décide de réaliser une bande-dessinée entièrement à partir d'images 3D. C'est trois ans plus tard qu'il publie sur CD Rom "Sinkha". Gardant le principe de la BD, les cases sont néanmoins "animées", ce qui donne une nouvelle dimension aux dessins, en permettant par exemple d'observer le déplacement des vaisseaux ou encore de jouer sur la perspective d'un décor en s'y déplaçant. L'ensemble est accompagné d'une musique et d'illustrations sonores qui renforcent l'ambiance. Cet exercice novateur fût incontestablement une réussite et offrait un digne préambule à cette bande dessinée "papier" qui, dix ans plus tard, lui fait suite. L'histoire de cette dernière est complexe si sa lecture n'a pas été précédée de celle du CD-Rom, qui met en place des éléments bien utiles à la compréhension. L'univers "Sinkha" conte une aventure dans des univers vastes, peuplés de concepts inédits qu'il n'est pas très aisé d'assimiler même si, guidé par Hyleyn, le personnage principal, les choses tendent à s'éclaircir. Toute la force de cette bande-dessinée réside dans le travail graphique de Partrito. "Sinkha" utilise les procédés de la bande-dessinée classique, les techniques 3D, une sorte d'animation "statique" et le photo-réalisme, autant de méthodes extrêmement précises qui tendent à représenter une réalité... qui pourtant n'existe pas. Le travail sur les costumes, la plastique des personnages, de Hyleyn en particulier, et surtout sur les éléments de décors est tout simplement incroyable. Lors des close-up sur les visages, les yeux et les dents brillent, le grain de peau est précis à l'extrême, les tâches de rousseur stupéfiantes de réalité. Les reflets, les effets de transparence ou bien encore les plans d'ensemble sont d'une précision étonnante. La profondeur de champs donne parfois aux dessins un relief tel que l'on croit observer une photo. Pour toutes ces raisons le résultat fait penser au film "Final Fantasy". Des visages encore plus "vrais" que s'ils étaient réels et des décors qui ne pourraient pas exister, même dans le plus fou des rêves... on oublie véritablement que l'on est dans une bande-dessinée, on pénètre ici dans quelque chose de 1000 fois plus ambitieux. "Sinkha" est la première étape d'une série dont on espère rapidement voir la suite tant l'univers créé semble maîtrisé par l'auteur. On regrettera d'ailleurs que Patrito nous dévoile tant d'informations sans vraiment nous permettre de les assimiler, preuve de sa soif à nous faire partager un projet de plus de dix ans et qui en quelque pages nous submerge complètement. On ne sera donc pas étonné d'apprendre que la série devrait compter au minimum quatre nouvelles et sera accompagnée de volumes indépendants relatants des aspects complémentaires de l'univers "Sinkha". Et si l'occasion vous est donnée de "lire" le CD Rom sorti il y a quelques années, précipitez-vous, il n'a pas vieilli d'un pouce. |