Masamune Shirow a créé en 91 avec la publication du manga "Ghost In The Shell" (parue en deux volets dans sa version française) une fable futuriste aujourd'hui incontournable. Il a su développer un univers cyberpunk extrêmement particulier, truffé de notions scientifiques et informatiques brillamment maîtrisées. L'histoire s'achevait sur la fusion entre l'Intelligence Artificielle, le "Marionnettiste", et le major Motoko Kusanagi. C'est cette partie de l'intrigue, et non l'histoire générale du manga, qu'avait utilisée Mamoru Oshii comme base à l'anime du même nom sorti en 1995. Dix ans après ce premier opus, Shirow récidive avec ce nouveau volet, prouvant à qui en douterait qu'il reste toujours un mangaka de référence, autant en ce qui concerne le dessin que la narration. Car ce qui crève les pages immédiatement, c'est la qualité du dessin : les 120 premières pages sont superbement colorées (même si on perd la brillance de l'original, moins sombre et plus lumineux dans cette version française) et le personnage filiforme et sexy de Motoko Aramaki (qui a changé de nom en route) évolue dans des environnement toujours très détaillés et soigneusement travaillés, en grande partie en 3D. Les 50 pages restantes, en noir et blanc, sont de facture plus classique mais le style de Shirow fait toutefois tout autant mouche. En ce qui concerne la "traduction", on regrettera qu'elle comporte une multitude d'erreurs en ce qui concerne les nombreux éléments qui n'ont pas été retournés (les mangas en français peuvent être traduits de deux façons, soit ils gardent le sens de lecture original, de droite à gauche, soit ils sont imprimés en "miroir" de l'original, comme c'est le cas ici, mais de nombreux éléments doivent alors être "remis dans le bon sens") . En ce qui concerne l'histoire, si elle démarre de façon très excitante avec une mise en place captivante, elle sombre vite dans un imbroglio confus. On découvre d'ailleurs rapidement que Shirow est un grand malade, il s'amuse en effet en rythmant régulièrement ses planches de commentaires (placés en bas de page) à caractère informatif, souvent humoristiques, qui, outre une aide à la compréhension pas toujours convaincante, donnent un recul amusant à ses digressions techniques qui trop souvent obscurcissent le propos. Mais curieusement, et malgré l'impression constante que l'histoire vous échappe, précisément dans la première partie et la course-poursuite dans le réseau virtuel, c'est avec plaisir que l'on pénètre dans l'univers de Shirow. On attendra donc la parution de la deuxième partie de cet ouvrage, qui sera l'occasion de lire l'histoire dans son intégralité et d'une seule traite, et de peut-être mieux l'assimiler. Et surtout, on attend avec impatience l'anime de Mamoru Oshii qui réalisera la suite de son premier film, même si le scénario devrait une fois encore en être assez éloigné. |