Il y a trois sortes d’humains en ce vaste monde : ceux qui écoutent du jazz-rock (votre cousine Odile, votre voisin Jean-Louis), ceux qui se prennent pour des rebelles et écoutent du "nu-metal" (vos potes Dodo et Lulu), et enfin, ceux qui aiment The Fall (moi seul, à ma connaissance : ami lecteur, si toi aussi tu aimes The Fall contacte la rédaction, il faut que nous nous rencontrions). Lorsque l’on appartient à cette troisième catégorie, la vie n’est pas facile : on est méprisé par les deux premières, on suscite chez elles un étonnement mêlé de pitié, un amusement effrayé et, souvent, un rejet immédiat. Mais depuis peu, les amateurs de The Fall peuvent enfin relever la tête, car tel un Superman chevauchant sa Super Jaimie, le dessinateur Luz, que l’on connaît pour ses illustrations dans l’hebdo de télévision Les Inrockuptibles ou le journal humoristique populaire Charlie-Hebdo, a pris fait et cause pour The Fall et son leader charismatique, j’ai nommé Mark E. Smith. Après la politique, il s’attaque désormais au rock, et partage avec nous sa passion pour des groupes que personne n’écoute. Ce qu’on aime dans sa BD, c’est bien sûr en premier lieu son humour débile capable de nous faire rire aux larmes. En second lieu, on apprécie évidemment son dessin, simple et pourtant bougrement évocateur : en trois traits, il vous torche un Mark E. Smith que l’on reconnaîtrait entre mille, ce gars là possède un coup de crayon admirable. Enfin, ses goûts musicaux. C’est évident, Luz fait partie de la famille : parmi ses références, Radio 4, Le Tigre, Psychic TV, Gang of Four, The Homosexuals, bref que des trucs complètement inaudibles pour le commun des mortels. De l’actualité branchée jusqu’aux vieux machins grisâtres du début des années 80, rien que du bon ! On retrouve dans cette BD de 65 pages, en noir et blanc, une foultitude d’historiettes sur The Fall : de la fausse pub Barbie (la poupée Markie) à la narration d’une soirée à Londres, depuis Paris, pour aller voir The Fall en concert (tout le monde y retrouvera son vécu personnel, toutes les galères, les délires et l’ambiance de ce genre de périple). Sur toute la ligne, c’est un plaisir autant crétin qu’intellectuel, grâce à une perception du rock dénuée de toutes les poses, attitudes et clichés que l’on ne rencontre que trop fréquemment. Une vraie bouffée d’air frais dans un milieu souvent sans recul sur lui-même. En un mot ? Luz est un punk, un vrai, un pur. Et quelle meilleure conclusion que cette citation, très juste, de l’auteur : "Coin-coin !". |