Silent Hill 3
Playstation 2
[Konami]
C'est l'éditeur Capcom qui a lancé en 1995 la mode du "Survival Horror" en sortant sur Playstation le tout premier "Resident Evil". Depuis le succès de ce jeu d'horreur stressant, fait de manoirs gothiques, de zombies et autres monstres mutants, les clones et les adaptations se sont multipliés et la saga s'est aujourd'hui largement enlisée dans d'innombrables suites et remakes sans grand intérêt. Il est intéressant de voir que c'est finalement un jeu concurrent qui est depuis devenu chef de file du genre: "Silent Hill" de Konami, une série bien plus adulte, glauque et oppressante, dont le deuxième épisode, véritable expérience arty et morbide qui abordait des thèmes comme la solitude, la mort ou la perte de l'être aimé, avait marqué en 2001 l'univers des jeux vidéos.
Deux ans après, Konami poursuit le cauchemar avec ce troisième épisode qui, scénaristiquement, se présente comme une suite du tout premier volet de la série sorti en 1997. Si la première partie du jeu peut décevoir en situant l'action dans un centre commercial hors de la fameuse ville maudite, on est vite rassuré quand la très jolie héroïne Heather remet enfin les pieds dans Silent Hill pour ce qui s'avère être la partie la plus intéressante de l'aventure. C'est bien là le seul écart aux rudiments de la série, puisqu'on retrouve dans ce troisième opus la même réalisation technique de toute première classe ainsi que tous les ingrédients qui ont fait le succès des deux précédents : scénario et personnages tristes et torturés, décors obscurs et poisseux faits de brumes, de rouille et de crasse, effet "grainé" de l'image, monstres difformes et cauchemardesques, bande sonore à faire sursauter de peur à chaque pas (entre cris, chuchotements, mélodies lointaines et martèlements industriels). La peur et l'angoisse sont une nouvelle fois au rendez vous et incontestablement, les ambiances malsaines de "Silent Hill 3" sont dans la digne lignée de ses prédécesseurs.
Côté jouabilité, le jeu n'échappe malheureusement pas aux défauts d'usage (raideur du personnage, menus laborieux) même si les développeurs ont eu quelques bonnes idées comme celles de prévoir dans les options le choix entre une maniabilité typée 2D ou 3D ainsi que le paramétrage séparé de la difficulté des énigmes et des combats. La difficulté globale du jeu, elle, a été légèrement revue à la baisse, une dizaine d'heures suffisant pour les plus peureux à terminer l'aventure. Mais le plus gros défaut de ce jeu est finalement celui de devoir succéder au chef-d’oeuvre que fut "Silent Hill 2" : l'effet de surprise en moins, cet épisode peut n'apparaître en effet que comme une suite plutôt convenue et qui ne fait que réutiliser les mécanismes et les acquis du précédent. Mais si on met cette impression de déjà-vu de coté, "Silent Hill 3" reste un des tout meilleurs jeux du genre.
À savourer seul, au casque et dans le noir : effet garanti.
Renaud Martin