Extra-Muros
La Griffe du diable #1
Hulet
[Casterman - Ligne Rouge]
Lorsqu'on découvre pour la première fois les trois tomes de la trilogie "L'État morbide" de Daniel Hulet (sortis en 1987, 90 et 92), on réalise immédiatement que l'on a affaire à un auteur pas vraiment comme les autres. Une attirance incontestable pour le morbide et le malsain, une affection pour la narration tordue, avec une construction des pages très personnelle, faite de cases parfois minuscules au découpage toujours improbable, et un don assez étonnant pour la mise en couleur. Il faut aussi reconnaître que découvrir à cette époque des protagonistes arborant fièrement des t-shirts Virgin Prunes ou PIL est un élément de plus qui donne à cette série fantastique et torturée une touche qui, 15 ans plus tard, reste une étape importante de la carrière de cet auteur en marge.
À peine un an après avoir achevé sa deuxième trilogie "Immondys", encore plus barrée et hallucinée que la première, et dans laquelle il exploitait en toute liberté le format "carré" (30x30 cm) des pages (dans la collection "Carrément BD" de Glénat), Hulet entame avec "La Griffe du diable" une nouvelle série intitulée "Extra-Muros". Comparé aux albums sus cités, le schéma est ici bien plus classique, tant en ce qui concerne l'histoire que le montage et l'utilisation des couleurs dont on sait pourtant Hulet spécialiste. Un groupe d'aficionados des jeux de rôle repère un lieu-dit d'apparence tranquille pour s'adonner à leur passion grandeur nature, mais on découvre que neuf siècles plus tôt des chevaliers ont investi ce même lieu pour des raisons obscures, et que les habitants du village voisin y ont aujourd'hui encore des activités occultes... Pour clore le tableau, un entrepreneur envisage d'installer un parc d'attractions sur cet emplacement. Toutes ces informations s'entrechoquent dans ce premier tome et l'on sent que le mur du temps n'est peut-être pas aussi solide qu'on pourrait le croire. Un scénario classique donc, proche de celui d'un blockbuster pour ado, et même si la tension monte facilement de page en page, la lecture en est d'autant plus rapide. On attend la suite avec impatience en souhaitant que Hulet y injecte un peu plus de la folie qui l'a toujours caractérisé.
Fait notable, la formation belge Empusae (du label Divine Comedy) a créé 17 minutes de musique destinée spécialement à la lecture de cet album (le CD est vendu séparément), intention particulièrement bienvenue et plutôt réussie qui permettra encore plus facilement de s'immerger dans cette histoire angoissante. Vous pouvez en avoir un aperçu et découvrir des animations présentant l'album à cette adresse : bd.casterman.com/esoterique.
Christophe Labussière