| Parmi la dizaine de mangas qui paraissent chaque jour, la traduction en français de "Lone Wolf & Cub" est un véritable évènement. En effet, ce manga "culte", et le terme n'est pas usurpé, écrit par Kazuo Koike et dessiné par Goseki Kojima, a commencé à être publié en 1970 au Japon (où plus de 8 millions d'exemplaires ont été vendus), et n'avait jusque-là jamais été traduit. Si "Lone & Wolf Cub" se distingue en premier lieu par sa longévité, 28 volumes de 300 pages chacun (soit plus de 8000 pages !), c'est l'approche historique des histoires qui en fait tout son attrait. Paru initialement sous le nom de "Kozure Ôkami" ("Le Loup Errant", jeu de mots entre Ôgami, le nom du héros, et Ôkami, qui signifie "loup"), "Lone Wolf & Cub" est une œuvre qui a incontestablement influencé cette forme d'art au Japon ; on tient en quelque sorte entre les mains les bases du manga contemporain, tel qu'on le connaît actuellement, et l'on y retrouve tout comme aujourd'hui quelques traces des bandes dessinées européennes. Le trait est précis, soigné, et la narration est étonnante, incontestablement innovante pour l'époque. On suit l'errance d'un ronin (samouraï sans maître) redoutable accompagné de son tout jeune fils qui parcourt inlassablement le Japon pour louer ses services d'assassin solitaire à des fonctionnaires, paysans, samouraïs ou prostituées auxquels il demande toujours que lui soit raconté précisément la raison pour laquelle lui est demandé l'utilisation de son art de tuer. Le duo est improbable, Ogami Itto, meurtrier sanguinaire, et son adorable enfant de trois ans, Daigoro, mais il reste toujours curieusement attachant. Chaque volume est constitué d'épisodes indépendants les uns des autres et nous immerge dans la période d'Edo (1600-1868) nous permettant d'en découvrir des éléments historiques précis empruntés à la vie quotidienne, à la culture et au système politique de cette époque. S'il est captivant, l'univers de "Lone Wolf & Cub" permet donc deux niveaux de lecture, d'une part la découverte de ces courtes histoires, sous l'influence directe des films de samouraïs, qui se dévorent littéralement, et d'autre part une immersion documentée dans une époque particulièrement étonnante de l'histoire du Japon. Un récit épique franchement incontournable qui reflète avec justesse la complexité et la dureté de cette époque qui nous était jusque-là étrangère. |