Dirty Pretty Things
Stephen Frears
Londres, aujourd’hui. Attention, pas le Londres que vous pouvez visiter pour le prix d’un aller-retour en Eurostar, mais plutôt le Londres de ceux qui survivent en chérissant un rêve qui paraît bien dérisoire face à leur acharnement et leurs sacrifices. Le Londres des petits escrocs aussi. Ceux, si méprisables (et méprisant leurs semblables), capables des actes les plus répugnants pour quelques billets de plus, pour un confort et un luxe ridicules. Vous aurez, vous aussi, envie de détester ce Senior Juan (Sergi Lopez), crapule sublime et responsable du personnel dans un hôtel, trafiquant à ses heures perdues et retrouvées. Nous suivons le quotidien de Senay (Audrey Tautou) et Okwe (Chiwetel Ejiofor), immigrés clandestins en Angleterre et en transit pour une meilleure vie (rêvée ou passée), pourchassés par le bureau de l’immigration britannique et abonnés aux mauvais patrons. Okwe cumule les boulots sans même prendre la peine de dormir, chauffeur de taxi en journée et réceptionniste dans un hôtel la majeure partie de la nuit. Ou comment essayer, en vain, de joindre deux bouts qui refusent de se rapprocher mais s’éloignent un peu plus chaque jour. Okwe "sous-loue" le canapé de Senay après son service de nuit, jusqu’au jour où il trouve un cœur humain dans les toilettes d’une chambre du palace londonien où ils travaillent tous les deux. Il va alors faire appel à un ami qui travaille dans un hôpital pour mener son enquête, et découvrir un commerce sordide. Même si l’on peut se demander quelles sont les raisons qui ont conduit à choisir Audrey Tautou pour le rôle d’une femme de ménage turque dans un palace, il faut bien avouer que le ton du film paraît si juste qu’il en fait presque mal, voire peur. Mais c’est aussi un plaidoyer pour un monde d’entraide et de loyauté, que seuls les plus démunis semblent capables de mettre en pratique. Un film qui pourrait bien ouvrir les yeux de ceux d’entre nous qui se plaignent trop souvent et ne réalisent plus à quel point il est confortable d’être nationalisé dans un pays où l’on est simplement inconscient de jouir de notre droit le plus fondamental : celui d’être libre.
Bertrand Hamonou