Sandman #4
La Saison des Brumes
Neil Gaiman
Si "Sandman" est une pièce maîtresse dans la carrière de Neil Gaiman, c'est aussi un évènement majeur dans l'histoire des comics américains. 75 numéros, sortis entre 89 et 96, ont fait de cette série une des plus vendues après "X-Men". Bien que formaté comme les comics classiques, "Sandman" est à mille lieux de ces histoires de super-héros en collants moulants dont se délectent les teenagers outre-Atlantique. Pour cette raison le succès n'a pas été immédiat, le dogme jusque-là incontournable imposé par la bande dessinée ado n'était plus respecté, la narration et les thèmes développés étaient en effet bien plus matures, et ce n'est d'ailleurs qu'à partir du huitième numéro que la folie "Sandman" a véritablement débuté. Au fil des parutions, Neil Gaiman a remporté avec cette série de nombreux prix dont le prix littéraire World Fantasy Award qui récompensait pour la première fois une bande dessinée.
En ce qui concerne le dessin, si de nombreux auteurs se sont succédés, la qualité est restée globalement très moyenne. Le résultat est même parfois assez laid, et surtout, complètement décalé par rapport aux couvertures réalisées par Dave McKean qui elles sont impressionnantes. Mais que l'on vous rassure ! Ce qui pourrait paraître comme rédhibitoire n'est finalement qu'un détail tant c'est l'imaginaire du lecteur qui est mis à contribution. Car l'univers de "Sandman" est très particulier, né de l'imagination géniale de Neil Gaiman qui a su mélanger d'une façon magistrale et extrêmement cohérente onirisme, mythologie et horreur. Un scénario inventif, teinté de poésie et d'humour, mais aussi de désespoir. Dans "La Saison des brumes", Sandman, frêle demi-dieu à l'allure gothico romantique, est poussé par sa famille au cours d'une réunion étonnante à laquelle participent Death, Desire, Despair, Delight, Destiny (la lignée des divinités appelée les Éternels), à libérer des enfers une femme qu'il a lui-même condamnée 10000 ans auparavant. Il va ainsi se retrouver confronté à Lucifer Morningstar. Le face à face entre Sandman, le maître des rêves qui règne sur les songes et les cauchemars, et Lucifer, le seigneur des enfers, aura bien lieu, mais pas comme il l'avait imaginé.
Ceux qui se seront déjà procurés Sandman dans sa version originale auront avec cette traduction l'occasion de se replonger dans cet univers véritablement addictif, les autres n'auront plus aucune raison de l'ignorer et pourront savourer le talent conjugué de Neil Gaiman, conteur de génie à l'imagination étourdissante, et celui de Dave Mc Kean. Curieusement, Delcourt a débuté le travail de traduction de la série avec "La Saison des brumes", le tome 4, qui regroupe les numéros 21 à 28 de "Sandman". Même s'il se lit sans dificulté comme une histoire autonome, cet épisode indépendant est une bonne entrée en matière pour s'imprégner de l'esprit de la série, on regrette qu'elle n'ait pas été logiquement abordée par son commencement. Et même si on ne peut qu'admirer le travail de traduction qui respecte intelligemment la version originale, on regrettera les quelques fautes qui en rythment la lecture. Les 20 Euros qu'il vous faudra débourser peuvent paraître excessifs, mais cette dépense augure de nombreuses heures de lecture et de plaisir. Et une fois l'album refermé, surtout ne soyez pas surpris si vous continuer à rêver de cet univers étonnant.
Christophe Labussière