On s'était précipité avec le plus grand enthousiasme sur le premier volume de l'édition en français de "Sandman" il y a quelques mois (lire notre chronique ici). Le choix pris à ce moment-là par l'éditeur d'entamer ses traductions par le quatrième tome de la série et les quelques fautes que l'on y avait rencontrées avaient quelque peu terni la joie que nous avions à enfin découvrir l'œuvre de Neil Gaiman en langue française. Avec ce deuxième volume, qui cette fois-ci s'attaque au tome 11, on appréhende véritablement l'ampleur et la difficulté du travail entrepris. Les notes de la traductrice en prologue de l'ouvrage, suivies de l'interview de Neil Gaiman se rapportant précisément au contenu de ce volume, permettent de réellement comprendre toute la valeur et le sens du projet. Dès les premières pages de "Nuits éternelles" on retrouve l'univers extraordinaire, hors de tout repère, qui caractérise cette œuvre. La multitude et la variété des dessinateurs qui ici s'approprient chaque épisode (P. Craig Russel, Milo Manara, Miguelanxo Prado, Bill Sienkiewicz, Barron Storey, Glenn Fabry et Frank Quitely), imprégnant de leur style propre la présentation de chacun des éternels (chaque chapitre se consacre en effet à l'un d'entre eux, Mort (Death), Désir (Desire), Rêve (Dream), Désespoir (Despair), Délire (Delirium), Destruction et Destin (Destiny)) transcendent véritablement l'histoire et en bouleversent la narration. La grande diversité dans le dessin et le travail graphique (la conception graphique d'un des épisodes est d'ailleurs réalisée par Dave McKean) rappelle que cette "bande dessinée" n'appartient à aucun de ces artistes, mais est l'entière propriété de notre imaginaire et de ce que Gaiman a souhaité en faire. Si vous n'avez pas encore osé vous aventurer dans les méandres de ce monde onirique, n'hésitez pas à l'aborder maintenant, vous ne sortirez pas indemne de cette expérience. Sombre, terriblement sombre, la folie de l'univers de "Sandman" est ici exacerbée par le travail merveilleusement complémentaire de Gaiman, McKean et des différents artistes qui se sont attelés à l'écriture et à la mise en image de ces histoires impossibles. |