Soyons honnêtes : nous n’avons jamais été fans de la musique d’Eros Necropsique, projet musical du Français Olivier Déhenne, auteur du présent ouvrage. Son style médiévalo gothico néoclassique, au chant déclamatoire et aux textes alambiqués, nous faisait en effet plus sourire que frémir. On n’était donc pas particulièrement impatients de lire son premier roman. Or, il se trouve que "Les Miasmes de la Claustration", malgré son titre digne de Tranxene 200, est finalement une très bonne surprise. Présenté comme un journal intime, retrouvé après le suicide son auteur dans un établissement psychiatrique, ce livre décrit le quotidien de Louis, trentenaire alcoolique, dépressif et misanthrope, reclus dans son appartement crasseux. Il n’a pour seul ami que Lucas, avec qui il partage la même passion pour la dive bouteille et la même vision nihiliste de l’existence, dans une relation fusionnelle. Mais Louis est aussi obsédé par l’amour le plus pur, et par une image idéalisée de la femme, qu’il a hélas du mal à faire coïncider avec la réalité… Tout au long des 150 pages, rien ne nous est épargné des pensées torturées du héros, ni des détails peu ragoûtants de sa vie. Pourtant, "Les Miasmes de la Claustration" évite miraculeusement de sombrer dans le sordide. D’abord parce qu’Olivier Déhenne ne s’appesantit jamais sur les passages nauséeux, ensuite parce que son écriture exaltée, au vocabulaire riche et au rythme impeccable, transcende les situations les plus glauques. En même temps, cette exigence littéraire est aussi le défaut du livre, l’auteur ayant parfois tendance à en faire trop, comme si il voulait impressionner avec son champ lexical sophistiqué et sa tendance à poétiser même les choses les plus triviales. Tiraillé entre fulgurances et emphase, son œuvre n’en dégage pas moins un charme vénéneux très fort. Son héros apparaît finalement comme un être fragile et touchant, n’aspirant qu’à la beauté et à la pureté, en porte-à-faux avec le monde qui l’entoure. Nul doute que bien des "enfants de la nuit" se reconnaîtront (en partie) dans la souffrance de ce personnage à fleur de peau. |