Lowlife
Ivan Brun
[Éditions Tanibis/Le Comptoir des Indépendants]
Lowlife est un recueil d'histoires courtes réalisées entre 1996 et 2004 par Ivan Brun, dessinateur du mémorable "Otaku" dont vous pouvez lire la chronique récente sur le site. D'emblée, on note le soin apporté à cet ouvrage, dont la couverture et quelques pages intérieures sont imprimées sur papier kraft. Toutes les images reproduites sur ce papier très spécifique (papier d'emballage/papier jetable, mais aussi papier esthétique au vu du résultat) présentent d'ailleurs le même type de visuel, c'est-à-dire des illustrations recto verso (les scènes sont dessinées de deux points de vue, les personnages sont vus, par exemple, de face et de dos) plus ou moins emblématique de l'ensemble de l'album, fataliste et désabusé. Un concept intéressant qui renforce d'autant plus l'impression de noirceur développée au fil des récits. Principalement constitué d'histoires sans paroles (car souvent réalisées pour des publications étrangères telles que le célèbre fanzine slovène Stripburger), parfois émouvantes mais aussi caricaturales, ce recueil retrace avant tout un parcours visuel. Sur huit ans, tous les styles de l'auteur se dispatchent, mais on a un peu de mal à distinguer l'évolution personnelle du trait de l'intention volontaire d'aborder différents styles. On passe d'un dessin de type ligne claire et hachures à un autre proche de la peinture, d'une représentation des personnages plus ou moins réaliste à une interprétation "kawai" (petits personnages mignons et enfantins) inspirée des mangas et sans doute utilisée pour atténuer le côté pornographique de certaines images. Au niveau de la narration, on ne comprend pas toujours précisément où veut nous emmener Ivan Brun, c'est dommage, mais c'est aussi un des risques lorsque l'on choisit de raconter des histoires uniquement par le biais du dessin. Néanmoins, l'essentiel est là, puisque l'on perçoit au final un message social et politique fort, et le constat plutôt amer sur notre société (individualisme, misère affective, invasion du tout sécuritaire...) que l'auteur veut transmettre. Un bel objet contestataire.
Carole Jay