Princess Aï
Kujiradou, Courtney Love, D.j. Milk
[Soleil]
Pour aborder "Princess Aï" il faut déjà commencer par le commencement. L'éditeur américain Tokyopop est à l'origine de cette collaboration étonnante qui a permis de donner naissance en 2004 à ce shôjô manga (donc au départ plutôt destiné aux filles). L'éditeur est entré en contact avec Courtney Love en 2003, afin de lui proposer de réaliser un manga dont l'héroïne serait fortement inspirée par son personnage, l'histoire et les dialogues basés sur les paroles de ses chansons. Une idée a priori pas forcément originale, s'inspirer d'une artiste réelle pour créer un personnage de bande dessinée, si ce n'est que l'intéressée s'est prise au jeu et s'est investie dans l'opération. D'autres pointures se sont alors associées au projet, en l'occurrence la mangaka Misaho Kujiradou responsable du dessin et épaulée par D.J. Milky pour le scénario, ainsi qu'une mangaka de renom, Ai Yazawa (auteur de l'impeccable "Nana"), qui s'est quant à elle entièrement consacrée au chara design (le design des personnages).
Princess Aï, l'alter ego de Courtney Love, débarque d'un autre monde et se réveille vierge de tout souvenir dans le quartier Shinjuku de Tokyo. Elle se retrouve perdue et sans repère, et décide de gagner sa vie en se lançant dans la chanson. Elle devient rapidement une star du rock grâce à ses pouvoirs, mais semble fuir constamment un sombre passé qui ne cesse de la poursuivre. L'héroïne a du caractère et l'on observe son personnage évoluer avec plaisir. L'histoire avance et évolue assez vite, ce qui n'est pas coutumier du genre. Un bon point auquel on peut ajouter les tenues de la diva qui sont effectivement particulièrement travaillées et assez réussies, mais le dessin de l'ensemble nous rappelle constamment que l'on est effectivement dans un shôjô : le trait est fin, la ligne claire, les personnages souriants, voire ravis (!). Si c'est rafraîchissant, on a tout de même plus l'impression de lire un manga pour écolière qu'une œuvre qui restera dans les annales. Mais que cela ne vous empêche pas de faire le pas, la collaboration entre tous ces talents vaut le détour, car elle est vraiment réussie, et avec un peu de chance la midinette qui est en vous se laissera prendre par l'ambiance...
Christophe Labussière