Isis
Clearing the Eye
[Ipecac/Southern]
Cet automne aura été chargé pour Isis qui, entre un quatrième album ("In the Absence of Truth"), et une collaboration avec Aereogramme (le EP "In the Fishtank"), a trouvé le temps de sortir son premier DVD. Dissimulé derrière un joli packaging à l'artwork classieux, "Clearing the Eye" est avant tout un regard porté sur le Isis version live. En effet, mis à part le fantomatique et anonyme clip d'In Fiction et les galeries de photos + discographie détaillée d'usage, le propos principal de ce DVD se situe bel et bien au niveau de l'exercice scénique. Un propos divisé en deux parties distinctes. Tout d'abord, une sélection de titres joués pour les uns en 2001 lors de deux haltes au CBGB's de New York sur la tournée "Celestial", et uniquement composée de pièces d'époques (Celestial, Collapse and Crush, CFT, Gentle Time), pour les autres, trois titres capturés lors de la tournée de 2005. Pour ce qui est de la qualité visuelle, elle diverge sérieusement selon les salles et les époques. Là où les performances du CBGB's ou de Tokyo 2005 se résument à un unique camescope, souvent tremblotant et à un son de bootleg (les fans seront ravis, les esthètes décrocheront rapidement), les deux morceaux filmés en 2005 au Troubadour de Los Angeles (Glisten et Weight) bénéficient eux d'une réalisation sobre mais efficace et d'un son tout à fait correct. Ce qui nous amène à évoquer la seconde partie de ce témoignage live. Soixante-dix minutes filmées lors de l'escale d'Isis à Sydney en février 2005 et qui offrent l'intégralité d'un set essentiellement axé sur l'opus d'alors : "Panopticon". Pas moins de six titres dont les émouvants Altered Course, Backlit ou l'écrasant So Did We auxquels viennent s'ajouter deux pièces du mythique album "Oceanic" (From Sinking et The Beginning & the End). Voilà pour le tracklisting. La performance, à proprement parler, ne souffre aucune critique tant la maîtrise des forces qui animent Isis et son subtil jeu sur les amplitudes émotionnelles laissent béat d'admiration. Et si l'on peut regretter l'impact sonique qu'offre un "réel" concert en comparaison d'un simple film, on franchit néanmoins par le truchement d'une habile réalisation, la barrière qui sépare naturellement le groupe de son public. Ainsi, caméras au corps à corps, gros plan de visages grimaçants, d'instruments malmenés, de corps arc-boutés ou complètement habités, donnent au show un aspect véritablement humain, quasi tribal. Derrière les hurlements d'un Aaron Turner charismatique, la musique du groupe, tortueuse, viscérale, aérée, définitivement puissante n'en sort que grandie. Un témoignage de première qualité donc, pour découvrir ou redécouvrir l'une des figures de prou de cette étrange mouvance hâtivement baptisée "post-hardcore".
Stéphane Leguay