Goth
Le Romantisme noir,
de Baudelaire
à Marilyn Manson
Patrick Eudeline
[Scali]
Si le Père Noël ne vous a pas gratifié de ce désormais fameux ouvrage l'an dernier, peut-être réparera-t-il son oubli cette année. Dans le cas contraire, vaut-il la peine qu'on y investisse 39 euros ? Car après "Gothique – La Culture des Ténèbres" de Gavin Baddeley, "Génération Extrême" de Frédéric Thébault, ou encore "Carnets Noirs", et sans parler des ouvrages non traduits de Mick Mercer, reste-t-il encore quelque chose de pertinent à écrire sur le mouvement goth ? Il semblerait du moins que l'éditeur Scali le pense, puisqu'il a fait confiance à l'irritant Patrick Eudeline pour diriger cet ouvrage collectif censé dresser un panorama de la culture liée au rock gothique. Ce livre est ainsi divisé en dix chapitres thématiques, presque tous écrits par un rédacteur différent, Eudeline et Laurence Romance s'octroyant chacun deux parties. Les illustrations sont nombreuses, variées et souvent de qualité, trahissant le fait que l'accent a été mis avant tout sur le visuel. Mais lorsque l'on referme le livre, on se demande finalement à qui il s'adresse réellement. Car en tant qu'introduction à l'univers gothique, "Goth" ne remplit pas tout à fait son contrat. Le texte pèche notamment sur les passages consacrés à la musique, trop vagues et pleins de raccourcis hâtifs, écrits par une partie de la clique de Rock & Folk, des journalistes qui visiblement ne connaissent pas grand-chose au vrai rock gothique et choisissent à la place de parler des Rolling Stones, du punk et... d'eux-mêmes. La palme revient à Laurence Romance, qui nous gratifie de ses mémoires d'adolescente rebelle (et même pas gothique) dans le nord de la France, ce dont tout le monde se fiche éperdument ! On trouve aussi quelques pages racontant une soirée fétichiste au Torture Garden, témoignage qui aurait plus eu sa place dans un magazine type (feu) Nova. La partie littérature est en revanche instructive, même si elle s'avère parfois absconse pour qui n'a pas suivi d'études de lettres. Quant au chapitre sur le cinéma, il se révèle frustrant dans sa volonté de ne se concentrer que sur une poignée de films emblématiques. La partie sur l'occulte et la magie est, elle, carrément fumeuse, et l'on n'est guère plus instruit à la fin de sa lecture. Le dernier chapitre, sur le black metal, commence plutôt bien puisqu'il a le mérite de mettre les choses au point en séparant le bon grain de l'ivraie, mais devient hors propos en se focalisant sur le sensationnalisme. Enfin, le livre est émaillé de photos posées de jeunes goths en tenues complètes sur fond blanc. L'idée n'est pas inintéressante, mais les clichés semblent sortis d'un catalogue de "La Redoute" version dark, et nous confortent dans l'idée que le gothique est devenu aujourd'hui essentiellement une affaire de panoplie. On leur préférera les photos d'époque illustrant le chapitre sur la batcave, bien plus esthétiques et précieuses. Bref, à l'image de son sous-titre "Le Romantisme noir, de Baudelaire à Marilyn Manson", "Goth" reste globalement superficiel, racoleur et maladroit.
Christophe Lorentz