Anansi Boys
Neil Gaiman
[Au Diable Vauvert]
Lorsque le studio d'animation Ghibli, antre du réalisateur Hayao Miyazaki, décida d'exporter "Princesse Mononoke", l'un de ses plus beaux films, il sollicita les talents d'écriture de Neil Gaiman afin d'adapter le script. Les Japonais savaient que seul un fin connaisseur de mythes et légendes du monde entier pouvait transmettre aux Occidentaux les subtilités de l'imaginaire shintô. Car, au-delà du statut de romancier à succès et de scénariste de bandes dessinées, se cache un voyageur spirituel. Tel un Carl Jung lyrique, Gaiman explore l'inconscient collectif de l'humanité et n'a pas d'égal pour construire des récits profondément ancrés sur des archétypes universels. "Anansi Boys", son dernier roman en date, s'avère impossible à résumer. L'histoire de Gros Charlie qui découvre que son père M. Nancy fut par le passé une divinité inquiétante. Anansi, le roi araignée, est évoquée par l'auteur lui-même, avec moult images biscornues ; selon lui, il s'agirait d'une épopée magico horrifico thrillo fantastico romantico comico familiale, un peu polar sur les bords, sans oublier un aspect culinaire... En bref, une oeuvre extravagante, qui partage certains traits avec les succès précédents comme "Neverwhere" et "American Gods". En effet, la trame commune des contes de Gaiman démarre volontiers sur le basculement d'un univers ordinaire vers un environnement inouï, dépeint sous la forme d'un d'humour distancié, typiquement britannique. On le devine, l'écrivain a été marqué par ses lectures de Grimm et Lewis Caroll. Ses personnages principaux, vulnérables, sont des anti-héros, autant de déclinaisons habiles d'une Alice perdue dans son labyrinthe. Chez Gaiman, quitter un quotidien ennuyeux pour s'immerger dans un univers parfois macabre, souvent amusant, relève de l'exutoire. Ce sentiment de douce frayeur qui habite son roman finit par contaminer le lecteur. Lire Gaiman, c'est accepter quelques règles de jeux, c'est embrasser le sortilège d'une langue faussement simple, c'est rire de l'inconcevable et regretter que ces 500 pages ne soient qu'une illusion.
Pour apprécier la plume de l'auteur retrouvez ici le premier chapitre à déguster de suite.
Anthony Augendre