"Bambi" est un manga détonnant, au croisement de "Tueurs Nés", "Tank Girl" et "Lone Wolf & Cub". Atsushi Kaneko emprunte au premier la frénésie, au second la folie, et au dernier l'association incongrue des deux personnages. Bambi est une adolescente aux cheveux roses qui dézingue comme elle respire. Le bambin qui l'accompagne, un brin attardé, est sous sa protection ; elle l'a kidnappé et met tout en oeuvre pour le livrer à ses commanditaires. Le monde entier est à leurs trousses, des tueurs à gages, un catcheur défiguré ou encore un clone d'Elvis... Chaque case nous happe un peu plus, nous entraîne dans une histoire abracadabrantesque que l'on dévore à pleine page. Bambi laisse derrière elle un amoncellement de cadavres et l'on devient spectateur captif de cette cavalcade déjantée, tenu en haleine par ce road movie psychotique, violent et amoral. Le trait d'Atsushi Kaneko est, comme ses références, au point d'intersection de la bande dessinée américaine, japonaise et européenne. L'énergie qui se dégage du dessin, hyper dynamique, en bichromie, mais particulièrement coloré (encré en rouge, en violet ou en vert), et de la construction de l'histoire, par moment plus proche de l'écriture du scénario d'un film que de celui d'un manga, rend l'ensemble aussi personnel qu'attractif. "Bambi" compte en tout six volumes dans sa version japonaise, le troisième vient juste de sortir. |