Control
Anton Corbijn
[La Fabrique de Films]
Après avoir shooté toutes les figures pop de ces vingt dernières années (Brian Eno, D.A.F., Nick Cave, Einstürzende Neubauten, David Sylvian, Cabaret Voltaire, Depeche Mode, U2), Anton Corbijn réalise avec ce portrait du cultissime Ian Curtis son premier long métrage. Malgré le thème qui s'impose, Corbijn clame que "Control" n'est pas un film sur Joy Division, ni un film rock, encore moins un film musical. Alors qu'est-ce au juste ?
Il s'agit d'abord d'un film d'auteur, car la biographie de Deborah Curtis, la veuve de Ian, portée à l'écran, n'est que le prétexte pour raconter une histoire d'amour finalement banale. "Control" serait une sorte de nouvelle aventure esthétique pour le photographe hollandais, qui, il faut le souligner, a émigré en 1979 en Angleterre pour y rencontrer ses idoles de l'époque : Joy Division.
Si le "jeune" réalisateur avoue sans fausse modestie ne pas maîtriser les techniques du cinéma, il compense son manque d'académisme par la déclinaison instinctive de tout ce qui a fait le charme de son travail de designer. Le noir et blanc est donc de rigueur, la composition époustouflante. Corbijn part d'une photographie structurée comme un tableau de maître, pour animer progressivement l'ensemble. Il matérialise ainsi les atmosphères, les sentiments diffus qui motivent ses personnages, telle une longue rêverie solitaire. Certaines séquences évoquent la nouvelle vague des François Truffaut et autre Jean Luc Godard, parfois les documentaires d'Alan Clarke, le mentor de la génération dont est issu Ken Loach, par ses peintures d'une réalité grisâtre. "Control" serait alors un film impressionniste ?
Pas vraiment, le travail d'historien auquel s'est livrée l'équipe témoigne plutôt de la volonté de coller au plus près du sujet. Les recherches iconographiques (affiches de concert, pochettes de disques d'époque), la reconstitution de Macclefield, le jeu des acteurs (l'excellent Sam Riley, hanté par la gestuelle et les moues tourmentées de Ian Curtis) renforcent la véracité du récit.
N'en déplaise à son réalisateur, "Control" n'en demeure pas moins un formidable hommage à la poésie de Joy Division ainsi qu'un hymne à la musique. Et ce n'est pas la bande sonore (Bowie, Roxy Music, Kraftwerk, Buzzcocks, etc.) qui accompagne le portrait d'une jeunesse mise en abîme qui nous fera penser le contraire.
Anthony Augendre