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|  | Angleterre, 1983. L'ère Thatcher est déjà bien entamée, la guerre éclair des Malouines est terminée depuis un an et bientôt la longue grève des mineurs va paralyser le pays. C'est dans ce contexte social perturbé que Shaun, 12 ans, rencontre Woody et sa bande de skinheads, point de départ d'une amitié qui va déboucher sur l'initiation du jeune garçon à un mouvement pour le moins controversé.
Très rythmée, la première partie du film est jubilatoire et les anecdotes concernant Shaun s'y succèdent délicieusement, que ce soit lors de l'achat problématique d'une paire de Doc Martens avec sa mère, de ses premières tentatives d'approche tactile envers Smell, une fan des Strawberry Switchblade peu farouche, ou de l'indispensable étape du ratiboisage capillaire, parachevé par le cadeau ô combien symbolique d'une chemise Ben Sherman. Côté B.O, pas de Clash à l'horizon malgré le titre du film, mais des tubes d'époque (Soft Cell et bien sûr Dexys Midnight Runners ou UK Subs), une reprise des Smiths par Clayhill, un instrumental de Gravenhurst, et surtout beaucoup de ska, de reggae et de soul. Le réalisateur Shane Meadows avait initialement choisi bon nombre de morceaux oi! et punk mais a préféré les enlever pour ne pas accentuer l'ambiance plus agressive, plus sombre et bien plus pesante de la deuxième partie. C'est là qu'entre en scène Combo, un skinhead revêche, endurci par les trois années qu'il vient de passer en prison. Malgré son discours haineux et caricatural, Combo devient vite un père de substitution pour Shaun qui a perdu le sien lors de la guerre des Malouines. Conquis par l'éloquence de son aîné, le garçon se rallie à ses idées extrémistes à l'instar de certains amis de Woody, mais ce dernier refuse de les suivre et deux groupes se forment, entraînant tensions et colères sourdes jusqu'à l'ultime accès de folie de Combo. Dommage que le film se perde ensuite dans un flot d'images convenues, tartinées de politiquement correct, ce qui gâche un peu son dénouement.
Sans grande prétention scénaristique, "This is England" doit avant tout être perçu comme la description d'une tranche de vie très britannique, d'autant plus que Shane Meadows s'est largement inspiré de ses souvenirs pré-adolescents pour le réaliser. Et indéniablement, ça sent le vécu, comme lorsque l'on assiste à une réunion du National Front, où tous les clichés ségrégationnistes défilent (stigmatisation de l'étranger, honneur et fierté d'être anglais...). Le cinéma a déjà beaucoup exploité le filon du crâne rasé nazillon, mais Shane Meadows a le mérite de contextualiser une époque, celle de Margaret Thatcher et de sa politique de déstabilisation de la classe ouvrière, qui généra rancoeurs et jalousies, et par là même l'exacerbation des différences dans un climat de boucs émissaires. Et surtout, il est le seul à rappeler avec justesse qu'avant les dérives racistes d'une partie du mouvement, les skinheads incarnaient le parfait exemple d'une cohabitation multiethnique réussie. Alors à présent que Fred Perry et Ben Sherman (le "brand-name dropping" est obligatoire quand on aborde ce sujet) deviennent des emblèmes de mode très prisés, ce film arrive à point nommé pour remettre certaines pendules à l'heure. |  | | Carole Jay |  |
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