Tokyoland
Les Aventures d'un jeune Français au Japon
Benjamin Reiss
[12 bis]
La mode est aux carnets de voyages et à l'immersion en terre inconnue par bande dessinée interposée. Guy Delisle, avec l'excellent "Pyong Yang" ou "Shenzhen", a ouvert une voie que les éditeurs se sont empressés d'emprunter les uns après les autres. Et l'engouement des Français pour Tokyo, ville intrigante et surréelle ne pouvait échapper à la règle. Mais n'est pas conteur qui veut, et, un peu à la manière de ces films inspirés de jeux vidéos au scénario inconsistant, ce type de bande dessinée devient facilement un exercice qui procède de la même légèreté si l'on demande simplement à l'auteur de raconter son séjour. Le Français Benjamin Reiss est resté trois ans à Tokyo et son activité de mangaka est bien éloignée de la raison qui l'a poussé à s'y rendre. Voilà le pitch... Quant au reste, les anecdotes, celles que l'on cherche, celles que l'on ramène habituellement d'un voyage à l'étranger et en particulier d'une immersion dans une ville comme Tokyo, elles se font ici bien trop rares. Ce petit bonhomme, tel qu'il se dessine, n'a pas grande envergure ni grandes passions et son histoire non plus. On retrouve au hasard de quelques cases des éléments qui, pour qui la connaît, caractérisent la ville, mais l'auteur omet de s'y attarder, il les ébauche à peine, les laissant apparaître en filigrane, préférant s'attacher à la langue et à des traductions inutiles, utilisant régulièrement des termes japonais et s'appliquant à les traduire en bas de page... Mais ce n'est pas cela que l'on attendait de cet album, apprendre à dire "nouille" ou "moto", on aurait simplement aimé réussir à comprendre ou tout au moins à capter l'étrangeté de cette ville unique qu'il aurait pu nous dévoiler à travers le prisme de son crayon. Mais non, l'auteur fait littéralement chou blanc.
Christophe Labussière